Dans le petit monde du journalisme on appelle ça un marronnier… cʹest-à-dire un sujet popu-laire ou popu-liste vous pouvez choisir… et qui revient régulièrement fleurir les gazettes et les antennes… La polémique autour du chanteur Bertrand Cantat en est clairement un. Sauf que cette fois-ci, les braises du bûcher sont un peu plus chaudes quʹavant. La question ici nʹest pas dʹêtre pour ou contre, de défendre ou de condamner un homme qui nʹest quʹun homme, pas plus intéressant quʹun autre, mais de dire stop à la dictature de lʹémotion. Depuis quʹil a annoncé son retour sur scène cette année, le meurtrier de Marie Trintignant fait lʹobjet dʹun déferlement de haine jamais vu, alors quʹil a été libéré voici plus de 10 ans, et quʹil nʹa plus jamais dit un seul mot du crime qui lʹavait conduit en prison. On lʹinsulte et on sʹen prend physiquement à lui à la sortie dʹun concert… on se répand sur les réseaux sociaux… dans les journaux… Sous la pression il renonce à sa tournée des festivals dʹété… En Suisse, à Lausanne ses deux dates prévues sont attaquées par une pétition émanant dʹun collectif féministe local… La belle affaire. Ce nʹest pas en empêchant un chanteur sulfureux de chanter quʹon fera progresser dʹun iota ce qui est le plus important dans lʹhistoire… la cause des femmes battues, violentées, le combat contre notre monde encore bien machiste… Allons-y, dénonçons en chœur et publiquement toutes les injustices faites aux femmes. En ces temps de célébration des 50 ans de mai 68 soyons dans le constructif, lʹimaginatif, mais pas dans le défoulatoire obscurantiste. Et ne me dites pas quʹil sʹagit dʹune question de la supériorité de la morale sur tout le reste, parce quʹalors la morale est à géométrie variable… et nous conduit à ce qui est peut-être le plus grave dans le cas qui nous occupe… le retour de pratiques inquiétantes, souvent vues lors de périodes noires de notre Histoire, qui entendent substituer à la justice des hommes une sorte de tribunal médiatique de lʹopinion publique. A la limite, plus besoin de vrais juges, de vrais procureurs, de vraies salles dʹaudience… faisons voter les gens sur Twitter ou Facebook… Cette personne doit-elle être condamnée à 5, 10, 15 ou 20 ans ? A la peine de mort ? A-t-elle le droit de se réinsérer dans la société ? Cliquez à droite, votre réponse sera traitée confidentiellement. Je préfère parier que cela nʹarrivera jamais.
Par Simon Matthey-Doret.