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Une dizaine de jours se sont écoulés sans qu'un autre contact ait pu être établi. Puis, brusquement, un soir, à la faveur d'un moment de réflexion, je me sens à nouveau happé par ce qui est maintenant devenu pour moi "le temps d'Ailleurs". Une roue tourne lentement, régulièrement, dans le sens des aiguilles d'une montre. Mes paupières sont closes et les images qui se reflètent sur le miroir de ma conscience manquent encore de limpidité. Est-ce donc bien une roue qui tourne ainsi ? Je veux et j'attends que l'événement se produise, que la barrière éclate. Le silence qui m'emplit acquiert alors une autre qualité et la roue devient fleur. Ses longs pétales blancs, semblables à ceux d'une marguerite, entament une ronde. Voilà .. . Les murs de ma prison éclatent ... Le visage de mon guide surgit de la lumière blanche. Je ne vois que ce visage d'un bleu diaphane, rayonnant de bonté et plus évocateur qu'un long discours. Aussitôt, une conversation s'engage, à la fois rapide et chuchotée :
- Tu m'as rejoint rapidement, aujourd'hui ! Ton désir est fort, mais est-il suffisamment fort ? ...
La voix de mon guide est douce et grave. Sans attendre, je réponds:
- Oui, il est fort.
- Je veux dire, est-il suffisamment fort pour t'emmener au-delà?
- Au-delà?
- Au-delà, dans un univers où le mot "limite" n'a pas de sens. Désires-tu la Lumière de la lumière ? As-tu soif de Sa présence ?. ...
En moi le temps s'est arrêté. Mes yeux ne distinguent plus rien ou alors tellement de choses ! ...
Je crois que je balbutie un mot, un seul : "Oui" .
- As-tu la volonté de vouloir? Sais-tu "aimer aimer" ?
Je ne trouve pas la force de répondre. Ces étranges questions m'ont paralysé et résonnent encore en moi.
- "Aimer aimer ... " Aimer l'Amour ! Apprendre à aimer l'Amour. Voilà la clef des clefs ! Regarde maintenant en toi et tu verras ton âme s'évanouir pour un instant. Un éclair blanc me traverse et je ressens sa brûlure comme une caresse. Que se passe-t-il ? Un écran lumineux se déchire ! Je vois ... Je vois la Lumière de la lumière ! Comment décrire l'indescriptible, l'inimaginable?
Comment décrire le feu de l'Esprit ? La flamme de tous les Dons ? Comment dépeindre cette Force de vie d'une blancheur infinie, d'une pureté totale qui, pas un instant pourtant, ne blesse le regard. Est-il possible de désirer autre chose, de vouloir davantage ?
- Il le faut ! Désire toujours plus ! Les frontières n'existent que si tu les crées. . . Écoute-moi bien, tu crois contempler la Lumière de la lumière mais tu ne vois que son reflet. Enfonce-toi dans la flamme de l'Esprit et cette Lumière t'apparaîtra plus glorieuse avec ses collines, ses fleurs, ses montagnes, ses eaux peuplées de mille êtres de bonté. Enfonce-toi encore ! Rejette ton âme et tu verras ce monde tel qu'il est. Alors, tu sauras quelle est la pauvreté de l'univers de l'âme, quelle est l'obscurité du monde de la chair. Alors, toujours,
tu monteras vers la Source.
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Trois semaines se sont écoulées sans qu'il m'ait été donné la possibilité de revoir l'Etre bleu. Je me suis demandé parfois si la capacité qui m'a été offerte de me dédoubler astralement ne s'élimait pas, si je n'avais pas abusé de mon pouvoir et si mon équilibre ne s'en ressentait pas.
Mais le repos porte conseil et il me semble maintenant que cette période de repos psychique s'est accomplie d'après la volonté de mon ami. Je suis persuadé qu'il a bloqué quelque temps en moi les mécanismes qui me permettent de le rejoindre. Mieux que quiconque, il a jugé qu'une période de rédaction et de réflexion était nécessaire.
C'est donc avec une âme plus sereine qu'hier j'ai, à nouveau, pu pénétrer dans son univers ...
- Ton travail et celui de ton épouse touchent à leur fin. Bien des choses restent pourtant encore à dire. Je te les ferai connaître mais je veux auparavant que tu précises une chose :
le livre que je vous demande d'écrire ne doit pas être pris comme une révélation. Certaines des choses qui y sont dites sont déjà connues d'un petit nombre d'humains qui s'y intéressent. Je voudrais que ce soit un ouvrage de vulgarisation. Je veux qu'il donne des idées plus précises au plus grand nombre d'êtres possible, concernant la nature de l'homme, sa vie dans ce qu'on appelle l'Au-delà, ses possibilités illimitées et aussi la fraternité profonde qui unit tous les grands courants spirituels du globe. Il faut que les hommes sachent qui ils sont, où ils vont et où ils doivent aller.
Bientôt, je te donnerai la suite de ce que l'on pourrait appeler une "histoire des religions" depuis Noé. Malgré la relative aridité du sujet, elle servira, je l'espère, à faire comprendre qu'un même fil conducteur passe à travers les peuples et les relie à l'Origine des Temps.
Avant de terminer ce travail, viens cependant avec moi. Nous sommes toujours sur cette petite plage que tu connais maintenant si bien, mais je veux te faire admirer ce que cache l'épaisse rangée de cocotiers et de plantes exubérantes qui lui donnent à la fois tant de chaleur et de fraîcheur. Mon ami pose sa main sur le sommet de ma tête et me fait passer devant lui dans une jungle aux plantes et aux fleurs démesurées, d'une beauté époustouflante.
À la vue du gigantisme de la végétation de l'astral supérieur, il me vient à l'idée que jamais je ne parviendrai à m'enfoncer bien longtemps dans un tel foisonnement de lianes et de fleurs. Mon guide, selon son habitude, a sans doute compris le sujet de mes interrogations car je l'entends dire d'un petit air amusé:
- Avance, avance ... C'est facile !
Alors, comme si une main invisible les écartait, comme si les plantes étaient douées d'une volonté secrète, les feuilles et les fleurs se mettent à nous laisser un passage au milieu d'elles.
- La nature a une âme, un Esprit. .. Chaque plante vit, respire, pense et aime comme toi et moi. Pas seulement ici, sur Terre aussi. .. et ailleurs. La vie existe partout et là où est la vie se tient une promesse d'éternité. Regarde et aime ces plantes ; elles nous voient, elles nous entendent et nous indiquent le chemin à suivre.
Sur Terre, elles tournent leurs feuilles vers le soleil pour s'en nourrir et comme pour dire aux hommes : «Voyez, nous aussi nous vivons ! » ... Mais les hommes, bien souvent les ignorent. Ici, tout est en harmonie, les choses sont différentes.
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Allongé dans la pénombre de ma chambre, je regarde en moi-même. Je regarde en moi, afin de me projeter hors de moi ...
La fenêtre est entrouverte et un petit air frais vient me caresser le visage. Lentement, je l'absorbe par mes narines. Un flot d'énergie monte le long de ma colonne vertébrale et, entre mes deux yeux, une pression se fait sentir, de plus en plus forte. De cet endroit précis, naît une lumière, faible comme la flamme d'une bougie, puis grande, grande jusqu'à m'emplir complètement. Le flot d'énergie arrive au niveau de ma nuque et jaillit brusquement à l'intérieur de mon crâne. La sensation est indescriptible. L'espace d'un instant, j'imagine ma tête en train de voler en éclats. J'ai l'impression que mon corps s'étire en longueur, démesurément. Tout contact auditif, tactile, avec le monde extérieur est coupé. Désormais, je me trouve seul avec cette clarté intérieure et cette pression quasi insoutenable. En proie à une agitation extraordinaire, mes paupières se mettent à battre à une vitesse inouïe. Je ne saurais les contrôler, je n'en ai d'ailleurs pas le désir.
Allongé dans l'ombre de moi-même, j'attends alors avec une volonté toujours plus soutenue que le monde bascule, que ma conscience et mon corps mental se projettent sur l'envers du décor, là où les rôles s'écrivent et se distribuent. Voilà ...
Le pas est franchi. Je suis aspiré avec violence vers le haut. Une sensation de froid intense m'envahit et je me surprends à flotter deux mètres au-dessus de mon corps.
Je remarque alors que chacun des objets de la pièce a acquis une luminosité et un relief particuliers. Ils vivent d'une vie que deux yeux de chair ne peuvent soupçonner. Leurs surfaces, leurs contours offrent le spectacle d'un perpétuel mouvement. Ils me paraissent à la fois plus présents et plus irréels car une beauté étrange s'en dégage.
Occupé par ces pensées, je n'ai pas remarqué que mon corps astral, qui erre de droite à gauche, s'est déjà en partie fondu dans la masse du plafond ... Singulière impression d'interpénétration. Mais voilà qu'une voix fait irruption en moi avec une netteté extraordinaire.
- Reste là, reste sur Terre ! Ne monte pas encore ... Domine ta volonté, ne flotte pas ainsi.
Mon guide est là, je l'ai reconnu. Le timbre de sa voix m'est maintenant tellement familier !
- Ne dirige pas ta volonté vers l'astral supérieur, je ne désire pas que tu me rejoignes tout de suite. Tu vas te rendre de l'autre côté de l'Atlantique, quelque part sur le continent sud-américain. Certaines personnes soupçonnent l'existence du lieu que je vais te faire connaître, aucune cependant n'est renseignée avec précision sur son emplacement. Actuellement, les choses sont préférables ainsi.
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Une colonne d'hommes s'ébranle sur une plaine à l'herbe rase. Je marche ... Nos pas sont pesants mais je les sens pleins d'une force secrète. Les visages de mes voisins sont durs, leurs regards déterminés. On pourrait penser à une troupe d'hommes partant au combat, pourtant l'atmosphère est légère, on parle, on rit, certains chantent. Ma main droite serre fortement un long pieu de bois dont elle claque rythmiquement la base sur le sol. Mon voisin, un être petit à la forte barbe blonde, se tourne vers moi :
- Je crois que nous devrions nous arrêter, nos femmes ne tiendront plus longtemps comme ça aujourd'hui. Les sons qui sortent de sa bouche sont brefs et un peu rauques, mais mes oreilles en ont saisi tout le sens sans aucune difficulté.
- Non, encore un peu, dis-je, le ... (Ici vient un nom dont je n'ai pas retenu la sonorité.) a dit que le but approchait. Ses messagers sont revenus cet après-midi. Ils ont vu le toit du pays qui est bon pour nous. Le .. . voudrait que nous le voyions tous aussi aujourd'hui.
Je me retourne et je vois qu'une longue colonne d'hommes et de femmes marche encore derrière nous. À quelques centaines de mètres, toujours vers l'arrière, je distingue également de lourds chariots. Ils me semblent être de bois tandis que de grosses bâches de toile sont suspendues sur eux, réparties assez inégalement. Des hommes à cheval, les cheveux en désordre, vont et viennent lentement le long de la colonne. Une courte épée pend à leur côté.
Je remarque également qu'une bonne partie d'entre nous porte de larges "pantalons" de grosse toile. Les couleurs qui dominent sont le rouge, le jaune-ocre et le bleu. Chacun possède au moins un pieu semblable au mien, d'autres ont un casque de peau ou de métal plus ou moins orangé, une courte épée et une espèce de bouclier en bois. L'homme qui me précède chemine pieds nus, mais la plupart d'entre nous avancent avec des bottes de peau maintenues par des bandelettes qui s'entrecroisent quelquefois jusqu'au-dessus du genou.
À entendre les discussions de mes compagnons, je devine que leurs épouses et leurs enfants sont à l'arrière et marchent aussi. Les chariots, eux, sont réservés au transport des vivres.
L'eau ne doit pas manquer car un homme de forte carrure s'en asperge copieusement le visage à quelques mètres devant moi. Pourtant, les arbres sont secs et les buissons épineux.
Il n'y a pas bien longtemps que je marche parmi ces êtres à l'allure rude mais je sens déjà une certaine lassitude emplir mon âme. Je pense aux tribus d'Israël cherchant leur Terre, pourtant il ne peut s'agir de cela. Il n'y a rien qui rappelle le type sémite dans ces hommes au teint clair et à la carrure imposante. Le décor même n'est pas celui d'un désert mais celui d'une plaine inculte et apparemment souvent balayée par les vents. Je ne sais si la chaleur pèse sur les corps; ni mes membres, ni ma peau d'emprunt ne me fournissent d'indication.
J'éprouve beaucoup de difficulté à diriger ma pensée, comme s'il fallait que je me consacre uniquement à regarder, à retenir dans les moindres détails ce qui se passe autour de moi.
Mon voisin m'adresse à nouveau la parole sur le ton de la plaisanterie. Si ses mots ne me restent pas en mémoire, c'est que mes yeux dévorent le paysage puis s'attachent à un cavalier qui vient au grand galop de l'avant de la colonne. Il crie et, au fur et à mesure qu'il se rapproche de nous, des sifflements et des chants s'élèvent de la foule.
- Voilà ! Voilà ! . . . Regardez devant !
Il est passé près de nous tel un bolide, cramponné à la crinière de sa monture. Des doigts surgissent de toutes parts et montrent l'horizon :
- Oui, là-bas, c'est sûrement cela ...
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Un petit torrent chante en bondissant parmi les rochers et, sur un épais gazon, j'aperçois des fleurs à clochettes bleues. À quelques mètres de moi, surgissant des profondeurs de la jungle astrale, un homme apparaît. Il regarde dans notre direction et nous fait un petit signe. Sa robe est d'un beau jaune safran.
- C'est un lama tibétain, me dit mon ami. Ses connaissances sont très étendues.
En moi-même je suis heureux car c'est la première fois qu'un habitant de l'astral - hormis mon guide - semble prêter attention à ma présence.
- Je sais ce que tu voudrais mais ce n'est guère possible, ajoute gentiment mon guide en répondant de la main au geste du lama. Il ne peut venir te parler. Lui aussi accomplit une mission et son temps est précieux. Tu sais, l'existence après la mort peut être une existence active. Il y a tant de choses à faire pour les autres et pour soi-même ! Travailler au perfectionnement général est notre seule volonté ici. Oeuvrer pour le bien d'autrui enrichit chaque coeur et, plus un coeur est riche, plus il apporte à autrui. Je t'ai dit que je serai le seul à t'instruire ici. Seules mes vibrations sont actuellement en accord avec les tiennes. C'est ce qui nous permet de communiquer aussi aisément. Le lama s'est évanoui dans la jungle feuillue, petit être discret et silencieux, comme il était venu, après avoir enjambé le torrent d'eau bleue.
- J'ai voulu que nous revenions ici plutôt que de continuer à discuter sur les sommets d'émeraude car la présence des végétaux est apaisante pour l'âme. Allongeons-nous sur la mousse et détendons-nous. Ton corps de chair se fatigue, tu deviens plus irritable. Ne le sens-tu pas ? Ta mission dans l'astral touchera à sa fin dans quelque temps lorsque je t'aurai fourni des détails quant à la nouvelle existence des hommes depuis la fin des Atlantes. Alors, tu te reposeras, tu me verras plus rarement.
L'âme qui possède encore un corps de chair ne doit pas trop s'attarder ici, de peur de ne revoir la Terre qu'avec amertume.
L'homme qui s'abandonne aux délices de l'astral finit par trop s'y attacher. Sa chute n'en est que plus dure. Si tu as un corps, c'est parce que tu dois faire quelque chose de ce corps. Vois-tu, je te le répète, il ne faut pas se tourner davantage vers l'astral que vers la chair car l'un et l'autre ne sont que les reflets, à des niveaux différents, d'une réalité supérieure.
Si la connaissance de l'astral t'est permise, ce n'est pas pour réjouir tes yeux, ni pour en tirer orgueil, mais pour apprendre, comprendre et faire comprendre. Ne t'attache donc ni à cette nature merveilleuse, ni à ma personne car elle et moi sommes transitoires. Un jour viendra, lorsque j'aurai fini ma tâche, où tu ne me connaîtras plus sous cette forme et où ces lieux te paraîtront sans vie en regard de ceux que ton Esprit te révélera. Que les hommes, en lisant ces lignes écrites jusqu'à présent, ne fassent pas du monde de l'âme l'objet de leurs désirs.
Le monde astral est celui de l'après-vie terrestre pour les êtres qui n'ont pas encore affiné suffisamment leur Moi. Il n'est rien d'autre. Il n'est ni le Paradis, ni le Nirvana. La réalité est dans l'Esprit. Tu ne le répéteras jamais assez à tes semblables.
S'il faut connaître les plans astraux, ce n'est pas pour les rejoindre mais pour les dépasser, pour ne pas les identifier au But. Avec beaucoup d'amour, tout être peut retourner en lui même, en son Esprit. Priez, faites prier, agissez et faites agir pour cela !
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Le ciel est celui d'un petit matin frais et brumeux. La grande ville aux façades grises semble encore sommeiller. Une atmosphère pesante règne cependant sur la place où je marche, tel un automate, sans savoir pourquoi ni vers où. En face de moi, un long bâtiment aux murs hauts et austères me fait songer à une forteresse. Une énorme porte de bois, déjà ternie par le temps, en barre l'entrée.
De quoi s'agit-il ? D'une prison ? D'une place forte ? D'une caserne ? Je ne m'en soucie pas. Je continue mon chemin, étonné et inquiet d'un tel calme. Où mes jambes me mènent-elles? Ma volonté semble impuissante à intervenir sur le déroulement des gestes que j'accomplis, telle une marionnette dont on tire les fils.
Sur ma droite, au fond de la place, un énorme pont de pierres, grises elles aussi, jette ses formes lourdes au-dessus d'un large fleuve. Comme un éclair, un nom traverse mon esprit : Iénisséï. Soudain, faisant éclater le silence, un coup de feu retentit. Son écho se répercute sur les façades sans vie de la grande place. Mes jambes ont décidé de s'arrêter .. .
J'ai l'impression d'être là, seul, comme un cerf aux abois. De l'autre côté de la rue qui me sépare de la forteresse, je distingue une colonne d'hommes, revêtus de vagues uniformes,
se précipiter vers je ne sais où en longeant les murs, le fusil sous le bras.
Maintenant, le feu crépite de toutes parts et il me semble que chacune des fenêtres de la grande place s'est animée brusquement d'une vie d'enfer. Pétrifié, je ne sais que faire. Mon
regard tente d'accomplir un tour d'horizon. Là-bas, une troupe d'hommes surgit d'une petite rue. Je cours, je cours de toutes mes forces vers le pont qui me paraît représenter, sans que je sache pourquoi, mon seul espoir. Plus que vingt mètres, plus que dix mètres ! Des balles sifflent à mes oreilles.
Mais, qu'ai-je donc fait ? Est-ce moi qu'ils veulent tuer ?
Enfin ! Le pont est sous moi. Sans que ma volonté intervienne, j'ai franchi le parapet et je plonge tête baissée dans les eaux du fleuve. Une oppression au niveau du diaphragme éveille alors en moi un souvenir imprécis ... J'ai sauté dans un trou noir où l'eau ne me paraît pas froide. À vrai dire, je ne la sens pas. Je sais seulement qu'elle est partout autour de moi et que je dois attendre de remonter à sa surface, tel un flotteur. Le temps, lui, semble s'arrêter et je perds quelque peu la conscience de ce qui m'arrive. Soudain, je parviens à l'air libre. Je me mets à nager frénétiquement. .. Vite, là-bas, l'autre rive !
Le même mot me traverse toujours l'esprit : Iénisseï ! Iénisseï ! Nager ne m'est pas un effort. Mes membres, que je ne dirige toujours pas, sont-ils sous l'effet d'un anesthésiant ?
L'eau ne résiste pas à mon avance. La berge est là à portée de bras et je m'y agrippe. Je vois mes mains saigner, coupées par la pierre, mais je ne ressens aucune douleur.
Des coups de feu retentissent encore à mes oreilles, cependant, ils se sont faits plus éloignés.
Dans un dernier élan, je m'engouffre maintenant dans une ruelle. Là mon corps me paraît se traîner, à bout de souffle.
Mon allure se ralentit, je marche en rasant les murs, à la manière d'un coupable ou d'un homme épuisé.
Insensiblement, à l'extrémité de la petite rue, un chant s'élève, monotone et profond, tel une psalmodie. Un petit groupe d'hommes en robes noires défile lentement en se dirigeant
vers moi. Je m'arrête, comme rassuré par leur présence. Je vois que l'être qui marche à leur tête est un pope. Son visage de patriarche achève de me tranquilliser. Ses mains portent
une coupe.
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Un sable chaud roule sous la plante de nos pieds. La lumière pénétrante du cosmos astral en fait miroiter toutes les facettes. À quelques mètres de nous, une mer limpide étire doucement ses vagues aux reflets roses et verts. La lagune est déserte, sauvage, paisible. Paysage du commencement des Temps, nature de la nature, miroir qui reflète la face de l'Être Unique.
Mortes sont les usines et les machines, loin sont les cris des foules et le pas cadencé des armées qui défilent. Ma volonté a rejeté le vieil univers en pleine hérésie.
- Où demeurez-vous, Maître? Vous me faites voguer d'un bout à l'autre de l'univers de l'âme ... Vous me racontez l'histoire des hommes, de leur Terre et de leur exil, bientôt vous me parlerez des mondes, mais vous, d'où êtes-vous?
- Tu es venu chez moi, l'autre jour .. . Souviens-toi de cette jungle, de ces fleurs géantes aux enivrants parfums. Là se trouve mon domaine, là et dans l'univers supérieur de l'âme.
Non, ne t'étonne pas, je n'ai pas demeure de pierre ni de bois. Ma maison est celle que me donne la lumière de l'Esprit et de l'astral des hautes sphères. Une demeure pour m'abriter, pour quoi faire ? Pour m'abriter de quoi ? Les millénaires m'ont affranchi du corps. Que craindrais-je ? J'ai choisi pour un temps encore cette vie afm de parachever une mission que mon corps de chair avait entreprise. Ensuite, je me rapprocherai du Père infini et d'un autre moi-même.
De même que mes Frères de l'astral supérieur, pourquoi aurais-je un logis ? Pour me reposer ? Crois-tu que le repos soit nécessaire ? Ma fatigue est morte avec ma chair. Ma maison est le haut astral des hommes, demain elle sera l'univers car la Maison de Dieu est l'univers.
- Votre apparence, pourtant... Vous ne ressemblez à aucun des êtres de l'astral que j'ai vus jusqu'à présent.
- Je ne suis pas de la Terre, tu le sais. J'ai vu le jour sur une planète très éloignée de la tienne. Je sais ce que tu veux dire ... Tu t'étonnes de ne voir aucun de mes semblables en
compagnie des hommes de l'astral. Au "royaume des morts", tu n'en trouveras pas. Seuls quelques-uns des "miens" participent au "Gouvernement" de l'astral tout entier. En réalité, ils
sont en relation avec le haut astral de leur planète d'origine, comme moi-même de temps à autre. Ainsi, pour accomplir notre tâche, nous ne sommes pas dans le subtil de notre propre
monde. Il faut que tu apprennes qu'il n'y a pas un astral, mais des "astraux" .
Chaque monde, chaque planète a son astral particulier car tout corps matériel vivant et visible est le reflet d'un corps invisible. L'homme a découvert un univers dans un atome, il faut maintenant qu'il découvre que la vie coule dans les veines de l'univers. Je veux que tu te rendes compte de tout cela par toi-même. Il est nécessaire que tu retournes sur Terre sans regagner ton corps. Il faut que tu planes au-dessus de lui un instant puis que tu t'élances dans l'espace, que tu montes très haut, très haut, au-delà des couches de l'atmosphère et que tu regardes Éretz, ta Terre d'origine.
Mon ami m'a fixé dans les yeux et c'est comme s'il avait tiré un rideau. Instantanément, mon corps repose sous moi d'un sommeil profond, presque hypnotique. Son immobilité est parfaite.
« Plane quelques instants, repose-toi. » Les paroles de mon guide reviennent à ma mémoire. «Monte, ton moteur est ta volonté. »
Avec peine, mon corps astral s'est stabilisé et recommence son ascension. Je l'intègre au plafond de ma chambre, puis je l'abandonne sous moi. Enfin, je ferme les yeux, me réfugiant en moi-même et concentrant toute ma force de volonté.
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La lumière a jailli de partout à la fois et le ciel est bleu indigo. J'entends des oiseaux chanter et ce sont eux qui me ramènent à davantage de vie. Je comprends alors que je suis allongé sur un épais gazon. Ma colonne vertébrale est en contact étroit avec le sol, contact si étroit qu'il me semble en retirer de l'énergie. Mon regard se détache de l'intense voûte céleste puis se pose sur l'herbe d'un vert prodigieux. Cependant, mes yeux sont déjà saturés de couleur et j'éprouve le besoin de les refermer.
- Eh bien, que fais-tu ? Je pensais que tu voulais me voir. Ne t'ai-je pas appelé, d'ailleurs ? Allons, lève-toi, ta conscience n'est plus sur Terre ! Dans quelques secondes, tu y verras
mieux ... Voilà !
Mon guide est comme d'habitude à mes côtés. Comme d'habitude, il arbore un large sourire, à lui seul véritable discours empreint de bonté.
- Il ne fait pourtant pas bien clair ici, ajoute-t-il d'un ton amusé. Ne vois-tu pas que nous sommes de nouveau au "royaume des défunts" ? Vraiment, je me demande si tu aurais supporté le passage direct de ce plan-ci à l'astral supérieur ...
Mon ami me regarde droit dans les yeux et, d'un air malicieux, il semble dire : « Quelle bonne plaisanterie cela aurait pu être. »
- Allons, ne perdons pas de temps. Ce que j'ai à te montrer aujourd'hui devrait t'intéresser. L'endroit où nous nous trouvons a l'allure d'un immense parc. Des saules pleureurs, ou des arbres qui leur ressemblent, y poussent en abondance. Le gazon s'étend presque à perte de vue, parsemé de minuscules fleurs pareilles à des confettis bleus et jaunes. Des êtres de tous âges s'y prélassent ou y jouent dans les tenues les plus diverses et je me mets à penser que les hommes qui vivent à cet instant sur Terre seraient heureux de voir leurs "chers disparus" mener une existence aussi douce.
- C'est curieux, dis-je à mon guide, j'ai l'impression très nette de connaître cet endroit.
- Rien d'étonnant à cela, tu y es déjà venu plusieurs fois ! Ce parc est celui d'un hôpital, ou du moins de quelque chose de similaire. En vérité, le terme d'hôpital ne convient pas
tellement car il y a en lui une résonance sinistre. Tu sais bien que lorsqu'un être a franchi les portes de la mort terrestre, son âme, ou corps astral, a besoin de repos. Elle a besoin de reprendre des forces . Les "hôpitaux" astraux ont été créés pour cette raison. Ils réparent certaines lésions qui ont pu être faites au corps astral. L'hôpital que je vais te montrer et qui se trouve dans un repli du terrain, derrière ce bosquet, n'est pas unique en son genre bien que tous ne lui ressemblent pas. Ce n'est pas tellement son équipement qui attire l'attention mais sa forme .
Oh, ne t'attends pas à une architecture qui te soit inconnue, tu la connais même très bien. C'est une pyramide. Tu as vu 1' intérêt que les chercheurs terrestres portent aux formes pyramidales ces dernières années. Cela est un bien et un signe des Temps. Ne t'inquiète pas, je ne vais pas chercher à t'expliquer toutes les théories mathématiques qui s'inscrivent dans le cadre de telles formes. En fait, la chose essentielle qu'il faille retenir de la pyramide est que ses proportions en font un condensateur d'énergie cosmique. Le plus important des agents actifs qui se concentrent dans cette forme est la lumière astrale avec les particules de vie qu'elle supporte. Sa puissance est évidemment bien plus grande ici que sur Terre ! À l'extrême de ses possibilités terrestres, la forme pyramidale parfaite peut faire revenir à la vie un corps physique.
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Mon guide s'est tu. Ses paroles, toutes de connaissance et de sagesse, ne résonnent plus à l'intérieur de mon être. N'osant rompre le silence qui vient de s'installer, je lève la tête vers le haut de la voûte qui nous abrite et j'aperçois, au travers, les hautes branches des arbres de la jungle. J'ai presque honte de l'avouer, je n'en suis même pas surpris ! Et pourtant. . . quel prodige a pu faire que la paroi de l'édifice soit devenue progressivement transparente ? En effet, il n'y a plus de musée mais un énorme réservoir de sagesse qui témoigne des flots d'Amour qui furent déversés sur Terre. Ce qui s'est passé devant moi est prodigieux ... Les murs ont désormais disparu et c'est la forêt tout entière qui sert d'abri aux divinités d'or et de pierre.
- Sais-tu ? C'est une illusion ! . . . Les murs sont bel et bien là. J'ai seulement tenu à te les rendre invisibles afm de te faire goûter la joie d'un semblable moment. Connais-tu un plaisir esthétique plus grand, plus total que celui-ci ?
Le plus beau musée dans la nature la plus riche qui soit !
Il m'a suffit de le vouloir ... Toi aussi tu le pourrais ! Je t'ai dit que la volonté était capable d'engendrer la matière par une série de réactions en chaîne, mais il lui est encore plus simple de changer la structure atomique de cette matière.
- Oui, je comprends, tout se ramène à cela ou presque. Cela me rappelle la légende de l'anneau qui rend invisible, légende que l'on retrouve dans de nombreux textes médiévaux. Le simple fait de tourner l'anneau suffisait à rendre invisible celui qui le portait aux yeux de ses poursuivants.
- Tu as raison d'évoquer cela car ce n'est pas une légende. De tels anneaux existaient dans les grandes civilisations qui ont été anéanties par le Déluge, je veux parler de l'Atlantide, de l'ancien continent indien et de l'Égypte avant que celle-ci n'ait reçu son nom actuel. Des druides ont eu de semblables objets en leur possession ainsi que les brahmanes. Mais un anneau n'est jamais qu'un objet, c'est-à-dire quelque chose de périssable. La technologie de ces temps-là avait su tirer parti des pouvoirs de l'esprit en étudiant de façon minutieuse les actions particulières de celui-ci sur le corps physique. Lorsque la science des civilisations antédiluviennes eut obtenu de semblables résultats, elle n'alla cependant plus bien loin !
Un pouvoir de nature occulte mis à la portée de tous ne peut représenter qu'un grave danger. Les forces spirituelles ou celles qui se calquent sur ces derniers sont un outil à double tranchant. Lorsque des êtres néfastes s'approprient la direction de forces occultes, on peut s'attendre au pire. C'est ce qui arriva pour les peuples anciens qui furent engloutis. Bien qu'écoutant avec attention mon ami, je ne parviens pas à m'empêcher de me promener parmi les saisissantes statues des hautes entités divinisées, pour un temps, sur Terre. Je ne sais où donner de la tête. À droite? À gauche? Y a-t-il un ordre logique à suivre ? Comme pour répondre à ma question, mon guide me dit :
- Suis-moi, il y a là-bas une statue que tu n'as pas encore aperçue. C'est peut-être la plus extraordinaire. Elle fut faite avec de l'or pur, de l'or alchimique, par l'artiste qui créa plus tard le masque mortuaire du pharaon Toutankhamon. L'original - car toutes ces statues ne sont que des doubles projetés astralement -existe encore sur Terre dans une crypte qui dort depuis plus de dix mille ans sous l'océan Atlantique, au large des côtes américaines.
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-Tout le monde, bien sûr, connaît l'histoire du "Péché originel" ... Je ne te la rappellerai pas. Certains la trouvent absurde, d'autres y croient tout simplement, d'autres encore ne se posent même pas la question de savoir ce que cela peut être. Alors, formulons tout de suite la question : « Qu'est -ce que ce fameux Péché originel ? »
Ne trouves-tu pas injuste et complètement ridicule l'histoire de ce couple qui, pour avoir commis une faute, a gâché la vie de toute sa descendance ? Alors, quittons un peu les catéchismes et allons voir ailleurs.
Toutes les religions ne parlent pas de Péché originel. Elles parleraient plutôt de "Chute". Tu me diras : quelle différence? Eh bien, même si elle paraît minime, elle a son importance. La
vérité est que Chute et Péché originel ne se placent pas sur le même plan. La Chute de l'homme est directement liée au mouvement du cosmos, alors que le Péché originel, tel qu' il est décrit par la Bible, parle d'un fait précis ayant eu lieu sur Terre à un moment précis. La Chute implique un mouvement de haut en bas, c'est-à-dire de Dieu vers ce qui n'est pas Dieu, de la Lumière
vers les Ténèbres, du plus vers le moins. En d'autres termes, ce qui était Esprit devient Matière. Voilà le point où nous abordons le système de fonctionnement de tout le cosmos.
Pour qu'il y ait vie, il faut qu'il y ait mouvement et, pour que ce mouvement soit continu, il faut que ce soit un mouvement de balancier ou alors circulaire.
L'un et l'autre sont exacts en ce qui concerne le mécanisme de l'univers bien que les religions aient plus souvent emprunté le symbole du cercle. La notion de Bien suppose celle de Mal, la notion de Positif, celle de Négatif. Il y a ainsi, dans l'univers, un courant cyclique qui circule d'une tendance à l'autre et vice versa. C'est le moteur universel et la source même de cet univers.
Le fluide dans lequel circule cette énergie, qui va d'abord du positif vers le négatif, est la lumière astrale. Que tu ailles de l'Inde à l'Amérique centrale, en passant par les quatre coins du monde, tu trouveras partout le symbole du serpent enroulé sur lui-même de sorte que sa tête morde sa queue. Les vieilles superstitions occidentales vont, bien sûr, automatiquement associer l'idée du Mal à celle du serpent. Pourtant, le serpent du jardin d'Éden n'est pas réductible à cela ! Il est d'abord celui des symbolistes et des Initiés de tous les horizons terrestres et peut donc représenter beaucoup de choses. Ici, il symbolise la force universelle cyclique en mouvement. Sa tête, bouche ouverte, crée un vide attractif; en cherchant perpétuellement à dévorer sa queue, forme pleine et répulsive, elle entraîne le corps dans un mouvement sans fin. Les Grecs, qui ont fait beaucoup pour la symbolique, ont donné au serpent cosmique le nom d'Ouroboros.
Mais cela nous entraîne bien loin de nos propos. Je voulais te dire, à l'aide de cet exemple, qu'il y a dans l'univers entier des phases alternées ascendantes et descendantes. La Création de l'univers par Dieu est une extériorisation, une objectivation de Sa pensée ou, si tu préfères, une concrétisation de celle-ci. Il faut savoir aussi que cette Création est permanente,
c'est-à-dire continue. Chaque pensée émise par le Grand Architecte s'éloigne donc de Celui-ci, du même coup. De là, la Chute qui n'est ni plus ni moins que la matérialisation ou densification de ce qui était à l'origine purement spirituel.
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Ce livre est le récit d'un voyage réel et peu ordinaire. Grâce à une technique enseignée autrefois par les yogis de l'Himalaya et par les prêtres des Mystères sacrés de l'Égypte, Daniel Meurois et Anne Givaudan sont parvenus à détacher leur conscience de leur corps physique.
Ce phénomène porte plusieurs noms : sortie hors du corps, dédoublement, bilocation, voyage astral. Rares sont les personnes, comme Daniel Meurois et Anne Givaudan, capables de provoquer ce phénomène à volonté.
Au cours de leurs multiples et fascinantes expériences hors du corps, ils ont franchi le seuil d'un univers parallèle au nôtre et ont étudié les lois qui régissent le monde astral. En compagnie d'un être de lumière, ils vont découvrir quelques-uns des plus grands secrets de l'univers et de l'humanité.
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