La Danse du Zèbre

La Danse du Zèbre

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La Danse du Zèbre episodes

  • 2003 : Chapier perché

    Hey ya ! Si notre mystérieux reporter bistrologique Brice Lee a échoué à trouver le fils du Père-Lachaise, constatons qu’en 2003, de nombreuses étoiles rejoignent leur dernière demeure : ciao Nina Simone, Johnny Cash, Compay Segundo, Barry White ou, hors musique, Marie Trintignant et Maurice Pialat. Pas besoin d’être une vedette internationale, d’ailleurs, pour quitter cette planète en surchauffe les pieds devant : près de 20 000 Français·es meurent sous l’effet de la canicule qui frappe l’Europe cet été-là. Mais c’est aussi en 2003 que naît, en Suède, l’une des futures figures de la lutte contre le réchauffement climatique : Greta Thunberg. Anticapitaliste et écologique, le mouvement altermondialiste tonne et donne de la voix dans le Larzac, à Genève ou à Porto Alegre. À la tribune de l’ONU, la France refuse de s’allier à une intervention armée en Irak. Le rock lui-même, ce T-Rex qu’on croyait près de la retraite, n’en finit plus de ressusciter avec un faux duo de frère et sœur à rayures nommé The White Stripes. Des bandes blanches sont aussi peintes au sol pour délimiter les décors extrêmement minimalistes du dérangeant Dogville du Danois Lars von Trier. Qu’en pense notre vénérable critique cinéma, Henry Chapier, dandy à lunettes d’écaille qui fête ses 70 ans ?


    Dans son dos, sur une idée de Marc-Alexandre Millanvoye promu rédacteur en chef, la réalisatrice Héloïse Delaunay fabrique chaque jour sur des canulars téléphoniques à partir de phrases absurdes volées à Chapier entre deux chroniques filmiques. Assortie du générique des Schtroumpfs, la rubrique devient vite un rendez-vous attendu de l’émission Work in progress. Tout comme Les vingt minutes les plus chères de la bande FM, qui samplent des questions de Thierry Ardisson, Pascale Clark ou Michel Drucker, auxquelles répondent les Rita ou MC Jean Gab’1, tout auréolé du succès de son single-bazooka J’ t’emmerde dans lequel il allume les ténors du rap français – tandis que Diam’s, bientôt disque d’or, veut juste kiffer la vibe avec ceux qu’elle aime. Autre moment du programme : les bons plans incruste, pour aider crevardes et demi-mondains à torpiller les vernissages du temps béni des open-bars. Combien d’entre vous, d’ailleurs, se sont pointé·e·s en loucedé à nos soirées sur la terrasse du 33 rue du Faubourg Saint-Antoine, avec vue sur le génie de la Bastille ? Et l’incruste de Laurent Garnier qui prend l’antenne sans prévenir avec Juan Atkins et les fondateurs du label techno indé de Détroit, Underground Resistance, pour deux plombes de mix en impro, parce qu’il n’en peut plus d’entendre Blur sur notre antenne ? On en parle ? Et ces dix heures de fête non-stop organisées par Nova dans vingt-cinq lieux à Pigalle, au cours desquelles on entend sûrement Crazy in love de Beyoncé, la B.-O. de Kill Bill ou The World is coming to my party de Cody Chesnutt ? C’est parti mon kiki.


    Réalisation, mixage : Mathieu Boudon.

    1 hr 1 min
  • 2002 : le joyeux mauvais esprit de Marca & Tania

    Parfois la pêche est miraculeuse. En 2002, le « mariage forcé » de deux chenapans de la bande FM, Marc-Alexandre Millanvoye et Tania Bruna-Rosso, aboutit à la création d’une petite entreprise d’interviews, de détournements conceptuels et de vacheries « potaches et pointues » qui, pendant deux ans, ne connaît pas la crise. Leur émission quotidienne de fin d’après-midi, Work in progress, progresse et travaille à devenir incontournable chez les branché·e·s parisien·ne·s, comme une auberge espagnole où l’apéro démarre à dix-sept heures. Attrape-les si tu peux. 


    Le 21 avril, un autre sentiment est en progrès : la xénophobie. Pour la première fois, un parti d’extrême-droite arrive au second tour des élections présidentielles françaises. Pendant deux semaines, des milliers de personnes manifestent contre les idées du Front National, qui ont su séduire 4,8 millions d’électeurs. En réaction, jusqu’à la fin de la saison, Antoine Blin part chaque jour en reportage pour tenter de comprendre, auprès d’anciens soixante-huitards ou le temps d’une soirée de bouclage à Libé, la gauche déboussolée et les questions démocratiques en jeu. Chirac est réélu avec un score de despote, tandis que Marc H’Limi, au service de Nova depuis le mitan des années 80, devient directeur des programmes. Malicieux comme Le Chat du rabbin, Jean-Pierre Lentin & Ariel Kyrou racontent la grande histoire des musiques électroniques, quelques mois avant la mort de Joe Strummer, dont le cœur clashe. On se passionne pour la vie d’une famille de croque-morts dans la série Six feet under sur Canal Jimmy, alors que le sociologue Pierre Bourdieu perd son combat contre la faucheuse et franchit le boulevard du crépuscule la même année que le cinéaste Billy Wilder – tout comme Sextoy, icône techno tatouée d’une génération de femmes DJ. Le franc quitte nos poches au profit de l’euro et le grand public découvre les battles hip hop via 8 mile avec Eminem dans son propre rôle. Au même moment, une improvisation d’Edouard Baer en scribe égyptien, perdu sous les pyramides de l’adaptation d’Astérix par Alain Chabat aux 14 millions de spectateurs devient instantanément culte. 


    C’est une bonne situation, ça, stagiaire ?, pourrait-on demander à Mélanie Mallet, 20 ans, qui assiste Philippe Vecchi et Aline Afanoukoé dans la préparation du Nova Club, de 20h à 22h, comptant parmi ses chroniqueurs une certaine Alessandra Sublet, tout en recevant aussi bien les ambassadeurs du Groland que les stars du X. Embrassez qui vous voudrez. Dix-huit ans plus tard, Mélanie deviendra la patronne de la station, en passant par ce poste-clé : le standard. Allô ? Excusez-moi, d’où vient cet incroyable pianiste nommé Gonzalez qui invite Feist et Guesch Patti à chanter le même refrain dans deux langues différentes, en simultané ? Et Kung-fu fighting dans La Cité de Dieu du Brésilien Fernando Meirelles, c’est cool, não ? Tant que j’y suis, pourriez-vous remettre la balade de cette jeune chanteuse, Camille, dans laquelle elle affirme en sautillant qu’elle veut se barrer de Paris ?


    Réalisation, mixage : Emmanuel Baux.

    56 min
  • 2001 : l’odyssée du Grand Mix

    Suivre le rythme. Surtout quand Laurent Garnier, DJ, compositeur et producteur-passeur-pionnier des musiques électroniques, compagnon de Nova depuis 1990 et cette année-là audacieux programmateur anti-format, se réjouit d’une danse traditionnelle catalane, la sardana. En 2001, notre directeur Bruno Delport « pond une note » sur laquelle figure trois mots passe-partout qui aujourd’hui encore résument notre manière d’habiter la planète : « Le Grand Mix ». Tout mélanger, brasser, connecter, en ondes et en rondes. La même année, un vrai-faux groupe anglais baptisé Gorillaz, fondé par Damon Albarn (tête pensante de Blur) et Jamie Hewlett (dessinateur de la BD Tank Girl), qui n’apparaît que sous la forme d’affiches et de clips animés drôlement cools, sort son premier album homonyme, à la fois léger et sophistiqué. Style(s) du macaque : pop, trip-hop, hip-hop et tant qu’on y est, hop-hop-hop, dub, reggae, psyché, sample d’Ennio Morricone ou surprises hybrides en la présence chatoyante du chanteur cubain Ibrahim Ferrer ou de la section rythmique des Talking Heads. Est-ce que c’est ça, le panorama du Grand Mix ? Tu mets quoi dans ton iPod ? Que faire du rock revitalisé par les Strokes, ou du rap-R’n’B produit par Timbaland pour Missy Elliott, Dr. Dre pour Mary J. Blige, ou les Neptunes pour Britney Spears ? C’est trop mainstream ou quoi ?


    Le monde tourne trop vite, claironne Gorillaz avec une désinvolture très début de siècle. Le 11 septembre, des avions s’écrasent sur le World Trade Center ainsi que sur le Pentagone. Le président américain George Bush Jr., fraîchement élu, part « en guerre contre le terrorisme » et bombarde l’Afghanistan. Au cinéma, l’ado Donnie Darko voit le réacteur d’un jet se crasher dans sa chambre – prétexte à un tourneboulant voyage dans le temps.


    Harder, Better, Faster, Stronger. Tandis que s’élance sur grand écran une adaptation épique du Seigneur des Anneaux, où va la communauté de la No-va ? Vers un étrange méli-mélo nommé « la tournante » qui consiste, pour les six principaux animateurs de l’antenne, à changer d’émission (et, donc, de tranche horaire) toutes les semaines. De nouvelles voix déboulent, on dirait la famille Tenenbau : le Toulousain Johann Roques, qui joue des mauvais tours à Jean Rouzaud ; l’éditeur et journaliste littéraire parisien Philippe Di Folco ; ou Tania Bruna-Rosso, journaliste aux Inrocks ayant étudié le théâtre, le mime et les marionnettes au Québec, qui remarque que nos studios ressemblent à un décor AB Productions « en version sale », ce qui est toujours plus marrant que celui de Loft Story ou le château de la Star Ac’. Sans oublier, déjà, un curieux dandy-réalisateur venu de France Culture, fan des Kinks et fou de radio, Marc-Alexandre Millanvoye, qui transforme en série de chroniques le livre-somme de Jean-François Bizot sur l’histoire de l’underground. Bizot, lui, repart à Kingston avec Taddéi pour rafraîchir ses oreilles. Pendant ce temps, un cinglé de reggae, le jeune Max Guiguet, futur Blundetto, qui arrive de Radio Campus Dijon et restera seize ans programmateur musical de notre station (record de longévité à ce poste), range patiemment notre gigantesque discothèque en la cartographiant par genres. « On s’en sort bien », comme disent les rappeurs francs-tireurs de Sniper. En 2001, Nova a 20 ans, poursuit son odyssée et commence à se demander : avons-nous, telle Amélie Poulain, un fabuleux destin ?


    Réalisation, mixage : Tristan Guérin.

    1 hr 2 min
  • 2000 : Se balader sans demander son chemin

    La super Nova a donc survécu au bug de l’an 2000. Est-ce l’heure du jubilé ? Quelles sont nos bonnes résolutions ? A-t-on atteint l’âge de raison, comme Bridget Jones ? Ou continuons-nous à être aussi intransigeant·e·s que le disquaire joué par Jack Black dans Haute fidélité de Stephen Frears, d’après le roman de Nick Hornby ? Une partie de la réponse se trouve dans Test, « laboratoire musical » animé par Ivan Smagghe avec l’aide Fany Corral, du lundi au vendredi de 19h30 à 22h, pendant quatre saisons épiques pleines d’invité·e·s et de lives incroyables, d’Iggy Pop à James Ellroy. Mais qui est cet Ivan, aux goûts terribles ? Disquaire de l’historique boutique indé « Rough Trade » rue de Charonne, ce DJ et musicien, sorti major de promo de Science-Po Paris, écoute dans son enfance Brigitte Fontaine et Soft Machine puis Violent Femmes et Sonic Youth, avant de découvrir l’éventail troublant des musiques électroniques nées sur les cendres du disco, grâce aux merveilleuses soirées du Boy. Dans Les Inrocks, où il pige en même temps que dans Nova Mag, le « prescripteur le plus désintéressé du moment », qui a « toujours eu peur de ne pas être différent », définit sa position de tir : « Je suis peut-être un passeur, mais pas un vulgarisateur ; un disque majeur qui ne me plaît pas, je ne me sens pas obligé d’en parler. Un disque mineur que personne ne trouvera et qui me plaît, je pourrais le jouer 200 fois. » Dans la foulée, Nova produit une série de compil’s Test, qui annoncent les NovaTunes. Ivan deviendra l’un des seigneurs de la nuit parisienne du début des années 2000, notamment via sa présence aux platines du Pulp, club lesbien des Grands Boulevards, ou par la suite grâce au label Kill The DJ.


    Faut-il tuer les DJs ? En 2000, épaulée par Mirwais et coiffée d’un chapeau de cow-boy rose, Madonna chante que « la musique mixe la bourgeoisie et les rebelles », tandis que Daft Punk revient one more time ou que les trois compères du 113, qui comme chacun sait sont dans la chanson, célèbrent leur tonton du bled porté par un classique du raï samplé par DJ Medhi. Le Saïan Supa Crew déclare sa flamme à Angela, ce qui incite peut-être Disiz La Peste à péter les plombs. Notons que le millénaire qui démarre ne manque pas des raisons de devenir dingue, comme Marilyn Monroe dans Blonde de Joyce Carol Oates. Rendez-vous compte : le teigneux directeur des renseignements russes, Vladimir Poutine, est élu président de la Fédération de Russie dès le premier tour ; Radiohead parie que le premier enfant cloné existe déjà et lui consacre l’album Kid A, alors que l’Inde abrite désormais un milliard d’habitant·e·s ; Screamin’ Jay Hawkins et Tito Puente nous lâchent, tout comme le papa de Snoopy, Charles M. Schulz.


    À l’antenne, un critique de cinéma venu de Toulouse, Alex Masson, rejoint l’équipe de Jamais sans mes fibres à Cannes, qui bitche grave pendant la cérémonie de clôture l’année du triomphe de Björk dans Dancer in the Dark de Lars von Trier. Et nous faisons la connaissance de deux grandes dames : la chanteuse algérienne aux 400 K7, Cheikha Remitti, en live et interview dans Néo-Géo, et Hadja Tabi, notre « tour de contrôle » et suprême intendante, qui nous protège et fait la chasse aux sheitans.


    Au cours de cette introduction, vous ai-je menti, juste un peu ou compulsivement, comme le meurtrier Jean-Claude Romand raconté par Emmanuel Carrère dans L’Adversaire ? Pour le savoir, une seule solution : grimpez donc sur le dos de ce zèbre !


    Réalisation, mixage : Tristan Guérin.

    59 min
  • 1999 : Stop La Violence !

    « À l’aube de l’an 2000 pour les jeunes c’est plus le même deal / pour celui qui traîne, comme pour celui qui file / tout droit », avaient prévenu les tontons de NTM sur leur quatrième album, dont nous ignorions à l’époque qu’il serait leur dernier. « De toute façon y a plus de boulot / la boucle est bouclée, le système a la tête sous l'eau / Et les jeunes sont saoulés. » Le 14 janvier 1999, un garçon de 22 ans est tué d'un coup de couteau dans un train, à Bouffémont (Val-d'Oise). Laisse pas traîner ton fils. Le journaliste Christophe Nick propose qu’un manifeste soit rédigé par des lycéen·e·s de banlieue et publié dans Nova Mag. Fort de dix règles susceptibles d’endiguer un mal qui ronge la société toute entière, le texte prend pour titre « Stop La Violence », inspiré par KRS-One – et ne parle pas que de règlement de comptes au pied des tours, mais aussi de violences sexuelles, conjugales et familiales. Canal+ s’en fait l’écho le jour de la sortie en kiosques, Le Monde et TF1 lui emboîtent le pas, médias et politiques s’emballent. Un documentaire télé sur le mouvement, dont le noyau dur provient d’une asso d’ados baptisée « Droit de cité » qui écrit des textes hip-hop dans un atelier, se prépare. Au moins trente jeunes, de Sarcelles, d’Argenteuil ou du XXe arrondissement de Paris, s’entassent dans nos studios. L’un d’entre eux souligne, pour expliquer la misogynie ordinaire : « Quand les rappeurs traitent les filles de pétasses et qu’on nous le bassine 24h/24 sur les ondes, forcément, il y a répercussion. » L’expérience se réitère toutes les semaines et un morceau est enregistré, avec un freestyle en béton d’une rappeuse de 18 piges nommée Diam’s. 


    Stop la violence, oui. Et partout si possible. En 1999, deux ados tuent treize personnes au lycée Columbine de Littleton, Colorado. Un pétrolier affrété par Total, l’Erika, fait naufrage au large de la Bretagne, souillant le littoral sur 400 kilomètres et causant la mort d’environ 200 000 oiseaux. Une nouvelle édition du festival de Woodstock, trente ans après l’apothéose du mouvement hippie, est ruiné par une série de viols et la destruction des lieux par le feu, par un public enragé. Le gosse de Sixième sens, mis en scène par M. Night Shyamalan, voit des morts partout. Les balles sifflent au ralenti mais nos vies sont des simulations d’après l’oracle de la Matrice des frères-bientôt-sœurs Wachowski. Une génération d’hommes déboussolés se retrouve dans des caves pour se défoncer la gueule et fomenter, sur les conseils d’un gourou schizophrène, un « Projet Chaos » censé rebattre les cartes du système – sujet du roman culte Fight Club de Chuck Palahniuk, devenu à son tour film culte réalisé par David Fincher. Car il y a de bonnes nouvelles, quand même. Fin de la guerre du Kosovo. Médecins sans frontières désigné prix Nobel de la paix. Solidarité Sida crée un festival de musique, Solidays, qui marquera les esprits. Cédric Klapisch embauche notre programmateur Loïc Dury pour la bande-originale de Peut-être, situé dans le Paris ensablé de 2070.


    Et sur Nova, qui ouvre des fréquences à Angers et Montpellier ? De nouveaux noms ? Oui. Une jeune journaliste de Villeneuve-la-Garenne, Aline Afanoukoé, traque les bons plans « au-delà du périph’ » et Keziah Jones sur la piste du Rex. Antoine Blin, futur réalisateur-animateur-producteur-reporter « tout ça à la fois », débarque de l’Hérault avec des idées héroïques, tandis que Manu Le Malin continue de nous éclater les oreilles avec le hardcore de son émission Extrême Terror. Mais cette violence-là, d’accord.


    Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

    54 min
  • 1998 : le nouveau maître des horloges

    Il est venu le temps des cathédrales. En 1998, l’architecte Jean Nouvel, bâtisseur en chef de l’opéra de Lyon, de la Fondation Cartier ou de l’Institut du Monde Arabe, est l’invité de Jamel Debbouze dans son émission quotidienne de fin d’après-midi, Le KX, riche en interviews invraisemblables (avec Yves Mourousi ou Éric & Ramzy). Avons-nous, selon la formule de Jamel, « rendu service » à la France ? Par l’édification d’une maison virtuelle avec des briques de toutes les couleurs, où les fenêtres seront toujours préférées aux murs ? Comment ça va sur la Terre ? L’année du sacre d’une France dite « black-blanc-beur » qui remporte la coupe du monde de foot, et un, et deux, et trois zéros ? En 1998, la Déclaration universelle des droits de l’Homme a cinquante ans et Kim Jong-il est désigné chef suprême de la Corée du Nord. Une guerre éclate au Congo et Bashung ment effrontément sur l’album Fantaisie militaire. En Afghanistan, l’armée américaine bombarde les camps d’entraînement présumés d’un certain Oussama Ben Laden, tandis que des islamistes algériens assassinent le poète et chanteur kabyle Matoub Lounès – auquel les Toulousains de Zebda dédient leur album multi-platiné, Essence ordinaire, qui nous incite aussi à tomber la chemise, mais je crois que ça va pas être possible. Toute l’Amérique du Sud s’amourache d’un petit Parisien nommé Manu Chao qui voyage Clandestino, Lauryn Hill retrace sa mauvaise éducation sur son unique album solo et les Beastie Boys deviennent intergalactiques, alors qu’un duo de Versaillais nommé Air nous embarque pour un moon safari.


    Et pendant qu’une épaisse saga pleine de loups et de dragons nommée Le Trône de fer apparaît dans les librairies françaises, un nouveau « maître des horloges » est convoqué à la cour de Nova, à la demande du roi Bizot. L’arrivée de Bruno Delport, ancien directeur général de OUÏ FM, va provoquer une petite révolution copernicienne sur notre antenne. Suite à ses conseils, réalisateurs et animateurs ne sont plus séparés par une vitre et on met des micros pour capter la vie dans le studio. L’architecture de la grille des programmes, son rythme global, est réorchestrée – de même que la programmation musicale, classée par genres et en fonction des émotions que suscitent les morceaux choisis. On parle désormais de « rotation » pour certains titres emblématiques du moment, de « golds » et de « rare grooves » pour les chansons adorées du passé, ou d’un aphorisme paradoxal pour désigner notre tendance à ne jouer que des trucs chelous : « Plus c’est différent, plus c’est pareil. » 


    Ce nouveau cap dans la professionnalisation de la station, qui lui permettra d’acquérir de nouveaux auditeurs et, in fine, de durer, n’ira pas sans de vives contestations internes qui déplorent la fin d’une époque, le début du « formatage ». Pourtant, right here, right now, comme le crie le refrain big beat de FatBoy Slim, nous continuons de faire pousser – comme les immeubles dans la nuit du film Dark City – les talents de tous les âges. Un nouveau tandem, Yannick (Barbe) et Mélusine (Raynaud), dynamite nos matins de manière « ludique et poétique » avec des feuilletons-fleuves qui parodient le soap-opéra, comme La Grande Saga du Foin, La légende de Poire et surtout Baklava ou la toge écarlate. Et qui aurait pu croire que le vénérable Henry Chapier deviendrait à 65 ans un amateur éclairé de musiques électroniques qui tabassent, en after au festival Boréalis de Montpellier ? L’année de la première Techno Parade ? Oh, Henry ! Music sounds better with you !


    Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

    1 hr 3 min
  • 1997 : Le service public des bons plans

    Fortifier l’esprit d’équipe. Dernière saison de La Grosse Boule d’Ariel Wizman et Edouard Baer, qui s’arrête de rouler après toujours autant de sketchs et de bons plans perturbés, non sans scotcher Linda Lorin, standardiste et future matinalière, dans tous les sens du terme. Ariel, jamais rassasié, shake nos samedis avec Cocktail Time, « comme si on montait un film en direct, mais les rushes, ce sont les disques » (de musique easy listening, hawaïenne ou classique) grâce à la dextérité gourmande de son complice Jean Croc. Grand Master Dee Nasty re-revient sous la blouse de Dr. old school, avec un MC aux punchlines chirurgicales, Big Brother Hakim. Le couple malien Amadou et Mariam pensent à toi, mon amour ma chérie, au micro de Néo-Géo. Un tandem de tour operators gouailleurs, Jean-François Bizot et Rémy Kolpa Kopoul, nous guident dans une série de voyages improbables, en Amazonie ou au Kazakhstan, tandis qu’un guitariste cubain perd son dentier en plein live chez RKK ! Mais qu’en diraient les attaquants du Buena Vista Social Club ?


    En 1997, de nouveaux joueurs rentrent sur le terrain de la pop culture mondiale : Harry Potter le sorcier binoclard, ou Monkey D. Luffy, petit pirate à chapeau de paille de la saga One Piece d’Eiichirō Oda, qui sera bientôt le manga le plus lu du monde. Pendant ce temps, à la surprise générale, le Clermont Football Club élimine le PSG en huitième de finale de la Coupe de France. Cantona prend sa retraite, mais Thierry Henry dispute son premier match avec les Bleus, et Ronaldo, 22 ans, devient le plus jeune lauréat du Ballon d’or. Le Titanic remonte à la surface (puis, spoiler, re-coule) devant la caméra de James Cameron, Jeff Buckley se noie dans un affluent du Mississippi, Biggie se fait flinguer, Cousteau rejoint le monde du silence, Lady Di ne voit pas la sortie du tunnel sous le pont de l’Alma et la mort de Franquin nous donne des idées noires, m’enfin. Heureusement, depuis Oxford, Radiohead livre son chef-d’œuvre, OK Computer, dans lequel la police du karma arrête un homme qui grésille comme une radio déréglée. Chirac dissout l’Assemblée puis cohabite avec Jospin, qui ne donne aucune consigne gouvernementale concernant les Pokemons à attraper. Faut-il appeler les Men In Black pour tout oublier ? Demain c’est loin ? Pas tant que ça. Les mystérieux robots de la French Touch, Daft Punk, alias Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, racontent à Gilles Peterson – en anglais ! –, dans son émission Worldwide, la fabrication de leur fracassant premier album Homework, enregistré à la maison et destiné à faire danser around the world.


    Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

    45 min
  • 1996 : L’université de l’underground

    Ouh la la la ! Ready or not ? En 1996, alors que les Fugees, interviewés par Bashir N’Diaye et Laurent Bachet, se réfugient sur Nova pour un freestyle mâtiné de créole juste avant leur premier concert français, on apprend l’existence de la brebis Dolly, tout premier mammifère cloné au monde, tandis qu’une armée de jeunes et beaux garçons musclés à peu près identiques envahit le pays. C’est la mode, musicalement peu reluisante, des boys-bands, auxquels nous préférons de très loin les bad boys de Marseille célébrés par Akhenaton et la Fonky Family, en bons accros du micro. Mars attacks!, à la cool. Au lever, poste à fond, du bon son dans les oreilles. Par exemple : les reportages de Bintou Simporé et Jean-François Bizot à la Nouvelle-Orléans, l’actualité astiquée par David Blot dans son Blot Job, le punk électronique des cintrés de Prodigy, la B.-O. de Trainspotting, et quelques découvertes pérennes : les mélodies simples et funkys d’Alliance Ethnik dont nous avons joué les premières maquettes, ou les prescriptions thérapeutiques d’un ancien fonctionnaire du Ministère A.M.E.R., Doc Gynéco, 22 ans, qui t’emmène au Nirvana pour sa Première consultation – vendue à un million d’exemplaires. Au cinéma, La belle verte de Coline Serreau envoie une utopie extraterrestre nous avertir du péril climatique, pendant que 2-Pac passe l’arme à gauche sous les balles d’un règlement de comptes.


    La vie est courte, les délices du bonheur substantiels / La mort frappe l'oiseau assassiné en plein ciel. Nous perdons très tristement, nous, l’un de nos animateurs : le rappeur East, qui meurt à 27 ans d’un accident de scooter sur le chemin de la radio. Peu de temps après, on l’entendra déclamer, au début du morceau L’Enfer sur L’École du micro d’argent d’IAM : « C'est clair, l'avenir ne nous réserve rien de bon / Vivant au jour le jour pour nous c'est la même de toute façon / Nous sommes toujours à l'heure, vivement le troisième round / East et Cut [Killer] tout droit de l'original underground. »


    « L’université de l’underground » : la formule est habile et on la doit au journaliste et réalisateur David Brun-Lambert, pour parler de Nova. Qui raconte, outre les coulisses de nos toujours fameux Nova Mix, cette école du micro souvent désargenté, pas loin du burn-out (quand ce mot ne disait rien à personne), cette ribambelle de garnements érudits ou, comme le chante Eels, de beautiful freaks. Les tamagotchis squattent les poches des gamin·e·s et, scandale : la pub s’incruste sur notre antenne. Cédric Klapisch tourne une scène de Chacun cherche son chat sur le toit de la station, Aure Atika devient le visage d’une version télé de notre esprit métissé sur Paris Première. En 1996, notre radio a 15 ans et c’est une oasis pour les assoiffé·e·s de musiques rares : champagne, super Nova.


    Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

    1 hr
  • 1995 : Son nom est Debbouze, Jamel Debbouze

    En 1995, Nova vit-elle un éternel printemps ? Comme le crie Björk, dans une explosion jazz : It’s oh so quiet. David Blot anime Tout ce qui bouge avec Léa Drucker, Ivan Smagghe et l’un des futurs ténors du journalisme mode, Loïc Prigent. Jusqu’ici, tout va bien : La Haine de Mathieu Kassovitz décroche le prix de la mise en scène à Cannes, puis le César du meilleur film – qui démarre par un DJ qui mixe à sa fenêtre, dans la cité des Muguets de Chanteloup-les-Vignes, Sound of The Police de KRS-One, Police de NTM et Non, je ne regrette rien d’Edith Piaf. Son nom : Cut Killer, qui débarque sur nos ondes avec le Cut Killer Show, entouré d’East et de DJ LBR. Les freestyles s’enchaînent, parfois écoutés par des fachos qui traquent le moindre dérapage verbal. Un aprèm, Method Man, méchamment jet-lagué, se roule des joints « monstrueux » et pète les plombs en hurlant torse nu debout sur la table. L'important, ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage. Y compris pour sa compatriote américaine Eileen Collins, première femme à piloter une navette spatiale en route vers la station MIR – alors qu’un nouveau studio d’animation nommé Pixar nous présente des jouets doués de parole qui rêvent d’aller vers l’infini et au-delà. 


    Pourtant, on le sait, le bonheur est dans le pré et d’après l’Australien George Miller, même les cochons peuvent devenir bergers. En cette année 1-9-9-5 capitale pour le hip-hop, Kool Shen & JoeyStarr content l’épopée graffiti dans Paris sous les bombes, tandis que Jacques Chirac, sans doute un peu porté par le succès de sa marionnette aux Guignols, accède à la présidence de la République et annonce un mois plus tard la reprise des essais nucléaires français. Un attentat au gaz sarin endeuille le métro de Tokyo. Dans Pulp, son ultime roman, Bukowski imagine que la Mort en personne engage un détective privé pour retrouver Louis-Ferdinand Céline – semble-t-il toujours vivant, à la différence du philosophe Gilles Deleuze, qui disait dans son Abécédaire : « Le vrai charme des gens c'est le côté où ils perdent un peu les pédales, où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu'ils s'écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s'écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu'un, tu ne peux pas l'aimer. On est tous un peu déments, et j'ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu'un ce soit la source même de son charme. » Et c’est un gros grain de folie qui va s’abattre sur nos studios à l’arrivée d’un jeune comique cinéphile de Trappes, Jamel Debbouze, avec ses 24 blagues par seconde, entraînant dans le sillage de sa tchatche en or massif l’irruption d’une troupe de rigolos durables : Éric & Ramzy, Omar & Fred ou Michaël Youn. En 1995, le cinéma a cent ans… mais était-il prêt pour le cinéma de Jamel ?


    Réalisation, mixage : Guillaume Girault

    57 min
  • 1994 : payé·e·s pour s’amuser

    Prose combat contre la vie chère : en 1994, Nova s’insurge contre la hausse du prix de la merguez-frites avec MC Solaar et un auditeur au téléphone, invités de La Grosse Boule d’Ariel & Edouard. Quoi qu’il en coûte, la radio – média gratos – s’offre les services d’une jeune comédienne nommée Léa Drucker, qui interpelle dans la rue des inconnu·e·s pour les faire monter à bord de la « Tatie Mobile », ou de Frédéric Taddéi, chroniqueur curieux et désinvolte, qui « lit pour nous » des romans-marqueurs de leur temps comme Génération X de Douglas Copland, l’année de sortie de Baise-Moi (Despentes) ou d’Extension du domaine de la lutte (Houellebecq). Kurt Cobain cesse de lutter contre son mal-être en se servant d’un fusil et plombe toute une génération, qui chiale en écoutant l’album MTV Unplugged, ou le vague-à-l’âme sophistiqué de Portishead. Regarde les hommes tomber, dit l’affiche du premier long-métrage de Jacques Audiard. Le fondateur de l’internationale situationniste, Guy Debord, théoricien de « la société du spectacle », se suicide aussi à l’arme à feu, mais Serge Karamazov met enfin la main sur le tueur en série qui terrorise le festival de Cannes dans La Cité de la peur. Chez nous, c’est la joie : pendant douze heures de direct, Nova fête la chanson française avec Juliette Gréco, Philippe Léotard, Malka Family ou Mad in Paris, qui rappe que Paris a le blues, que les gens ont les boules, que le manque de flouze et de temps les saoule – ce qui n’a pas beaucoup changé.


    Au même moment, ta mère roule en Twingo en écoutant Mets de l’huile ou Mangez-moi mangez-moi mangez-moi et toi tu piques dans son sac de quoi t’acheter des pogs pour la récré. La Mano se sépare, mais Nas, qui n’est pas encore millionnaire, nous régale d’un freestyle pas naze à l’occaz’ de ses débuts gravés sur Illmatic. C’est la fin du magazine Actuel, mais la naissance de Nova Mag dans lequel un ancien pharmacien, Patrick Thévenin, qui couvre l’éclosion du mouvement house en France, s’étonne d’être « payé pour s’amuser » – alors que nos week-ends sont ensorcelés par les mix de Lord Zelko, Loïc Dury ou Gilb'r, à fond la caisse !


    Réalisation, mixage : Guillaume Girault.

    56 min

About La Danse du Zèbre

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