Mobilisations de l'AG Montaigne pour une lutte inter-facs, le 2 avril 2024 à Pessac
Une mobilisation qui s'étend
Ce jour là, l'Assemblée Générale féministe de Montaigne a initié une action en réponse à une conférence tenue à Sciences Po Bordeaux par Marie Lebec, ministre chargée des relations publiques avec le parlement français, qui se serait déclarée ouvertement "antiféministe". Face à cette déclaration controversée à quelques pas de l'Université Bordeaux Montaigne, les étudiant·es ont voté pour protester dans l'enceinte de Sciences Po Bordeaux. L'objectif était de sensibiliser et mobiliser toutes les filières et universités sur les questions de violences sexistes et sexuelles en milieu universitaire.
L'arrivée à Sciences Po a été marquée par la présence de 11 policiers, formant une barrière physique et symbolique de la division entre les étudiant·es mobilisé·es et le reste des élèves. Une étudiante rappelle les mobilisations en cours de l’autre côté du campus au microphone :
« Nous sommes ici pour exprimer notre désaccord et affirmer notre féminisme dans toutes les universités ».
Après l'Assemblée Générale du 2 avril, voir notre précédent reportage, un tract a été rédigé pour appeler les étudiant·es de différentes université à rejoindre cette lutte et étendre la mobilisation.
Des dysfonctionnements institutionnels
Pour rappel, un des professeurs et ancien vice-président de l’université est accusé de viol par Barbara Stiegler, elle-même maîtresse de conférence en philosophie dans cette université. D’autres comportements problématiques de la part de ce même professeur sont dénoncés par une dizaine d’étudiantes.
En parallèle, des étudiant·es en archéologie se lèvent pour dénoncer ce qu'iels considèrent comme des cas de harcèlement et de propos misogynes de la part d'un professeur. Selon l'une de ces étudiantes, le milieu de l'archéologie fonctionne souvent sur des relations étroites, notamment lors des chantiers d’été où les étudiant·es travaillent aux côtés de professeurs ou de chercheurs. Cette proximité, peut créer un terrain propice à des comportements inappropriés. « On va passer des semaines entières à dormir en dortoir avec des professeurs donc on a une vraie proximité. C’est un milieu presque familial et des accusations comme, ça qu’elles soient fondées ou non, il ne faut pas les prendre à la légère ». Les étudiant·es en archéo ont rejoint la mobilisation quand iels se sont rendu·es compte des points communs entre leur affaire et celle qui concerne le département de philosophie. Rapidement, la gestion de la part de la présidence de l’université a été dénoncée.
Les étudiant·es mobilisé·es dénoncent la composition de la cellule de veille, dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans les établissements d'enseignement supérieur. Actuellement, cette cellule est composée de membres de la présidence de l'université, les étudiant·es critiquent son manque de neutralité dans la gestion des affaires qui concernent des enseignants chercheurs. De plus, les membres de cette cellule ne sont pour elleux, pas suffisamment formé·es pour recevoir des témoignages de personnes victimes de violences sexistes et sexuelles. Parmi les revendications des personnes mobilisées, il est demandé que cette cellule de veille soit composée d'étudiant·es, de professionnel·les formé·es et externes à l'administration et que les professeurs soient inclus au processus de gestion, notamment pour que victime et accusé ne se croisent pas. « Accompagner les victimes dans ce genre de cas, ce n’est pas quelque chose qu’on peut prendre à la légère » affirme Marie, étudiante en L1 d'histoire.
Des pressions de la part de l'Université
Le 4 avril 2024, durant les mobilisations féministes, la présidence de l’Université a adressé un même courriel à plusieurs étudiant·es de la promo d’archéologie. Dans celui-ci, l’administration dénonce "des propos diffamatoires » qui seraient « tenus à l'encontre d'un enseignant-chercheur du département d’archéologie », avançant que le professeur en question serait accusé publiquement d’être « un violeur ». Dans la suite du mail, la présidence rappelle que « la diffamation publique envers une personne privée est punissable d'une amende de 12 000 € ».
Cette réaction de l'administration suscite des inquiétudes. Ce message, dénonçant des propos diffamatoires contre un enseignant-chercheur, a semé la confusion et renforcé le sentiment d'insécurité parmi les étudiant·es. « Notre insécurité elle n'est pas prise en compte et nos questions on a pas à les poser, il faut qu’on se taise. C’est une menace et c’est ça depuis le début » affirme l’étudiante en archéologie.
Selon elle, cette prise de position de l’Université n’est pas neutre :
« C’est une prise de position qui joue en la défense du professeur. Ça nous laisse croire qu’il y est bien coupable car s'il n’y avait rien à cacher, ils ne cacheraient rien. [...] Ça nous met encore plus en insécurité ».
Le rectorat a même interdit aux responsables de filière de communiquer sur cette affaire, renforçant l'impression que l'institution cherche à protéger le professeur accusé plutôt que de garantir la sécurité et la protection des étudiant·es.
Elisabeth Magne, militante bénévole au Planning Familial et ancienne professeure à Bordeaux Montaigne, souligne le rôle crucial de l'accompagnement des victimes. Elle critique également la réponse de l'université, soulignant des retards et des lacunes dans la gestion des procédures disciplinaires. Selon elle, « La conséquence c’est qu’il y a eu ce sentiment d’abandon que les victimes ont dénoncé. Elles ne seraient jamais venues au planning familial si le boulot avait été fait en interne de manière correcte. » La militante ajoute que :
« Cette histoire est un peu emblématique d’un fonctionnement qui n’est pas dans les clous de ce que l’on pourrait attendre ».
Depuis mardi 9 avril l'Université Bordeaux Montaigne est occupée par les étudiant·es mobilisé·es, un moyen de pression supplémentaire pour obtenir des changements dans la politique de gestion.