Alice Laqu Matthéus, avocate et enseignante, développe un centre de formation au cœur pénaliste pour contrer la désinformation au tribunal, notamment dans les affaires de violence intrafamiliale. Elle souligne que la vérité judiciaire est une construction, un récit élaboré en quelques jours lors d'un procès, qui devient une vérité collectivement acceptée malgré les erreurs potentielles. Cette construction est encadrée par des garanties procédurales, comme l'article 6 de la CEDH, mais elle insiste sur le fait que le droit, bien que logique, n'est pas rationnel. Il s'agit plutôt d'un rituel judiciaire millénaire où se greffent préjugés, mythes, peurs primales, biais cognitifs et inconscient collectif, qui influencent fortement les décisions en salle d'audience.
La conférencière met en lumière l'importance cruciale de la crédibilité des témoignages (témoins, victimes, accusés) dans les procès. Face à l'incertitude, le recours aux expertises, notamment psychiatriques ou psychologiques, est fréquent, donnant l'impression d'une décision rationnelle basée sur la science. Cependant, elle alerte sur l'existence de nombreuses expertises s'appuyant sur des pseudosciences ou des théories psychologisantes sans fondement scientifique avéré. Ces approches peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur le plan humain.
Un exemple frappant de cette problématique est le Syndrome d'Aliénation Parentale (SAP), qualifié de "pire pseudoscience" par certains scientifiques. Créé dans les années 80 par le psychiatre Richard Gardner, le SAP est apparu dans un contexte où les femmes divorcées accusaient leurs ex-conjoints de violences, notamment sexuelles sur enfants. Gardner, payé par les hommes accusés, affirmait que si une femme ou un enfant accusait un père, c'était par vengeance féminine ou suite à un "lavage de cerveau" de la mère sur l'enfant, sans critères diagnostiques objectifs pour distinguer cette situation d'une violence réelle.
Le SAP, bien que dénué de preuves scientifiques et promu par un individu aux idées controversées (il considérait la pédophilie comme "bénéfique" dans certains cas), a malheureusement traversé l'Atlantique. Il a infiltré le discours de la chaîne de protection de l'enfance et de certains magistrats en France et en Europe. Des psychiatres et des membres de l'Institut de Victimologie ont démontré l'absence totale d'études scientifiques validant cette théorie, soulignant que Gardner était auto-édité et sans évaluation par les pairs, et qu'il était rémunéré pour soutenir ces thèses.
Intervenants : Alice Lacoye Mateus
Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=4Nw_OS-wMCw