Depuis quelques années, le même nom de « dramaturgie » est attribué à des pratiques et modes d'interventions pourtant distincts.
Sur la scène artistique contemporaine, on rencontre donc tout autant des dramaturges de plateau – qui accompagnent des créations théâtrales ou chorégraphiques – que des dramaturges-performeur·se·s – qui viennent incarner en leur nom un texte dramatique qu'ils/elles ont pu écrire et dont le traitement scénique n'est donc plus réservé aux seul·e·s metteur·se·s en scène – que des dramaturges de festival ou encore des dramaturges associé·e·s à une Institution (théâtre, centre de création, École d'Art....). Plutôt que de considérer cela comme une dérive qu'il faudrait corriger en revenant à
« La Vérité » de la dramaturgie, peut-être faut-il plutôt lire ici une des caractéristiques permanentes d'une activité dont le seul propre serait de ne pouvoir se laisser appropriée par aucune définition unique. Puisque le mouvement, le déplacement, l'énergie de l'invention sont d'emblée inscris dans son seul nom (drama-ergon : action-création ou mouvement), peut-être ne peut on s'approcher de la dramaturgie qu'en commençant par s'éloigner des formes d'appropriation trop souvent exigées par la démarche théorique.
Dans ce premier module nous privilégierons donc une approche expérimentale ou tenterons de reconnaître la production de savoir contenue dans ce que l'on nomme
« expérience ». Nous partirons donc des expériences concrètes de création dramaturgique, que celle-ci prenne la forme d'un écrit, d'un apport au sein d'une création scénique ou de l'invention d'un déroulé de festival. Nous nous arrêterons tout particulièrement sur le dernier cas mentionné précédemment : la dramaturgie d'Institution pour saisir la manière dont une pratique du déplacement peut se maintenir tout en s'installant dans une place identifiée et ce qu'elle est en mesure, alors, de garder en mouvement au sein des maisons qui ont précisément pour mission première celle d'accompagner ce qui ne peut être autre que mouvement : la création.
Camille Louis est philosophe et dramaturge. C'est au sein du collectif européen kom.post - co-initié en 2009 avec Laurie Bellanca - qu'elle développe ses différentes expérimentations dramaturgiques, à la frontière de la performance et des formes de débat collectif (La fabrique du commun ; Autour de la table ; L'occupation des ondes...). Cherchant à explorer les rapports de la création artistique à l'action politique, Camille Louis ne cesse de reprendre et de déplacer les possibilités contenues dans la notion de dramaturgie au sein d'une pratique « mouvementée » de
celle-ci. Son travail rencontre ainsi une pluralité de scènes européennes (Festival d'Avignon ; Tanz Im August, Berlin ; Biennale de Moscou ; festival Troubles, Bruxelles ; Festival des Quatre Chemin, Port au Prince ; Mir Festival, Athènes ; festival Hors Pistes, Centre Pompidou, Paris et festival Mondes Possibles, théâtre Nanterre-Amandiers dont elle fut dramaturge) qui, chaque fois, redistribue les conditions d'invention d'une écriture « en situation ».
Celle-ci s'incarne aussi dans ses travaux de philosophe qui, pour s'élaborer, partent toujours d'un terrain arpenté, expérimenté, rencontré à partir des récits singuliers plutôt que depuis une grille théorique préposée. C'est notamment le cas des recherches et actions qu'elle mène, depuis plusieurs années, auprès des résistances politiques en Europe (tout particulièrement à Athènes) et des populations exilées (tout particulièrement à Calais).
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