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Les philosophes et chercheuses Manon Garcia, Sandra Laugier et Éléonore Lépinard sont les invitées du 100e épisode de La Poudre, enregistré aux Rencontres Philosophiques de Monaco le 18 juin 2021. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé des résistances contre la pensée féministe, beaucoup plus parlé de taches ménagères que prévu, de sexe et de notre ras-le-bol de ne pas être écoutées, bref, elles ont beaucoup parlé des hommes. L’édito de Lauren : Bon en vrai je mens, c’est pas l’épisode 100. Enfin si, c’est l’épisode 100 parce qu’il arrive juste après l’épisode 99. Mais c’est en fait le 139e épisode mis en ligne, parce que pendant les quatre premières saisons, on ne numérotait pas les tables rondes, on les appelait “épisode bonus”. Enfin bref, c’est notre cuisine interne ça vous regarde pas vraiment, mais c’est intéressant parce que le fait que j’appelle cet épisode “l’épisode 100”, ça raconte aussi un peu ce qu’est la pensée féministe. Si si, ça raconte le fait que chaque savoir, chaque décompte, chaque nomination, chaque concept est fondamentalement situé. Chaque nom, chaque chiffre, chaque pensée est complexe, et imbibée de l’identité de celle ou de celui qui en est l’auteur ou l’autrice. Pour résumer, d’un point de vue universaliste cet épisode n’est pas l’épisode 100, mais de mon point de vue à moi – le seul qui compte du coup puisque ce podcast est mon espace et un peu ma narration –, ben si, en fait, c’est l’épisode 100. Je m’envole un peu là, je suis désolée. J’arrête pas de m’envoler comme ça depuis que je me penche sur la philosophie. C’est fabuleux, la philosophie. C’est presque aussi chouette que la sociologie. C’est pour cela que lorsque Charlotte Casiraghi m’a proposé d’animer une table ronde féministe aux Rencontres Philosophiques de Monaco, bah j’ai sauté de joie. J’ai réuni autour de la table trois penseuses féministes, avec l’idée qu’on allait toutes ensemble réussir à penser des futurs féministes, les futurs féministes, et à décrire ce à quoi pourrait ressembler une société véritablement égalitaire, véritablement juste, véritablement libre. C’est le dernier épisode de la saison 5 de La Poudre. Une saison qui a été riche en savoirs, en complexité et en espoir, et que je vous remercie du fond du cœur d’avoir suivi. Pour continuer de suivre les aventures de La Poudre à la rentrée, je vous invite fort à suivre La Poudre sur les réseaux sociaux, notamment Instagram où on vous tiendra au courant de la suite des événements qui va peut-être vous surprendre. En attendant, place à la philosophie ! Cet épisode est délicieusement long, régalez-vous bien. Résumé de l’épisode : Alors que depuis plus d’un an, l’incertitude règne en maîtresse et que le climat politique se raidit, comment penser le futur ? Comment opter entre utopie et dystopie ? Lauren Bastide a tendu son micro à trois immenses penseuses pour tenter d’apporter quelques réponses : les philosophes Manon Garcia et Sandra Laugier ainsi que la sociologue Éléonore Lépinard. Ensemble, elles se penchent sur ce que le féminisme peut pour la philosophie et inversement (09:25), mais aussi en quoi il est positif de voir la place qu’il prend dans les disciplines telles que la philosophie dans ces temps où toute une partie des sciences sociales est menacée (19:37). Elles explorent en quoi la pensée du care ou encore l’écoféminisme pourraient apporter des éléments concrets pour penser des politiques publiques plus égalitaires et durables (32:33) mais constatent aussi la présence de nombreux obstacles et résistances contre ces futurs possibles (46:18). Dans le moment historique que nous sommes en train de vivre (50:00), la grande question reste de savoir comment toucher les personnes en position de privilège pour qu’elles se joignent au mouvement (51:29). Si elles oscillent entre optimisme et pessimisme (1:14:05), elles nous offrent ici de nombreuses pistes pour poursuivre le travail amorcé et défricher de nouveaux champs (1:06:45). Bonne écoute, et continuez
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Clovis Maillet, historien médiéviste et performeur, est l’invité du 99e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, ils ont parlé d’Eugène/Eugénie, de Leslie Feinberg et de Jeanne d’Arc. L’édito de Lauren : Il n’y a pas deux sexes. Non, je vous promets. Que ça soit biologiquement, chromosomiquement ou hormonalement, il est impossible de diviser les humains en deux catégories, il existe tout un spectre qui a été très bien décrit dans les travaux de la chercheuse Anne Fausto-Sterling. Il existe partout, tout le temps et depuis toujours, des personnes intersexes, dont les caractéristiques physiques ou biologiques ne correspondent aux définitions classiques de la masculinité et de la féminité. Ces personnes subissent aujourd’hui, en France, des violences médicales absolument inimaginables tant on s’acharne à vouloir à tout prix les faire rentrer dans les cases de la binarité de genre. Je vous renvoie au merveilleux documentaire de mon ami Océan, En Infiltré·e·s, dans lequel il a longuement échangé avec Mö, une personne intersexe en lutte contre le système médical qui a bousillé sa santé et son identité. Je vous renvoie aussi au site du Collectif Intersexes et Allié·e·s qui fait un travail colossal d’accompagnement et de transmission sur ces questions si invisibles dans le débat public. Figurez-vous qu’au Moyen Âge, ces personnes qu’on appelait hermaphrodites sont parfaitement reconnues et nommées, et personne ne songe à les forcer à rentrer dans l’une des deux catégories de sexe. Au Moyen Âge, il y a trois sexes. C’est l’une des découvertes réjouissantes et déterminantes que j’ai faite en lisant le livre Les Genres fluides de mon invité Clovis Maillet, historien médiéviste que j’ai eu la chance de recevoir sur la scène du Carreau du Temple. Résumé de l’épisode : Clovis Maillet est historien médiéviste et l’auteur du révolutionnaire Les Genres fluides, de Jeanne d’Arc aux saintes trans, un essai qui explore les formes de transidentités au Moyen Âge. Refusé aux Beaux Arts, il a trouvé sa voix en études d’histoire (07:04), un domaine qui l’a vite passionné et en particulier l’histoire médiévale qu’il connaissait mal avant d’y plonger tête la première. Autant intéressé par l’histoire en elle-même que par la façon dont on l’écrit, il défend l’importance de l’analyse des personnes concerné·e·s qui vont décrypter différemment les sources, sensibles à des éléments invisibles pour d’autres (14:20). C’est son projet aujourd’hui, aux côtés d’autres chercheur·euse·s, d’approfondir les recherches historiques sur les transidentités, à l’instar de la démarche de Michelle Perrot – entre autres –, pour l’histoire des femmes. Les personnes trans ont en effet souvent été effacées de l’histoire ou invisibilisées, même si Clovis Maillet met en garde contre les politiques de la visibilité et leur effet sur les figures mises en lumière (21:25). Pour ses propres recherches sur les saint·e·s trans au Moyen Âge, il a particulièrement travaillé à remettre en série et nommer les parcours des ces personnes (25:39). L’enjeu était grand de trouver des termes qui ne trahiraient pas les significations de l’époque mais pourraient également prendre tout leur sens aujourd’hui (35:24). Il s’est aussi penché sur la figure paradoxale de Jeanne d’Arc (38:57), à la fois sainte catholique et héroïne anticléricale. Ce cas complexe en termes de genre ne cesse d’ailleurs de l’étonner, tant il aurait été plus facile, pour tous les bords tentant de s’approprier ce personnage de choisir des égéries plus lisses (42:00). Immergé dans les échelles de valeurs médiévales qui, bien que patriarcales, prête par exemple plus attention à l’abstinence ou non qu’à l’appartenance à un genre (1:00:65), Clovis Maillet entend bien poursuivre ses explorations et continuer de braquer le projecteur sur l’histoire des transidentités. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore
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La brillante chercheuse, autrice et performeuse Wendy Delorme est l’invitée du 98e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Rosa, de Raphaël, de Grâce et de Louise. L’édito de Lauren : Il existe un art féministe d’écrire le passé et le futur. Dans l’épisode précédent j’évoquais avec Geneviève Brisac l’Orlando de Virginia Woolf et ce·tte voyageur·euse du temps qui préfigure presque les transidentités contemporaines. Et puis il y a Herland, d’une de mes idoles, Charlotte Perkins Gilman, qui imaginait au tout début du XXe siècle le fonctionnement d’une société entièrement exemptée d’hommes. Dans La Parabole du semeur, Octavia Butler imagine en 1993 la société américaine de 2025. Une société de violence et de chaos que seule peut sauver l’empathie. Et puis il y a bien sûr La Servante écarlate, de Margaret Atwood, que j’ai eu la chance de recevoir dans La Poudre, une étrange et inquiétante prévisualisation de l’Amérique trumpiste. Toutes ces autrices féministes ont pour point commun de puiser dans le présent les éléments qui nous démontrent où nous conduirait le pire, mais aussi où se situe l’espoir. Et c’est exactement ce que fait, dans Viendra le temps du feu, Wendy Delorme. Wendy Delorme était bien là, bien présente sur la scène du Carreau du Temple ce soir-là. Pour la première rencontre de La Poudre en présentiel depuis longtemps. Parce que les livres c’est bien, mais les corps, je crois, c’est encore mieux. Résumé de l’épisode : Wendy Delorme est docteure en sciences de l’information et de la communication, enseignante, autrice de grand talent et performeuse, autant de cordes à son arc qui nourrissent toute son œuvre. Son dernier roman, Viendra le temps du feu, mêle des événements réels à un futur potentiel, dans un élan visionnaire qui résonne avec la démarche de Margaret Atwood et sa Servante écarlate (12:35). Dans ce texte, c’est aussi Monique Wittig que l’écrivaine convoque (14:04), une autrice qui a marqué son parcours de sa langue romanesque à la puissance symbolique sans pareille (16:30). L’écriture tient un rôle important dans la vie de Wendy Delorme, et ce depuis son enfance, lorsque sa grand-mère envoyait ses poèmes de petite fille à des maisons d’édition (25:52). La force qu’elle tire de cette transmission, elle la trouve aussi chez ses aînées choisies, les militantes lesbiennes qu’elle a rencontré dès les débuts de son engagement politique, alors qu’elle découvrait l’ampleur du champ féministe (28:47). C’est en écrivant sa thèse qu’elle s’est profondément ancrée dans cette mémoire, en se plongeant dans l’histoire des mouvements LGBTQI+ (31:13). Docteure et performeuse, autrice et enseignante, elle passe du monde de l’intellect à celui du corps sans voir ni opposition ni barrière entre eux, contrairement à la tradition française qui voudrait les garder bien séparés (34:16). Elle défend ainsi le droit pour chacun·e à disposer de son corps comme iel l’entend, tissant des liens indiscutables entre divers enjeux féministes (38:07). Elle-même interroge son propre corps, et comment la façon dont sa forme de féminité et la manière dont elle est perçue viennent interagir avec son discours politique (42:58). Un discours qu’elle avait mis en veille pendant les premières années de sa parentalité, sidérée par la violence de la Manif’ pour tous (49:46), mais qu’elle porte haut à nouveau aujourd’hui, renforcée par le pouvoir de la sororité (57:00). Membre d’un collectif d’écriture, RER Q (18:09), elle mesure la valeur de l’écriture à plusieurs mains, plusieurs cœurs et si cette sororité reste indissociable de la non-mixité, il n’y a aucun doute sur le fait que pour elle, le futur s’écrit au féminin pluriel (59:30). Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et coordination : Gaïa Marty Mixage : Marion Emerit See Privacy Policy at https://art19.com/privacy an
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Geneviève Brisac, écrivaine poignante, savante et immense lectrice de Virginia Woolf est l’invitée du 97e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Virginia, de génie et de folie. L’édito de Lauren : Je ne sais pas si je vous ai dit combien j’aimais le Carreau du Temple, son équipe, ce lieu, les idées qui y circulent. Le cycle de rencontres « Parole aux savant·e·s » aurait dû avoir lieu sur la scène de son auditorium, mais bon ça s’est passé surtout sur Zoom. Mais même sur Zoom, on pouvait sentir la bienveillance et la passion du Carreau derrière ces rencontres. Donc vraiment je voulais encore leur dire merci. En mars, je me souviens, j’étais un peu au bout du rouleau à cause des confinements successifs et puis du reste. Pour la rencontre prévue le 8 mars, j’ai eu vraiment envie de me faire un cadeau et de vous faire un cadeau en parlant de ma personne préférée dans toute l’histoire du féminisme : Virginia Woolf. Et je l’ai fait avec une femme aussi érudite que bienveillante : Geneviève Brisac. Et c’était fabuleux. En réécoutant cet épisode, je retrouve la joie que je cherchais à convoquer ce soir-là. Mission, donc, accomplie. Les rencontres au Carreau peuvent reprendre en présentiel ce mois-ci, donc joie, joie et encore joie. Résumé de l’épisode : Geneviève Brisac est une autrice prolifique à l’écriture merveilleuse qui depuis toujours rend hommage aux nombreuses écrivaines et artistes dont le travail l’accompagne. Virginia Woolf est l’une de ces figures, peut-être la plus centrale. Geneviève Brisac admire ainsi sa capacité à dire vrai sur elle-même (09:37), à se livrer sans fard, dans tous les états de son être et jusque dans les replis de sa folie, à laquelle elle assimile la maladie (10:57). C’est d’ailleurs dans la maladie que Geneviève Brisac s’en est fait une compagne de route (13:43). Une compagne qui apporte souvent de la combativité et de l’espoir, même si, comme Sylvia Plath, elle a fini par le perdre elle-même (15:53). Dans ses journaux, l’écrivaine britannique se livre toute entière, à commencer par la relation complexe qu’elle entretient avec sa mère et l’admiration qu’elle lui voue malgré son incapacité à se conformer au modèle d’ange du foyer qu’elle lui renvoie (28:33). Elle évoque également son quotidien à Bloomsbury, entourée de sa sœur, son frère et des amis de ce dernier, petit groupe au cœur de l’effervescence intellectuelle de l’époque (31:13). Une expérience de remise en question des normes de genre et des relations qui pourrait aisément trouver son parallèle dans le bouillonnement de mai 68. Bien qu’elle soit parfois renvoyée à sa position aristocratique, pour Geneviève Brisac Virginia Woolf est une figure transgressive, qui avait choisi un quotidien bien loin des carcans de sa classe et de son genre, ou qui cherchait par exemple à construire une relation de couple égalitaire (36:30). Les réflexions qu’elle menait avec son entourage font ainsi écho bien après son temps, comme lors de la redécouverte d’« Une Chambre à soi » dans les années 1970 (43:01). Sa lectrice fidèle constate à quel point la guerre a balayé toutes ces avancées, les effaçant de l’histoire (39:02). Le suicide de l'écrivaine est d’ailleurs éminemment politique selon Geneviève Brisac (1:03:25), lié à son découragement face à la violence. Ses textes, qui sont parfois ardus mais valent toujours le travail entrepris pour les appréhender (59:00) résonnent fort avec les réflexions actuelles des mouvements féministes (1:06:00). Et si vous hésitez encore à aller à sa rencontre, les mots émouvants de Geneviève Brisac sur l’œuvre magistrale de Virginia Woolf et sur tous les mystères qu’elle recèle encore (1:12:18) ne peuvent que finir de vous convaincre. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et coordination : Gaïa Marty Mixage : Marion Emerit See Privacy Policy at htt
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Fatima Ouassak, passionnante autrice et politologue est l’invitée du 96e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé d’esprit critique, des folles de Mai et de désenfantisation. L’édito de Lauren : Je vous parle régulièrement de la joie que je peux éprouver quand je découvre une pensée qui retourne ma façon de voir le monde. La pensée de Fatima Ouassak fait partie de celles-ci. La lecture de son livre « La Puissance des mères » a déclenché en moi des émotions très fortes lorsque je l’ai ouvert pour la première fois l’été dernier. Elle reprend des constats que je connaissais : les violences qui s’exercent contre les jeunes dans les quartiers populaires, le mépris institutionnel contre les actions politiques issues de ces quartiers, la violence contre les femmes musulmanes dans l’espace public et dans les écoles, la confiscation de la pensée écologiste par une classe blanche et aisée. Mais son tour de force c’est de relier tout ça en un seul projet politique : la mobilisation des mères. Elle porte une véritable stratégie révolutionnaire. Une stratégie dont elle préconise l’application dès aujourd’hui à l’échelon local. Et vous savez ce que ça fait ? Ça donne de l’espoir, et c’est bon. En mai, le Front de mères organise le Front de mai, un mois de rencontres et d’ateliers pour imposer dans l’espace politique les enjeux de protection des enfants contre les violences et les injustices. Fatima Ouassak prépare d’autres projets, à l’entrecroisement des luttes antiracistes, féministes et écologistes. Un conseil : suivez-là ! Résumé de l’épisode : Fatima Ouassak est politologue et autrice. Elle est aussi militante, depuis de nombreuses années, dans les luttes antiracistes, féministes et aujourd’hui écologistes. Elle est l’autrice du formidable essai « La Puissance des mères », rendant aux mères mobilisées pour l’avenir de leurs enfants toute la puissance politique de leur engagement, à l’intersection de tous ces combats. Fatima Ouassak a grandi à Lille et malgré l’inégalité du système scolaire, elle souligne la croyance placée en l’école par ses parents (16:05). Une voie d’émancipation qui favorisait à son époque l’esprit critique, une qualité qu’elle ne retrouve plus aujourd’hui dans l’enseignement prodigué à ses propres enfants (20:57). Elle souligne néanmoins la volonté continue des institutions de gommer les traces des héritages de certaines familles immigrées ou descendantes de l'immigration postcoloniale, privant les enfants des racines nécessaires à leur construction (26:05). En regard de cette manifestation limpide du racisme institutionnel, Fatima Ouassak salue la force de résistance des parents qui ne cèdent pas face à cette pression. Une force qu’elle a pu constater autant dans son enfance que dans ses engagements en tant que mère aux côtés d’autres parents. L’expérience de la maternité a en effet été un tournant dans sa lutte militante, modifiant sa vision stratégique pour viser des victoires pouvant avoir un réel impact sur la vie de ses enfants (32:57). C’est ainsi qu’elle s’est notamment reconnue dans les combats écologistes qui répondent aux enjeux concrets d’amélioration de leurs quotidiens. Cofondatrice du Front de mères – un syndicat de parents des quartiers populaires luttant pour protéger leurs enfants au niveau local –, elle tire de la force de celles qui, comme elles, ont porté des combats politiques dans l’espace public en tant que mères, comme les folles de la place Vendôme en 1984 (37:49). Avec le Front de mères, Fatima Ouassak tente de faire reconnaître combien le système discriminatoire et raciste en place désenfantise les jeunes générations des quartiers populaires (45:50). Elle appelle à construire des projets politiques communs pour démonter ces pratiques et bâtir un futur plus égalitaire. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et coordi
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La réalisatrice prodige Maïmouna Doucouré est l’invitée du 95e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Maman(s), de Mignonnes et de Netflix. L’édito de Lauren : C’est fou que La Poudre se soit aussitôt placée sous le marrainage des femmes du cinéma. Parmi mes toutes premières invitées, celles qui ont échangé avec moi dès 2016, avant même que le podcast soit en ligne, il y avait les réalisatrices Rebecca Zlotowski et Houda Benyamina. Deux femmes qui m’impressionnaient par leur capacité à se créer un nom aux côtés de tant d’hommes. C’est fou parce que c’est par le cinéma que la révolution féministe que nous vivons aujourd’hui s’est déclenchée. En 2017, les femmes d’Hollywood ont dénoncé haut et fort le sexisme de leur industrie et depuis, l’histoire du féminisme est jalonnée de prises de paroles par des femmes du cinéma qui constituent de grands tournants. Comme un bilan, le livre La Poudre Tome 2, Féminismes et cinéma, rassemble les voix engagées du cinéma qui sont passées à mon micro ces quatre dernières saisons. Aïssa Maïga, Iris Brey, Alice Diop, Julie Gayet, Fanny Herrero, Céline Sallette, Déborah Lukumuena et les autres… toutes ont fait bouger les lignes. Pas seulement dans leur milieu, mais dans la société toute entière. Cet ouvrage dont je suis super fière sera en librairie le 19 mai, mais il est déjà disponible en précommande. Et pour en marquer la sortie, j’ai voulu inviter dans La Poudre l’une des réalisatrices les plus talentueuses du moment. Une femme qui reprend le flambeau de ces combats contre le sexisme et le racisme au cinéma. Une femme qui raconte des histoires et qui crée des images qui changent le monde. Résumé de l’épisode : Maïmouna Doucouré est la réalisatrice internationalement reconnue de Maman(s) et de Mignonnes. Pour elle, aucun doute : le cinéma a le pouvoir de changer le monde en nourrissant les imaginaires (06:23). Après une enfance dans le 19e arrondissement de Paris, elle démarre des études de biologie, fait un petit détour par le théâtre puis se lance sans filet dans la réalisation, grâce à un concours qu’elle remporte sur la base de son scénario (24:35). Dans ce premier court-métrage, elle filme déjà à hauteur d’enfant, un trait que l’on retrouve dans la suite de son parcours. Son second court-métrage, Maman(s), remporte le César du court-métrage en 2017, ex aequo avec Alice Diop, et sera sélectionné dans plus de 200 festivals dans le monde. Le féminisme qui infuse son œuvre n’est selon elle pas une histoire de choix (08:44). En observant la condition des femmes autour d’elle, dans sa famille comme dans la société – ou même dans les histoires de princesses passives qui lui étaient proposées dans la fiction –, impossible pour elle de ne pas combattre le statu quo (10:12) et hors de question d’encaisser sans broncher. Elle nourrit son cinéma de tout ce qu’elle aimerait pouvoir dire à son entourage et transcende ses souhaits de rébellion grâce à sa caméra. C’est aux États-Unis surtout qu’elle trouve soutien et accompagnement (47:32). C’est toutefois aussi là-bas qu’éclate la polémique autour de son premier long-métrage, l’acclamé et récompensé Mignonnes, suite à un choix de marketing problématique de Netflix – la plateforme ayant annoncé le film avec une image prenant à revers tout le propos du projet (40:58). Mignonnes est pourtant une création sensible et nuancée, s’attaquant à l’hypersexualisation des petites filles dans nos sociétés, un sujet que Maïmouna Doucouré a porté en ayant également sa propre fille en tête, née au tout début du tournage (51:52). Sa réalisation puissante et porteuse d’images renouvelant profondément les représentations promet encore de prochains grands films qu’on a hâte de découvrir dans les salles obscures. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et coordination : Gaïa Marty Mixage : Marion Emerit
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Cloé Korman, écrivaine de la nuance et de la profondeur, est l’invitée du 94e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de la Muette, de Bobigny et de Marseille. L’édito de Lauren : Depuis trois ans, les actes antisémites flambent partout en France. On profane des cimetières, des symboles à la mémoire de Simone Veil ou d’Ilan Halimi. On révèle la présence de groupuscules néo-nazis, notamment au sein de l’armée française. On insulte. On caricature. On tue. La haine des juifs et des juives s’exprime partout, tout le temps, de façon décomplexée, il y a encore quelques jours sous forme de graffitis sur la façade de Sciences Po Paris. La rabbine et brillante essayiste Delphine Horvilleur le dénonçait déjà il y a deux ans dans l’épisode 46 de La Poudre que je vous invite à réécouter. Récemment, sur Radio Classique, elle disait : « La montée de la haine antisémite est un prélude à une haine qui va frapper tout le monde. Il est urgent de lutter contre la dissociation qui s’opère souvent dans l’espace publique entre l’antisémitisme et les autres formes de racisme. Car l’antisémitisme est un racisme. » Et c’est ce rappel salutaire qu’est venue faire l’écrivaine Cloé Korman dans son essai « Tu ressembles à une juive » paru en 2020. C’est aussi une romancière bouleversante. Je suis encore éblouie par les éclats de lumière de « Midi », dont je vous recommande chaudement la lecture. Et je suis très honorée de la recevoir dans La Poudre aujourd’hui. Résumé de l’épisode : Cloé Korman est l’autrice de plusieurs romans et de l’essai « Tu ressembles à une juive » paru il y a un peu plus d’un an (10:47). Dans cet ouvrage dont l’intention est toujours autant d’actualité, elle décrypte en quoi l’antisémitisme est une forme de racisme ainsi que les liens étroits entre ces différentes manifestations des discriminations et des haines (16:14). Elle rappelle l’ancrage de l’antisémitisme dans la société française (18:22) et la reconnaissance encore partielle et tardive de la responsabilité de l’état français dans la déportation des personnes juives. Le refus de faire face à cette partie de notre histoire prend pour elle des formes très concrètes, comme la cité de la Muette qui, de camp d’internement au cœur de la politique de déportation de la France, est devenu lieu d’habitation pour des populations précaires où le racisme étatique s’exprime encore (22:09). Ayant grandi à Boulogne-Billancourt, elle est plongée très jeune dans l’engagement politique de ses parents et témoigne de l’incrédulité qui régit les rapports de sa famille à l’état. Une méfiance vis-à-vis des institutions qui la pousse sans cesse à remettre en question les discours officiels (28:10). La langue est un outil qui lui est cher et les mots ont pour elle une substance concrète qui peut autant la réjouir que la blesser. C’est parce qu’elle est sensible à toute leur portée qu’elle cultive la nuance dans la façon de les brandir (32:21). Elle s’en empare d’ailleurs dans ses romans pour raconter des histoires pleines d’ombre et de lumière, une complexité qui touche autant aux espaces urbains qu’aux rapports sociaux. De son passage par les États-Unis, elle a retiré une capacité à témoigner des rapports de domination sans rendre les mots responsables des situations qu’ils décrivent. Si elle n’hésite pas à prendre la plume pour exprimer ses positions politiques dans des tribunes (05:05), elle aimerait aussi avoir la même liberté que les groupes dominants de parfois laisser sur le bord de la route la colère crée par les discriminations pour avoir le loisir de créer sans limite et sans assignation (48:17). Son écriture qui cherche à galvaniser sans céder à la simplification est un remède puissant aux maux d’aujourd’hui dont on ne peut que vous recommander la lecture. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et coordination : Gaïa
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La journaliste et autrice Victoire Tuaillon est l’invitée du 93e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé de Barbe bleue, de chèvres et de révolution romantique. L’édito de Lauren : J’ai l’impression qu’en ce moment on a toutes et tous beaucoup, vraiment beaucoup, besoin d’amour. Mais d’un amour qui ne ferait pas mal. D’un amour moderne, libre, politique, qui permettrait à chacun et chacune de s’épanouir comme iel l’entend. De sortir des schémas de genre. De se libérer des injonctions à la sexualité, à la reproduction, aux balivernes des contes de fées. Bref, on rêve tous et toutes d’un amour féministe et c’est compliqué. C’est pourquoi je suis extrêmement reconnaissante à ma consœur, Victoire Tuaillon, du studio Binge, d’avoir conçu un podcast entièrement dédié au sujet : « Le Cœur sur la table ». Et comme c’est un sujet important, j’ai eu envie de l’inviter à mon micro pour faire un petit tour d’horizon. C’était au début du printemps, on était à l’opéra de Lyon dans le cadre du festival « Femmes libres ? » et ça m’a fait du bien. Résumé de l’épisode : Victoire Tuaillon est journaliste, autrice et la créatrice du podcast culte « Les Couilles sur la table » et du récent « Le Cœur sur la table » qui se penche sur le vaste sujet de l’amour dans toute sa complexité. Dans cet épisode enregistré dans le cadre du festival « Femmes libres ? » organisé par l’Opéra de Lyon et dans lequel plusieurs pièces mettent en scène la figure violente de Barbe Bleue, elle déploie au micro de Lauren Bastide les liens entre nos vécus de l’amour et ses représentations (05:00). Les contes de fées et autres tropes de l’amour romantique construisent nos attendus mais génèrent aussi des zones d’ombres dans nos visions des relations amoureuses (07:58). Que se passent-ils après « et ils eurent beaucoup d’enfants » ? À quoi ressemble une relation qui dure, ou qui ne respecterait pas ces codes ? (11:50) C’est sur ces questions essentielles pour repenser nos relations hors des schémas patriarcaux que se penche Victoire Tuaillon. Elle détricote le couple, ou tout du moins sa base politique et religieuse (13:24), s’appuyant sur les écrits de nombreuses penseuses féministes qui toutes, au travers des époques, se sont attaquées à ce sujet relationnel, si central dans nos vies (17:23). Pour Victoire Tuaillon, il est temps de mener une grande révolution romantique intersectionnelle, pour reprendre la formulation de Costanza Spina, et de délier définitivement amour et violence (22:41). Elle propose de plonger tête la première dans la zone grise, en explorer ses recoins et enfin éclairer les rapports de pouvoir qui sous-tendent nos relations, pour mieux pouvoir les reconstruire sur des bases saines, en toute lucidité (32:35). Au-delà de sauver l’amour romantique, elle souhaite qu’on puisse rendre leurs lettres de noblesse à toutes les formes d’amour, dans leurs aspects les plus concrets, qu’on reconnaisse à nouveau les gestes aimants pour ce qu’ils sont, dans le cadre de la famille, celui de l’amitié ou des relations amoureuses (35:20). Elle invite également à repenser l’amour propre, à même commencer par apprendre à s’aimer pour pouvoir mieux aimer les autres et à se défaire des petites voix patriarcales qui abîment nos rapports aux autres et à nous-mêmes (48:15). Si la révolution est en cours, pour elle l’amour est ainsi l’un des hauts lieux de notre résistance politique (01:01:40). Merci à l’Opéra de Lyon et à son festival « Femmes Libres ? » d’avoir rendu cet enregistrement possible. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et coordination : Gaïa Marty Mixage : Marion Emerit
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Kaoutar Harchi, brillante autrice, sociologue et chercheuse, est l’invitée du 92e épisode de La Poudre. Avec Lauren Bastide, elles ont parlé d’identité, de reconnaissance et de fémonationalisme. L’édito de Lauren : Je vous parle d’un jeudi où l’on attend une annonce gouvernementale qui nous dira ce qu’on a le droit de faire ou de pas faire le soir et le week-end. Comme la plupart des françaises et des français, je suis partagée entre la résignation et la rage. Le fatalisme et l’inquiétude. À cause de ça, de ces informations fluctuantes, flippantes, sur la pandémie qui décime nos aîné·e·s et nos proches les plus fragiles depuis bientôt un an, j’avoue que je consulte un peu moins les médias qu’avant. Moi qui vis sous perfusion d’infos depuis plus de vingt-cinq ans, j’ai remplacé les flash radios du matin par des playlists, désinstallé les réseaux sociaux de mon téléphone et rationnalisé ma consultation des sites de médias auxquels je reste abonnée. Ce qui ne m’empêche pas d’entendre monter une petite musique de plus en plus angoissante. Rien que là, cette semaine, les attaques contre Assa Traoré se sont multipliées, Médiapart a révélé un courant néo-nazi au sein de l’armée française, la loi sécurité globale s’apprête à passer au Sénat, donnant des pouvoirs colossaux à la police et cerise sur le gâteau, Manuel Valls annonce qu’il fera son retour en 2022. Bref, pendant qu’on cause – ou qu’on ne cause pas –, du Covid 19, le racisme d’état continue sur sa lancée. Heureusement mon invitée, la sociologue Kaoutar Harchi, reste elle pleinement connectée à l’actualité, pleinement ancrée dans le présent, vivement consciente des enjeux du moment et de la nécessité de porter haut et fort, partout où elle le pourra, la pensée féministe intersectionnelle. Résumé de l’épisode : Kaoutar Harchi est sociologue et autrice. Ses écrits voyagent de la fiction à la tribune et dans la période actuelle, face aux rhétoriques de l’extrême-droite (05:35) et à l’islamophobie qui gagnent du terrain (07:33) elle use de sa plume lumineuse pour mener des combats féministes intersectionnels. Préoccupée par la nette différence entre les mobilisations contre le projet de loi sécurité globale et celui sur les séparatismes, elle note cependant l’espoir apporté par les grandes mobilisations antiracistes récentes (08:50). La violence de la réponse institutionnelle et gouvernementale est, selon elle, le signe que ce rapport de force ébranle enfin le statu quo (11:54). Née à Strasbourg (20:35), elle quitte cette ville dès qu’elle le peut, jonglant avec la complexité de ce départ grâce à l’acte aussi gratuit que nécessaire de l’écriture (21:44). Acte coûteux pour elle, par certains côtés (24:52) mais qui lui permet de déployer ses réflexions sur de nombreux terrains, littéraires comme théoriques, analysant le social au travers d’un prisme artistique (15:45). Pour sa part, elle souhaiterait pouvoir un jour se passer des catégories qui lui font porter la notion d’intersectionnalité haut et fort, et brûler pour de bon les carcans qui voudraient la cantonner à des espaces historiquement liés à la déshumanisation (28:40). Elle refuse le miroir aux alouettes de l’exceptionnalité (41:40), combat les preuves d’allégeance demandées par les structures de pouvoir en place pour accorder leur reconnaissance (38:00) et propose au contraire un combat commun contre les systèmes de domination où personne ne serait laissé sur le carreau. Autrice d’un bel article sur le fémonationalisme (51:02), elle met en garde contre l’utilisation fallacieuse de certaines luttes pour s’attaquer à d’autres et la force de ses écrits est un phare dans le brouillard sombre qui nous entoure ces derniers temps. Merci à toute l’équipe du Carreau du Temple pour leur accueil et pour avoir rendu cet épisode possible. Bonne écoute, et continuez de faire parler La Poudre ! La Poudre est une émission produite par Nouvelles Écoutes Réalisation et générique : Aurore Meyer-Mahieu Programmation et
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Au micro de Lauren Bastide, écrivaines, artistes, chercheuses et militantes se racontent et prennent le pouls des luttes féministes et antiracistes contemporaines.
Depuis 2016, la journaliste…
La Poudre was created by journalist and feminist activist Lauren Bastide, co-founder of Nouvelles Ecoutes studio, to offer women a safe space to express themselves. In a one-hour long, in-depth conversation, inspirational women artists, activists, scientists and politics talk about themselves, their path and struggles, but also about the incredible times we are living for women’s rights. Many episodes of La Poudre have been recorded or dubbed into English. Search for the 🇬🇧 !
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