Épisode 6 : L’homme dont personne ne se souvenait
Planète : Nouvelle-Égare.Climat : pluie.Heure locale : nuit.Heure universelle : perdue.
Il s’appelait Jules-Pacôme Vauvert, et personne ne savait pourquoi. Il n’avait fondé aucun empire. Il n’avait mené aucune guerre. Il n’avait signé aucun traité. Il n’était pas célèbre. Mais il persistait.
Sur Nouvelle-Égare, la colonie francophone la plus éloignée du centre temporel galactique, les noms des Grands Hommes avaient été interdits.
Interdits, classés, scellés. La liste dormait sous vide cryogénique, au fond d’une mine désaffectée, entourée de symboles d’avertissement.Certains disaient que prononcer Napoléon pouvait provoquer des effondrements d’identité. Que murmurer Einstein attirait des paradoxes à gravité variable. Mais Jules-Pacôme Vauvert, lui, restait parfaitement inoffensif.
Il vivait dans un appartement où toutes les pièces donnaient sur la cuisine.
Il parlait à ses plantes, qui l’ignoraient avec déférence.Il écrivait des lettres qu’il n’envoyait pas.Il collectionnait des chapeaux qu’il ne portait jamais.
Personne ne savait qui il était.Personne ne savait pourquoi il était là.Mais chaque année, à la date de son anniversaire — qu’il inventait au hasard — il recevait une carte postale signée de lui-même, envoyée par erreur depuis le passé.
Un jour, une archiviste nommée Mireille 17, en nettoyant un entrepôt de données,tomba sur un enregistrement vidéo.Flou. Tremblant.Un homme au regard doux disait : « Je suis Jules-Pacôme Vauvert. Je n’ai rien fait d’important. Mais j’étais là. Et parfois, j’ai bien aimé. »
Mireille le regarda longtemps.Puis, sans comprendre pourquoi, elle sourit.
Depuis, sur Nouvelle-Égare, quand la pluie tombe un peu plus lentement, quand la nuit semble moins lourde, on dit que Jules-Pacôme repasse. Non pour changer l’Histoire. Mais pour ne pas l’oublier.