Cʹest un peu lʹhistoire de lʹarroseur arrosé. Voici donc le chantre de lʹimpôt heureux pris dans la tourmente. Celui qui a fait de la rhétorique fiscale un art littéraire est aujourdʹhui au cœur dʹune polémique dont il nʹarrive pas à bien maitriser les dérapages.
Pascal Broulis, qui habite la grande partie de lʹannée à Lausanne, a donc payé la plus grande partie de ses impôts à Sainte-Croix. Il est probable, même si la commune de son cœur est fiscalement plus avantageuse, que ce nʹest pas pour économiser que le grand argentier vaudois a laissé sa résidence principale dans son fief du jura vaudois. Son attachement à sa région nʹest pas à démontrer et cʹest tout à son honneur.
Mais la règle doit être la même pour tous. On ne peut chasser à juste titre ceux qui essaient dʹéchapper à la lourdeur du fisc en déposant leurs papiers dans la commune de leur résidence secondaire, sans être soi-même au-dessus de tous soupçons. Même si le patron des finances vaudoises est couvert par un accord étonnamment favorable avec la ville de Lausanne, moralement il est actuellement inaudible.
Le cas dʹIsabelle Moret est différent et peut-être moins problématique. Mais tout cela soulève encore des questions légitimes. Le seul moyen dʹy voir clair, le seul, cʹest de demander aux principaux intéressés de lever le secret fiscal les concernant et de jouer la transparence totale. On verra bien.
Dans le domaine fiscal, le citoyen contribuable est sans pitié. Pour que lʹimpôt à défaut dʹêtre heureux, soit accepté, il faut que le sentiment dʹéquité soit communément partagé. Cʹest la garantie dʹun Etat juste, dʹun Etat impartial. Et lʹexigence populaire vis-à-vis de ses autorités est claire : un devoir dʹexemplarité. Le peuple, on lʹa vu, est prêt à pardonner des frasques amoureuses, des enfants cachés même, mais jamais une indélicatesse fiscale. Ce nʹest pas nouveau, et certains en ont fait durement les frais. En 2012, Pierre-Yves Bosshard, juge cantonal, socialiste vaudois, nʹa pas été réélu par le grand conseil suite à des arriérés dʹimpôts impayés. Deux ans plus tard, cʹest le socialiste neuchâtelois Matthieu Béguelin, qui est contraint de démissionner de tous ses mandats pour les mêmes raisons. Oui, au cœur du rapport à la fiscalité, cʹest tout le contrat tacite avec la société qui est en jeu. Dʹoù lʹexigence absolue dʹéquité et dʹexemplarité.