Digital et grande conso : de gré ou de force
Le secteur de la grande consommation est probablement l’un des plus impactés par les nouveaux usages digitaux. Pour une raison simple qui est que les consommateurs ont massivement fait leur transformation digitale, contrairement aux entreprises et aux institutionnels.
C’est la même différence qu’entre le hors-bord et le super tanker. Le hors-bord change de cap rapidement, il est assez réactif, le paquebot a lui besoin de temps et de distance pour changer de route, ralentir ou s’arrêter.
Chez les distributeurs, l’heure est à la survie
Carrefour est dans la tourmente depuis quelques années et pour la première fois Auchan a enregistré une perte en 2018 (1 milliard d’euros). En cause : la fin du modèle des hypermarchés, la désaffection des clients et, évidemment la concurrence d’Internet.
La distribution est touchée par le besoin des consommateurs de précision et d’hyper segmentation. La distribution devient un reflet de ce que les consommateurs attendent online : de la personnalisation.
Les initiatives se multiplient : Monoprix teste l’ouverture le dimanche après-midi sans personnel, Auchan teste son magasin tout automatique, Carrefour installe un lab à côté de la Station F et en partenariat avec Google, Monoprix s’associe avec Amazon dans l’alimentaire, Intermarché lance les « drive piétons », Système U lance les « drive trucks »…
Google aussi est touché
Online, ça bouge aussi. Le « retail search » se développe fortement : les internautes ne cherchent plus les produits qu’ils veulent acheter sur un moteur de recherche mais directement sur le site d’un retailer, et en l’occurrence… Amazon dans la plupart des cas. En 2015, les recherches produit, c’était 46% Amazon et 54% Google. Trois ans plus tard, en 2018, c’est l’inverse. Google est aussi concurrencé par AirBnb ou Booking pour les voyages.
Du côté des fabricants : Play or Die
Les consommateurs, sans être hyper matures, le sont plus que la majorité des entreprises. Il y a donc un enjeu pour les marques des grands acteurs de la consommation et une nécessité de réaction à grande vitesse. Elles sont aujourd’hui obligées de se réinventer, même si toutes ne le font pas. Certains savent que d’ici 2 à 5 ans, ils auront changé de poste, d’entreprise ou seront à la retraite et se hâtent donc… de ne rien faire. Suite à un changement de dirigeant à un poste en cours d’exercice, on passe encore d’une vision à 5 ans à une vision à 15 jours.
La quadrature du cercle des fabricants
Les fabricants sont touchés de toute part, entre le marteau et l’enclume. La distribution évolue d’un canal physique à un canal online. Conséquence, le fabricant qui a toujours été en contact indirect avec ses clients passe en prise directe. C’est une opportunité de meilleure relation et de meilleure connaissance, mais il faut savoir le gérer et ce n’est pas la culture de ces marques d’être en première ligne.
Du Push au Pull
Donc la relation client évolue (doit évoluer). On doit passer d’une culture centrée sur le produit, sa communication, sa distribution à une approche centrée sur le client. Grâce au digital, et notamment au Big Data, on a accès à des informations qu’on n’avait jamais eues jusque-là. Et là pour les industriels, même baignant dans une culture marketing très forte, ce passage du Push au Pull est très complexe et absolument pas naturel. Le marketing grande consommation reste très marqué (online ou offline) pas une démarche Push. Le Pull est bien souvent resté dans les livres ou sur les bancs de l’école. Pourtant, avec l’impact du digital,