Père
Christoph THEOBALD, jésuite, théologien, expert à la première session du synode
des évêques sur la synodalitéDernier volet de notre séquence « mise au point » qui reprend quelques questionnements délicats autour du pontificat du pape François. Nous avons ainsi abordé le sujet des migrants, celui des questions sociétales, de la crise existentielle en Europe et du traitement des traditionalistes. Je vous propose de prendre un peu de champ et de voir comment le pape François s’est inspiré du concile Vatican II dont la synodalité, mise en avant par le pontife argentin, pourrait représenter une forme de nouveau départ. Le père Christoph Theobald, jésuite, théologien d’origine allemande, a été expert à la première session du synode des évêques sur la synodalité. Il avait d’ailleurs écrit sur le sujet Un nouveau concile qui ne dit pas son nom ? (Salvator) estimant qu’il s’agissait d’une voie de pacification et de créativité. Pour lui, le travail synodal a créé un précédent dont le prochain pape devra s’emparer pour maintenir l’unité dans la diversité. Au synode, 85 questions ont été dégagées dont deux semblent saillantes, celle sur la place des LGBT et celle sur la place des femmes. « Il y a de la place pour tout le monde dans l’Église », s’était écrié le pape François aux JMJ de Lisbonne. « Et s’il vous plaît, avait-il ajouté, quand il n’y en a pas, faisons-en sorte qu’il y en ait, même pour ceux qui se trompent, pour ceux qui tombent, pour ceux qui peinent… para todos, todos, todos » (« pour tous, tous, tous »). Jusqu’où pousser cette logique de l’accueil sans rien sacrifier aux exigences de la vérité ? Le chemin synodal allemand laisse pointer le risque d’immanentisme et de dilution de tout ce que le christianisme commande à l’homme pour grandir dans la foi. La modernité n’a pas récompensé l’Église des efforts qu’elle a entrepris depuis le concile pour la rejoindre. Issue de toutes les émancipations des années soixante, elle a rendu son discours moins audible, voire étrange et sur certains points, quasiment illégal. Si les sciences humaines et leur regard externe sur le phénomène du christianisme ont pu constituer un apport, elles ont aussi réduit le christianisme à un objet d'étude, ce qui l’a aplati. Le regard interne de l’Église, porté par son propre langage, n'est plus compris que par les pratiquants les mieux formés. La foi chrétienne a ainsi été exfiltrée du champ de la légitimité intellectuelle. Ceux qui ont déploré cet effacement ont accablé le concile Vatican II. Sans doute le fameux esprit du concile a-t-il pris sa part. La démarche du pape François tente de dépasser les conflits internes autour de l’héritage des années soixante pour revivifier l’Église par le retour aux sources de l’expérience conciliaire.