https://www.ia-info.fr/justice-a-l-ere-de-lintelligence-artificielle.html
Dans l’imaginaire collectif, la justice apparaît comme le dernier bastion rationnel où l’intelligence humaine façonne la légalité, oriente la jurisprudence et assure l’équité. Pourtant, une transformation silencieuse mais radicale est en train de bouleverser ce sanctuaire d’expertise : l’intelligence artificielle, autrefois considérée comme un simple outil d’assistance, se glisse désormais dans les plis du système judiciaire, parfois avec plus d’efficience que les professionnels eux-mêmes. Pour les millions d’Américains confrontés à la précarité, l’IA offre aujourd’hui une alternative inespérée pour accéder à une défense autrefois inabordable. L’histoire de Lynn White, révélée à travers la presse, cristallise cette mutation : expulsée de son logement en Californie, incapable d’engager un avocat en raison de frais prohibitifs, elle décide d’utiliser ChatGPT et Perplexity AI pour organiser sa défense.
Loin d’être une simple anecdote, l’épisode de Lynn White questionne la légitimité et la capacité de la justice humaine à composer avec une intelligence algorithmique capable non seulement d’identifier des failles procédurales, mais aussi de les exploiter plus efficacement que bon nombre de spécialistes. Face à la menace imminente de perdre son logement et de s’enfoncer dans un gouffre financier qui pourrait coûter des dizaines de milliers de dollars, Lynn White s’est résolue à saisir les leviers offerts par l’IA. Si l’imaginaire du robot-avocat plaidant devant la cour reste fantaisiste, la réalité est plus subtile : grâce à des chatbots, White a pu mettre en lumière plusieurs erreurs de procédure passées inaperçues aux yeux du tribunal lors du premier jugement. Cela lui a permis de préparer scrupuleusement des documents pour contester la décision devant le juge d’appel.
Après des mois de démarches et de préparation guidée par l’IA, la cour annule enfin son expulsion. Ironie mordante d’un système qui, en théorisant l’accès à la justice pour tous, ne parvient plus à assurer cette promesse sans l’appui de technologies censées rester secondaires. Dans le quotidien judiciaire californien, où la moindre procédure peut se transformer en gouffre financier, la victoire de White souligne autant la puissance de l’IA que la fragilité du système traditionnel. Les loyers dus, pénalités, honoraires et coûts associés à une expulsion s’accumulent à une vitesse fulgurante, transformant ce qui devrait être une protection contre l’injustice en un labyrinthe réservé à ceux qui peuvent se payer le luxe de se défendre, ou de se faire défendre. L’affaire Lynn White incarne un bouleversement sociétal : aux États-Unis, la vague de plaideurs « pro se » (défendant eux-mêmes leur dossier) se généralise, portée par l’accessibilité croissante de l’intelligence artificielle. D’après la parajuriste Meagan Holmes, ce phénomène s’accélère à un rythme inédit, jamais observé dans toute sa carrière. Derrière ce changement, une raison claire se détache : la justice coûte trop cher pour la majorité de la population. Les honoraires exorbitants, les procédures tentaculaires et le coût du simple accès à la défense rendent les avocats inaccessibles pour des millions de familles.