Depuis une vingtaine d’années, la puissance mobilisatrice du concept d’Indo-Pacifique a imposé une nouvelle image de l’Asie, intégrant la dimension « Indo » (Inde et Océan Indien) au côté du Pacifique. Cette reconfiguration, initialement économique, est devenue un enjeu stratégique majeur, reflétant les dynamiques de puissance et la maritimisation du monde. Cependant, après deux décennies d’évolution, le concept conserve-t-il sa capacité d’entraînement face aux crises ? Planisphère pose la question à Marianne Péron-Doise. Marianne Péron-Doise, Directrice de recherche à l’IRIS où elle est co-responsable du Programme Asie pacifique et dirige l’Observatoire Géopolitique de l’Indo-Pacifique. Elle vient de publier une "Géopolitique des mers et des océans", éd. Cavalier Bleu. Cette émission a été enregistrée le 22/06/2026 et radiodiffusée sur RCF Notre Dame le 31/08/2026.
Podcast et synthèse rédigée et validée sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.
Extrait de la synthèse
"Le concept d’Indo-Pacifique qui a émergé il y a deux décennies, a supplanté la dénomination traditionnelle d’Asie-Pacifique, jugée trop centrée sur l’Asie Orientale (Chine, Japon, Corée du Sud, ASEAN) et l’Australie. Marianne Péron-Doise explique que cette nouvelle construction est intrinsèquement maritime, intégrant l’océan Indien et, plus précisément, l’Inde, un pays de 1,4 milliard d’habitants.
L’objectif initial était de parier sur l’émergence de l’Inde pour équilibrer un Pacifique dominé par les États-Unis mais où la Chine montait en puissance. D’une vision économique, tirée par le développement des « dragons » et des « tigres » asiatiques, le concept a évolué vers une dimension plus stratégique, liée à la maritimisation du monde, aux flux commerciaux et au développement des marines, notamment après la mobilisation internationale contre la piraterie somalienne dans les années 2000.
Le concept d’Indo-Pacifique porte un sous-texte anti-chinois, reflétant les interrogations sur l’orientation de la puissance de Pékin. Marianne Péron-Doise souligne la réalité physique de la Chine comme puissance commerciale et économique majeure, visible dans la hiérarchie des ports mondiaux. Le port de Shanghai, avec environ 50 millions d’équivalent vingt pieds (EVP), surpasse largement le premier port européen, Rotterdam, qui en traite 11 millions. Cette « extraordinaire puissance logistique » fait de la Chine l’« usine du monde », avec une activité intense sur sa façade maritime.
Cette puissance civile marchande s’accompagne d’un développement militaire rapide et « Mahanien ». La marine chinoise, qui se mesure à la marine américaine, compte déjà quatre porte-avions (deux acquis, un construit, un en construction) et de nombreux sous-marins. Ces capacités navales appuient des revendications maritimes agressives en Mer de Chine méridionale (illustrées par la « carte en neuf traits » revendiquant les trois quarts de la zone, rognant sur les archipels des Spratleys et Paracels) et sur les îles Senkaku administrées par le Japon. La Chine remet en cause le droit de la mer par la création et la militarisation d’îlots artificiels pour étendre sa zone économique exclusive (ZEE) en dépit de l’opposition des Philippines et du Vietnam qui n’ont de cesse de rappeler leurs droits souverains . (...)
Bien que normalisé, le concept d’Indo-Pacifique a été mis à l’épreuve par des crises récentes, nécessitant sa réactivation. Marianne Péron-Doise note que l’Indo-Pacifique est désormais « familier, introduit, avalisé, normalisé » par de nombreux acteurs, y compris l’Union européenne qui a publié sa stratégie en 2021 suivie par l’ASEAN elle-même. Cependant, en septembre 2021, l’annulation du contrat de sous-marins français par l’Australie au profit d’une alliance avec les États-Unis et le Royaume-Uni (AUKUS), a porté un coup au multilatéralisme affiché. (...)
Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.