Plaidoyer pour les Papotin
Avez-vous vu les « rencontres du Papotin » ? Si non, il faut vous dépêcher de le faire, en
allant sur les pages replay du site de France TV. C’est là un bonheur rare, un endroit où se
fait en direct de la poésie inédite. Dans la liberté, sans animateur vedette. Cette émission est
faite par une cinquantaine de journalistes non professionnels atteints de troubles du spectre
autistique pour une rencontre singulière. À ces rencontres du Papotin, on est tout de suite
ailleurs par rapport aux émissions convenues où les téléspectateurs que nous sommes
pourrions faire sans mal les réponses des uns et les questions des autres. Ici un air
d’authenticité, un air frais, un espace de parole libre, sincère. La seule règle ; « On peut tout
dire au “Papotin”, mais, surtout, tout peut arriver ! »
Le Papotin est, à l’origine un journal créé en 1990 par Driss El Kesri, éducateur à l'hôpital de
jour d'Antony. Il y a du très singulier dans le handicap et en même temps de l’universel ; le
Papotin arrive à tenir les deux, une façon de faire fragile et délicate.
La question est directe, comme on parlerait à un proche « Et est-ce que vous avez beaucoup
d’amis ? Des copains, des copines ? ». Emmanuel Macron ne se laisse pas déstabiliser. « Je
vais être honnête avec toi. Président de la République, c’est pas le meilleur boulot pour avoir
beaucoup d’amis ». Le locataire de l’Élysée ne peut pas éluder, ni noyer le poisson. Les
questions posées sont surprenantes, piquantes, profondes, elles sortent des codes rabattus :
« Quelle est ta plus grande peur, en tant qu’Emmanuel ? », demandent d’autres, le poussant
alors à évoquer ses souvenirs personnels. « Est-ce que Manette te manque ? », interroge par
exemple Sébastien, faisant référence à sa grand-mère disparue.
Dans l’émission précédente, Camille Cottin, a lu le poème d'un certain Rudy, intitulé
« Adulte, jamais ». Avec notamment ce passage : « Adulte, jamais. Pour que mes parents ne
meurent pas ». Une question fait alors craquer l’actrice : « Est-ce que ton père est toujours
en vie ? ». Le jeune homme qui a posé la question explique qu'il a lui aussi perdu son père, il
y a dix ans. « Et moi je pense qu'un papa, ça doit se garder à vie. On peut pas perdre son
papa, c'est pas possible ». »Je suis bien d'accord. C'est ce que je me suis dit, c'est
inacceptable », a répondu non sans émotion Camille Cottin.
Voilà, on aimerait de nombreux Papotin de cette justesse humaine Des lieux d’une parole
authentique des uns et des autres. Non des pièges ou des propos convenus. Juste la
rencontre de nos humanités, au cœur de nos diversités Des Papotin dans nos communautés,
notre Église, nos quartiers et bien ailleurs. Peut-être alors que du lien entre ce ceux qui se
croient forts et ceux qui savent ne pas ou ne plus l’être, entre toutes les sensibilités,
trouverait tout son sens dans le souci – et la joie – du vivre les uns avec et pour les autres.
Véronique Margron op
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