Lorsque nous arrivons à la papèterie, le ton est donné: accrochée à la façade, une imposante banderole envoie un message clair :"91 ans d'histoire, 91 salariés abandonnés... mais pas résignés".
Accueilli par Jean-Marc Morancho, nous pénétrons dans l'imposante usine. L'élu CGT du Comité Social d'Entreprise nous ouvre son local syndical CGT où se trouve aussi Daniel Castanon, délégué syndical CGT de la papèterie. Quelques ouvriers discutent là de l'avenir de l'usine. Ils sont inquiets, mais ne semblent pas pour autant vouloir baisser les bras. Ils ont l'air presque étonnés voire amusés de nous voir là.
Déficitaire mais...
L'usine est fondée en 1929. Elle produit du papier aujourd'hui pour des plaques de plâtre utilisées principalement pour l'équipement dans les maisons, pour les cloisons. Ce papier est fabriqué par pas moins de 91 salariés, qui font tourner la chaîne de production nuit et jour.
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Jean-Marc et Daniel rappellent la situation : après de nombreuses années où le groupe Etex n'a pas investi suffisamment dans l'usine, celle-ci se retrouve déficitaire. Pourtant, les ouvriers affirment que malgré cela, le groupe est in fine gagnant, puisque la papeterie n'est qu'un maillon de la chaîne de production. En clair, si l'usine est dans l'absolu déficitaire, ce qu'elle produit optimise les chiffres des autres usines appartenant à Etex. Elle contribue donc indirectement largement aux marges du groupe. Mais ce dernier ne voit évidemment pas les choses de cette manière, c'est pour cela qu'il souhaite se désengager.
Pourtant la papèterie est soutenue par la ville de Bègles et Euratlantique, cette Opération d'Interêt National (OIN) pilotée par l'Etat et chargée d'aménager la métropole bordelaise sur un périmètre défini, dont la papeterie fait partie. Euratlantique avait d'ailleurs intégré l'usine dans son plan de réaménagement, en 2011, pour montrer d'une part leur volonté de préserver des emplois industriels, mais aussi -et surtout- parce que l'usine est d'"intérêt général", insistent les représentants du personnel.
"Ils font un peu les morts..."
Elle produit effectivement du papier à partir de matériaux recyclés, s'insérant ainsi parfaitement dans les objectifs de réduction des émissions de gaz carboniques et de production plus verte. Mais depuis l'annonce d'Etex, "ils font un peu les morts", s'agace Jean-Marc, sans que personne ne sache vraiment pourquoi...
Réalistes
L'incertitude plane donc, et c'est pour ça que les ouvriers demandent une table ronde, réunissant tous les acteurs locaux, afin de trouver une solution."C'est pour cela que l'on se bat", affirme Daniel, "pour retrouver un repreneur rapidement et avoir de la visibilité". Surtout qu'ils "rentrent pleinement dans le projet des écolos" (EELV est au pouvoir à Bègles et à Bordeaux) surenchérit Jean-Marc, "car on utilise les circuits courts" pour la production. La réunion est prévue ce lundi 30 novembre à la Préfecture de Gironde.
"On espère être appuyé par la ville de Bègles, la métropole, tous les pouvoirs publics"
La situation semble, au vu de la santé économique et sociale du pays, compliquée, mais pas désespérée. C'est en tout cas ce qu'essaient de montrer les deux syndicalistes, réalistes mais combatifs. Ils semblent déterminés à faire vivre cette usine. Il faut dire qu'elle est bien plus qu'un outil de travail. Jean-Marc et Daniel nous confient que pour la plupart des ouvriers, la fermeture de l'usine serait très dur psychologiquement.
"Les collègues sont plus que des collègues, ce sont nos amis, voire notre famille. Pour certains d'entre nous, c'est jusqu'à trois générations de personnes qui travaillent à l'usine. Ça représente une histoire, une identité que beaucoup d'autres usines n'ont pas. Il y a une grande tristesse chez les ouvriers, qui se sentent un petit peu abandonnés."
Jean-Marc et Daniel, comme l'ensemble des salariés de la Vielle Dame, vont continuer de lutter pour faire qu'en janvier, un repreneur remplace Etex.
Interview et article réalisés par Hugo Cunchinabe.
Lien vers la pétition