Synthèse — Épisode 6 : L'Observatoire vous parle
Racisme en milieu préscolaire et primaire au Québec
Animé par Cyrille Ekwalla, ce sixième épisode réunit trois intervenantes : Gina Lafortune, professeure à l'UQAM et directrice de la Chaire de recherche sur le racisme dans les milieux éducatifs ; Imane Sahraoui, doctorante et coordonnatrice du projet de recherche ; et Murène Muctan, enseignante retraitée et membre du comité aviseur depuis 2022.
Genèse du projet
C'est après deux décennies de travail auprès de jeunes noirs au secondaire et au post-secondaire que Dina Lafortune a orienté son regard vers le préscolaire et le primaire. Un constat s'imposait : les jeunes adultes qu'elle rencontrait affirmaient que les dynamiques d'exclusion avaient débuté bien plus tôt, dès l'enfance. En parallèle, peu de recherches documentaient cette réalité au Québec. Financé par le CRSH et l'Observatoire des communautés noires, le projet adopte une approche de recherche-action partenariale, visant non seulement à documenter, mais aussi à transformer les pratiques.
Une mise en place semée d'embûches
Mener une telle recherche auprès d'enfants de 4 à 12 ans s'est révélé complexe. Les démarches éthiques — à l'université, puis auprès des centres de services scolaires — ont exigé près de six mois. De nombreuses directions d'école ont opposé un refus, par crainte d'être jugées ou d'être associées à un sujet perçu comme accusateur. Il a fallu convaincre que l'objectif n'était pas de désigner des coupables, mais d'examiner un système institutionnel et ses effets structurels.
Méthodologie : observer, écouter, jouer
Trois terrains scolaires ont été investis — deux écoles francophones, une anglophone — avec des observations en classe, dans les couloirs, les cours de récréation et les services de garde. Des ateliers individuels, menés à domicile, ont permis de recueillir la parole des enfants via le dessin et le jeu (notamment des Playmobils représentatifs de la diversité québécoise). Cette méthode, loin d'aborder le racisme de front, invitait les enfants à illustrer une belle ou une mauvaise journée à l'école. Les résultats ont été révélateurs : les enfants voient, comprennent et interprètent bien plus qu'on ne le croit. Ils mettent en scène des enjeux d'exclusion, d'injustice, de présence policière ou de manque de ressources — des situations que, selon eux, les adultes ne voient pas ou ne croient pas.
Familles et milieux scolaires : des réactions contrastées
Les rencontres avec les parents ont généré des prises de conscience importantes, certains découvrant - parfois grâce au jeu de leur propre enfant — des expériences vécues à l'école dont ils ignoraient tout. Du côté des écoles, les réactions aux résultats ont oscillé entre surprise, inconfort et déni, avec parfois des tentatives de disqualifier la recherche en raison de la couleur de peau des chercheurs eux-mêmes.
Vers une école qui reconnaît
Pour Dina Lafortune, une école transformatrice commence par reconnaître le racisme comme réalité systémique. Cela implique des gestes concrets : des livres et des murs qui reflètent tous les élèves, des exercices où chacun se reconnaît, une attention aux trajectoires individuelles dès la maternelle. Chaque acteur - enseignant, direction, parent - a un rôle à jouer. Le changement est lent, mais possible, à condition d'accepter de regarder le problème en face.
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