“Orwell s’est toujours revendiqué à gauche” affirme Isabelle Jarry. S’il n’a “jamais eu peur de dire ce qu'il pensait, qu'importe les conséquences que ça puisse avoir” et elles furent nombreuses, il a toujours été “important pour lui de garder cet idéal de gauche, celui d'une justice sociale”. À cet effet, il n’est pas possible pour l’essayiste “qu’on puisse aussi facilement simplifier ses positions”.
Kevin Boucaud-Victoire rappelle que pour sa part qu’Orwell, bien qu’il ait “énormément critiqué son camp”, déclarait : “je suis de gauche et c'est avec ce camp que je veux travailler, peu m'importe la haine que m'inspirent les communistes totalitaires”. Pour autant, indique le journaliste, “il n’était pas sectaire et pouvait très bien dialoguer avec des gens de droite”.
Pourquoi Orwell est convoqué à droite comme à gauche ?
Selon Thierry Discepolo, aujourd’hui, “par rapport à l’échiquier politique actuel, Orwell serait marqué très très à gauche”. D’après l’éditeur si l’auteur anglais est “revendiqué par divers camps”, il y a deux raisons à cela. Le premier point est qu’ayant été “un critique des intellectuels de gauche” bien qu’il l’ait “présenté comme une critique à l’intérieur de son camp”, Thierry Discepolo explique qu’on “peut comprendre que des tas d'autres courants utilisent sa critique des intellectuels de gauche contre sa concurrence”.
Le second point, indique le fondateur des éditions Agone, est que George Orwell a “développé une forme de patriotisme – qui se différencie complètement du nationalisme – et dans ce cadre, on comprend qu'il peut être repris par les souverainistes”. Néanmoins note Thierry Discepolo, “son patriotisme était clairement marqué comme une modalité de socialisme” donc selon lui, “chaque fois qu'on tire Orwell à droite, on est obligé d'introduire des contresens, sinon cela ne fonctionne pas”.
Pour aller plus loin :
Isabelle Jarry, “Ma vie avec George Orwell”, Gallimard, 2025
Isabelle Jarry, “George Orwell, 100 ans d’anticipation”, Stock, 2003
Kévin Boucaud-Victoire, “George Orwell, écrivain des gens ordinaires”, Premières parties, 2018
George Orwell, “Mille neuf cent quatre-vingt-quatre", traduit par Célia Izoard, préfacé par Thierry Discepolo, Agone, 2021
George Orwell, "Une vie en lettres, Correspondances de 1903 à 1950", traduit par Bernard Hoeffner, préfacé par Jean-Jacques Rosat, Agone, 2014
George Orwell, "Écrits politiques (1928-1949), Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie", traduit par Bernard Hoeffner, préfacé par Jean-Jacques Rosat, Agone, 2009
George Orwell, "À ma guise, Chroniques 1943-1947", traduit par Bernard Hoeffner, préfacé par Jean-Jacques Rosat, Agone, 2008
Références sonores de l'émission :
Le philosophe Jean-Claude Michéa - Archive INA – France Inter – Service Public – 7 mars 2013
Extrait du film "Orwell. 2+2=5" de Raoul Peck (2026)