Le bruit de fond

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Le bruit de fond episodes

  • Le témoin

    Il y a cette baleine

    en bois,

    taillée grossièrement,

    pas très jolie.

    Je ne sais même plus

    pourquoi je l’ai gardée.

    Pas mise en valeur,

    pas rangée non plus.

    C’est juste devenu un objet

    qui me suit.

    Presque sans que je le décide.

    Parfois je la vois,

    et je sens quelque chose,

    mais je ne saurais pas dire quoi.

    Quelque chose de l’ordre du lien,

    du temps,

    de ce qui tient.

    Elle n’est jamais loin,

    reste sans que je sache

    ce que je retiens.

    Peut-être parce qu’elle contient un morceau de vie

    que je n’ai jamais su replier.



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    1 min
  • L’appartenance

    Je dis que je viens d’ici

    mais ce n’est pas tout à fait vrai.

    Je dis que je viens de là-bas

    mais là-bas,

    je ne suis pas vraiment de là-bas non plus.

    Je m’adapte vite,

    je prends la couleur du lieu,

    mais je ne sais plus très bien

    quelle est la mienne quand je suis seule.

    J’ai appris à lire les codes,

    à observer avant d’entrer,

    à marcher léger,

    à parler juste ce qu’il faut,

    à me fondre pour rester.

    Mais parfois

    je me demande,

    si je suis encore quelque part

    ou juste un ensemble de reflets.



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    1 min
  • En chantier

    Je veux bien,

    mais je veux pas.

    J’avance,

    et je freine.

    Je sais que j’exagère,

    et je continue.

    Je me regarde faire,

    et pourtant je le fais.

    Je veux changer,

    mais pas trop vite.

    Je veux m’apaiser,

    mais j’ai peur de m’éteindre.

    C’est comme un débat permanent.

    Dedans.

    Sans tranchée, sans arbitre.

    Juste des voix,

    qui cohabitent, se coupent, s’annulent.

    Un bordel organisé.

    Ou pas.

    Ça pense, ça juge, ça défend, ça pleure,

    ça fait des plans et ça sabote tout dans la minute.

    Et moi au milieu,

    j’essaie de tenir debout

    avec ça.

    l’acceptation.

    Pas le renoncement,

    pas la sagesse en robe blanche,

    juste ce souffle-là :

    je suis en chantier,

    et c’est vivant.



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    1 min
  • L’hiver intérieur

    Il y a une fatigue

    qui ne fait pas mal.

    Elle fait… disparaître.

    Pas d’un coup,

    pas brutalement.

    Non.

    Elle efface en douceur,

    elle enlève les couleurs,

    elle gomme les élans.

    Elle baisse le son

    de tout ce qui vit encore en nous.

    On bouge,

    mais sans avancer.

    On pense,

    mais sans atteindre.

    On sait quoi faire,

    mais on reste immobile dedans.

    C’est une fatigue plate

    glissante,

    sans relief où s’accrocher.

    Elle s’installe

    comme un hiver

    à l’intérieur.

    Elle ne blesse pas.

    Elle anesthésie.

    Et un jour,

    on se surprend à vivre en décalé,

    à deux mètres de soi,

    comme si la vie continuait,

    mais sans nous inviter.

    Alors on se secoue un peu.

    On respire un peu.

    On se rappelle qu’on existe encore.

    Parce que même anesthésiée,

    la vie attend

    qu’on revienne la chercher.



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    1 min
  • Traversée silencieuse

    Tu as marché dans mes silences

    comme si tu les connaissais.

    Sans bruit,

    sans demande,

    sans chercher à les ouvrir.

    Juste là,

    avec cette façon de ne pas avoir peur

    de ce qui ne se dit pas.

    Dans cette façon d’oser

    sans attendre.

    Tu as laissé l’espace

    de ne pas savoir.

    Comme si tu savais

    qu’il y a des terres en nous

    qu’il faut traverser sans parler.

    Comme si tu avais reconnu,

    dans mes retraits,

    mes silences qui font foi.

    Tu as marché à l’aveugle,

    mais tout droit vers moi.

    Et je t’ai vu rester,

    dans cette façon de faire demi-tour

    sans m’abandonner.

    Je n’ai pas su comment te répondre

    sans déranger le fil,

    sans trop poser de contours

    sur ce qui tenait justement

    à sa forme libre.

    Alors,

    tu as marché dans mes silences,

    pas pour les remplir,

    pour les entendre.



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    1 min
  • Cœur ouvert

    C’est un battement sans bouclier,

    un frisson à ciel ouvert.

    Un cœur qui avance,

    sans savoir

    s’il sera cueilli

    ou cabossé.

    Ce n’est pas du courage,

    c’est plus nu que ça.

    Une manière de dire oui

    à ce qui vient,

    même quand ça fait peur,

    même quand ça fait mal,

    même quand ça déborde.

    C’est un cœur

    qui n’a pas oublié comment on tremble,

    mais qui s’ouvre quand même.

    À la vie,

    aux liens,

    aux maladresses,

    aux éclats.

    C’est une feuille neuve,

    encore fine,

    encore souple,

    encore là.



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    1 min
  • Les plafonds bas

    Il y a des plafonds

    que l’on ne voit pas.

    Ils ne sont pas en béton.

    Ils tiennent

    dans une phrase,

    comme une main

    qui retient.

    « Ce n’est pas pour nous. »

    Une phrase-brique,

    une phrase-verrou,

    une phrase qui fait baisser la tête.

    Les plafonds se construisent

    à hauteur de regard.

    On apprend

    à ne pas lever les yeux

    trop longtemps,

    comme on détourne le regard

    devant une vitrine

    trop chère.

    On apprend à mesurer le possible

    avec une règle empruntée,

    à reconnaître

    ce qui est à notre portée.

    Comme si certains mondes

    étaient faits

    pour être regardés de loin.

    Alors on apprend

    à rêver

    à hauteur de plafond.

    À demander petit,

    à désirer discret,

    à plier nos ambitions,

    à trouver raisonnables

    des limites

    qui ne nous appartiennent même pas.

    Il ne s’agit pas

    de manquer d’audace,

    mais de ne jamais savoir

    qu’une autre vie

    était imaginable.

    Comment désirer

    un paysage

    que l’on n’a jamais vu ?

    Comment pousser une porte

    dont personne

    ne nous a parlé ?

    Et puis un jour,

    on rencontre quelqu’un,

    ou un livre,

    ou un voyage.

    Quelque chose

    qui déplace le plafond

    de quelques centimètres.

    Et l’on comprend

    que certaines prisons

    n’avaient pas de barreaux.

    Seulement

    des héritages

    que l’on croyait

    être des vérités.



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    2 min
  • Le manteau de la colère

    Il y a des colères

    qui portent une blessure

    comme on porte un manteau.

    On croit défendre une idée,

    alors que l’on protège

    quelque chose

    en soi.

    La colère protège une tristesse,

    qui ne veut pas pleurer.

    Elle garde l’entrée,

    pendant que l’ego compte ses fissures.

    Elle prend la voix de l’injustice

    pour ne pas dire

    combien nous avons eu peur

    de ne pas compter.

    Notre version de l’histoire emprunte le visage de l’évidence,

    mais le sujet

    est ailleurs.

    La scène est terminée,

    et pourtant,

    quelque chose

    continue de cogner.

    La colère ne retombe pas,

    alors que l’autre nous a donné raison,

    comme si elle refusait

    de quitter la scène

    parce qu’elle n’était jamais venue

    pour cette histoire-là.



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    1 min
  • L’autre rythme

    Je vais vite.

    Je pense, je sens, je parle, je réponds. J’enchaîne.

    Je capte,

    Je fonce,

    Je saute les silences,

    Je sais faire,

    Je sais vite.

    J’aime que ça vive, que ça circule,

    que ça aille loin, fort,

    maintenant.

    Je suis mon propre élan.

    Je suis l’impulsion,

    la montée,

    la vague.

    Je ne veux pas perdre le fil,

    je ne veux pas louper l’instant.

    Je veux tout,

    je veux tout vivre,

    et maintenant.

    Et puis…

    quelque chose se tasse.

    Je ne sais pas quand,

    je ne sais pas où,

    mais je le sens.

    Un battement plus bas,

    plus lourd.

    Pas une fatigue,

    un appel.

    Je continue encore un peu,

    par habitude,

    mais tout devient un peu plus dense,

    un peu plus épais.

    Comme si l’air avait changé,

    comme si le dedans me regardait,

    en silence.

    Et là,

    j’entends.

    Il y a un rythme que je n’ai pas choisi,

    mais qui me connaît mieux que moi.

    Un rythme qui ne m’attend pas,

    mais qui m’accueille.

    Un rythme qui n’a pas besoin que je fasse,

    juste que je sois.

    Et là,

    j’écoute,

    et tout est là.

    Il y a un rythme,

    et il ne demande rien,

    sauf peut-être qu’on arrête,

    un instant,

    de lui courir devant.



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    2 min
  • Les au revoir

    Les au revoir

    ont la taille

    des jours

    qui les précèdent.

    Ils sont comme la marée.

    Ils se retirent

    et emportent

    quelque chose de nous.

    Laissent

    sur le sable

    des morceaux

    du paysage.

    On croyait

    que c’était

    les grandes choses

    que l’on garderait.

    Ce sont les autres.

    On se souvient

    d’une glace

    qui fondait trop vite.

    D’une baignade

    qui devait être la dernière

    et qui ne l’était jamais.

    Des soirées

    à refaire le monde

    jusqu’à ce que la nuit

    finisse par nous rappeler

    qu’elle était là.

    Des mêmes histoires

    racontées encore,

    des mêmes places

    autour de la table,

    de cette façon

    qu’avait le bonheur

    de revenir

    sans avoir besoin

    d’être invité.

    On croit

    que les au revoir

    parlent de la fin.

    Ils parlent surtout

    de ce qui a existé.

    Ils mesurent,

    à leur manière,

    la profondeur

    des liens.



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    1 min

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