À Lyon, les affrontements entre fascistes et antifascistes sont courants. La capitale des Gaules est marquée depuis plusieurs décennies, par une forte implantation de groupuscules d’extrême droite. Ces groupes, connus sous divers noms, ont souvent muté, ont été dissous, sans que le phénomène ne s’arrête. En face, en réaction, des groupes antifascistes ont émergé, sous diverses formes également. Alors, Lyon est-elle la capitale de la violence politique ? Pourquoi ces groupes se sont-ils enracinés, développés à Lyon-même ? Qu’est-ce qui se joue dans cette ville, spécifiquement ? Les responsables politiques ont-ils trop longtemps fermé les yeux sur la réalité des groupuscules d’extrême droite ?
À Lyon, l’ouverture de divers locaux, a largement favorisé l’implantation et la persistance de groupuscules d’extrême-droite. Sébastien Bourdon explique que ces endroits “ont permis de recruter plus facilement” de nouveaux militants. Désormais fermés, notamment par le fait de dissolutions de groupuscules décidées au sommet de l’État, la municipalité lyonnaise a longtemps tenté, en vain, d’obtenir leur interdiction.
La ville, par la forte présence de l’extrême-droite, et une multitude d’actes violents notamment dans la décennie 2010-2020, a été un temps qualifié par les services de renseignements comme “la capitale de l’extrême-droite française”. Marie Allénou raconte que son média Rue89 Lyon a recensé près de 102 actes violents, visant principalement des militants de gauche ou des personnes racisées entre 2010 et 2025 et que 70 % de ces affaires sont restées impunies.
À quoi ressemble l’antifascisme lyonnais ?
En réponse aux violences de l’extrême-droite, des groupes antifascistes se sont constitués. D’abord le Gale en 2013, puis en 2018, la Jeune Garde. Deux mouvements désormais dissous, le premier en 2022, le second en 2025. Des militants de la Jeune Garde sont néanmoins soupçonnés d’avoir tué le militant identitaire Quentin Deranque, mettant, de fait, en exergue la violence d’extrême gauche.
Si Sébastien Bourdon indique que “le recours à la violence politique est un mode d’action, qui fait partie de façon assumée du répertoire militant des groupes antifascistes” il ajoute cependant que “ce n’est absolument pas le seul mode d’action qu’ils mobilisent” puisque “90 % du travail militant consiste surtout à tracter, coller des affiches ou se rendre en manifestation”. D’autre part, dit-il, “la violence est pensée comme un outil et ne fait pas partie de leur projet de société” et c’est en ça “qu’ils se différencient des groupes d’extrême-droite”. Bien que ce cadre ait été largement dévoyé le 12 février 2026.
Concernant l’antifascisme lyonnais, Marie Allénou, met en avant le fait que contrairement aux groupuscules adverses, les antifascistes ne s’en prennent pas à des personnes extérieures à des groupes d’extrême droite. Par ailleurs, explique-t-elle, et ce, malgré la mort de Quentin Deranque, “les cas d’attaques de militants d’extrême gauche contre des militants d’extrême droite sont assez rares”. Majoritairement, il s’agit “d’autodéfense” lorsqu’il y a des affrontements.
Pour aller plus loin :
Sébastien Bourdon, "Drapeau noir, jeunesses blanches, enquête sur le renouveau de l'extrême droite radicale", Seuil, 2025
Sébastien Bourdon, "Une vie de lutte plutôt qu'une minute de silence, enquête sur les antifas", Seuil, 2023
Références sonores de l'émission :
Historique de l’implantation lyonnaise de Génération Identitaire - Archive INA - France 3 Rhône Alpes – 19/20 – 15 février 2021
Philippe Carry, horloger dans le Vieux Lyon - Reportage d'Antoine Marette - France Culture – Le Magazine de la rédaction – 1er juin 2018
Dissolution du Gale (Groupe Antifasciste Lyon et Environs) avec prise de parole de Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement - Archive INA - France 3 Rhône Alpes – 19/20 - 31 mars 2022