C'est une institution unique en Europe, et même au monde : en France, le Centre National du Costume et de la Scène souffle ses 20 bougies cette année. Depuis 2006, ce "musée-réservoir" situé à Moulins, dans le centre du pays, conserve et met en valeur des milliers de costumes tirés du spectacle vivant. Pour son exposition-anniversaire "Tous en Scène", le CNCS ouvre les portes sur une partie de ses trésors... et sur ses coulisses !
Une robe de plusieurs mètres de haut ; un imperméable en vinyle rouge avec un col en forme de rose géante ; des robes d'époque aux multiples soieries et broderies ; des jupes en froufrou, des masques d'animaux, des tenues en plumes... pour ses vingt ans, le Centre National du Costume et de la Scène (CNCS), à Moulins, a sorti le grand jeu, dans une scénographie extravagante et surtout ludique.
120 silhouettes exposées, 10.000 en stock
Créé en 2006 à l'initiative de l'Opéra de Paris, de la Comédie-Française et de la Bibliothèque nationale de France, le CNCS a des costumes plein ses armoires. "On a environ 10.000 costumes en réserve, énonce Delphine Pinasa, la directrice, mais pour les costumes, comme il s'agit plutôt de silhouettes, on parle plutôt d'éléments. Et alors là, on a plutôt 23.000, 24.000 éléments." Et de souffler : "Sachant qu'on n'a pas fini tous les inventaires !"
Toutes ces pièces sont issues de dépôts faits par les trois institutions fondatrices, mais aussi de dons privés, de legs, voire d'achats faits par le CNCS lors de ventes aux enchères par exemple. "Notre fonds s'élargit régulièrement, confirme Delphine Pinasa, même si chaque acquisition est soumise à un processus de validation."
Difficile donc de faire un choix, et pourtant, il a bien fallu : une infime partie des réserves du centre, 120 silhouettes, sont sorties de leur placard pour l'exposition "rétro-festive" Tous en Scène ! Cette sélection répond à des impératifs de place, bien sûr, mais aussi de conservation. "On ne peut pas exposer les costumes en permanence, car cela les abimerait," explique la maîtresse des lieux. D'où la nécessité d'un roulement permanent, "même si le public, parfois, aime bien retrouver des costumes qu'il connaît déjà," sourit Delphine Pinasa.
Deux pièces maîtresses
Si le choix, "bien que mûrement réfléchi, n'a pas toujours été facile," de l'aveu même de Delphine Pinasa, plusieurs pièces se sont tout de même imposées pour cette exposition anniversaire.
Parmi elles, une robe portée par la légendaire actrice Sarah Bernhardt dans Ruy Blas, en 1872. Le vêtement, fait de lampas et de satin de soie crème, orné de perles, de broderies et de paillettes, est une merveille de détails. "C'est un costume exceptionnel, vraiment unique dans nos collections," confirme la directrice du musée. Mais, à 150 ans, cette robe porte les traces de l'âge : tissu fragilisé, crevés usés jusqu'à la trame... le musée a donc fait le choix de la présenter à plat, pour ne pas l'abîmer plus, et de la montrer aux visiteurs grâce à un jeu de miroirs.
"Juste à côté de Sarah Bernhardt, autre interprète légendaire, Maria Callas," nous guide Delphine Pinasa. Là encore, c'est une robe, portée par la cantatrice en 1964 dans Norma. Désormais privé de son corps, le costume de mousseline aux tons roses et orangés semble pourtant plus vivant que jamais, grâce au travail de mannequinage réalisé.
Les métiers du costume mis à l'honneur
Car, pointe Delphine Pinasa, "l'idée centrale, c'était tout de même de parler des 20 ans du musée, et donc des métiers qui lui sont liés." Parmi ces professions méconnues donc, celle de mannequineur. "Pour résumer, on fait l'inverse du travail du costumier," s'amuse Fabienne Sabarros-Helly, la responsable du pôle mannequinage au CNCS. "Au lieu de partir d'un corps pour créer un costume, on part d'un costume pour essayer de lui redonner le corps qui l'a porté."
D'un geste, cette énergique quinquagénaire nous montre "le corps de Maria Callas," protégé par un emballage plastique. C'est sur une reproduction de ce moulage que repose, trois étages plus bas, la fameuse robe de Norma. "Ce costume, il n'est pas évident, indique Fabienne Sabarros-Helly. Il y a beaucoup de drapés assez particuliers à appréhender, cela prend déjà du temps de rentrer dans la matière." Ensuite, il a fallu recréer le corps de Maria Callas : prendre les mesures du costume, bien sûr, mais pas seulement. "Il y a aussi tout un travail d'iconographie, essayer de voir à quoi ressemblait la personne, à quoi ressemblaient les corps de l'époque." Dans les années 1960 par exemple, les femmes avaient la taille menue, soulignée, "presque triangulaire," précise, en experte, cette artisane, "mais avec un rebondi au niveau des hanches." A partir d'un mannequin "tout à fait basique," il a donc fallu retravailler la poitrine, les hanches... Bilan des courses : deux semaines de travail pour cette seule tenue.
Mais l'exposition raconte aussi, dans différentes vitrines, tous les autres métiers qui se croisent au CNCS : les costumiers bien sûr ; les plumassiers, spécialistes des plumes ; les conservateurs et conservatrices, qui assurent les meilleures conditions pour éviter la dégradation de costumes parfois en mauvais état ; et enfin, les scénographes, dont le travail consiste à donner vie aux expositions. Bref, toute une armée d'abeilles ouvrières qui, elles aussi, pour les 20 ans du CNCS, entrent en scène !