Réunion importante des ambassadeurs des 27 pays membres de l’Union européenne ce vendredi. Ils doivent apporter, ou non, leur soutien à l’accord de libre-échange entre l’Union et les pays du Mercosur. Cet accord doit créer un marché quasiment unique de 700 millions de consommateurs et 5 pays latino-américains et 27 pays européens. suscite l’inquiétude et la colère du monde paysan et notamment en France. Il faut dire que plusieurs dynamiques politiques sont à l’œuvre.
La première dynamique, ou les premières, ce sont des dynamiques nationales. En Pologne, en Hongrie et en France, l’opposition à l’accord est résolue.
En France par exemple, la quasi-totalité des forces politiques y sont opposées. C'est la raison invoquée par le président de la République pour s'opposer à l'accord. L’exécutif, soucieux de la colère paysanne, mais aussi de la menace de censure du gouvernement venue de la droite et de l'extrême droite, a tout fait pour obtenir des aménagements et retarder la signature de l’accord.
Elle y avait réussi d’ailleurs jusqu’au mois de décembre dernier en construisant une minorité de blocage.
Négociations entre Européens
C’est la deuxième dynamique, la dynamique politique européenne entre les Vingt-Sept. Pour cet accord commercial, négocié par la Commission, dont c’est la prérogative accordée par les traités européens et acceptés par les pays membres, il n’y a pas besoin de l’unanimité, mais d’une majorité qualifiée : au moins 15 pays représentant 65 % de la population de l’Union.
Au mois de décembre, la France avait réussi à rallier l’Italie à sa cause pour un report. Mais Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien, se montre très satisfaite des aménagements proposés depuis par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Avec des mécanismes de sauvegarde en cas de déstabilisation des marchés agricoles européens, la suspension de mesures qui renchérissent les importations d’engrais et surtout, le déblocage de 45 milliards d’euros pour les agriculteurs européens. Pour Rome, le compte y est.
La France risque donc de se retrouver mise en minorité et isolée. Car de nombreux pays européens, et notamment les plus industrialisés comme l’Allemagne, sont favorables à l’accord et estiment qu’après plus de 25 ans de négociation, il est temps de conclure.
Une pierre dans le pré carré américain
Ces pays font valoir la troisième dynamique, la dynamique de la politique internationale. Même de la géopolitique. Les tenants de l’accord font valoir que le monde change à grande vitesse sous l’impulsion de l’offensive américaine sur les droits de douane. Des marchés entiers se ferment et notamment le marché américain. La Chine tente de réorienter ses exportations vers d’autres zones et notamment vers l’Europe.
Les producteurs européens en automobile, en aéronautique, en chimie, qui eux aussi, au même titre que l'agriculture, font vivre des Européens, font valoir qu’ils doivent eux aussi trouver de nouveaux débouchés. Pour l’Europe, malmenée et même méprisée par Donald Trump, c’est une occasion unique d’exister et d’envoyer un message à la Maison Blanche. Qui plus est dans une partie du monde officiellement considérée par les États-Unis comme leur pré carré.
La dimension multilatéraliste de l'acord est aussi importante. En tête des pays qui tentent de résister à la mainmise américaine, il y a le Brésil, géant du Mercosur qui ne serait pas contre un peu de soutien. S’il ne le trouve pas du côté des Européens, il ira le chercher ailleurs : la Chine est déjà son premier partenaire commercial.