Improvisations (le podcast)
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Improvisations (le podcast) episodes

  • Le nécessaire, le nuisible et les prix
    S'il est nécessaire de baisser nos émissions de carbone, il y a d'ores et déjà plein de bonnes raisons qui justifient qu'on instaure dans de nombreux cas des transitions, des exceptions, des modalités particulières ;  mais la discrimination par les prix, qui conduit à ce que, toutes choses égales par ailleurs, les plus fortunés aient la possibilité de persévérer dans des comportements dénoncés comme nuisibles et interdits pour cette raison aux autres, ça ne peut pas marcher.
    5 min
  • Le charme
    Accepter ce qu'on ne comprend pas, comme le fait aussi Alceste de son amour pour Célimène, c'est toujours périlleux, comme un saut dans le vide. Mais il y a sûrement une part de magie et d'incompréhensible à accepter pour ne pas passer à côté du monde et de la vie. Le scepticisme, "cette carie de l'intelligence" comme disait Victor Hugo, ne peut être notre seul maître. Il est vain et ne conduit nulle part.
    6 min
  • Porter le monde
    Les fardeaux, comme toutes les choses intéressantes de ce monde, ne sont jamais monovalents, jamais univoques : ils vibrent incessamment et se retournent à chaque instant, passant du positif au négatif, de l'attrayant au repoussant : le fardeau pèse et nous fait plier mais notre capacité à l'assumer, à le supporter, nous grandit et nous allège. Il y a une dialectique du fardeau et de la légèreté, de la pesanteur et de la grâce, comme il y a une dialectique du maître et de l'esclave, de la servitude et de la liberté.
    4 min
  • La petite reine trahie
    Même les vélos normaux mis à disposition du public sont des mécaniques lourdes et épaisses à larges moyeux, larges tubes, larges pneus, larges rayons ; des bicyclettes qui, comme la grenouille de la fable, auraient voulu se faire aussi grosses que des mobylettes. La simplicité, la pureté, l'économie de moyens qui sont l'essence du vélo sont ici piétinées, emportées dans la spirale inflationniste qui régit l'industrie automobile, qui ne conçoit le progrès que sous forme d'alourdissement et d'accumulation de matière.
    5 min
  • Le plaisir des choses rondes
    Il y a un grand plaisir, une grande satisfaction, dans l'accomplissement des choses non pas simples, non pas courtes, non pas manuelles, mais rondes ; je veux dire : ces choses dont on peut faire le tour, qu'on peut commencer et achever, qu'on peut accomplir.
    6 min
  • Sélection naturelle
    Que ce soit dans une petite île comme Porquerolles ou dans les hauts alpages, on a vite fait de réaliser que le processus de sélection naturelle (plus naturelle encore dans les alpages que dans l'île du bon Monsieur Fournier) n'est nullement synonyme de croissance débridée d'une espèce dominante qui écraserait les autres de ses avantages comparatifs ; c'est au contraire le codéveloppement d'espèces multiples mettant en œuvre, avec une inventivité prodigieuse, des stratégies fondamentalement différentes, voire opposées.
    4 min
  • Distinction
    C'est ce que nous devons apprendre : ne pas nous définir, comme c'est le plus facile, le plus tentant, le plus immédiat, le plus naturel peut-être, par le rejet des autres (ou de l'Autre) ; ne pas fuir sous prétexte qu'on nous suit.
    5 min
  • La planche
    Quand vient la houle, quel plaisir que de sentir son corps, porté par la mer, onduler au gré des vagues, comme celui d'une chenille qui se promènerait dans un jardin, grimpant sur des brindilles puis en descendant.
    2 min
  • Instrumentalisation
    J'ai trop souvent agi moi-même ainsi pour ne pas déceler l'imposture, au moins partielle : cette façon d'instrumentaliser un être dépendant (un enfant, un chien, un chat) pour attirer l'attention sur nous-mêmes, cette manière de prétendre s'intéresser à lui alors qu'il n'est qu'un faire-valoir.
    3 min
  • Le mépris, le déni et le monde qui se délite (reprise)
    (c) 1963 Studiocanal - Compagnia Cinematografica Champion S.P.A. / Les Films Marceau / Rome-Paris Films. Tous Droits réservés
    C'était hier soir, à la Villa Carmignac, à Porquerolles : la beauté de Brigitte Bardot, le chapeau de Piccoli, la musique de Georges Delerue, la splendeur de Capri.
    Tout ça sous les pins et les eucalyptus, dans le chant des cigales qui peu à peu se taisaient tandis que, derrière l'écran, la lune se levait.
    Le mépris, d’Alberto Moravia, raconte la progressive découverte, par un homme, de ce qu’il sait déjà, de ce qu’il sait depuis le début. C’est le récit d’un déni qui s’achève, pareil à celui que nous ressentons face au monde qui s’abîme, le voyant se déliter sans cependant y croire vraiment, écartelés que nous sommes entre l’aveuglement, le refus de la culpabilité, une précoce nostalgie et une trop tardive espérance.
    Au premier chapitre, tout se noue, et le reste du roman ne sera qu’une exploration des ondes et du chaos nés de cette singularité première, non reconnue comme telle mais pourtant immédiatement perçue, sentie – plus d’ailleurs, dans le film de Godard que dans le roman de Moravia. Nous savons, nous savons depuis toujours, ayant vu devant nous le monde s’effilocher et se salir ; nous savons, et pourtant nous ne croyons pas.
    De même que c’est dans son exil que Riccardo reconnaît le bonheur émanant d’Emilia, c’est dans la disparition du monde qui fut que nous reconnaissons sa beauté :
    Plus on est heureux et moins on prête attention à son bonheur. Cela pourra sembler étrange, mais au cours de ces deux années j’eus même parfois l’impression que je m’ennuyais. Non, je ne me rendais pas compte de mon bonheur. En aimant ma femme et en étant aimé d’elle je croyais faire comme tout le monde ; cet amour me semblait un fait commun, normal, sans rien de précieux, comme l’air que l’on respire et qui n’est immense et inestimable que lorsqu’il vient à vous manquer.
    C’est quand le monde nous échappe, qu’on voit le flux continu de la vie se tarir, les oiseaux moins chanter, les glaciers disparaître, les mers devenir des poubelles, que sa magnificence, si longtemps dédaignée, l’humble magnificence chantée par François, nous submerge, comme elle submerge les personnages de Soleil vert qui se donnent à la mort et qui découvrent un monde qu’ils n’ont jamais connu.
    C’est quand le monde nous échappe, comme Camille échappe à Paul, pour emprunter cette fois-ci ses prénoms à Godard, que l’amour nous avons pour lui, qui était discret et inavoué, secret et presque honteux, s’exprime et éclate, se découvre :
    Au temps où Emilia montrait un déplaisir de mon absence, je la quittais le cœur léger, content au fond de ce déplaisir comme d’une preuve supplémentaire du grand amour qu’elle me portait. Mais dès que je m’aperçus que non seulement elle ne manifestait aucun dépit mais qu’elle semblait préférer sa solitude, je commençais à éprouver une sourde angoisse, comme lorsqu’on sent manquer le sol sous ses pieds.
    Et c’est maintenant que tout ce qui paraissait naturel et donné, allant de soi et éternel, révèle sa fragilité, maintenant que le monde s’en va, que nous voulons le retenir, l’embrasser, nous montrer tendres et aimants avec nos pauvres gestes, nos gestes maladroits et un peu niais qui succèdent à des décennies de violence et de pillage.
    Nous découvrons que nous aimons le monde, que nous ne pouvons vivre sans lui, que nous formons avec lui un seul être, et pourtant nous n’allons pas jusqu’au bout de notre amour. Comme Riccardo-Paul, qui refuse de reconnaître sa pusillanimité et qui va toujours demandant à Emilia-Camille pourquoi elle le méprise, lui qui pourtant au fond de lui le sait, nous ressassons le passé, feignons de ne pas connaître les causes du désastre qui s’annonce et continuons sur notre lancée, dans un endormissement tranquille et mortifère dont ne peuvent nous sortir que les cris de nos modernes Antigone.
    Et de même que Paul croit qu’il suffit d’être brutal pour être l’homme que Camille lui reproche de ne pas être, nous manquons de sincérité, d’entièreté et de virilité dans notre amour et nos résolutions. Nous manquons de courage pour changer résolument de cap, babouinons, singeons, tenons de grandes conférences mais ne décidons rien, préférant négocier, calculer, mégoter.
    Dans la course à l’abîme, nous cherchons à gagner du temps.
    6 min

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Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.