Visage de l’universalité d’un coude à coude
Chers amis
Depuis bientôt deux semaines je suis dans une réunion internationale de ma congrégation
dominicaine, avec les autres responsables des régions du monde où des sœurs se trouvent.
Tête de pont en quelque sorte d’un petit peuple de toutes couleurs, cultures, sensibilités
mais partout impliqué dans et auprès d’une humanité blessée, souffrante, violentée,
espérante aussi, joyeuse souvent malgré tant de drames.
Rien de spectaculaire ici. Pas de grande déclaration fracassante ni de révolution. Juste
l’application à demeurer enracinées en cette humanité-là. Celle que notre Dieu aime par-
dessus tout et en faveur de laquelle il a donné le meilleur de lui-même : l’amour de son Fils.
Restées enracinées car y a-t-il une autre façon d’espérer annoncer l’Évangile que d’être là
auprès et pour ceux qui cherchent, désirent, peinent ?
Mêler sa vie à celle de tous n’est-ce pas faire modestement vivre cette parole de l’Évangile
de Jean : « celui qui vient à moi je ne vais pas le jeter dehors » (Jean 6, 35-40)
Écoutant les unes et les autres, l’Église universelle prend visage bien concret, celle d’un
coude à coude. Visages des déplacés de l’intérieur au Burkina, de milliers de familles en Inde
menacées aujourd’hui par la montée des eaux, la ruine des pêcheurs, des femmes et des
hommes enlevés et exécutés pour des raisons crapuleuses au Mexique, visages des victimes
d’abus de pouvoir et d’agressions sexuelles dans l’Église dans tous les pays et dont des
sœurs sont aussi victimes…
Coude à coude dans l’engagement pour la dignité réelle des personnes, pour le respect bien
concret de la terre, de la maison commune. La solidarité avec les gens dans leurs luttes pour
une vie possible pour eux et leurs enfants face à la violence endémique, l’injustice, la
pauvreté, l’importance de l’éducation, de l’implication dans la protection des mineurs et des
femmes.
Avec raison et grâce à la volonté du pape François, notre Église parle depuis maintenant
deux ans de synodalité, de l’importance non seulement de marcher ensemble mais bien
davantage les uns avec les autres. Chemin éminemment évangélique puisque Jésus n’a fait
que cela, marcher avec les siens comme avec les foules, expliquant les Écritures et
l’engagement de Dieu pour les femmes et les hommes réels.
Notre modeste vie religieuse, à travers le monde, tente de vivre depuis tant de siècles un
chemin de conversation où « tout ce qui concerne tout le monde doit être discuté par tous
et toutes ». Rien de cela n’est parfait, ni même vraiment conforme à l’Évangile. Ce serait
bien prétentieux de l’affirmer quand nous voyons la souffrance de religieuses et religieux et
l’injustice et les abus qui peuvent régner dans nos communautés. Mais c’est pourtant bien le
chemin que nous essayons sans cesse de reprendre. Devenir de modestes témoins d’un
évangile qui relève et accueille toute existence.
Véronique Margron op
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