Le Plat de Résistance

Le Plat de Résistance

By La Clé des OndesSociety & Culture
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Le Plat de Résistance episodes

  • Violences sexistes et sexuelles : quelle justice adaptée dans les milieux militants ?
    Crédit photo : Alyson Bercuingt, série sur les violences conjugales intitulée "Silence"
    Dénoncer les violences
    L’affaire Quatennens est devenue un cas d’école de protection des agresseurs. Quand les faits de violences sur son épouse ont été connus, le député LFI à été suspendu 4 mois de manière temporaire du parti, puis réintégré. Il a par la suite été condamné à 4 mois de prison avec sursis pour violences conjugales.
    Une vive polémique s’est développée autour de cette affaire et notamment autour des prises de positions des militant.es de gauche.
    D’un côté, de nombreuses figures de la gauche et de LFI ont défendu Adrien Quatennens, ont d’une certaine manière minimisé les faits et ont estimé que sa condamnation pénale valait pénitence. De l’autre, des militant·e·s de gauche se sont senti·e·s trahi·e·s des réactions des précédents. Pour elleux, la dissonance entre le discours politique des partis de gauche, fort et engagé sur ces questions, et la gestion interne en omerta de cette affaire à été un motif de rupture.
    Ces affaires montrent combien il est parfois impossible pour certain.es de dénoncer ses propres camarades, au risque de décrédibiliser les figures perçues comme indispensables à la lutte politique, au risque de paraître divisé au sein de cette même lutte, au risque de créer un conflit de loyauté. Pourtant ne pas dénoncer, protéger les agresseurs, minimiser les faits, c'est aussi et surtout trahir les victimes de ces violences et c'est aussi les reproduire.
    Mathilde, qui militait à l’Union Populaire (collectif qui soutenait la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2022) s’est sentie seule. Quand ces violences ont été révélées, personne n’en a parlé à l’Union Populaire. Elle recevait les informations au compte-gouttes en lisant la presse, mais aucune communication interne n’a été faite avant plusieurs jours. Ce silence l’a poussé à quitter l’union, dans laquelle elle ne se sentait pas libre de parler.
    Plusieurs militantes se sont alors regroupées pour créer la relève féministe](https://www.instagram.com/relevefeministe/) avec pour objectif de dénoncer les violences sexistes et sexuelles en politique. Dans une [tribune publiée dans Libération, elles écrivaient :
    « Face à une solidarité masculine qui protège les agresseurs pullulant dans nos sphères politiques, nous appelons à une relève féministe ».
    Mais là encore, difficile de dénoncer les violences. Quand Mathilde s’est exprimée, sa parole a fait l’effet d’une bombe et elle a vécu le cyber-harcèlement :
    « Quand j'ai dénoncé, il y a eu une tentative de museler ma parole. Le cyber-harcèlement, c'est pour qu'on se taise, c'est pour que ce soit tellement bruyant qu'on nous entende plus. Aussi, pour que ce soit tellement violent qu'on ai peur de prendre la parole et de parler. Moi, j'ai écrit une chanson dans laquelle je dis : "Qu'est-ce qu'ils peuvent me faire qu'on ne m'ai pas déjà fait ?"
    Étant donné que je suis une survivante des violences conjugales, c'est pas deux trois trolls sur twitter qui vont m'empêcher de parler. Je me dis que toutes les militantes n'ont pas forcément mon vécu, mon âge, mon expérience, ni même les armes qui m'ont été données par la vie ».
    Laurence Laborde, membre de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), parle d’un MeTooPolitique et d’un MeTooSyndical. Au sein de la FSU, des cellules de veille contre les violences sexistes et sexuelles ont été créées. Ces cellules ont pour mission de recueillir la parole des victimes de violences et de les orienter vers les personnes compétentes. Ces cellules permettent notamment d’accompagner la victime dans la constitution d’un dossier de preuves et sur les démarches à suivre pour engager des poursuites judiciaires.
    Ces cellules ont un certain intérêt, notamment créer un espace dans les milieux militants où l’on recueille la parole des victimes de violences pour lesquelles il est souvent difficile de parler. Pour Laurence :
    « le rôle de la cellule de veille est d’accompagner la victime, d’étayer ses dires et aussi de faire en sorte qu’elle ne soit plus seule ».
    Il appartient ensuite au collectif de condamner ou non en interne et selon sa propre politique les auteurs de violence. En fonction de la situation, l’organisation ou l’administration peut décider de saisir le procureur de la République (article 40 du Code de procédure pénale).
    Mais quand la police et la justice représentent un problème supplémentaire, il est alors tentant, voire nécessaire de s’y substituer et de penser la justice sans elle.
    La justice transformative, une justice adaptée en milieu militant ?
    La justice transformative est une façon de penser, de rendre la justice, en dehors du système judiciaire et en sortant de la justice punitive.
    Le traitement judiciaire des cas de violences sexistes et sexuelles nous amène à nous questionner sur sa pertinence. Le principe du droit français réside la charge de la preuve, c’est-à-dire dans le fait que la victime doit prouver qu’on l’a agressé. Ce principe entraîne une forme d’impunité dans les cas de violences, car il est souvent entouré de déni de la part des agresseurs. Même accablés par les preuves, les accusés tentent de sauver leur réputation derrière la présomption d’innocence. Ils empêchent les victimes de parler en les attaquant en justice pour diffamation : c’est ce que l’on appelle les procédures bâillon.
    Ces quelques chiffres illustrent assez bien l’état de notre justice institutionnelle en matière de violences sexistes et sexuelles.
    Selon une enquête de l’Insee, seulement 0,6 % des viols ou tentatives de viol auraient donné lieu à une condamnation en 2020. Un sondage d’Amnesty et de SOS Viol publié en 2020 a révélé que 41 % des personnes ayant subi au moins l’une des formes de violence sexuelle proposées (allant du harcèlement sexiste verbal au viol) en ont parlé à la police. 31 % des hommes se jugent satisfaits de cette démarche, contre 14 % des femmes. De manière générale, 69  % des répondant·e·s pensent que l’accueil des victimes à la police n’est pas optimal et qu’il pouvait constituer un frein pour les victimes.
    Alors face à cela, pour protéger les victimes, inclure les agresseurs et les proches dans le processus de réparation et se responsabiliser face aux manquements de la justice, certains collectifs militants se tournent vers la justice transformative.
    Juliette Léonard, chargée de recherche au sein du collectif contre les violences familiales et l’exclusion](https://www.cvfe.be) (CVFE) à Liège, à travaillé sur ces questions. Elle a notamment publié une [étude sur la justice transformative et les violences de genre Elle énonce quatre objectifs généraux au processus de justice transfomative conceptualisés par Ricordeau :
    - Le soutien à la personne survivante, sa sécurité et son auto-détermination
    - La responsabilité de l’agresseur et son changement de comportement
    - Les changements communautaires en faveur de principes et de pratiques non-oppressifs et non-violents
    - Les changements politiques et structurels des conditions qui permettent au préjudice de se produire.
    Mathilde :
    « Je dis souvent de la misogynie que les femmes en sont victimes, mais c'est pas leur problème, c'est le problème des hommes et on aimerait bien qu'ils le règlent.
    On se retrouve nous en tant que femme, minorités de genre et surtout en tant que victime de violences sexistes et sexuelles, à souvent devoir prendre la charge mentale de régler des problèmes dont nous ne sommes pas responsables. Je trouve que réorienter sur l'agresseur, ça permet aussi de réorienter sur le responsable et de décharger les victimes d'une charge mentale. »
    Nous utilisons le masculin pour les agresseurs et le féminin pour les victimes. Il ne s’agit pas d’invisibiliser les autres cas qui existent, mais de souligner une réalité : celle du patriarcat.
    Invitées :
    - Mathilde, milité à l'Union Populaire et à la relève féministe, également chanteuse
    - Juliette Léonard, militante féministe et chargée de recherche au sein du collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE) à Liège
    - Laurence Laborde, secrétaire départementale à la FSU
    Ressources sur la justice transformative :
    - https://www.cvfe.be/publications/etudes/425-justice-transformatrice-et-violences-de-genre-inventer-de-nouvelles-facons-de-rendre-la-justice
    - https://www.collectif-fracas.com
    - https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/05-sortir-de-la-justice-punitive
    1 hr 2 min
  • France 3 : un fort mouvement de contestation
    copie écran de France 3 Aquitaine
    Entretien réalisé le jeudi 9 novembre.
    La Clé des Ondes : depuis mercredi 8 novembre, la grève a commencé chez nos confrères de France 3. Boris Chague, vous êtes délégué syndical CGT France 3 Aquitaine. Cette grève avait lieu non seulement ici, localement, mais partout en France. Est ce que vous pouvez nous dire qu'est ce qui vous a amené à France 3 à mener cette journée de grève hier?
    Boris Chague : Il faut savoir que la grève n'est pas terminée puisque nous sommes en grève pour une durée illimitée à l'appel de cinq syndicats de notre entreprise. Donc cette grève, elle est encore en cours. Les téléspectateurs du journal de France 3 Aquitaine risquent de ne pas en avoir pendant un certain temps puisque la raison de cette grève, c'est que nous avons récupéré depuis le début septembre l'info nationale et internationale à moyens constants.
    C'est à dire que, en plus de présenter des informations régionales et locales, nous devons aussi maintenant présenter les informations nationales et internationales puisque ce n'est plus fait à Paris. Les équipes parisiennes existent toujours, mais le plateau là bas n'existe plus. Donc toutes les régions de France 3 doivent présenter ces éditions, ce qui fait qu'on double notre temps d'antenne. Et tout ça à moyens constants.
    La Clé des Ondes : quelles conséquences sur votre travail ?
    Boris Chague : on a des professions, notamment les scripts, les chefs d'édition et les adjoints à la rédaction qui sont en tension et qui ont des amplitudes horaires et une charge de travail qui est décuplée, au moins doublée. Donc, pour cette raison et pour préserver la santé des salariés, nous, on demande la mise en place immédiate de mesures conservatoires pour stopper les dommages sur les équipes, notamment des mesures conservatoires.
    La Clé des Ondes : Avec ces mesures conservatoires, que demandez-vous?
    Boris Chague : Il nous faut des moyens humains, évidemment, pour la mise à l'antenne des éditions régionales qualitatives. Mais surtout, il faut mieux.
    On a des salariés qui sont en train de craquer, des salariés qui aiment leur métier, mais qui le font dans des conditions absolument déplorables. Maintenant, le 12 h et le soir, on a 25 minutes de plus à présenter. Donc nous, pour que ce projet là puisse être viable, il faut qu'on arrête de présenter le national et international et que ce soit Paris qui s'en charge, en attendant d'avoir plus de moyens
    Il nous faut des moyens humains et évidemment, ça demande des moyens financiers aussi. Mais on comprend bien que le but de cette manœuvre sinon, c'est de faire des économies sur le dos des salariés.
    La Clé des Ondes : Cette grève, hier, a été suivie et elle se poursuit donc ?
    Boris Chague : Elle se poursuit aujourd'hui, Elle se poursuit demain. Pour ma part, je peux vous dire que sur Bordeaux, je vous répète que les téléspectateurs risquent bien de ne plus avoir d'informations spécifiques à leur région pendant plusieurs jours, voire des semaines s'il le faut.
    La Clé des Ondes : Est ce que ça permet d'ouvrir des négociations, de vraies négociations avec la direction?
    Boris Chague : Les négociations n'ont pas lieu en local, mais elles ont lieu à Paris avec les différentes organisations syndicales et donc la direction et en premier lieu Delphine Ernotte, qui est notre présidente de France Télévisions mais qui pour l'instant visiblement ne veut rien lâcher. Mais je pense que c'est plus de l'orgueil qu'autre chose parce que, au niveau des régions et des salariés, on a déjà bien avant la grève, là depuis septembre, des journaux qui ont été annulés faute de moyens humains parce que les gens tombent.
    Donc il faut bien comprendre que si ce projet là n'est pas viable en l'état actuel des choses et qu'il faudra bien que la direction fasse un effort, un certain pour la mise en place de moyens qui permettront de rendre ce projet viable.
    1 hr 2 min
  • Musical Ecran : "La jeunesse a toujours essayé de créer ses propres mouvements"
    Au programme de cette émission :
    Des associations et collectifs déplorent le manque de prise en compte de la parole des victimes après des accusations d'agressions sexistes et sexuelles qui auraient été commises par un enseignant
    Avec Petra Bernus, membre du collectif Du pain et des roses, du Poing levé, et de Révolution permanente.
    Musical Ecran, 9e édition, 25 documentaires musicaux projetés du 13 au 19 novembre
    Avec Richard Berthou, programmateur du festival. Toutes nos interviews et chroniques sur le festival sont à retrouver sur cette page.
    Chronique sport : les Ultras, supporters et au-delà
    Par Bastien, membre de la rédaction du fanzine Gazzetta Ultra.
    1 hr 2 min

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