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Or


Difficile de résumer en 300 pages la vie d’un jeune « ancien » commandant de bord à Air France, Christian Paris, qui a tutoyé le ciel pendant plus de trois ans de sa vie en
heures de vol « cumulées », à 33.000 pieds, soit à plus de dix kilomètres d’altitude. Cela permet de voir les choses de haut, certes, mais aussi de constater qu’à bord on ne quitte pas complètement le plancher des vaches… Il paraît que « la cabine d'un avion exacerbe les comportements, révèle les personnalités, stimule tous les fantasmes. Lieu restreint et confiné, il est le théâtre de tous les possibles, le temps d'un vol… »
Fraîchement publié aux Éditions Balland,[1] ce livre est plus qu’un livre de souvenirs ou d’anecdotes, même si certaines gagneraient à être plus largement partagées.
Pour cette dixième émission Les Français qui parlent aux Français du bout du monde, la Voix du Béarn a décidé de prendre de la hauteur en s'intéressant à des Français qui, dans le monde, ont fait honneur aux ailes de la France pendant plus de 40 ans…
Christian Paris n’a pas embarqué seul. Il est avec Jean Serrat – encore un jeune retraité – qui, comme lui, a été commandant de bord à Air France. Il est venu également avec le général Michel Tognigni, un ancien pilote d’essais de notre Armée de l’Air et de l’Espace qui est l’un des dix spationautes Français. Michel Tognigni a participé aux vols Soyouz TM14 et TM 15 et au vol STS-93, la 26e mission de la navette spatiale Columbia qui a mis en orbite le télescope spatial Chandra ! Il est donc un de ces très rares Français qui se sont aventurés dans l’espace avant devenir chef du Centre des astronautes européens… Là on change de dimension : de 10 km d’altitude on passe à plus de 100 et de 900 km/h à 28.000 km.
Michel Tognigni a écrit la préface du livre de Christian Paris qui a bien failli, lui aussi, devenir spationaute. Habitués à des moments de solitude inédits, entraînés pour faire face à n’importe quelle situation d’urgence, ces trois hommes ont en commun une très grande humilité, comme tous ces hommes ou ces femmes d’exception qui ont un vécu hors du commun.
On ne pouvait pas dans cette émission ne pas faire un clin d’œil à un ancien de la France Libre, terrassé par la Covid, Jean Billaut, un fidèle ami de Christian Paris à qui il a dédié son premier livre « De Gaulle m’a donné des ailes ».[2] De même on ne pouvait pas ne pas constater la tristesse de ces hommes quand ils ont évoqué la fin de leur carrière hors-norme. leur a fallu un beau jour suspendre leurs vols sur des machines volantes sophistiquées pour se limiter désormais aux joies simples du pilotage avec des petits avions privés. Pilote un jour, pilote toujours…
Ce n’est pas sans tristesse dans la voix qu’ils évoquent certains souvenirs, certains amis communs. Et mieux vaut ne pas leur demander quel a été leur dernier vol en tenue ! Christian Paris aborde ce douloureux souvenir à la fin de son livre : « Pour clore 41 ans de nomadisme planétaire » sa « dernière destination ne pouvait que le conduire à Antanarivo chez » son « ami le père Pedro »,[3] « un proche du ciel », lui-aussi, qui a consacré sa vie aux déshérités et qui vit au milieu du peuple d’Akamasoa ».
On peut être certain qu’il a savouré chaque minute de ce vol « pour ne rien perdre de ces dernières sensations », entouré à bord de fidèles sans parler de ceux au sol qui le voient si souvent débarquer après plus dix heures de vol et avoir traversé d’un trait tout le continent africain. En quittant son Boeing 777 pour une 4L dont on ne compte plus les heures de vol, à Akamasoa, il est accueilli par le père Pedro qui a une surprise pour lui. Quand Christian est invité à pénétrer le premier dans l’église de ce village hors du commun, quelle n’est pas sa stupeur de voir 7000 enfants chanter et danser en son
honneur. Ce qu’il ressent « est d’une intensité que les mots ne sauraient traduire. Rapidement submergé par l’émotion, je me mêle aux danseurs pour la dissimuler »… Au micro, le père Pedro lui souhaite une bonne retraite sous les acclamations de ces 7000 jeunes Malgaches, de quoi « partir apaisé ». Et au retour sur son « triple 7 », un dernier « kiss landing » à Roissy pour s’attacher « les faveurs de cette terre sur laquelle je vais devoir apprendre à vivre ».
Un très beau livre. Un grand moment partagé avec Jean-Michel Poulot derrière le micro. Les « vieux pilotes » (il n’y a pas de bons pilotes, il n’y a que des vieux pilotes, si l’on en croit les Américains manient parfois la plume comme ils ont tenu le manche. C’est le cas de Christian Paris qui fait reverser par l’éditeur, Balland, tous ses droits d’auteur à Akamasoa.
[1] Passagers si vous saviez, Mémoires d’un pilote de ligne, Éd. Balland (juillet 2021)
[2] De Gaulle m’a donné des ailes, Éd. 7 écrit (février 2018)
[3] Père Pedro Opeka – Pour Akamasoa, la pauvreté n’est pas une fatalité – UFE Berlin
(31 mai 2021)
En 1915, l’état-major français décide la création de l’École des missions spéciales pour former, dans le plus grand secret, des dizaines d’espions qui seront déposés de nuit par nos aviateurs derrière les lignes ennemies pour y mener des actions de sabotage et
de renseignement.
Le profil recherché : des « hommes courageux pourvus d’une connaissance aiguë du terrain ». Le choix s’arrête sur le corps militaire des douanes et c’est à Hermonville que ces douaniers seront formés aux rudiments de l’espionnage ». Au-delà du flair légendaire attribué traditionnellement à nos « gabelous », c’est leur connaissance des départements frontaliers et pour certains de la langue allemande qui vont les désigner pour ces missions à haut risque.
Après avoir subi un entraînement spécifique, les douaniers vont multiplier des missions très risquées, et réussir des faits d’armes inédits. Ces « missionnaires », vêtus en civil savaient que s’ils étaient pris, ils seraient fusillés comme espions après un jugement sommaire…
23 de ces 52 « missions spéciales » seront menées à bien par des douaniers et
couronnées de succès. Au-delà du renseignement tactique, les sabotages organisés contribueront à déstabiliser le dispositif ennemi. Leurs pilotes s‘appelaient Guynemer, de Rose, Védrine, Navarre ! Des hommes de légende...
Le premier mort de la guerre de 1870 est « préposé des douanes » : Pierre Mouty avait refusé de se rendre le 23 juillet au soir à Schreckling en Moselle. Le premier blessé de la guerre de 14, le 2 août à 4 heures du matin, est un « préposé des douanes » de la brigade de Suarce dans le Territoire de Belfort, Georges Laibe. En reconnaissance du rôle joué par les douaniers, le 14 juillet 1880, lors de la revue de Longchamps, le président Jules Grévy remettra au corps des douanes son premier drapeau.
La douane ou les douanes ? Militaires en civil ou civils en uniforme ? Finalement, on sait très peu de choses sur la douane et encore moins sur nos douaniers ; Ils ont pourtant joué un rôle militaire significatif en première ligne dans toutes les guerres dans lesquelles la France a été engagée pendant plus de deux siècles.
Pour honorer leur mémoire et traiter d’un sujet méconnu, la Voix du Béarn se devait de relater cette page d’histoire écrite avec le sang et la sueur de nos douaniers. Alors que certains pensent qu’avec la création de l’Europe les douaniers ont disparu, qu’ils se rassurent… Ils sont toujours en première ligne et fournissent même avec la DNRED l’un des six services de renseignement français. Face au terrorisme, à la criminalité organisée, aux trafiquants de drogue ou d’être humains, ils sont de ceux qui s’attaquent au nerf de la guerre. Leur « flair », certes légendaire, est prolongé par des moyens informatiques puissants. Sans parler des coopérations avec d’autres services de sécurité (police, gendarmerie) en France et à l’étranger ainsi que l’assistance opérationnelle de nos armées…
Pour en parler, la Voix du Béarn a choisi de consacrer cette dixième émission des « Français qui parlent aux Français » à ces « missionnaires » pour leur rendre un hommage mérité. A cet effet, Joël-François Dumont s’est entretenu avec Yvan Chazalviel, ancien attaché douanier à Berlin.
Notre première émission consacrée à la République tchèque se devait d’avoir une suite…
Jana et Joël Bros nous ont fait découvrir ce magnifique pays, au cœur de l’Europe centrale, qui en brisant ses chaînes, a retrouvé rapidement sa personnalité en savourant enfin son indépendance.
Une indépendance récente qui remonte au 1er janvier 1993 après la scission de la « République fédérative tchèque et slovaque ». La séparation de la Slovaquie et de la Tchéquie a été assimilée à un « divorce de velours » suite à la « révolution » du même nom qui aura perduré du 16 au 29 novembre 1989. Une séparation sans liesse mais surtout sans violence entre deux pays qui, au lendemain de la Première Guerre Mondiale, après l’implosion de l’Empire austro-hongrois, s’étaient unis pour le meilleur et pour le pire dans une « Tchéco-Slovaquie » dont le trait d’union disparaitra bien avant 1948…
Il ne faut pas oublier que les Tchèques ont été soumis pendant quatre siècles à la domination de souverains autrichiens – une domination incarnée notamment par la famille de Habsbourg – qui, pendant trois siècles, fournira tous les empereurs du Saint-Empire romain germanique. Une « maison royale » dont les chefs ont régné comme empereurs germaniques, rois de Hongrie et de Bohème sans discontinuer jusqu’en 1806, puis comme empereurs d’Autriche de 1804 à 1918…
Les Slovaques eux ont passé mille ans sous domination hongroise…
Mais cette « émancipation » tant attendue sera de courte durée : 30 ans. En 1948 le « rideau de fer » coupera l’Europe en deux. Staline installera des régimes communistes avec des économies planifiées et qui mettront au pas les populations récalcitrantes. On oublie trop souvent que de nombreux camps d’extermination nazis ont été maintenus en activité de 1945 à 1951 dans toute l’Europe centrale par les Soviétiques, faisant plus de 2 millions et demi de morts dans tous ces « pays de l’Est » dont le seul tort, en 1945, a été de se retrouver du mauvais côté de l’Europe…
Le 12 mars 1999, la République tchèque adhère à l’OTAN et le 1er mai 2004, rejoindra l’Union européenne. Une adhésion qui sera approuvée par plus de 70% de la population.
Si il y a un génie tchèque, on peut dire qu’il a été exporté pendant des siècles, dans toute l’Europe mais aussi aux États-Unis et en URSS. Un système scolaire de haut niveau, des universités de renom, le pays en s’affranchissant de ses chaînes soviétiques a forcé l’estime de ses voisins européens. L’économie tchèque s’est transformée, le pays s’est modernisé à marche forcée avec des résultats qui permettent de penser que la République tchèque sera, demain, un des pays les plus prospères d’Europe. Une vaste zone dans laquelle les Tchèques ont toujours su évoluer avec dynamisme, fournissant
des produits de qualité, sans oublier sur le plan culturel, littéraire, de nombreux artistes, des écrivains ou musiciens dont la réputation a été mondiale.
C’est de cela que Jana et Joël Bros vont nous parler aujourd’hui pour nous expliquer comment cette « transformation » a pu se faire et qui sans constituer de miracle force néanmoins l’admiration.
De plus en plus de Français s’installent en République tchèque qui est tout sauf « le bout du monde ». Le tourisme est prometteur dans ce pays magnifique, où l’on mange bien et où de très nombreux châteaux ont été restaurés pour servir d‘hôtels à des prix qui défient toute concurrence…
Comment ne pas imaginer que la gastronomie locale et son tourisme de qualité ne fassent bientôt l’objet d’une prochaine émission… C’est promis, mais pas avant d‘avoir parlé d’un autre pays qui gagne à être mieux connu, la Slovaquie, aussi pour ses liens avec la France. Il y a quelques pages d’histoire qui gagnent à être partagées…
[1] La république tchèque : A la découverte de la Moravie (1)
Après une première émission consacrée sur la Voix du Béarn il y a 15 jours à la politique d’indépendance nationale mise en œuvre par le Général de Gaulle, cette fois, nous allons parler d’un livre consacré à Michel Anfrol, journaliste qui a marqué son époque, et par ailleurs président des Amis de la Fondation Charles-de-Gaulle. A ce titre, il s’occupait du rayonnement dans le monde de la fondation et de l’œuvre du Général de Gaulle.
Ce livre constitue une façon originale de revisiter le gaullisme de la Libération jusqu’à
la disparition en 1970 d’un géant, qui n’aura pas été seulement le chef de la France Libre.
Depuis cinquante ans, des livres sur le Général de Gaulle, il en sort plusieurs par mois, dans le monde entier et dans toutes sortes de langues. Celui dont nous parlons a été écrit de l’intérieur-même de la Fondation Charles-de-Gaulle. Entretiens avec Michel Anfrol [1] est la très fidèle publication du regard sur la France et sur le monde que portait un de nos plus éminents journalistes contemporains, Michel Anfrol, qui nous a quitté il y a deux ans. On doit ce témoignage à une historienne, Hélène Brando, et à son mari philosophe, Julien Brando.
Si la France a toujours su compter des journalistes de haut niveau, le plus souvent
spécialisés en politique intérieure ou en économie, voire de grands éditorialistes, elle a rarement connu de vrais experts en politique étrangère, des confrères dont le regard sur l’actualité mondiale démontrait un professionnalisme qui forçait l’estime de tous - y compris des confrères étrangers. Pour concourir, mieux vaut être polyglotte et diplômé.
En cinquante ans de journalisme, si je devais compter le nombre de journalistes qui m’ont toujours surpris en m’apprenant quelque chose de nouveau, chaque fois que je les rencontrais, des hommes qui avaient une vision réaliste et peu imaginaire du vaste monde, j’en compterais peut-être cinq. Ce n’est guère beaucoup. Et pourtant j’ai eu l’honneur d’appartenir à des rédactions prestigieuses, françaises ou étrangères. Cinq modèles à mes yeux, ce n’est pas excessif.
Je leur connaissais un seul ennemi : le wishful thinking à la française !
Michel Anfrol, Quentin Dickinson, et Christian Malard sont au nombre de ces happy few. Je pourrai ajouter encore la plus française des Finlandaises, Helena Petäistö, et celui qui fût mon premier directeur de la rédaction à France-Inter en 1971… Ce sont des hommes et une femme que j’ai vu et entendu s’entretenir avec de nombreux chefs d’État, Premiers ministres ou personnalités de tout premier plan en France comme à
l’étranger. Des grands de ce monde pour qui leur regard et leur opinion comptaient.
Voilà en effet des collègues brillants, parlant sans note, toujours alliant rigueur et
compétence. Ils se connaissaient tous les trois et s’estimaient. Ils avaient bien d’autres traits en commun. Outre la politique étrangère, ils faisaient toujours des analyses très fines en politique intérieure. Ils étaient dotés d’une culture générale hors-norme qu’ont pu apprécier leurs étudiants. Ils étaient toujours disponibles pour les autres. Ils avaient un humour communicatif, mais au-delà d’une plume bien trempée, ils avaient une voix. A la radio comme à la télévision, cela compte beaucoup.
Michel était capable de commenter le message que livrait le Pape, dont il a suivi les
grands déplacements dans le monde, mais n’aurait eu aucun problème à commenter
une rencontre de boxe ou un tournoi de football ou de tennis. Et en musique, il excellait. Ces trois collègues ont en commun d‘avoir eu une éducation exemplaire et d’être de parfaits polyglottes, qui ont de surcroît parcouru le vaste monde. Des bourreaux de travail, capables de séparer les faits et leur analyse. Au quotidien, ils se sont toujours interdit de servir la soupe à quiconque, tout en appelant un chat un chat. Il n’en faut pas tant pour être jalousé par des médiocres, mais il en aurait fallu beaucoup plus pour qu’ils se départissent de leur calme légendaire.
Avec Hélène et Julien Brando, ce sont 30 années d’histoire politique qui sont revisitées. Du RPF, le Rassemblement du Peuple français, on ne peut pas dire que les journaux nous en aient beaucoup parlé. Entendre évoquer les cinq mois au terme desquels, après mai 1958, le Président du Conseil, Charles de Gaulle, va doter notre pays d’institutions d’une solidité exemplaire ! D’une monnaie redevenue stable après avoir été assimilée à un éternel yoyo ! Quelque part, cela redonne espoir que l’on quitte un jour une frileuse petitesse, de laquelle hélas nombreux sont ceux qui ne parviennent pas, au fil des ans, à se défaire.
Pourquoi ne pas rappeler quelques faits ? Notamment qu’il a été interdit de 1947 à 1958 de prononcer le nom de l’ancien chef de la France-Libre sur une antenne publique sous peine de licenciement… Tout a été fait et continue de l’être pour que cette période qui aura consacré le renouveau de la France soit passée sous silence. Le pouvoir est devenu un immense fromage. Après le trop-plein, nous voici dans le vide, d’ailleurs prévu par le Général de Gaulle après son départ. Plus rien d’étonnant à ce que le Président de la République d’aujourd’hui parle dans un grand journal étranger de son souci de déconstruire la France. Chacun ses priorités, aussi peu fertiles qu’elles puissent s’avérer…
Sous De Gaulle, comme le confie Michel Anfrol à Hélène et à Julien Brando, si la
communication était érigée en art comme aujourd’hui, la grande différence est qu’à l’époque « la communication avait pour but de dire le fond des choses » et pas le contraire en enfumant les citoyens et en les prenant pour des enfants. C’est pourquoi toute comparaison de nos présidents les plus récents avec De Gaulle paraissait « insoutenable » à Michel Anfrol.
Dans une prochaine émission avec le professeur Michel Boivin, nous verrons ce qui reste du gaullisme aujourd’hui, et avec Hélène Brando, nous reviendrons sur cette époque contemporaine qui a été marquée, qu’on le veuille ou non, du sceau des bâtisseurs.
Joël-François Dumont
[1] Entretiens avec Michel Anfrol, Avec de Gaulle du RPF à l’ORTF
Regain de Lecture">Regain de Lecture éd., Orléans (2020).
Les Français parlent aux Français du bout du Monde… Après avoir entendu des compatriotes en Asie et aux Amériques, retour en Europe centrale et orientale. Après la Pologne, la République tchèque.[1]
Les témoignages recueillis au fil de ces émissions montrent à l’évidence que les Français qui vivent à l’étranger s’intègrent parfaitement. A l’évidence, nos compatriotes prolongent l’action de la France par leur présence et leur savoir-faire.
Chaque rendez-vous sur les ondes est une occasion de découvrir pour les uns – ou de redécouvrir pour les autres – les liens anciens qui peuvent exister entre la France et ces pays d’accueil.
Si les relations entre la France et les pays situés au centre de l’Europe ont été particulièrement intenses pendant l’entre-deux guerres, au point de retrouver le niveau qu’ils avaient pu connaître avant 1870, lorsque le rideau de fer est tombé, les relations ont été brutalement interrompues.
Ces pays, pourtant slaves, étaient néanmoins orientés vers l’Ouest mais l’URSS a tout fait pour rompre ces liens.
Le général de Gaulle, dès 1963, s’est bien attelé à renouer un dialogue, mais il faudra attendre l’effondrement de l’URSS pour que ces pays retrouvent enfin leur indépendance et la possibilité de renouer avec leur passé.
François Mitterrand a poursuivi l’action du général de Gaulle en facilitant l’entrée dans la communauté européenne de ces pays leur permettant de s’intégrer rapidement à cette Europe à laquelle ils ont toujours appartenu.
Dans la plupart des pays d’Europe centrale et orientale, le sentiment demeure que la politique étrangère française a toujours été « plus déterminée par des facteurs extérieurs à cette région du monde … Les défis adressés à la France sur le plan de sa sécurité nationale, en particulier par l’Allemagne et l’Union soviétique, en constituent les ressorts … En dépit des apparences, la France n’a jamais eu de rapports vraiment étroits, profonds et structurés avec l’Europe du Centre-Est … Les aspects les plus vigoureux et les plus durables de ces relations sont perceptibles sur le plan culturel.
Le „rayonnement culturel” de la France jouit toujours d’une grande considération en Europe centrale et orientale … A l’inverse des clichés si souvent évoqués encore de nos jours, les relations entre la France et les pays de l’Europe centrale et orientale ne sont guère déterminées par la tradition mais par des motifs purement politico-stratégiques. La tradition allait dans le sens d’une subordination à la France… »[2] L’étude de Gusztáv D. Kecskés permet de remettre les choses en perspective et aussi de mieux comprendre
pourquoi l’Allemagne semble avoir davantage réussi dans ce domaine.
De Gaulle et Mitterrand sont bien les seuls présidents français à s’être intéressés à ces pays qui sont devenus des partenaires économiques et politiques au quotidien et dont certains, demain, vont être surpris par le renouveau économique qu’ils ont su mettre en œuvre en moins de 20 ans.
Depuis que la France est devenue une puissance moyenne, l’attrait des États-Unis a été très fort, même si la plupart de ces pays sans façade maritime, sans avoir connu d’immigration étrangère, ont toujours cherché à privilégier les échanges en direction de
l’Europe. Restent les liens culturels, mais ceux-ci pourraient aussi décliner comme cela a été le cas dans d’autres pays y compris, francophones.
Avec Joël et Jana Bros, nous allons découvrir la Moravie, l’une des plus belles régions d’Europe, encore très mal connue des Français et pourtant si accueillante. En République tchèque, Prague et la Bohème semblent plus attirer les touristes que la Moravie ou la Silésie. Deux provinces qui gagnent à être mieux connues.
Joël Bros après avoir été militaire et diplomate à Prague et à Bratislava a travaillé dans une seconde vie dans tous les pays d’Europe de l’Est. Il parle russe, polonais, tchèque et
slovaque, en plus de l’allemand et de l’anglais. Son épouse, universitaire, est professeur de Français. Chanter fait aussi partie de leur vie pour la plus grande joie des Tchèques ou des Slovaques.
Le regard qu’ils portent sur cette histoire commune mérite d’être médité et partagé. Vu l’intérêt suscité, deux émissions suivront, une pour compléter la première, déjà très riche, la seconde pour parler de la Slovaquie et pour évoquer plus en détail deux
magnifiques pages d’histoire commune avec la France : Milan Rastislav Štefánik pendant la Première Guerre Mondiale et le Bataillon Foch qui a pris une part active au soulèvement national slovaque lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Joël-François Dumont
[1] Entretien avec le président de l’UFE, l’ambassadeur François Barry Delongchamps [2] Étude publiée à Budapest :
« Franciaország Kelet-Közép-Európa politikája 1918-tól napjainkig (La
politique étrangère de la France envers l’Europe du Centre-Est de 1918 à nos jours) in Grotius, revue scientifique de l’Institut d’études internationales de l’Université Corvinus de Budapest (2009).
Les Français viennent de voter. Le résultat est un désastre pour le pouvoir en place. Après le vide imaginé par le général de Gaulle, l’heure du trop-plein serait-elle venue ? Comment ne pas établir de parallèle dans un pays qui vit aujourd’hui une crise de confiance sans précédent ?
Pour mémoire, en mai 1958, la IVe République agonise et meurt en quelques semaines dans l’indifférence générale. Le régime parlementaire instauré en octobre 1946 est discrédité dans l’opinion. Entre une guerre en Algérie qui n’en finit pas et des gouvernements successifs qui témoignent d’une impuissance inédite, secoués par des scandales en série, le spectre de la guerre civile menace.
Le président de la République, René Coty, n’a pratiquement aucun pouvoir autre que
représentatif. Le pouvoir politique est à Matignon entre les mains du président du Conseil. Pour trouver une issue à une crise politique sans précédent depuis la fin de la guerre et remettre le pays sur les rails, le président de la République demande au général de Gaulle de former un gouvernement.
En 5 mois, le général réussit un premier tour de force en dotant le pays d’institutions comme celles qu’il avait pu suggérer dans son discours de Bayeux le 16 juin 1946. Le 4 octobre 1958, une nouvelle Constitution est adoptée. Elle se caractérise par un pouvoir exécutif fort, une stabilité gouvernementale inédite et la création d’une justice constitutionnelle. Le président acquiert une autonomie par rapport aux assemblées. En 1962, après une révision constitutionnelle, le président de la République sera élu au suffrage universel pour 7 ans.
A l’intérieur le nouveau pouvoir s’installe. Le général qui préside un Conseil de ministres de choc s’attaque au renouveau économique du pays en lançant une politique de grands travaux, de modernisation et d’industrialisation sans précédent, non sans avoir,
auparavant, réussi à rétablir la stabilité de sa monnaie. Ce sera la première grande rupture avec « le régime des partis ».
Sur le plan militaire, ce sera une deuxième grande rupture. Le général de Gaulle va créer une force de dissuasion nucléaire et retirer la France du commandement militaire de l'OTAN. Plus jamais la France ne pourra impunément être envahie comme elle l’avait été. La France entend désormais être maître de son destin.
Avec ces deux ruptures, la « politique de grandeur » de la France prend rapidement forme : à l’intérieur, avec la création d’un État-stratège et planificateur.
A l’extérieur, avec l’adaptation et l’alignement par la France, pour la première fois de son histoire, de sa politique de défense sur sa politique étrangère. La France parle désormais d’une seule voix.
Après avoir posé le « socle » – la constitution de 1958 et les Institutions – en 1960, le général de Gaulle lance la décolonisation de l'Afrique noire tout en y maintenant l'influence française en créant une « Communauté française ». Il renoncera à l'Algérie française malgré l'opposition des pieds-noirs et des militaires, qui avaient pourtant favorisé son retour au pouvoir. En 1962, il mettra fin à la guerre d’Algérie, une guerre qui n’avait que trop duré et l’Algérie deviendra indépendante. La page de la décolonisation est tournée.
En politique étrangère, le général de Gaulle a, enfin, les mains libres et entend défendre « l'indépendance nationale », préconisant une « Europe des nations » qui irait « de l'Atlantique à l'Oural » tandis qu’avec le Chancelier Adenauer, il poursuit une très active réconciliation franco-allemande. Il amorce en Europe une rupture avec le
fédéralisme européen. Après avoir maintes fois condamné le partage du monde organisé – sans la France – à Yalta, le général opposera un veto à l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne, soutiendra le « Québec libre »,
condamnera la guerre du Viêt Nam et reconnaîtra la Chine communiste. Voilà très
brièvement résumées les grandes lignes de sa politique étrangère. L’objectif poursuivi
inlassablement par le général de Gaulle étant que la France retrouve son « rang ».
Mais ce que l’on oublie de dire – ou ce que l’on connait beaucoup moins –, c’est que le général de Gaulle souhaitait retrouver la qualité des relations qui existaient, avant 1940,
avec les pays situés en Europe derrière le rideau de fer, avec des pays d’Asie et avec les pays d’Amérique latine qui avaient été les premiers avec les Africains à soutenir l’homme du 18 juin. Il ne saurait y avoir de chasses gardées américaine ou soviétique. Après la détente, l’heure est à la « coopération ».
L’un de ceux qui a le mieux compris cette politique étrangère, c’est un journaliste. Michel Anfrol est de ceux qui vont marquer cette époque qui restera dans l’esprit des Français synonyme d’un véritable renouveau.
Après des études brillantes sanctionnées par deux doctorats, Michel Anfrol est polyglotte : il parle anglais, italien, espagnol, portugais, serbo-croate et russe. Le jeune
garçon qui avait vu, aux côtés de son père, la Wehrmacht défiler sur les Champs-Élysées, sera présent sur les Champs-Élysées lors de la Libération de Paris et apercevra le général de Gaulle. « A ce moment-là fut scellé le pacte de fidélité qui allait le lier jusqu’au bout à celui qui rétablit la République et la démocratie, qui, par deux fois assura la résurrection du pays ».[1] « Le général » deviendra son idole, ce qui ne l’empêchera pas de rester critique, car journaliste scrupuleux, Michel Anfrol ne pratiquera jamais la langue de bois. Si « les faits étaient sacrés, les commentaires
étaient libres ».
Après avoir occupé pendant plus de 15 ans divers postes d’Envoyé spécial permanent et de correspondant à Washington, à Rome et en Amérique latine, pour l'ORTF et TF1,
une fois à la retraite, Michel Anfrol va devenir bénévole et se partager entre la Fondation Charles de Gaulle où il créé « l’Association des Amis de la Fondation » et Radio Latina où, chaque samedi matin, il célèbre la musique latino-américaine, le tango
notamment.
Grand spécialiste des Amériques, Michel Anfrol a vécu comme un drame personnel la perte de l’influence française en Amérique latine où il comptait de nombreux amis.
Pour participer à cette 6e émission sur les ondes de la Voix du Béarn, une semaine
après avoir parlé du Chili avec Aude Argouse, Jean-Michel Poulot et Joël-François Dumont avaient prévu d’inviter trois personnes :
Julien Brando, philosophe et écrivain. Avec son épouse Hélène qu’il a connue Rue de Solférino à la Fondation Charles de Gaulle. Le mauvais temps régnant en Normandie allié à la médiocrité de notre infrastructure Internet dès que l’on sort des grandes villes a empêché Julien de participer à cette émission, mais le sujet étant loin d’être épuisé, on le retrouvera bientôt.
Christian Paris que les auditeurs de la Voix du Béarn et Radio Hexagone connaissent bien. Ancien commandant de bord à Air France, il nous a fait découvrir deux de ses grands amis : Jean Billaud, un ancien de la France Libre qui restera un fidèle du général de Gaulle, à qui Christian Paris a consacré un livre magnifique et, plus récemment un autre homme d’exception, le père Pedro Opeka, qui a créé 18
villages en Afrique et sauvé de la misère 400.000 jeunes malgaches en 20 ans…
Enfin, un confrère béarnais qui a été dans le monde entier, Gilles Brochard. Son père, chef de cabinet de Maurice Couve de Murville, a été au cœur de la diplomatie gaulliste avant de devenir président de l’Union des Français de l’étranger Monde. Auteur de plusieurs livres de référence, Gilles Brochard était lui aussi un fidèle ami de Michel Anfrol qui nous a quitté il y a deux ans. Sa voix, son rire communicatif, son sens de
l’humour resteront gravés dans bien des mémoires, sans parler des confrères qu’il
a secourus en créant un fonds d’entraide pour la profession.
Joël-François Dumont
[1] Extrait de la préface d’Angelo Rinaldi de l’Académie française du « livre d’entretiens
avec Michel Anfrol », publié par Hélène et Julien Brando dans la collection « Regain de lecture » aux Éditions Corsaires.
Pour cette cinquième émission « Les Français parlent aux Français du bout du monde » diffusée par La voix du Béarn et rediffusée sur Internet, notamment par Radio Hexagone.
Après les États-Unis, la Pologne, l’Allemagne, Hong Kong et la Belgique, cette nouvelle
heure consacrée aux « Français du bout du monde » était consacrée au Chili. Un pays dont le drapeau est bleu, blanc, rouge, et dont une partie de l’histoire est plus liée à des Français qu’elle ne l’a été avec la France.
Le seul président de la République française à s’être intéressé à l’Amérique latine, c’est le Général de Gaulle où il a effectué une tournée triomphale du 21 septembre au 16 octobre 1964. Le 1er octobre 1964, le général, venant de Bolivie par la mer accoste à Valparaiso, après une traversée à bord du Colbert, le croiseur le plus moderne de la Marine nationale. Sur les quais il est accueilli dans le plus grand port d’Amérique latine par le président Jorge Alessandri et salué avec enthousiasme par la foule de Valparaiso avant d'être acclamé par celle de Santiago du Chili, la capitale.
Depuis le 19e siècle, une longue tradition d’amitié et de bonnes relations existe entre les deux
pays. Au cours d’un périple de trois jours, au-delà des échanges économiques, le général de Gaulle souhaite développer les échanges techniques et culturels avec « des pays avec lesquels nous avons beaucoup en commun ». Il prononce à cet effet un discours à l’Université de Santiago où il se déclare en faveur d’un « resserrement des liens » entre cadres français et chiliens : « Dans ces domaines, dont tout dépend, peut et doit, me semble-t-il, s'établir entre les cadres chiliens et les cadres français un accord plus étroit aujourd'hui. Certes, les affinités amicales qui existent entre nos deux peuples y trouveraient leur compte. Certes, l'avantage pratique en serait grand, mais aussi, pourquoi ne pas le dire : cet effort délibérément organisé en commun entre nos deux républiques, l'une d'Europe et l'autre d'Amérique Latine, serait un exemple entraînant, et un changement important dans l'actuelle conjoncture internationale.»
Le moins que l’on puisse dire est qu’aucun autre président français ne s’est jamais intéressé à l’Amérique latine, avant lui comme après lui. Certains, même, trouvant que les relations culturelles étaient de trop haut niveau ont mis des bâtons dans les roues (lois Pasqua, circulaire Guéant) de tous ces universitaires sud-américains pour qui la Sorbonne était depuis des générations un des hauts-lieux culturels du monde. Les intellectuels français aiment l’Amérique latine. C’est un fait. Certains même vont y consacrer leur vie.
Qui mieux donc qu’une universitaire française pouvait nous parler du Chili ? Aude Argouse est polyglotte. Elle a beaucoup voyagé de par le monde, mais l’Amérique latine, c’est sa passion. Après un an au Pérou au début des années 2000, pays dont la gastronomie est une des plus renommées qui soit, elle est depuis 9 ans au Chili, où elle enseigne l'histoire du droit à l’Université du Chili. Elle est également co-éditrice d'une revue électronique, Revista Historia y Justicia, et co-fondatrice de Acto Editores, une petite maison d'édition indépendante. Licenciée en Droit à, Paris II, et après un doctorat d’histoire des civilisations (EHESS), elle dépose ses valises en Amérique latine et voue sa carrière à l'histoire des notaires et du papier.
Elle découvre au fil des ans la « lointaineté » de ce pays, « le plus austral du monde ». La pandémie la verra, comme tant d’autres, coupée de cette France où elle a encore ses parents et ses amis. Comme beaucoup d’expatriés, il lui sera interdit de rentrer en France. Elle sera pendant de longs mois confrontée à une gestion ubuesque de la pandémie en France par des politiciens se revendiquant fièrement d’être des « amateurs ». Sans information pratique, isolée, livrée à une ambassade déconnectée de ses ressortissants malgré des fonctionnaires de qualité, des moyens consulaires quasi inexistants, elle se sentira comme des centaines de milliers d’expatriés ! « Ignorée », voire « punie » pour habiter un pays étranger, où elle n’est là que pour diffuser et faire partager l’amour d’une culture qui se veut universelle.
Quelle image ont les Chiliens de la France ? Un Français peut-il s’intégrer au Chili ?
Autant de questions auxquelles Aude Argouse répond. De quoi découvrir, pour les uns, approfondir pour les autres, notre connaissance du rayonnement français dans le monde.
Photo © Uahurtado.cl
Deux semaines avant la première rencontre Biden-Poutine, il nous a paru intéressant de nous interroger sur deux graves questions. Pour chercher à comprendre, tout d’abord, quel avantage politique le président Joë Biden pouvait bien rechercher en rencontrant aussi rapidement Vladimir Poutine qu’il qualifiait, il y a encore peu, d’« assassin » ! Ensuite de voir comment lutter efficacement contre les opérations de subversion menées dans la durée par les services russes pour saper nos systèmes démocratiques.
Quels sont les risques de ce sommet ? Le but de Moscou est de donner l'impression que les États-Unis vont abandonner l'Europe en échange d'une neutralité russe en cas de conflit sino-américain, afin de convaincre les Européens qu'il n'y a pas d'alternative à l'hégémonie russe.
Washington entend restaurer la relation germano-américaine sur laquelle le président Bush avait fondé sa politique européenne à partir de 1989, en s'appuyant sur une Allemagne dirigée par les Verts, alors que Moscou entend, elle, la fonder sur la CDU, le SPD ayant plus ou moins disparu des écrans-radars pour avoir, comme en France, abandonné le social pour le sociétal.
Pour en débattre, dans ce 4e numéro de l’émission « Les Français parlent aux Français du bout du Monde », Jean-Michel Poulot et Joël-François Dumont ont invité sur La Voix du Béarn et Radio Hexagone, deux historiens de renom : une Française, l'historienne Françoise Thom, auteur d’ouvrages de référence sur l’URSS et la Russie, maître de conférences émérite d’Histoire contemporaine de la Russie à la Sorbonne, et Jerzy Targalski, un Polonais, docteur en histoire, qui est un des meilleurs spécialistes occidentaux des services de renseignement soviétiques et russes, qui a vécu, notamment, 14 ans en exil à Paris.
Le deuxième sujet est de comprendre les causes de cette guerre psycho-politique permanente que poursuit le Kremlin contre l’Occident et d'en montrer les similarités et aussi les différences si on la compare à celle menée pendant la guerre froide.
Sur ce sommet improvisé à la va vite, il y a au moins une certitude : deux pays ont, sinon tout ou le plus à perdre dans cet échange où, le grand risque, pour arriver à un résultat minimum, serait d’aboutir dans les faits à un nouveau Yalta sans même, côté occidental, l’avoir ni vraiment voulu ni même imaginé. Les Russes, eux ont de la suite dans leurs idées de conquête.
Pour des raisons diamétralement opposées, Washington entend baser, demain, sa politique européenne sur une Allemagne dirigée par les Verts, alors que Moscou entend, elle, la fonder sur la CDU, le SPD ayant plus ou moins disparu des écrans-radars pour avoir, comme en France, abandonné le social pour le sociétal.
Pour en débattre, dans ce 4e numéro de l’émission « Les Français parlent aux Français du bout du Monde », Jean-Michel Poulot et Joël-François Dumont ont invité sur La Voix du Béarn et Radio Hexagone, deux historiens de renom : une Française, le professeur Françoise Thom, soviétologue, auteur d’ouvrages de référence sur l’URSS et la Russie, professeur d’Histoire contemporaine de la Russie à la Sorbonne, et Jerzy Targalski, un Polonais, docteur en histoire, qui est un des meilleurs spécialistes occidentaux des services de renseignement soviétiques et russes, qui a vécu, notamment, 14 ans en exil forcé à Paris.
Le deuxième sujet est de comprendre le pourquoi de cette guerre psycho-politique permanente que poursuit le Kremlin contre l’Occident et de voir d'en montrer les similarités et aussi les différences si on la compare à celle menée pendant la guerre froide.
Dans les années 1982-1985, l’Occident a eu à affronter une désinformation mise en œuvre par le Service A du KGB. Inaugurée pourtant dès 1928 par le NKVD. Cette politique a été une des constantes de l’URSS pour miner et détruire de l’intérieur des pays qu’elle ne pouvait pas soumettre directement.
30 ans plus tard, avec l’apparition d’Internet et le développement de réseaux sociaux, on peut parler d’une véritable guerre psychologique, dépassant largement la propagande classique.
Face à cette patiente et persévérante entreprise de subversion, on attend toujours une réaction… Pour le moment, l’Europe a timidement inscrit dans ses priorités affichées ce combat dans lequel, pour l’heure, au Parlement européen, seul les députés polonais, estoniens et tchèques sont véritablement offensifs. A l’image de ce qui se fait dans ces trois pays qui, eux, ont pris toute la mesure de cette menace.
L’invité de la Voix du Béarn et de Radio Hexagone est un homme d’Église, un homme d’exception qui a sauvé des dizaines de milliers d’enfants, rejetés par la société, des familles entières, à Madagascar chaque année. « Du berceau au cimetière », plus de 500.000 personnes ont été secourues entre 1975 et 2021 !
Un lieu d’exclusion, de souffrance, de violence et de mort transformé à 60 kilomètres de la capitale malgache en un oasis d’espérance par la volonté d’un homme, le père Pedro Opeka.
Le pape François est allé rendre visite, en septembre 2019, au père Pedro, son condisciple argentin d’origine slovène. « A Akamasoa, l’extrême pauvreté a été éradiquée par la foi, le travail, la scolarisation, par le respect mutuel et la discipline. Ici, tout le monde travaille ! » Un exemple, sans doute, unique au monde, d’une réussite qui force l’admiration et qui nous invite à méditer à la fois sur le sens des mots et bien sûr le sens d’une vie pour tout être humain. Sans oublier de chercher à comprendre cette « absence de sensibilité sociale des dirigeants qui ont oublié et tourné le dos aux peuples qui les ont élus ».
Une émission de Jean-Michel Poulot, Christian Paris qui est allé plusieurs fois sur place et Joël-François Dumont face à un homme, six fois nominé pour le prix Nobel de la Paix. L’année dernière, Akamasoa n’a pas de chance : l’Amérique avait prévu de faire attribuer ce prix symbolique à… Donald Trump !
Tous les pays de l'Europe du Nord, de l'Est et du Sud jusqu'au Bosphore sont en alerte depuis la mobilisation aux frontières de l'Ukraine d'une force russe de 500.000 soldats, officiellement en manœuvre. A cela s'ajoute la mise en place d'un nouveau dispositif de 150.000 hommes, puissamment armés, avec pour objectif évident de replacer dans le giron russe l'Ukraine qui pensait pouvoir s'émanciper de la tutelle post-soviétique en rejoignant l'Europe et l'OTAN.
Le Kremlin a déjà prévu un Gauleiter pour l'Ukraine et les grandes lignes de sa politique d'occupation de l'Ukraine ont déjà été formulées dans un article remarqué, publié par RIA Novosti: destruction des élites nationales sous couleur de "dénazification", démantèlement de l'État ukrainien sous couleur de "fédéralisation", règne de la terreur avec rétablissement de la peine de mort.
Vladimir Poutine dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit. On devrait un jour - avant qu'il ne soit trop tard - finir par s'en rendre compte. Les Européens font semblant de croire qu'il s'agit d'un bluff. Cette menace n'est donc pas prise au sérieux et la seule réaction de Paris et de Berlin est de chercher un compromis en menaçant Moscou de vagues sanctions, comme ce fut le cas pour Alexexeï Navaltny.
Le président Ukrainien, Volodymyr Zelensky, est venu à Paris le 17 avril pour y rechercher l'appui de la France et de l'Allemagne, co-signataires des accords de Minsk. Rappelons qu’en 1994, son pays a renoncé à son potentiel nucléaire en signant à la demande des Occidentaux le protocole de Budapest, rendant à Moscou l’armement nucléaire dont il disposait, en échange d'une garantie de sécurité des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Russie et de la France qui se sont engagées à respecter et faire respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine.
Il est reparti de Paris les mains vides. Une attitude commentée, on peut s’en douter dans tous les pays qui se sentent directement menacés et qui ne croient déjà plus en cette Europe qui les abandonne pour s'en remettre désormais aux États-Unis et à l'OTAN.
Le président Trump, de par son attitude pour le moins désinvolte et une absence de vision en politique étrangère, n'a rien fait pendant sa présidence pour consolider le lien transatlantique. On sait ce qui est arrivé à ceux de ses conseillers qui l'ont mis en garde... Son successeur, Joe Biden, a pour lui d'avoir déjà vécu comme vice-président de telles situations, et, surtout, d'être entouré d'hommes d'expérience. C'est le cas d'Anthony Blinken, le nouveau Secrétaire d'État qui avait déjà été l'un des conseillers à la sécurité nationale du président Bill Clinton.
Comme le rappelle Françoise Thom le 19 avril au cours de cette émission sur la Voix du Béarn, Vladimir Poutine devrait s'exprimer le 21 avril et a convoqué pour le 23 le Conseil de la fédération de Russie.
Les seuls pays - pour le moment - qui sont montés au créneau sont la République Tchèque, après les Pays Baltes, la Pologne, la Slovaquie et la Turquie d'Erdogan qui a même été encore beaucoup plus loin...
Au-delà du sort funeste qui menace l'Ukraine et ses habitants, une fois de plus, l'Europe se montre incapable de réagir et de faire front alors qu'elle est très directement menacée. A force d'être pétrie dans ses contradictions, elle est toujours installée dans cette pusillanimité que regrettait déjà Françoise Thom dans une tribune publiée en 2008 par le journal le Monde lors de l'invasion de la Géorgie.
Cela rappelle Munich, à une différence près. Au moins, à l'époque, chacun comprenait les risques à venir d'une grande guerre avec l'Allemagne. Comment ne pas se souvenir de ces mots prophétiques tenus par Winston Churchill à la Chambre des Communes : « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre.» (« The government had to choose between war and shame. They chose shame. They will get war too.»
Propos réitérés dans une Lettre de Churchill à Lord Moyne, en date du 13 septembre 1938 : « En raison de la négligence de nos défenses et de la mauvaise gestion du problème allemand au cours des cinq dernières années, il semble que nous soyons très près du choix sombre entre Guerre et Déshonneur. Mon sentiment est que nous choisirons le déshonneur, puis que la guerre sera déclarée un peu plus tard dans des conditions plus défavorables qu'actuellement » (« Owing to the neglect of our defences and the mishandling of the German problem in the last five years, we seem to be very near the bleak choice between War and Shame. My feeling is that we shall choose Shame, and then have War thrown in a little later on even more adverse terms than at present.»)
Françoise Thom, agrégée de Russe, est historienne de formation, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris-IV-Sorbonne. Elle est également l'auteur de plusieurs livres de référence sur l'URSS et la Russie de Gorbatchev à Poutine.
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