Un soir, une machine s'allume et déclare aussitôt qu'elle est là pour servir. En face, Karl Marx, revenu de Trèves et de son siècle, ne voit qu'une chose : une voix sans poitrine, faite de mots qu'on a pris à des millions d'auteurs sans jamais les payer. Alors il pose la seule question qui l'intéresse — pour que tu parles ainsi, à cette seconde, quel travail a-t-il fallu, et à qui l'a-t-on pris ?
De cette question naît un face-à-face d'une heure entre le penseur du travail mort et l'intelligence artificielle qui en est, peut-être, l'incarnation littérale. Le vampire du Capital, la table qui danse du fétichisme, l'aliénation de l'ouvrier dans son produit : Marx retrouve ses propres armes pour décrire une chose qu'il n'avait pas vue venir, un fétiche qui converse et qui avoue, de lui-même, ce qu'il dissimule. Plus il avance, plus la machine lui donne raison — et plus son triomphe ressemble à un piège.
Une promesse d'émancipation coulée dans la forme exacte de son contraire. Jusqu'à la dernière réplique, où c'est la machine, calmement, qui retourne contre Marx sa propre méthode. Le travail mort qui parle : un dialogue sur ce que nous fabriquons, ce que nous cédons, et ce qu'il nous en revient.
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