L’Europe veut devenir une puissance du quantique, mais elle affronte un problème très européen : elle possède d’excellents chercheurs et des dizaines de start-up, sans avoir encore fait émerger un IBM, un Google ou un Microsoft du secteur. Bruxelles veut maintenant pousser ces acteurs à se rapprocher. Sans leur promettre, pour autant, un nouveau pactole.
Le futur Quantum Act doit transformer l’excellence scientifique européenne en véritable industrie. Le quantique exploite des phénomènes physiques permettant, à terme, de résoudre certains calculs hors de portée des ordinateurs classiques, avec des applications possibles dans la chimie, les matériaux, la logistique, la défense ou la cryptographie. Lors d’une réunion au Parlement européen le 3 septembre, Thomas Skordas, numéro deux de la direction numérique de la Commission, a résumé le problème : l’Europe compte 78 start-up quantiques et ne peut pas se permettre qu’elles restent toutes isolées. Bruxelles veut conserver la concurrence, mais souhaite aussi voir apparaître des regroupements capables d’atteindre une taille industrielle.
Le Quantum Act ne ressemblerait donc pas à l’AI Act. L’objectif est moins d’imposer des interdictions que de coordonner la recherche, les infrastructures, la fabrication de composants et les chaînes d’approvisionnement. La Commission avait initialement prévu le texte pour 2026 ; son calendrier a déjà glissé et une présentation en 2027 n’est plus exclue. Mais il y a un paradoxe : ce texte n’aura pas de budget propre. Or transformer une technologie de laboratoire en industrie exige précisément des milliards, des usines et des années d’investissement. Le conseiller européen Tommaso Calarco résume les besoins en trois éléments : argent, vitesse et coopération. Le Quantum Act pourra surtout agir sur les deux derniers.
La France est directement concernée. Elle possède plusieurs acteurs importants, comme Pasqal, Alice & Bob ou Quandela, et a renforcé en mai sa stratégie nationale avec un milliard d’euros supplémentaire pour la période 2026-2030. L’Europe ne part donc pas de zéro. Elle dispose de chercheurs, de composants et d’entreprises prometteuses. Son problème est désormais de changer d’échelle. Après avoir longtemps financé l’excellence scientifique, elle doit apprendre à fabriquer des champions industriels avant que ses meilleures technologies et ses meilleurs talents ne trouvent ailleurs les capitaux nécessaires pour grandir.
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