Après l’extinction Crétacé, la Terre entre dans une phase de recomposition profonde.
Le choc a été brutal, mais il n’a pas laissé une planète morte. Il a laissé une planète ouverte. Les écosystèmes sont simplifiés, parfois appauvris, mais de vastes niches écologiques sont désormais vacantes, sur les continents comme dans les océans.
Le Cénozoïque (ère qui commence il y a 66 millions d’années jusqu’à aujourd’hui) commence dans un monde en reconstruction. Les grands acteurs du Mésozoïque ont disparu. Les dinosaures ne sont plus là pour structurer les réseaux écologiques terrestres. Les grands reptiles marins ont également disparu. Les équilibres anciens se sont effondrés, laissant place à une biosphère plus souple, moins hiérarchisée, mais aussi plus instable.
Dans ce contexte émergent deux groupes qui avaient jusqu’alors vécu dans une relative discrétion?: les mammifères et les oiseaux.
Les mammifères sont déjà anciens.
Ils ont traversé toute l’ère des dinosaures sans jamais disparaître, mais en restant modestes, généralement de petite taille. Leur succès n’est pas lié à la dominance, mais à une série de traits biologiques essentiels?: thermorégulation, diversité alimentaire, reproduction rapide, soin prolongé aux jeunes, plasticité comportementale.
Dans le monde post-crise, ces qualités deviennent décisives. Très progressivement, les mammifères augmentent de taille. Ils se diversifient. Certains deviennent herbivores spécialisés, d’autres carnivores efficaces, d’autres encore adoptent des modes de vie fouisseurs, arboricoles ou aquatiques. Les formes corporelles se multiplient. Les dents, les membres, les régimes alimentaires se spécialisent.
Il ne s’agit pas d’une explosion brutale, mais d’une évolution progressive, étalée sur plusieurs millions d’années.
En parallèle, un autre groupe connaît un destin singulier?: les oiseaux.
Seuls dinosaures à avoir survécu à la crise, ils héritent d’une longue histoire évolutive. Leur capacité de vol, leur métabolisme élevé, leur diversité de régimes alimentaires leur permettent d’exploiter rapidement les milieux laissés vacants.
Les oiseaux colonisent les airs, les forêts, les zones humides, les littoraux.
Ils deviennent pollinisateurs, disperseurs de graines, prédateurs, charognards. Leur rôle écologique croît rapidement. Ils participent activement à la structuration des nouveaux paysages biologiques.
Mais cette expansion animale ne se comprend pas sans un acteur central du Cénozoïque?: les plantes à fleurs. Les plantes à fleurs, ou angiospermes, sont déjà apparues au Crétacé.
Elles n’étaient alors qu’un élément parmi d’autres de la végétation. Mais après la crise, elles deviennent progressivement dominantes. Leur succès repose sur plusieurs innovations majeures?: reproduction efficace, croissance rapide, diversité morphologique, interactions étroites avec les animaux. Nous en reparlerons.
Les fleurs permettent une pollinisation ciblée.
Les fruits facilitent la dispersion des graines. Ces relations étroites entre plantes et animaux — insectes, oiseaux, mammifères — renforcent la co-évolution. Les plantes à fleurs transforment la dynamique des paysages terrestres.
Les forêts changent de structure.
Les sous-bois deviennent plus complexes. Les ressources alimentaires se diversifient. Les saisons gagnent en importance. Les relations écologiques deviennent plus fines, plus spécialisées, mais aussi plus dépendantes des variations climatiques.
De nouveaux écosystèmes émergent. Les grandes forêts tropicales persistent, mais se fragmentent.
Des forêts tempérées apparaissent. Les savanes se développent à mesure que le climat se refroidit et que les saisons sèches s’accentuent. Plus tard, les grandes prairies s’étendent, façonnant l’évolution de nombreux mammifères herbivores et de leurs prédateurs.
Ces nouveaux paysages sont étroitement liés au refroidissement progressif de la planète.
Les cycles climatiques deviennent plus marqués. Les glaces polaires s’installent durabl
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