La Danse du Zèbre

La Danse du Zèbre

By Radio NovaMusic
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La Danse du Zèbre episodes

  • 1983 : La famille du délire

    En 1983, l’ex-président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, poète ayant déjà accédé à l’immortalité via son recueil Éthiopiques, devient le premier Africain élu à l’Académie Française. La même année, Jean-François Bizot relit dans Actuel et sur Nova « l'Histoire de France avec des lunettes noires ». Si chacun nettoie ses verres avec les lingettes appropriées, on voit qu’à la même période, le capitaine Thomas Sankara réussit son coup d’État révolutionnaire pour réformer le futur Burkina Faso, Prince se croit déjà en 1999, Bowie répète Let’s dance et une certaine Madonna prêche depuis New York l’idée de partir tous ensemble en Holiday. En discothèque, on entend aussi Sweet Dreams, What a feeling, Girls just wanna have fun ou Last Night A DJ Saved My Life, tandis que les Français se déhanchent devant la gym tonique de Véronique et Davina. Téléphones et ordinateurs deviennent transportables, Karl Lagerfeld est nommé directeur artistique de Chanel, les Monty Pythons se questionnent sur le sens de la vie, le Jedi est de retour et Pacino se repeint l’intérieur des narines en blanc dans Scarface.


    Sur Nova, une dizaine de permanents travaille soixante-dix heures par semaine, parfois en « pur bénévolat », parfois en étant « bien payés ». On commence à s’engueuler à propos de ce nouveau support musical, le CD, « qui vraiment, euh, compresse le son par rapport au vinyle, tu vois » ? Sir Ali nous accompagne à l’heure de la sieste, le couple Karl Zéro / Daisy d'Errata signe sketchs et chansons en pastichant l’avant-guerre, et le jeune Roudoudou coupe et colle des archives en multipliant les faux jeux rigolos. C’est le début des bons plans qui ne disent pas encore leur nom, et l’amorce des playlists avec des titres en rotation – comme, peut-être, le proto hip-hop Rockit de Herbie Hancock ou l’emblématique boucle muezzin-funk baptisée Regiment de David Byrne & Brian Eno. Le régiment des soldats du groove marche en rang serré.


    Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

    52 min
  • 1982 : La face B du monde

    Le saviez-vous ? En 1982, il existait sur Radio Nova une émission nocturne nommée Langue de vipère, basée sur le principe ultra-répandu de libre antenne, où les auditeurs étaient invités à... « râler » ! Certain/e/s, parmi vous, téléphonent à la radio année-là pour se plaindre de la mort de Patrick Dewaere, de Romy Schneider, de Louis Aragon ou de Thelonious Monk, pour se plaindre des groupes de merde qui jouent en bas de chez eux lors de la toute première fête de la musique, ou pour hurler parce qu’ils entendent presque partout Quand la musique est bonne de Jean-Jacques Goldman ou L’Aventurier de ces petits corbeaux new wave nommés Indochine.


    OK, OK. En 1982, il n’y avait pas que des raisons de se plaindre. Thriller de Michael Jackson est en chemin pour devenir l’album le plus vendu de l’Histoire, un premier cœur artificiel se met à battre aux USA, un bébé éprouvette naît en France (elle s’appelle Amandine), alors que ma cousine Sandrine joue à Pac-Man sur sa console Atari. Tout le monde se demande à quoi peut bien servir cette boîte en plastique marron nommée « Minitel » et les salles de cinoche mettent à l’affiche Blade Runner, E.T., Conan le Barbare, Rambo (I) ou Rocky III : l’œil du tigre et sa chanson qui deviendra, de manière incompréhensible, le générique des Grosses Têtes.


    Sur Nova, nouveauté : des émissions régulières, un peu bizarres, font leur apparition sur ce qui ne s’appelle pas encore « la grille ». Elles sont souvent animées par des femmes excentriques, comme Sapho ou Angela Lorente. Tandis que derrière la console, on s’active à pirater la télé ou à travailler « les ruptures de voix », à l’heure où s’invente à Paname un concept-clé, propice à la diffusion – et ensuite au succès – des musiques africaines ou arabes : « la sono mondiale », notre mélange essentiel.


    Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

    35 min
  • 1981 : Obligés de tout se permettre

    En 1981, Georges Brassens casse sa pipe quelques mois après Bob Marley, mais Joy Division renaît de ses cendres sous le nom symbolique de New Order, tandis que Charles et Lady Di se marient et que nous faisons, au cinéma, la connaissance d’un bel aventurier goguenard nommé Indiana Jones. IBM commercialise le premier ordinateur personnel au moment où les voitures, en Europe, peuvent se doter d’airbags. Aux États-Unis, une revue scientifique parle d’une étrange maladie nommée sida et une chaîne de télévision musicale nommée MTV se lance avec un clip des Buggles intitulé Video Killed The Radio Star. Au même moment, dans notre beau pays de France, la gauche accède au pouvoir, la peine de mort est abolie et les ondes radiophoniques se libèrent ; il était temps, à vrai dire, parce que sur la bande FM hexagonale, on entend surtout Les lacs du Connemara, Tata Yoyo, Couleur menthe à l’eau ou la bande-originale de La Boum.


    BOUM. En 1981, entre les sous-sols de France Culture et un tout petit studio du quartier de la Villette à Paris, Radio Nova jaillit du rapprochement progressif des équipes de Radio Ivre et Radio Verte, vite rejointes par les journalistes d’avant-garde du magazine Actuel, à la recherche de ce tout qui est « nouveau et intéressant » aux quatre cents coins de la planète – avec parfois 400 000 exemplaires vendus par mois. Comme l’a écrit Jean-François Bizot, l’exubérant et charismatique cofondateur de ce journal et de la station, cette radio entend « faire danser tous les cabillauds congelés » en jouant « Fela Kuti, le funk, la new wave, Tuxedo Moon, Kraftwerk » et « remettre Paris à l’heure en assumant son vaudou », au gré d’une antenne « chaude et froide comme les années 80 ! »


    De leur côté, Andrew Orr et Jean-Marc Fonbonne, tout comme Catherine Lagarde, Eve Couturier ou Jean-Jacques Palix, multiplient collages et brouillages dans un génial esprit de cut-up à la suite du stupéfiant William S. Burroughs, auteur du roman Nova Express en 1964 – auquel la radio emprunte son nom de baptême. Un son unique est né. Nova novatrice, pour toutes les oreilles. 


    « Nous, on était modernes », comme le rappelle Thierry Planelle, l’un des premiers programmateurs musicaux et « activistes » de Radio Nova, dont nous avons placé la voix sur notre tout premier générique – lui-même fabriqué à partir d’une création de Laurie Anderson. Rester moderne, au fil de quatre décennies et au-delà. Créneau désirable, crédo durable. En 2021, Radio Nova a soufflé ses 40 bougies et enclenché un chantier à sa démesure : produire un documentaire de quarante épisodes pour raconter, année par année, les joies, les peines, les folies, les gloires et les rayures d’une radio « pas pareille », adepte endurante de « la liberté bordélique, spécialité maison ». Un an et 93 interviews plus tard, nous y voilà. Bienvenue dans La Danse du Zèbre.


    Réalisation, mixage : Benoît Thuault.

    42 min

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