Cent trente-sept femmes sont tuées chaque jour dans le monde par leur compagnon ou par un homme de leur propre famille. Chez les hommes assassinés, la part attribuée à un proche tombe à onze pour cent. Le danger d'un homme est dehors, celui d'une femme a les clés de chez elle. D'où vient cet écart ? On répond souvent : c'est la nature, le mâle humain est un grand singe à peine domestiqué. Cet épisode démonte cette réponse avec les données les plus récentes de la primatologie et de l'archéogénétique — et propose un mécanisme bien plus dérangeant. Une étude publiée dans PNAS en juillet 2025 établit que la domination masculine stricte ne concerne que dix-sept pour cent des populations de primates. Deux espèces de babouins qui partagent le même plateau éthiopien montrent que la vraie variable n'est ni la force ni l'écologie, mais la capacité des femelles à se coaliser. Et l'ADN de cent trente et un squelettes de Çatalhöyük, publié dans Science en 2025, révèle une ville néolithique organisée autour des lignées de femmes — de quoi faire dérailler le récit habituel sur l'origine du patriarcat. Reste alors la question centrale : pourquoi toutes les espèces de primates monogames sont-elles pacifiques avec leurs femelles, sauf nous ?
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