La chronique nature

La chronique nature

Download on the App Store

La chronique nature episodes

  • Pesticides et santé des jeunes 2
    Chronique présentée par Joseph Pousset, ingénieur agronome et membre de l'AFFO, Association Faune et Flore de l'Orne.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    7 min
  • Pesticides et santé des jeunes 1
    Chronique présentée par Joseph Pousset, ingénieur agronome et membre de l'AFFO, Association Faune et Flore de l'Orne.

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    5 min
  • Histoire de la terre 21 - Anthropocène : un vivant devenu force géologique ?
    Nous arrivons à la dernière station du voyage.
    Après des milliards d’années d’histoire, après la naissance de la Terre, l’apparition de la vie, les grandes révolutions biologiques, les extinctions, les reconstructions, les glaciations et les réchauffements successifs, une question s’impose désormais?: la Terre est-elle entrée dans une nouvelle époque géologique??


    Depuis quelques décennies, scientifiques, géologues, historiens et philosophes débattent d’un terme?: l’Anthropocène. Un mot pour désigner l’idée que l’activité humaine aurait modifié la planète à une échelle comparable aux grandes forces géologiques du passé.
    Mais ce mot ne va pas de soi. Il ne décrit pas seulement un constat scientifique?; il interroge notre place dans le temps profond. Pour comprendre ce débat, il faut revenir à ce que signifie une époque géologique.
    Dans l’histoire de la Terre, les grandes divisions — ères, périodes, époques — ne sont pas définies par des événements culturels ou historiques, mais par des signatures durables inscrites dans les roches?: changements climatiques globaux, extinctions massives, modifications profondes des cycles du carbone, de l’oxygène, du vivant, des paysages, des rapports entre le climat, les roches, le vivant.
    Or, aujourd’hui, de telles signatures sont en train d’apparaître. Dans les sédiments, on retrouve désormais des matériaux inexistants auparavant?: plastiques, alliages de métaux, radionucléides issus des essais nucléaires.
    Dans l’atmosphère, la concentration de dioxyde de carbone augmente à une vitesse sans équivalent dans l’histoire de la Terre. C’est le bien connu réchauffement climatique. Dans la biosphère, les taux d’extinction de la biodiversité dépassent largement les rythmes naturels observés hors crises majeures.
    Pour certains chercheurs, ces signaux sont suffisants. L’Anthropocène serait déjà là, commencé au milieu du XX? siècle, avec la «?grande accélération?» industrielle, démographique et énergétique.
    Pour d’autres, la prudence s’impose. Ils rappellent que la géologie se mesure à l’échelle de centaines de milliers, voire de millions d’années. Ils soulignent que l’Anthropocène n’est pas encore officiellement reconnu par les instances géologiques internationales. Le débat reste ouvert.
    Mais au-delà de la terminologie, une réalité fait consensus. Jamais auparavant une seule espèce n’avait transformé aussi rapidement, aussi profondément, autant de composantes du système Terre à la fois. En quelques siècles, l’humanité a modifié :
    la composition de l’atmosphère,
    les flux du cycle du carbone,
    l’occupation des sols,
    la chimie des océans,
    la distribution du vivant.
    Pour replacer cela dans le temps profond, il faut se rappeler ce que nous avons vu au fil de ces chroniques sur l’histoire de la Terre :
    La photosynthèse oxygénique a mis des centaines de millions d’années à transformer l’atmosphère.
    2. Les glaciations ont sculpté les paysages sur des centaines de milliers d’années.
    3. Les extinctions massives se sont produites sur des dizaines de milliers d’années.
    Aujourd’hui, certaines transformations comparables se déroulent en une poignée de générations humaines. Cela ne signifie pas que l’humanité soit extérieure à la nature. Au contraire. Ce que révèle le débat sur l’Anthropocène, c’est que l’espèce humaine est pleinement incluse dans le système Terre. Ses techniques, ses sociétés, ses choix énergétiques s’inscrivent désormais dans la même continuité que le volcanisme, la tectonique, ou les grandes révolutions biologiques du passé.
    Mais avec une différence majeure. Les forces géologiques du passé étaient progressives et sans objectif ni direction intentionnelle. Elles n’avaient ni intention, ni mémoire, ni capacité de réflexion sur leurs propres effets. L’humanité, elle, agit en sachant — au moins en partie — ce qu’elle fait. Elle transforme un système dont elle dépend entièrement.
    L’Anthropocène, qu’il soit formellement reconnu ou non, pose donc une question nouvelle dans l’his

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    10 min
  • Histoire de la terre 20 - Le genre Homo : outils et maîtrise du feu
    Les premiers hominidés vivent dans des mondes incertains.
    Leurs environnements fluctuent rapidement. Les ressources ne sont jamais garanties. La capacité à marcher longtemps, à explorer, à transporter devient cruciale. Leur succès ne tient pas à la force, mais à la flexibilité écologique.

    Pendant longtemps, ces hominidés restent peu nombreux, fragiles, vulnérables.
    Ils coexistent avec de nombreuses autres espèces animales, y compris d’autres primates. Ils ne dominent pas les écosystèmes. Ils en sont une composante parmi d’autres. Les Australopithèques, il y a 3,5 millions d’années, ont commencé à se mettre debout et à faire quelques pas en bipèdes de temps en temps. C’est l’époque de la fameuse Lucy, trouvée par le paléontologue Yves Coopens. Ceci dit, il semblerait que Toumaï, qui a 7 millions d’années (Tchad, 2001, Michel Brunet), ait déjà commencé à se mettre debout pour observer au loin dans la savanes. Plus la science avance et plus les étapes reculent dans le temps.
    Peu à peu, le cerveau augmente lentement de taille. Le régime alimentaire se diversifie. Les comportements sociaux gagnent en complexité. Les interactions avec l’environnement deviennent plus nombreuses, plus variées, plus inventives.
    L’humain est issu de cette adaptation au milieu de nombreuses espèces qui apparaissent, puis disparaissent. Certaines expérimentent des formes de bipédie différentes. D’autres développent des stratégies alimentaires spécialisées. L’arbre évolutif est touffu, ramifié, incertain.
    Mais quelque chose est désormais en place. Une lignée capable de répondre à l’instabilité par l’innovation comportementale, par l’apprentissage, par la transmission. Nous sommes dans le temps des dernières glaciations, des grands mammifères, et des premiers outils. L’une des premières innovations majeures associées au genre Homo est le développement systématique des outils.
    Certains hominidés utilisaient déjà des objets naturels.
    Mais avec Homo, la fabrication répétée d’outils en pierre devient une stratégie centrale. Les éclats taillés permettent de découper, de gratter, de fracturer. Ils modifient profondément le rapport à la nourriture. La viande devient plus accessible, de même que la moelle osseuse, riche en énergie.
    Une boucle évolutive se met en place entre biologie et culture.
    Avec les outils, le genre Homo n’investit pas seulement un nouvel espace technique.
    Il investit un nouveau temps. Les objets fabriqués peuvent être utilisés plus tard. Les lieux peuvent être revisités. La mémoire, individuelle et collective, devient un facteur de survie. Une autre innovation décisive apparaît plus tard, mais transforme encore plus radicalement la relation au monde?: le feu.
    La maîtrise du feu ne consiste pas uniquement à exploiter un phénomène naturel.
    Elle implique la capacité de conserver, de transporter, de contrôler une source d’énergie externe. Le feu éclaire, réchauffe, protège. Il transforme les aliments. Il rend digestes des ressources autrement inutilisables. Il modifie les rythmes biologiques, étend l’activité au-delà du jour. Avec le feu, l’espace humain s’agrandit. Les régions froides deviennent accessibles. Les nuits deviennent habitables.
    Les relations sociales se reconfigurent autour du foyer. Le feu agit comme un centre écologique artificiel, recréé partout où le groupe se déplace.
    Dans le même temps, le genre Homo développe une organisation sociale plus complexe.
    La coopération devient indispensable. Les tâches se répartissent. Les savoirs se transmettent. Les jeunes dépendent longtemps du groupe. La culture — au sens large, trans mission des savoirs — devient une condition de la survie individuelle.
    Il est important de souligner que cette évolution n’est ni linéaire ni universelle.
    Le genre Homo n’est pas représenté par une seule espèce, mais par une mosaïque de formes?: Homo habilis, (2,8 Millions d’années) Homo erectus, neanderthalensis, et d’autres encore. Certaines voyageront loin, hors d’Afrique. D’autres dispar

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    11 min
  • Histoire de la terre 19 - Le Quaternaire : glaciations répétées.
    Avec le Quaternaire, la Terre entre dans une phase nouvelle de son histoire.
    Une phase qui ne se caractérise pas par une domination biologique inédite, mais par un rythme climatique particulier, fait d’alternances, de basculements répétés, de contrastes marqués. Le temps profond s’accélère, non pas dans l’évolution des espèces, mais dans la variation des environnements.

    Le Quaternaire débute il y a environ 2,6 millions d’années.
    À cette époque, la planète est déjà engagée dans une tendance générale au refroidissement, amorcée bien plus tôt. Les calottes glaciaires existent en Antarctique depuis longtemps, et le Groenland commence lui aussi à se couvrir de glace. Mais avec le Quaternaire, la Terre entre dans un monde dominé par des glaciations répétées.
    Ces glaciations ne sont pas des épisodes uniques et continus.
    Elles se succèdent, séparées par des périodes plus chaudes appelées interglaciaires. À l’échelle humaine, ces variations seraient presque imperceptibles. Mais à l’échelle géologique, elles sont rapides, brutales, profondes. En quelques milliers d’années, les climats basculent.
    L’origine de ces cycles réside en grande partie dans les variations de l’orbite terrestre.
    De légers changements dans l’inclinaison de l’axe de la Terre et dans le déplacement du centre de son orbite modifient la répartition de l’énergie solaire reçue par la planète. Pris ensemble, ces paramètres déclenchent des cycles qui peuvent amplifier les phases glaciaires et interglaciaires.
    Les paysages changent radicalement. Les forêts se contractent ou disparaissent localement.
    De vastes steppes froides, des toundras s’étendent. Les régions tempérées deviennent des mosaïques de milieux ouverts. Les fleuves changent de cours. L’érosion glaciaire façonne les reliefs. Les glaciers sculptent vallées, moraines et lacs.
    Puis viennent les phases interglaciaires. Les glaces reculent. Le niveau des mers remonte. Les températures augmentent. Les forêts recolonisent progressivement les territoires libérés. Les sols se développent. Les cycles de l’eau se réorganisent. La planète reprend un visage plus proche de celui que nous connaissons aujourd’hui. Mais cette stabilité est toujours temporaire.
    Que devient le vivant ? le Quaternaire est une épreuve permanente d’adaptation.
    Les espèces doivent se déplacer, suivre les zones favorables, se fragmenter en populations isolées, parfois se rencontrer à nouveau. Les migrations deviennent un élément structurant des stratégies de survie. La plasticité écologique est favorisée. De nombreuses espèces disparaissent.
    D’autres apparaissent ou se différencient. Les grands mammifères — mammouths, rhinocéros laineux, — prospèrent durant certaines phases froides, avant de décliner ou de s’éteindre lors des transitions rapides vers des climats plus chauds.
    À la fin de la dernière glaciation, il y a environ 20?000 ans, les calottes glaciaires atteignent leur extension maximale. Puis, en quelques milliers d’années, le climat se réchauffe rapidement. Les glaciers fondent. Les paysages se transforment. Des régions entières deviennent habitables en un temps très court à l’échelle géologique. La glace, l’eau, le carbone, la végétation continuent de dialoguer à l’échelle planétaire.
    C’est dans ce monde instable, façonné par les glaciations successives, qu’émerge une lignée discrète mais durable?: celle des primates. Les premiers primates apparaissent, il y a environ 60 millions d’années.
    Ils ne ressemblent guère à des humains. Ce sont de petits animaux arboricoles, vivant dans des forêts denses, souvent nocturnes. Leur succès repose sur un ensemble de caractéristiques fines?: une vision développée, des mains capables de saisir, une coordination œil-main efficace, et un cerveau déjà relativement plastique.
    Ces adaptations ne sont pas pensées pour l’intelligence abstraite. Elles sont adaptées à la vie dans les arbres. Se déplacer de branche en branche, évaluer les distances, manipuler des objets, cueillir des fruits, éch

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    9 min
  • Histoire de la terre 18 - L'"abominable mystère" de Darwin.
    La semaine dernière, nous étions à la fin du Crétacé, avec la conquête des mammifères et des oiseaux. C’est aussi l’époque pendant laquelle les plantes à fleurs, qui existent depuis 130 millions d’années, vont prendre leur expansion. Et si tout ce que je vous ai raconté jusqu’ici procède d’une logique de l’évolution, les plantes à fleurs ont posé un problème à Darwin, père de la théorie de l’évolution. Dans une lettre célèbre écrite en 1879, il confie son trouble face à ce qu’il appelle un « abominable mystère » : l’apparition soudaine, dans les archives fossiles, des plantes à fleurs — les angiospermes — et leur diversification fulgurante.

    Comment, dans un monde déjà peuplé de conifères et de fougères, ces plantes ont-elles pu surgir presque d’un coup, multiplier les formes, envahir tous les continents et, surtout, tisser une alliance si étroite avec les insectes ?
    Pour comprendre ce mystère, il faut remonter bien avant les roses, les pommiers ou les coquelicots. Pendant des centaines de millions d’années, la Terre verte était dominée par des plantes discrètes dans leurs stratégies de reproduction : spores dispersées au vent chez les fougères, pollen porté par les vents chez les gymnospermes. Un système efficace, mais aveugle, dépendant du hasard.
    Puis, quelque part au Crétacé, il y a environ 130 à 140 millions d’années, une révolution silencieuse commence. La fleur n’est pas qu’un objet esthétique : c’est une innovation biologique majeure. Elle concentre en un même lieu les organes reproducteurs et, surtout, elle invente un nouveau langage — celui de l’attractivité.
    Couleurs vives, parfums sophistiqués, formes étonnantes : la fleur n’émet pas au hasard. Elle adresse un message. Mais à qui ? Aux insectes.
    Car au même moment, le monde animal connaît lui aussi des transformations importantes. Les insectes, déjà anciens, se diversifient et occupent de nouvelles niches écologiques. Certains se nourrissent de pollen ou de nectar, ces ressources énergétiques que les plantes commencent à produire. Et c’est là que l’histoire s’accélère.
    Plantes à fleurs et insectes pollinisateurs entrent dans une relation que l’on appelle aujourd’hui une co-évolution. Chacun influence l’autre, génération après génération, dans une sorte de danse adaptative.
    Les fleurs deviennent plus visibles, plus odorantes, plus accessibles — ou au contraire plus sélectives. Elles développent des formes tubulaires, des plateformes d’atterrissage, des signaux ultraviolets invisibles à nos yeux mais parfaitement lisibles pour les insectes.
    En retour, les insectes évoluent eux aussi. Les pièces buccales des papillons s’allongent pour atteindre le nectar au fond des corolles ; les abeilles développent des structures spécialisées pour transporter le pollen ; certains coléoptères deviennent de véritables pollinisateurs.
    Chaque adaptation chez l’un entraîne une réponse chez l’autre.
    Darwin lui-même fut fasciné par cette mécanique. En observant une orchidée de Madagascar (Angraecum sesquipedale) dotée d’un éperon nectarifère exceptionnellement long, il fit une prédiction audacieuse : un insecte devait exister, avec une trompe suffisamment longue pour atteindre ce nectar. On le découvrit des années plus tard — un papillon sphinx, validant ainsi cette intuition sur la co-adaptation.
    Cette collaboration n’est pas anodine. Elle transforme radicalement le rythme de l’évolution. Contrairement à la pollinisation par le vent, peu efficace et dispersée, la pollinisation animale est ciblée. Elle favorise le croisement entre individus, accélère les variations et donc la sélection naturelle.
    Résultat : une diversification spectaculaire. Aujourd’hui, les plantes à fleurs représentent près de 90 % des espèces végétales connues sur Terre.
    Des prairies aux forêts tropicales, des cultures agricoles aux talus urbains, elles dominent les paysages. Leur réussite est indissociable de celle des insectes pollinisateurs.
    Alors, le mystère de Darwin est-il élucidé ? En partie se

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    10 min
  • Histoire de la terre 17 - Expansion des mammifères et des oiseaux
    Après l’extinction Crétacé, la Terre entre dans une phase de recomposition profonde.
    Le choc a été brutal, mais il n’a pas laissé une planète morte. Il a laissé une planète ouverte. Les écosystèmes sont simplifiés, parfois appauvris, mais de vastes niches écologiques sont désormais vacantes, sur les continents comme dans les océans.

    Le Cénozoïque (ère qui commence il y a 66 millions d’années jusqu’à aujourd’hui) commence dans un monde en reconstruction. Les grands acteurs du Mésozoïque ont disparu. Les dinosaures ne sont plus là pour structurer les réseaux écologiques terrestres. Les grands reptiles marins ont également disparu. Les équilibres anciens se sont effondrés, laissant place à une biosphère plus souple, moins hiérarchisée, mais aussi plus instable.
    Dans ce contexte émergent deux groupes qui avaient jusqu’alors vécu dans une relative discrétion?: les mammifères et les oiseaux.
    Les mammifères sont déjà anciens.
    Ils ont traversé toute l’ère des dinosaures sans jamais disparaître, mais en restant modestes, généralement de petite taille. Leur succès n’est pas lié à la dominance, mais à une série de traits biologiques essentiels?: thermorégulation, diversité alimentaire, reproduction rapide, soin prolongé aux jeunes, plasticité comportementale.
    Dans le monde post-crise, ces qualités deviennent décisives. Très progressivement, les mammifères augmentent de taille. Ils se diversifient. Certains deviennent herbivores spécialisés, d’autres carnivores efficaces, d’autres encore adoptent des modes de vie fouisseurs, arboricoles ou aquatiques. Les formes corporelles se multiplient. Les dents, les membres, les régimes alimentaires se spécialisent.
    Il ne s’agit pas d’une explosion brutale, mais d’une évolution progressive, étalée sur plusieurs millions d’années.
    En parallèle, un autre groupe connaît un destin singulier?: les oiseaux.
    Seuls dinosaures à avoir survécu à la crise, ils héritent d’une longue histoire évolutive. Leur capacité de vol, leur métabolisme élevé, leur diversité de régimes alimentaires leur permettent d’exploiter rapidement les milieux laissés vacants.
    Les oiseaux colonisent les airs, les forêts, les zones humides, les littoraux.
    Ils deviennent pollinisateurs, disperseurs de graines, prédateurs, charognards. Leur rôle écologique croît rapidement. Ils participent activement à la structuration des nouveaux paysages biologiques.
    Mais cette expansion animale ne se comprend pas sans un acteur central du Cénozoïque?: les plantes à fleurs. Les plantes à fleurs, ou angiospermes, sont déjà apparues au Crétacé.
    Elles n’étaient alors qu’un élément parmi d’autres de la végétation. Mais après la crise, elles deviennent progressivement dominantes. Leur succès repose sur plusieurs innovations majeures?: reproduction efficace, croissance rapide, diversité morphologique, interactions étroites avec les animaux. Nous en reparlerons.
    Les fleurs permettent une pollinisation ciblée.
    Les fruits facilitent la dispersion des graines. Ces relations étroites entre plantes et animaux — insectes, oiseaux, mammifères — renforcent la co-évolution. Les plantes à fleurs transforment la dynamique des paysages terrestres.
    Les forêts changent de structure.
    Les sous-bois deviennent plus complexes. Les ressources alimentaires se diversifient. Les saisons gagnent en importance. Les relations écologiques deviennent plus fines, plus spécialisées, mais aussi plus dépendantes des variations climatiques.
    De nouveaux écosystèmes émergent. Les grandes forêts tropicales persistent, mais se fragmentent.
    Des forêts tempérées apparaissent. Les savanes se développent à mesure que le climat se refroidit et que les saisons sèches s’accentuent. Plus tard, les grandes prairies s’étendent, façonnant l’évolution de nombreux mammifères herbivores et de leurs prédateurs.
    Ces nouveaux paysages sont étroitement liés au refroidissement progressif de la planète.
    Les cycles climatiques deviennent plus marqués. Les glaces polaires s’installent durabl

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    10 min
  • Histoire de la terre 16 - Du Trias à l'âge des dinosaures
    Après l’extinction massive du Permien, au fil des millions d’années, le climat se stabilise partiellement. Les écosystèmes gagnent en complexité. Les forêts se réinstallent par endroits. Les réseaux trophiques s’allongent. Dans ce contexte, certaines lignées de reptiles développent des innovations déterminantes. Parmi elles apparaît un groupe encore modeste, aux débuts discrets?: les dinosaures.


    À l’origine, les dinosaures ne sont ni géants ni dominants.
    Ils sont relativement petits, agiles, souvent bipèdes. Leur posture, avec des membres positionnés sous le corps plutôt que sur les côtés, leur confère une locomotion efficace, économe en énergie. Ils courent mieux, se déplacent plus longtemps, exploitent l’espace différemment.
    Pendant longtemps, ils restent minoritaires. Puis survient un nouvel événement de rupture. À la fin du Trias, une crise biologique majeure secoue à nouveau la planète.
    Elle est moins massive que celle de la fin du Permien, mais suffisamment profonde pour remodeler les écosystèmes. Les causes sont probablement liées à un volcanisme intense associé à la fragmentation progressive de la Pangée, à des perturbations climatiques rapides, et à des déséquilibres atmosphériques. De nombreux groupes dominants du Trias disparaissent. Les dinosaures, eux, survivent.
    Cette survie n’est pas nécessairement liée à une supériorité intrinsèque, mais à un ensemble de traits qui les rendent résilients face aux perturbations?: flexibilité écologique, croissance rapide, locomotion efficace. Lorsque la crise se termine, ils se retrouvent dans un monde où de nombreuses niches sont soudainement libres. C’est alors que commence véritablement l’âge des dinosaures.
    Au cours du Jurassique, puis du Crétacé, les dinosaures se diversifient spectaculairement.
    Ils explorent presque tous les modes de vie?: herbivores, carnivores, charognards. Ils investissent la pleine terre ferme, les lisières forestières, les plaines alluviales. Leur taille varie du petit animal agile au géant pesant plusieurs dizaines de tonnes. Les écosystèmes terrestres s’organisent autour d’eux.
    Nécessairement, la planète change de visage. La Pangée se fragmente progressivement. Les continents dérivent. Des océans s’ouvrent. Les climats deviennent plus régionaux, souvent plus humides. Cette fragmentation favorise l’isolement des populations et accélère la diversification des espèces. Les dinosaures se spécialisent différemment selon les continents en cours de séparation.
    Contrairement à une image souvent simplifiée, l’âge des dinosaures n’est pas un monde figé.
    C’est une période longue — plus de 150 millions d’années — marquée par des changements constants?: climatiques, géographiques, biologiques. De nombreux dinosaures apparaissent et disparaissent bien avant la fin du Crétacé. L’évolution y reste active, inventive, souvent imprévisible.
    Pendant ce temps, d’autres lignées vivent dans l’ombre. Les mammifères existent déjà.
    Ils sont petits, souvent nocturnes, discrets. Ils occupent des niches modestes, mais persistent. Les oiseaux apparaissent comme une lignée dérivée de dinosaures théropodes. L’âge des dinosaures n’est donc pas un âge d’immobilité, mais un monde pleinement dynamique.
    Pendant l’essentiel du Mésozoïque (250 et 66 millions d’années), la Terre vit sous un régime climatique particulier. Un régime que les géologues appellent une Terre-serre. Cela signifie une planète globalement chaude, sans calottes glaciaires permanentes aux pôles, avec des gradients de température relativement faibles entre l’équateur et les hautes latitudes. Les océans sont chauds, les niveaux marins élevés, et l’atmosphère riche en dioxyde de carbone.
    Ce climat n’est pas uniforme, ni parfaitement stable. Il connaît des fluctuations, des phases plus humides, d’autres plus arides. Mais dans l’ensemble, pendant des dizaines de millions d’années, la Terre reste chaude. Les forêts s’étendent jusqu’à des latitudes élevées. Les continents partiellement fragmentés sont ce

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    12 min
  • Histoire de la terre 15 - La première grande extinction
    À la fin du Permien, il y a environ 252 millions d’années, la Terre traverse un moment d’une gravité sans équivalent dans toute l’histoire du vivant. Ce qui va se produire alors n’est pas une crise parmi d’autres. C’est la plus grande extinction biologique jamais enregistrée, celle qui emportera la majorité des formes de vie présentes sur la planète, dans les océans comme sur les continents. On entend souvent parler du fait que nous vivons la 6e extinction, donc je vais vous raconter la première.


    Avant la crise, le monde est dominé par la Pangée.
    Un immense supercontinent s’étend d’un pôle à l’autre, entouré par un vaste océan global. Les climats continentaux sont contrastés?: arides à l’intérieur des terres, plus humides en zones côtières. La vie terrestre est déjà diversifiée. Les reptiles, les amphibiens, les insectes occupent de nombreuses niches écologiques. Les océans, eux aussi, abritent des écosystèmes complexes, structurés depuis des centaines de millions d’années.
    Rien, au premier regard, ne semble annoncer l’effondrement. Pourtant, le système Terre est sous tension. Au cours du Permien supérieur, une série d’événements géologiques majeurs se déclenche.
    Dans ce qui correspond aujourd’hui à la Sibérie, des éruptions volcaniques colossales débutent. Elles ne durent pas des années ou des siècles, mais des centaines de milliers d’années. On parle des trapps de Sibérie, l’un des plus vastes épisodes volcaniques de l’histoire terrestre. (Lave basaltique)
    Ces éruptions libèrent des quantités gigantesques de gaz dans l’atmosphère.
    Du dioxyde de carbone, mais aussi du méthane, du dioxyde de soufre, des composés halogénés. L'effet est cumulatif. L’atmosphère se transforme lentement, mais profondément. Le climat se réchauffe à l’échelle globale. Les océans absorbent une partie de ce CO?, au prix d’une acidification croissante.
    À mesure que les températures augmentent, les équilibres océaniques se déstabilisent.
    L’eau chaude dissout moins bien l’oxygène. Les courants profonds se modifient. De vastes zones océaniques deviennent pauvres en oxygène, voire totalement anoxiques. Dans ces milieux privés d’oxygène, des bactéries produisant du sulfure d’hydrogène prolifèrent.
    Bilan : les océans deviennent hostiles à la vie complexe. Sur les continents, la situation n’est guère meilleure. Les régimes climatiques se dérèglent. Les sécheresses s’intensifient. Les écosystèmes végétaux s’effondrent localement. Les incendies deviennent plus fréquents. La chaîne alimentaire terrestre se fragilise, à sa base comme à son sommet.
    Progressivement, mais inexorablement, la biosphère entre en crise systémique. Ce n’est pas un événement instantané. L’extinction de la fin du Permien s’étale probablement sur plusieurs dizaines de milliers d’années. Mais à l’échelle du temps profond, c’est une catastrophe fulgurante. Environ 90 à 96 % des espèces marines disparaissent. Sur les continents, près de 70 % des espèces de vertébrés terrestres s’éteignent. De nombreux groupes dominants depuis des millions d’années s’effondrent.
    Les récifs coralliens disparaissent presque entièrement. Les trilobites, arthropodes qui ont peuplé les mers pendant 300 millions d’années, s’éteignent définitivement. Les forêts changent de composition. Les réseaux écologiques se disloquent. La Terre frôle un état où la vie complexe - patiemment érigée par des centaines de millions d’années - aurait pu ne pas se relever.
    Ce qui rend cette extinction singulière, ce n’est pas seulement son ampleur, mais sa nature globale.
    C’est l’ensemble du système Terre qui est perturbé?: atmosphère, climat, océans, sols, biosphère. Les rétroactions négatives habituelles — celles qui stabilisent le système — sont débordées. Des seuils de non-retour sont franchis.
    Après la crise, la planète n’est plus la même. La biodiversité est exsangue.
    Les écosystèmes sont simplifiés. De vastes zones restent longtemps pauvres en espèces. Les chaînes alimentaires sont courtes, instables. La reconst

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    11 min
  • Histoire de la terre 14 - Forêts du Carbonifère
    Nous avons vu que lorsque la vie a conquis les continents, elle n’a pas seulement occupé de nouveaux espaces. Elle a commencé à transformer la planète d’une manière radicale et durable. Nulle part cette transformation n’est plus spectaculaire — et plus lourde de conséquences à long terme — que durant une période singulière de l’histoire de la Terre?: le Carbonifère, entre environ 360 et 300 millions d’années avant notre époque.

    À cette période, la planète est chaude et humide.
    Les continents sont regroupés différemment. De vastes zones se situent à proximité de l’équateur. Le climat favorise une végétation luxuriante. L’atmosphère est riche en dioxyde de carbone, et surtout, en oxygène, à des concentrations bien plus élevées qu’aujourd’hui.
    Dans ces conditions se déploient des paysages sans équivalent dans le monde moderne. D’immenses forêts couvrent les terres basses.
    Mais ce ne sont pas des forêts de chênes, de hêtres ou de pins. Ce sont des forêts dominées par des lycophytes géants, des prêles arborescentes, des fougères gigantesques. Des plantes pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres de hauteur, dotées de tissus conducteurs efficaces, mais les fleurs et les graines n’existent pas encore. Ces sortes de plantes immenses peuvent atteindre des tailles considérables grâce à la lignine, une molécule qui apparait à cette époque et permet aux végétaux de s’appuyer sur une structure solide.
    Ces forêts se développent souvent dans des milieux gorgés d’eau.
    Des plaines marécageuses, mal drainées, où l’eau stagne. Les racines plongent dans des sols saturés, pauvres en oxygène. La végétation y est dense, la croissance rapide, la production de biomasse considérable.
    Pour la première fois dans l’histoire de la Terre, la production végétale terrestre dépasse largement la capacité des écosystèmes à recycler cette matière organique. Pourquoi?? Parce que les mécanismes de décomposition ne sont pas encore pleinement en place. Les champignons et les bactéries capables de dégrader efficacement la lignine sont rares ou peu efficaces. La matière végétale s’accumule.
    Lorsque ces proto-arbres tombent, ils ne sont pas totalement décomposés.
    Ils s’entassent. Ils s’enfouissent. Privés d’oxygène dans les marécages, ils échappent à l’oxydation. La matière organique s’accumule couche après couche, formant des niveaux épais de débris végétaux partiellement transformés?: la tourbe. C’est là que commence une histoire extrêmement lente.
    Au fil des millions d’années, les dépôts se poursuivent. Les niveaux de tourbe sont recouverts par des sédiments. La pression augmente. La température s’élève doucement. Les molécules riches en oxygène et en hydrogène sont progressivement éliminées. Le carbone se concentre. La tourbe devient lignite. Puis, plus profondément encore, houille. Et parfois, dans des conditions spécifiques, anthracite. Le charbon est né.
    Ce processus résulte de la combinaison unique de plusieurs facteurs?: une végétation abondante, des milieux saturés en eau, une atmosphère favorable à une production massive de biomasse, et un recyclage biologique incomplet. Le Carbonifère est donc une période exceptionnelle, un moment où le système Terre permet une séquestration massive du carbone sous forme solide.
    Les conséquences sont considérables. À court terme, cette accumulation de carbone végétal retiré du cycle atmosphérique contribue à modifier le climat. Le dioxyde de carbone diminue. Des épisodes de refroidissement apparaissent. La végétation, en se développant, modifie la chimie de l’atmosphère et influe sur les équilibres climatiques globaux.
    À long terme, les effets sont encore plus profonds.
    Les couches de charbon formées à cette époque constituent aujourd’hui l’essentiel des gisements de charbon exploités par les sociétés humaines. Les mines qui ponctuent les paysages d’Europe, d’Amérique du Nord ou d’Asie sont les héritières directes de ces anciennes forêts marécageuses.
    Lorsque nous extrayons du charbon, nous remontons à

    Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    11 min

About La chronique nature

From the publisher's feed

Toutes les semaines, l'A.F.F.O. (Association Faune et Flore de l'Orne) nous parle de notre département à travers une chronique nature.
 

Hébergé par Audiomeans. Visitez