C'est le retour de la chronique éco dans Le Plat de résistance. Chaque semaine, des économistes bordelais se relaient pour nous donner leur analyse de l'actualité. Aujourd'hui on ouvre le bal avec Félix Garnier, doctorant en économie écologique à l'université de Bordeaux.
En attendant que nos podcasts soient de nouveaux accessibles, cette chronique est écoutable ici !
Salut Baptiste, salut auditeurs et auditrices de la Clé des Ondes ! J’espère que vous allez bien en cette rentrée, en tout cas meilleur que mon ficus qui doit faire face à cette canicule tardive (oui, il fait très chaud dans les locaux de la radio).
Ce qui est clair, en tout cas, c’est que je vais mieux que les parents d’élèves, que les étudiants et étudiantes partout en France qui doivent faire leurs courses de rentrée. Déjà parce que la fin de l’été et le retour à l’école sont toujours des moments emprunts de mélancolie, où les dernières fragrances de crème solaire et de citronnelle se confondent avec celles du premier repas purée-saucisse cuisiné par Gérard et Christine à la cantine. Mais aussi, et probablement surtout cette année, parce que BON SANG QUE CA COÛTE CHER !
D’après l’UFC-Que-Choisir, le prix des fournitures scolaires a augmenté de 11% cette année par rapport à l’année dernière, venant encore alourdir le prix d’articles déjà élevés (et souvent nécessaires à l’école) et l’addition au moment du passage en caisse. Du côté des étudiants, même son de cloche : d’après la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes, premier syndicat étudiant de France), le coût de la rentrée représenterait cette année 3024€, en hausse de 9% depuis l’an dernier et franchissant pour la première fois la barre des 3000€. A Bordeaux, la fédération ATENA chiffre même le coût de la rentrée à 3051€, légèrement supérieur à la moyenne nationale.
Malheureusement, on le constate chaque jour, les fournitures scolaires ne sont pas les seules dont le prix augmente en continu depuis maintenant plus d’un an. Au mois d’août, les prix dans leur ensemble avaient augmenté de 5,7% par rapport à août 2022 – une hausse qui grimpe jusqu’à 11,1% pour les produits alimentaires et à 6,8% pour l’énergie. Autant le dire : en ce début de Septembre 2023 il n’y a pas que la chaleur qui est étouffante, et ce malgré l’action courageuse de Bruno Le Maire qui promet chaque mois depuis un an que « l’inflation est derrière nous ».
Mais concrètement, d’où est-ce qu’elle vient cette inflation ? Et pourquoi est-ce que jusqu’à présent on n’a pas réussi à s’en débarrasser ? Bon, il n’y a pas de réponse simple à cette question, l’inflation est toujours un phénomène complexe. Essayons néanmoins d’y voir un peu plus clair. Dans la théorie économique standard, l’inflation est « un phénomène d’augmentation généralisée et durable de l’augmentation des prix », ce qui ressemble assez fortement à ce qu’on vit en ce moment. L’explication la plus simple, c’est que l’économie est en « surchauffe » : puisque tout le monde travaille à temps plein et que toutes les machines sont occupées, les patrons n’ont pas d’autre choix que d’augmenter les salaires pour garder leurs salariés. Cette hausse généralisée des salaires fait augmenter les prix, ce qui fait augmenter les salaires, et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelle une « boucle inflationniste salaires-prix ». Regardons deux minutes autour de nous : est-ce que tout le monde a un travail, et est-ce que les salaires augmentent ? Non ? Bon bah c’est pas ça alors.
La deuxième explication possible c’est que pour une raison ou pour une autre, les chaînes d’approvisionnement en matériaux et en énergie aient été chamboulés. Entre le COVID et la guerre en Ukraine, ça a probablement joué non ?
Oui, mais voilà : bien que ces évènements aient eu une importance considérable, leur effet ne devrait pas se faire sentir aussi fortement encore aujourd’hui ! Et c’est là qu’entre en scène la troisième hypothèse possible : et si, tout simplement, nos chers patrons inventaient des excuses pour s’en foutre plein les poches ? Je ne sais pas pour toi Baptiste, mais personnellement j’ai beaucoup de mal à y croire ! Ce serait inouï !
Et bien heureusement que je prépare mes chroniques parce qu’il semblerait bien que si, ce soit exactement ce qu’il se soit passé, et en particulier en Europe. D’après une note du FMI (une institution bolchévique s’il en est), la hausse des profits expliquerait à elle seule environ la moitié du phénomène inflationniste européen. C’est-à-dire que lorsque tu vas faire tes courses, et que tu paies ton panier 40€ plus cher que l’an dernier pour la même chose, environ la moitié part directement dans les poches d’un patron, quelque part, qui doit être en train de bien ricaner. Dans notre cas franco-français, l’INSEE publie qu’au deuxième trimestre 2023 le taux de marge des entreprises avait augmenté de 1,5 points, grâce à la baisse… des prix de l’énergie (et non citoyens, vous serez les seuls à voir vos factures d’énergie augmenter, nos producteurs et distributeurs nationaux maintenant leurs prix hauts).
Enfin, assez de chiffres, je pense que le message est passé. Ce qui me semble important de retenir ici, c’est que l’inflation, dans bien des cas, est le fruit d’un rapport de force politique. Qu’est-ce qui fait que des patrons se sentent permis de garder des prix artificiellement hauts pour se gaver, sinon la certitude d’avoir déjà remporté la lutte des classes ? Notre solution à nous, elle passe par l’auto-organisation et la résistance.
En attendant le grand soir camarades, il y a une solution toute trouvée à la hausse des prix de l’alimentation : mangez un riche ! Ça ne coûte rien, mais ça pourrait rapporter beaucoup !