Il s’agit du troisième volet de la série « Le pays des autres », le roman qui vient clore cette saga ou l’on suit l’histoire d’une famille franco-marocaine sur plusieurs générations, au fil de la deuxième moitié du 20e siècle. Toute la trilogie est un vrai coup de cœur pour moi.
J’ai adoré l’écriture fluide et vivante de l’autrice, tantôt laissant deviner sa colère pour ce que la société fait vivre à ses personnages, ce que le Maroc mais aussi le monde en général est devenu, tantôt au contraire pleine de tendresse pour cette famille, ce clan, qui traverse les décennies envers et contre tout, entre maladresses et dignité.
Le premier volume, « Le pays des autres », s’ouvre sur la rencontre entre Amine Belhaj, soldat marocain pendant la deuxième guerre mondiale, et une française, Mathilde, qui partira vivre avec lui quand il rentrera au Maroc, donnant naissance à cette lignée. On voyage avec Mathilde alors qu’elle découvre et se prend d’attachement pour ce pays et ses gens.
Dans le deuxième tome, « Regardez-nous danser », c’est les aventures des enfants d’Amine et Mathilde que l’on suit, notamment Aicha, qui part étudier la médecine en Alsace et revient à Rabat pour exercer la gynécologie. Elle se marie avec Mehdi et ils forment un couple plutôt moderne, qui oscille entre critique du régime et tentative de faire bouger les choses de l’intérieur.
Quant à ce dernier volume, « J’emporterai le feu », il commence avec la naissance de la troisième génération : les deux petites filles de Mathilde, filles d’Aicha. On les voit grandir, tiraillées entre la joie et la douceur de vivre de l’enfance dans une famille marocaine aisée, et les difficultés de la vie pendant les « années dures » du Maroc. Ce sont les années 80-90, une période de crise économique et politique, sur fond de monarchie autoritaire et d’arrestations arbitraires de dissidents politiques.
Le roman est surtout concentré sur Mia, que l’on suit au fil de son enfance et adolescence, jusqu’à l’âge adulte. On l’accompagne dans sa quête alors qu’elle cherche à définir son identité, ses relations aux autres, sur fond de pression familiale et de société des apparences. On partage sa colère lorsqu’elle est contrainte à taire son attirance pour les filles, sa rébellion, sa soif de liberté. On ressent sa déchirure lorsqu’elle quitte à son tour le Maroc pour étudier à Paris, éprouvant à la fois une grande solitude, et un espoir de tracer enfin sa propre voie et vivre son orientation sexuelle de façon un peu plus libre.
Au final, les trois volumes nous évoquent de superbes destins de femmes, à la fois ordinaires et extraordinaires.
La toute dernière phrase du livre de Leila Slimani m’a fortement marquée. Même si elle se trouve dans les remerciements, elle fait presque partie du roman, on a la sensation qu’elle met un point final magistral à cette saga. La voici : « A ceux dont je ne peux citer les noms, mes amis de toujours, qui n’ont pas d’autre choix que de vivre leur sexualité en cachette. Ce livre est pour vous, je vous dois tant et votre feu brûle en moi pour toujours. »