"Le secret de la marquise" de Gustave Le Rouge
paru en 1927 à la Librairie Gallimard
Ce récit, "Le secret de la marquise", est un roman de cape et d'épée où le lecteur devra tirer, couper et se fendre afin de parer les bottes napolitaines et espagnoles auprès desquelles la botte de Nevers n'est somme toute qu'enfantillage et jeu d'apprenti."Le secret de la marquise" est la première partie d'un roman de Gustave le Rouge, paru en 1927 dans la collection "les chefs-d'oeuvre du roman d'aventures" de la librairie Gallimard.Et, ce secret est bien gardé puisqu'il n'est finalement révélé que dans le second opus, "Une mission secrète", qui a été publié un an plus tard dans la même collection.Le secret d'ailleurs est d'autant mieux gardé que ce second volume est quasiment introuvable et, en tout cas, hors de portée d'une impécunieuse bourse comme la mienne.Bougri de bougri, j'enrage, morbleu !Sous le règne de Louis XV, vers l'an de grâce 1740, en Auvergne, entre Riom et Clermont , Artaban Montrognon dit "La Pivoine" est emmené par les soldats du prévôt de la maréchaussée vers un funeste destin sans que l'on sache vraiment pourquoi.Mais grâce à Françoise Bonistrol, la fille de l'aubergiste de "La Vouyvre", grâce au jeune comte Albéric de Saint-Genest, l'escogriffe à longues moustaches va s'évader ...
Ce roman est classique.Disons-le tout net, il n'a pas révolutionné le genre, ni par l'originalité de son récit, ni par le typique de ses personnages.Mais le récit ici n'a cependant pas le premier rôle.Car ce joli petit livre est un roman de bibliophile.Ce qui n'est pas si courant.Et, ce livre est un petit bijou de style, comme un salon Louis XV désuet pourtant rempli de charmantes babioles et autres bibelots insolites qui n'apparaissent qu'au fervent curieux. Gustave le Rouge semble aussi à l'aise dans L Histoire mystérieuse que dans l'aventure baroque ou le fantastique extravagant."Ce drame est de tout point véridique" écrit-il.Bougri de bougri, que voilà un mensonge véniel dont le moindre père jésuite lui donnera l'absolution !Reste que le pays est plein de tricornes à la recherche de "La Pivoine".Qu'à cela ne tienne, Albéric de Saint-Genest, l'ayant pris à son service, décide d'aller chercher fortune à Paris ...Chemin faisant, ils vont arracher la marquise de Pontrodeix des griffes de l'infâme sergent-recruteur Chanfardel qui pourtant se prétend la fleur des braves, la coqueluche de toutes les belles ...Paris, la rue Dauphine, le café "Procope", le théâtre de la Comédie, le Pont-Neuf que l'on ne peut pas traverser sans y croiser un cheval blanc, un moine et une jolie fille ...Mais Paris c'est aussi la barrière d'Enfer, les catacombes objets de terreur de tous les parisiens, le taudis de la mère Fipart ...Gustave le Rouge, en quelques tableaux et coups de plume évocateurs, ressuscite ce vieux Paris.Il a plus d'un tour dans son bissac, et plus d'un mot oublié du dictionnaire tels que "orviétan", "merlan", "berniquet", "ferlampier" et "Turlupin".Albéric de Saint-Genest va se retrouver mêlé à une histoire d'état, pincé entre sa fidélité pour Louis XV et son mépris pour le cardinal Fleury, triste reflet d'un Richelieu ou d'un Mazarin. Les personnages de ce roman sont tour à tour, et en même temps, pittoresques, héroïques et amoureux, charmantes et dévouées, fourbes et lâches, truculents et pochards.L'ensemble de la galerie du genre est représentée.Tout l'intérêt de ce charmant et captivant roman de Gustave le Rouge est dans le détail, dans sa manière d'écrire très particulière où la digression sert le récit au lieu de l'alourdir.Mais le Rouge s'amuse aussi avec L Histoire, il ne craint pas l'anachronisme quand il est malicieux."La Pivoine" ne serait, aux dires de la reine elle-même, qu'un digne émule de Fanfan la Tulipe !Savait-elle, Marie Leszczynska, que Fanfan la Tulipe est un personnage de fiction d'une chanson de goguette datant de 1819, très en vogue à l'entre-deux siècles ?Gustave le Rouge, apparemment ne lui avait pas dit !Bougri de bougri, j'enrage, morbleu !Qui est le chef des faux-monnayeurs ?Quel secret cache la marquise de Pontrodeix ?Le comte d'Ancize, l'âme damnée du cardinal, sera-t-il châtié comme il le mérite ?Vers quelles nouvelles aventures et secrètes missions, Albéric de Saint-Genest et "La Pivoine" vont-ils se précipiter ?Ne serais-je pas un peu béjaune, si je n'avais pas un peu mon idée là-dessus ?