L’égalité professionnelle femmes-hommes commencera au sein du couple ou ne
sera pas. Invités de SMART JOB, l’auteur Antoine de Gabrielli et la DRH de
Vantiva, Olga Damiron, s’interrogent sur la quête de l’émancipation conjointe
La question de l’égalité professionnelle hommes-femmes est un paradoxe : tout
le monde est d’accord pour dire qu’elle est nécessaire, mais personne ne sait
vraiment comment accélérer sa mise en œuvre. Pour Antoine de Gabrielli, la
résolution de l’équation impose de s’intéresser aux couples. « La question de
l’égalité professionnelle dans le couple se pose depuis assez peu, environ 20
ou 30 ans », rappelle l’auteur de S’émanciper à deux, aux Éditions du Rocher.
« Jusqu’à la Révolution industrielle, l’entité économique de base n’était
pas l’individu, mais le couple, on travaillait ensemble. Cela a changé dans
les classes populaires à partir de la Révolution industrielle, et dans les
classes moyennes et la bourgeoisie, seulement à partir des années 70. » Si
aujourd’hui, la norme veut que les deux conjoints travaillent simultanément,
il rappelle que « c’est une situation radicalement nouvelle, et qui n’a donc
pas encore été suffisamment pensé jusqu’ici ».
« Un angle mort des politiques d’égalité »
Alors que les entreprises rivalisent d’inventivité en 2024 pour offrir des
solutions de qualité de vie au travail (QVT), Antoine de Gabrielli voit le
couple comme emprisonné « dans un angle mort des politiques d’égalité ».
Or, cet angle mort pénalise le plus souvent les femmes. « Les mères assument
en moyenne 70 % des responsabilités familiales, et ce chiffre évolue très peu.
Cela veut dire que quand elles sont au travail avec leurs collègues hommes,
elles disposent de moins de temps. » En moyenne, une heure de moins par jour,
mais « cela ne veut pas dire qu’elles travaillent moins, elles ont moins de
pauses, plus de stress… ».
Pour Olga Damiron, DRH du fournisseur de solutions d’accès à internet Vantiva,
« les hommes se sont émancipés grâce au travail depuis plus longtemps que
les femmes, et sans se poser la question, ils avaient déjà sacrifié une partie
du temps du couple et de la famille au bénéfice de leur carrière ». Quelques
décennies plus tard, les femmes sont donc arrivées sur le marché avec moins de
marge de manœuvre, ce qui doit changer selon Antoine de Gabrielli. « Le cœur
du problème des inégalités entre femmes et hommes, c’est la situation des
mères de famille au travail. » Selon lui, l’arrivée d’un premier enfant «
ne change pas dramatiquement les choses », contrairement au second puis au
troisième. « C’est là qu’une économie familiale se met en place, c’est là où
on bute sur des temps incompressibles. »
Les arbitrages se font au profit du plus gros salaire, « car les couples
sont rationnels », qui est souvent l’apanage de l’homme. « Dans les trois
quarts des couples hétérosexuels en France, c’est encore le conjoint homme qui
gagne le plus », rappelle-t-il, même si les écarts se resserrent. L’impact
reste néanmoins immense sur les carrières des femmes. « Au deuxième enfant,
40 % des femmes ont un changement professionnel pour s’adapter, elles sont 60
% à partir du troisième. Alors que pour les hommes, cela reste stable, autour
de 15 %. La maternité et la paternité créent une tension entre la vie privée
et la vie professionnelle, mais elle est essentiellement encore aujourd’hui
« Si mon conjoint travaille trop, moi, je ne peux pas travailler
Pour Olga Damiron, la solution passe par les entreprises, qui doivent prendre
le parti « d’accompagner les hommes pour s’autoriser plus de temps en
famille ». Les nouvelles générations « ont moins peur de se positionner sur
ce type de discours, et même dans les entretiens de recrutement, les questions
arrivent rapidement désormais ». Au-delà de la question homme-femme, Antoine
de Gabrielli insiste sur l’importance d’un équilibre des carrières. « Si mon
conjoint travaille trop, moi, je ne peux pas travailler suffisamment, car je
suis contraint d’assumer les responsabilités familiales à un niveau trop
important. Se met en place de fait une certaine compétition qui peut devenir
une confrontation dans le couple. »
Olga Damiron estime que le monde du travail n’est pas toujours « assez
discipliné » pour dire stop aux excès de zèle. « Il faut que l’entreprise
s’autoéduque, s’autodiscipline pour enlever cette notion d’urgence et
d’immédiateté. Cette notion du temps de travail doit être complètement revue
avec les salariés pour allier leur bien-être et la performance globale. Quand
vous choisissez des gens pour des projets, la compétence est la première clé,
mais il faut considérer la disponibilité, et adapter la charge de travail en
fonction de cette disponibilité. On sait que si on le fait, cela rendra les
collaborateurs plus performants, et c’est donc l’entreprise qui sera plus
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