durée : 00:58:50 - par : Alex Dutilh - ## **Au sommaire aujourd'hui**
* **Ambrose Akinmusire** à la Une
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Présenté par la radio publique américaine NPR comme « _l’un des artistes les plus en vue de la scène jazz actuelle_ », le trompettiste **Ambrose Akinmusire**, 35 ans, s’est imposé avec ses deux précédents albums, « When the Heart Emerges Glistening » et « The Imagined Savior is Far Easier to Paint » sortis respectivement en 2011 et 2014 chez Blue Note, comme un artiste au talent rare. Avec son nouveau disque, le double\-album « **A Rift in Decorum : Live at the Village Vanguard** », Ambrose Akinmusire atteint un nouveau sommet. Avec ses complices de toujours, le pianiste **Sam Harris,** le bassiste **Harish Raghavan** et le batteur **Justin Brown**, le trompettiste intègre le **club huppé des artistes ayant enregistré un album live dans le mythique club new\-yorkais.**
« _Justin et moi, nous avons beaucoup parlé des esprits dont on ressent la présence dans cette salle », raconte le musicien. « Comme si ces **fantômes vous donnaient une franche accolade**. Et je ne parle pas des personnes qui sont venues me voir : Lee Konitz, Billy Hart… C’est super, particulièrement à une époque comme la nôtre, de pouvoir se rendre dans une salle qui n’a pas changé d’un pouce depuis qu’elle a ouvert ses portes_ ».
S’il a souvent joué dans le cadre plus classique du quintet avec le saxophoniste ténor **Walter Smith III**, Ambrose Akinmusire a préféré, pour « A Rift in Decorum », opter pour le dépouillement et la souplesse qu’offrent le quartet. « _Dans l’histoire du jazz, on ne trouve **pas beaucoup de quartets dirigés par un trompettiste**_ », constate\-t\-il. « _Je pense qu’un bon nombre de trompettistes éprouvent une certaine appréhension à l’idée de jouer dans ce cadre. Je voulais relever le défi. Et dans un quartet, j’ai plus de liberté pour exprimer la diversité de mes influences._ »
« _Pour moi, le terme de « faille »_ (rift) _se rapporte à l’idée d’étudier en profondeur un moment bien déterminé_ », explique Ambrose Akinmusire lorsqu’on l’interroge sur la signification du titre de l’album. « _Selon moi, les failles sont justement ce qui donne leur beauté aux choses. Le terme de_ « Decorum » _renvoie quant à lui aux sentiments que j’éprouve face à ce qui se passe de nos jours, dans le monde de la musique et dans le monde tout court. On peut également y voir une allusion aux rideaux rouges de la scène du Vanguard dont l’image contribue à donner son sens à ce titre, « A Rift in the Decorum ». Sur le plan musical, ce titre évoque par ailleurs le fait de célébrer à la fois le positif et le négatif, les choses les plus laides comme les plus belles._ »
Sous quelle forme ces « failles » se manifestent\-elles dans la musique ? « **_J’ai toujours aimé explorer les extrêmes_** », explique le trompettiste. « _Je prends des éléments très rentre\-dedans, d’autres qui ne le sont définitivement pas, et je les confronte les uns aux autres, essayant de trouver une voie médiane ou m’interrogeant sur la pertinence d’une telle voie. C’est toute l’idée de ce quartet selon moi. On trouve donc des morceaux où l’on joue beaucoup et d’autres bien plus dépouillés, presque dans le genre des compositions de Morton Feldman ou de certains Nocturnes de Chopin. Plus j’y pense, plus je me dis que je suis comme ça en tant que personne, un point de rencontre entre des pôles opposés._ »
Comprenant mieux que personne les intentions musicales d’Ambrose Akinmusire, totalement dévoués à son projet, les autres membres du groupe lui apportent une aide précieuse pour mettre ces contrastes en relief, passant avec une aisance déconcertante de la virtuosité effrénée de morceaux comme _Brooklyn (ODB), Trumpet Sketch (milky pete), H.A.M.S. (l’acronyme de « hard\-ass motherfucking song »)_ à la quiétude de A song to Exhale (diver song) ou au lyrisme solennel de Withered. Au sein du quartet, la relation musicale la plus ancienne est celle qui unit **Ambrose Akinmusire** et **Justin Brown** : « _nous jouons ensemble depuis que j’ai commencé le jazz. J’ai rencontré Justin quand j’avais 14 ou 15 ans. Quand on considère l’histoire du jazz, on remarque que les batteurs et les trompettistes ont souvent entretenu des relations privilégiées. Ça a vraiment été génial de grandir et de progresser avec un batteur aussi fantastique que lui_. »
Ambrose Akinmusire a rencontré Sam Harris et Harish Raghavan à peu près à la même époque, au milieu des années 2000\. « _Sam et moi étions tous deux élèves à la Manhattan School of Music. A chaque fois que je l’entendais jouer, je me disais qu’il était vraiment à part. Il s’intéresse beaucoup à l’art contemporain et à la musique classique parmi tant d’autres choses, ce qui lui permet de m’apporter une aide précieuse quand je présente une de mes compositions au groupe. Il est extrêmement curieux et il n’arrête jamais d’étudier. En ce qui concerne Harish, je l’ai rencontré quand j’étudiais au Thelonious Monk Institute. C’est l’élément perturbateur du groupe : dès qu’on se met à jouer, il est dans son monde. Quand on donne des masterclass, j’explique que Harish aborde notre musique comme s’il s’agissait d’une forme moderne de dixieland ou de quelque chose dans le genre ; il improvise et approche la mélodie sans craindre de sortir des sentiers battus._ »
Au fil des recherches harmoniques auxquelles se livre le quartet, une atmosphère empreinte d’une beauté mystérieuse s’empare du Village Vanguard. Loin de se limiter à la sphère du post\-bop, Ambrose Akinmusire parvient à tirer de son instrument des effets expressionnistes qui l’inscrivent dans une vaste tradition de trompettistes et le rapprochent tant du jazz des débuts que de l’avant\-garde jazz.
Une histoire poignante est à l’origine de _Maurice and Michael (sorry I didn’t say hello)_, le premier morceau de l’album. « _J’ai composé ce titre alors que j’étais en résidence au Monterey Jazz Festival. Là\-bas, l’endroit aménagé pour permettre aux compositeurs de travailler est splendide. Vous dominez l’océan et lorsqu’il fait suffisamment beau vous pouvez même voir San Francisco et Oakland. Un jour, j’ai eu comme une révélation : j’ai des amis qui habitent encore là\-bas, dans le quartier, et qui ne sauront jamais que des endroits comme ça existent juste à côté de chez eux. Peu après, j’étais dans les transports et j’ai vu ce gars nommé Maurice avec qui j’avais grandi et dont le frère s’appelait Michael. Je ne les avais pas vus depuis le lycée. Maurice avait l’air d’avoir pris quelque chose, ses yeux étaient rouges, il pouvait à peine marcher et je n’ai pas réussi à lui dire bonjour. Je suis là dans mon costume de marque, mes écouteurs à plusieurs centaines d’euros sur les oreilles et mes lunettes de soleil sur le nez tandis qu’en face de moi, ce gars avec qui j’ai grandi ressemble à un SDF. Ça m’a vraiment remué. Je me suis posé tout un tas de questions. « Est\-ce que je pense être meilleur que lui ? Qui suis\-je pour avoir honte du succès que je pense avoir remporté ?_ »
On peut raisonnablement se demander si les membres du groupe ont éprouvé une certaine pression au moment de marcher dans les pas des géants qui les ont précédés sur la scène du Village Vanguard. « _Je ne ressens aucune pression quand je joue avec mon groupe_ », confie Ambrose Akinmusire. « _Peut\-être est\-ce en partie dû au fait que je ne vis pas à New York et que j’ai l’impression d’être une personne tout à fait normale, juste un gars comme les autres qui joue de la trompette. Le fait d’avancer en âge et de considérer de plus en plus la musique comme une expérience spirituelle a également son importance. Je pense plus que jamais que ce n’est pas vraiment moi qui joue, ce qui m’enlève un poids des épaules. Mon boulot c’est de faire tout ce qu’il faut pour que l’esprit puisse s’exprimer à travers moi._ »
## **Où écouter Ambrose Akinmusire**
* lundi 24 juillet à **Bordeaux (33)** dans le cadre de [Jazz and Wine](http://jazzandwine.org/)
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## **Programmation musicale**
**Ambrose Akinmusire « A Rift in Decorum »**
_Maurice and Michael (Sorry I didn't Say Hello)_ (Ambrose Akinmusire)
Blue Note 002681402
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**Woody Shaw « Stepping Stones »**
_Seventh Avenue_ (Victor Lewis)
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**Dave Brubeck « Live at The Kurhaus 1967 »**
_Take Five_ (Paul Desmond)
Fondamenta 1704025
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**Olivier Ker Ourio « French Songs »**
_Champs Élysées_ (Michael Wilshaw, Pierre Delanoë)
Bonsaï 170401
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**Un Poco Loco « Feelin' Pretty »**
_Prologue_ (Leonard Bernstein)
Umlaut 21
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**Ralph Lavital « Carnaval »**
_Big In_ (Ralph Lavital)
Jazz Family 020
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**Thomas de Pourquery « Sons of Love »**
_Revolutions_ (Thomas de Pourquery)
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**Edmond Bilal « Starouarz »**
_Aflica\-E_ (Edmond Bilal)
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**Portugal, van Kemenade, Van 't Hof « Daytime Sketches »**
_Prime Time Serenade_ (Paul van Kemenade)
Kemo 017
{% image b4821ef3-3151-4576-ade4-afeefb590fa3 %} - réalisé par : Fabien Fleurat