Il y a quelques semaines, je suis allé voir la dernière de « Electre/Oreste » de Euripide, mis en scène par Ivo Van Hove à la Comédie Française. Cette dernière représentation était également la dernière de la carrière prolifique de Bruno Raffaelli, sociétaire depuis près de 25 ans de cette institution qu’on nomme également le Français, ou encore la Ruche. Mais on y reviendra au cours de l'entretien. À la fin, au moment de saluer, Bruno Raffaelli s’est détaché du reste de la troupe, physiquement, un pas en avant, comme seul face à son public, et il a prononcé quelques mots, en guise d’au revoir. Un au revoir, émouvant, acclamé, pas si solennel que ça, à cette troupe, à ces techniciens/techniciennes, à son public, mais également à cette grand aventure pas banale qu’est la Comédie Française. Et j’y ai vu un moment clé dans la vie du comédien, comme on quitte quelqu’un qu’on aime. Très simplement, en douceur, dans la joie même, mais on le quitte malgré tout. Car la Comédie Française, c’est plus qu’un symbole, c’est plus qu’une histoire, c’est une appartenance, une tranche de vie qui va bien au-delà du cadre professionnel. Le sacré, oui le sacré de la chose tient particulièrement à ses codes, à son lieu, à sa réputation, qui, cumulés, en font une spécificité, mieux, une exception française. Appartenir à la Ruche, comme on l’appelle, c’est quelque chose. Alors j’ai décidé d’inviter l’une d’entre eux - celle qui jouait Hermione, en alternance dans "Electre/Oreste" - derrière mon micro pour en parler, très simplement. Pauline Clément, la trentaine, est pensionnaire à la comédie française depuis 2015, et a un parcours qui m’a beaucoup intéressé, entre la notion d’échec qui a rythmé sa scolarité, son parcours en dents de scie, ses troubles de l’orthographe, et cette propension à incarner comme personne. Et ce qui m’a intéressé, au-delà de ça, c’est qu’elle une vraie enfant de sa génération - pourrait-on caricaturer - puisqu’elle concilie un emploi du temps de pensionnaire place Colette et celui d’une faiseuse de sketches. Avec son collectif de vidéastes et comédiens « Yes vous aime », sur Youtube, elle rend la position de comédienne très intéressante à mon sens, comme tournant autour de tout, sans rien s’interdire. Et avec Pauline Clément, on a parlé de sa découverte du théâtre, de cette arrivée et de cette vie à la Comédie Française, ou encore de la notion de troupe lorsqu’on s’apprête à jouer. Bonne écoute !