Lorsque l’on interroge le grand public sur leurs aspirations à pratiquer l’équitation, tous les sondages sont à peu près d’accord pour dire que le plus gros frein à l’équitation, c’est la peur de la chute…Et la principale raison à l’arrêt d’un cavalier, c’est aussi la chute !
Dans la pratique même de l’équitation, la chute, c’est un peu le sujet Tabou. Alors on a plein de petites phrases toutes faites du genre “Faut tomber 100 fois pour être un bon cavalier” ou “C’est quand on tombe que l’on progresse”, “Que c’est le métier qui rentre” ou bien encore “ Qu’il faut absolument remonter tout de suite sur le cheval”. Tout cela pour faire passer la pilule de ce qui est, quand même, un gros problème en équitation. Du coup, on zappe le sujet au lieu de réfléchir vraiment à la chute, et de l’intégrer dans notre vie de cavalier.
Je voudrais avec vous m’interroger sur la chute en elle-même quand on est cavalier. Que ressent-on ? Est-il possible d’y échapper ? Comment s’y préparer ? Comment se protéger ? Et quand elle arrive, comment la dépasser ?
Mais alors qu’est-ce qu’une chute ?
La plupart des moniteurs ou des cavaliers ultra passionnés vous répondront que ce n’est rien du tout. Les cavaliers un peu plus clairvoyants ou à l’écoute de leurs sensations vous diront qu’une chute, ça fait mal et aussi ça fait peur. Deux notions, pourtant bien réelles que l’on essaie toujours en tant que parents ou en tant qu’encadrants de minimiser. On essaie souvent de réduire la chute à un simple passage, disons désagréable, avec pleins d’avantages d’ailleurs. Alors qu’en vrai, une chute ça fait mal et ça fait peur.
Alors pourquoi se le cacher ? Pourquoi ? La réponse est simple et elle est générationnelle. J’ai 30 ans, euh non 35 ans… et je suis d’une génération qui a appris à cacher ses émotions. Notre éducation, stricte et autoritaire nous a appris à mettre un couvercle dessus, à ravaler et à serrer les dents. Ce qui fait qu’aujourd’hui quand notre enfant ou notre élève a mordu la poussière, notre premier réflexe serait de dire “ Mais non, t’as pas eu mal, t’as à peine touché le sol ! Allez, allez, sèche tes larmes ! ”. Nous avons en fait peur que jaillissent de l’enfant des émotions, que nous ne serons pas gérer car nous même n’avons pas eu le droit de les exprimer …Et dans notre cerveau, se met en place un circuit de stress.
Que se passe-t-il alors chez l’enfant qui est tombé ?
Sachez d’abord que l’enfant croit en vous, vous êtes son moniteur, son parent, sa tata … Bref vous êtes cavalier et vous êtes un modèle pour lui. Et donc, quand vous lui dites qu’il n’a pas vraiment eu mal, qu’il a juste eu un peu peur, il vous croit. Mais pourtant que ressent-il vraiment ? Il peut ressentir de la douleur, de la tristesse, de la colère aussi d’être tombé et de la peur envers son poney. Du coup, il se crée un décalage entre ce que l’enfant perçoit et ce que vous lui dites. Ce qui va créer chez lui un sentiment de mal être, de se sentir bizarre car il ne ressent pas ce qu’il faut. Et s’il s’écoutait vraiment, il n’aurait peut-être pas envie de remonter sur le poney.
Il y a alors deux possibilités : soit l’enfant perd la confiance qu’il avait en vous car il a l’impression que vous lui mentez, que vous minimisez ses émotions comme si elles étaient peu importantes. Ou alors, l’enfant va se déconnecter de son corps et de ses émotions petit à petit et va lui aussi apprendre à ravaler ses sentiments et à serrer les dents.
Que se passait-il pour vous quand vous tombiez de poney enfant ?
Moi je me souviens clairement de la réaction de mon moniteur … Il restait planté au milieu du manège, plié en deux “littéralement” car mort de rire. Mais alors vraiment plié de rire. Et après ? Et bien c’est tout. Il restait au milieu de son manège et reprenait son cours.
Que se passait-il pour moi (et pour les autres élèves)? Imaginez un peu, vous venez de faire une grosse chute. Le sol du manège a beau être du sable, il n’en reste pas moins dur. Donc vous avez mal, et vous pleurez. Et quand vous relevez la tête vous voyez votre moniteur, et souvent les autres élèves, se foutre de votre gueule, et finalement vous humilier. Alors, vous essuyez vos larmes, avec vos mains pleines de sable, vous vous relevez comme vous pouvez. Et vous allez chercher votre cheval en clopinant.
Est-ce que j’avais vraiment envie de remonter dessus ? Pas toujours non. Mais il été hors de question de dire quoi que ce soit, car finalement, j’avais plus peur du moniteur que du cheval. Donc je remettais le pied à l’étrier et je remontais.
Avec le recul, je me dis que c’était vraiment de l’humiliation. Mais comment j’ai pu continuer à prendre des cours ?
Mon approche de la chute, avec mes élèves
Cette expérience, je l’ai toujours en tête quand je vois un de mes élèves au sol. Alors, même si mon premier réflexe, même si la façon d’agir la plus confortable pour la gestion du groupe et du reste de mon cours serait de minimiser la chute, je ne le fait pas, ou tout du moins j’essaie de ne pas le faire.
Que faire alors ?
Et bien je fais ce que j’ai appris au cours de mes lectures et des formations que j’ai suivi sur la parentalité positive, bienveillante et respectueuse, je vais vers l’enfant et je lui demande comment il va.
“Oh là là, t’as fait une grosse chute, là. J’ai vu, tu es tombé fort sur le côté de la hanche. Est-ce que tu as mal ? Est-ce que tu veux qu’on regarde ? Ah oui, tu es éraflé, ça te pique ? […] Est-ce que tu peux te relever ? Qu’est-ce qu’on fait ? Tu préfères t’asseoir un peu ou est-ce que tu te sens prêt à remonter sur le poney ?…”
En gros, vous avez vu le principe. J’essaie d’accueillir les émotions de mon cavalier. S’il est petit, j’essaie de mettre des mots dessus pour l’aider à les cerner…et je ne l’oblige absolument JAMAIS à remonter à poney aussitôt. Il remontera quand il sera prêt. Et je vais vous dire un secret, quand vous leur laissez le choix, ils remontent toujours. A part bien sûr si la chute a causé une douleur trop importante.
Mais la chute est–elle vraiment un passage obligé ?
Bien que je travaille mes poneys et mes chevaux de club dans le but d’avoir de chevaux fiables et sécurisants pour mes élèves, il faut reconnaître que l’on travaille avec du vivant, avec un animal musclé et puissant et qui a sa volonté propre. Donc, quelque part, la chute est inévitable.
Pour autant, toutes les chutes ne sont pas liées au caractère du cheval. L’équitation est un sport d’équilibre où le cavalier doit constamment adapter son équilibre à celui du cheval. Par conséquent, il se retrouve souvent pendant son apprentissage en situation de déséquilibre et donc de chutes potentielles.
Les principales chutes
Voici les principales causes de chutes que j’ai pu expérimenter ou répertorier (vous pouvez cocher pour voir si vous avez tout le palmarès!)
La chute de désaccord :
J’appelle la chute de désaccord lorsque le cheval et le cavalier n’ont pas pris la même décision. Tourner à droite quand l’autre veut tourner à gauche. Franchir un obstacle alors que l’autre passerait bien à côté…
La chute de gaieté :
Ah ! Un moment que les cavaliers débutants n’aiment pas : quand leur cheval est super content ! Il fait un peu frais ce matin, Dadou est super content d’aller faire un petit galop …Et qui dit content dit tête entre les antérieurs, queue en l’air et petites ruades !
La chute d’équilibre :
Ici le cheval est innocent je vous jure ! Dadou est super attentif, super équilibré et calme mais le cavalier a du mal gérer le déséquilibre de sa position. Très souvent arrive un réflexe très fort ancré en nous tous, le réflexe de la position fœtale. Le cavalier se recroqueville sur lui-même, recule son bas de jambe, serre ses genoux et bascule ses épaules en avant …Vous connaissez la suite ? Alors, vous pouvez la cocher celle-ci !
La chute de peur :
Ah celle-ci je la déteste car c’est souvent là que les cavaliers se font le plus mal. Certains cavaliers ont un réflexe assez étrange, en cas de panique, ils sautent. La peur peut être liée à un départ au galop, ou à un autre poney qui s’approche les oreilles baissées et le cavalier ne prend pas la peine de réfléchir, il saute…et très souvent se fait mal.
La chute panique :
Là, Dadou est en cause. Le cavalier chute car le cheval se met à paniquer sur un élément extérieur, un bruit ou un objet et c’est la débandade ! J’ai un souvenir particulièrement anxiogène sur ce genre de chute:
J’avais la chance il y a quelques années d’avoir tous les mercredis après-midi des avions de chasse de l’armée qui passaient en rase-motte au-dessus de ma carrière. Un jour où j’avais six enfants débutants à shetlands, j’ai vu l’avion arriver. Il est passé tellement bas que j’ai dû me boucher les oreilles. Pour vous dire, j’ai pu voir les écritures au-dessous de l’avion. Je n’ai même pas eu le temps de dire “Attention les enfants, un avion” que mes six petits bouts de chou étaient déjà par terre, tous les poneys ayant démarré au galop. J’ai toujours ce groupe, ils sont à cheval aujourd’hui et je peux vous dire qu’à chaque fois qu’ils voient un avion de chasse, ils y pensent (tout comme moi). Mauvais souvenir.
Les chutes à la con :
Dans cette catégorie au nom charmant, je mets toutes les chutes cocasses, diverses et variées. Comme celle par exemple d’une de mes cavalières, tellement prise par le jeu au horse-ball, qui une fois la balle dans les mains, se croit au basket et pousse très fort sur ses jambes pour lancer le ballon dans le panier …Et super contente se rend compte qu’elle marque, OUI !!! Avant de se rendre compte qu’elle s’est désolidarisée du cheval et de s’écraser par terre (véridique !). Ou celle qui nous est tous arrivée étant de gamins, le poney baisse la tête pour brouter et nous on fait toboggan sur l’encolure !
La chute “matériel” :
Ca, ça fait partie des chutes qui pourraient être évitées. Une selle mal sanglée, une étrivière qui casse …
La chute collective :
Celle-ci fait mal, je vous assure je l’ai cochée. Collective veut dire que le cheval et le cavalier tombent en même temps … Aïe !
Et pour finir la chute mariolle !
Mais qu’est-ce que c’est ? C’est quand le cavalier fait le mariolle et se casse la binette. Celle-ci aussi je la coche. Un année, pour un spectacle je m’étais bricolé une selle pour faire de la cosaque. J’ai fait la figure du dissimulé devant le public et comme c’était le thème de carnaval, j’ai lancé des confettis en l’air, qui sont retombés sur la tête de mon cheval … Autant vous dire que cela ne lui a pas plus, il m’a fait un écart ! Et moi, je suis tombée sur le coccyx, devant 300 personnes !
Mes 9 conseils pour éviter la mauvaise chute :
1. Bien choisir Dadou
J’ai la profonde conviction que le choix de votre cheval est plus important que votre équipement. Je veux dire par là que lorsque l’on pense protection, on pense bombe, gilet, airbag …Il sont importants, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais la meilleure protection que vous puissiez vous offrir c’est un cheval de qualité, travaillé. Donc mon premier conseil est le suivant : Refusez de monter le poney du voisin ou du grand-père qui n’est pas sorti depuis 3 mois. Si votre cheval a besoin d’exercice, travaillez-le à pied, à la longe avant de monter.
2. Apprenez à gérer votre stress
Par exemple avec de la méditation. Nous rencontrons tous pleins d’obstacles, physiques ou psychiques dans notre pratique de l’équitation et savoir reconnaître ses émotions et les accueillir va vous permettre d’aller de l’avant.
3. Anticiper et se préparer
De même, vous le savez en mettant le pied à l’étrier, la chute arrivera un jour ou l’autre. S’y préparer, c’est déjà l’accepter …et la dépasser.
4. Faites de l’exercice
Entretenez votre corps pour gagner en souplesse et en agilité. On n’y pense pas forcément et pourtant, pour avoir un large panel de cavaliers devant les yeux toutes les semaines, je peux vous dire qu’un cavalier rigide tombe beaucoup plus fortement qu’un cavalier souple et agile. Samedi dernier, j’ai eu une chute d’une de mes cavalières qui est par ailleurs voltigeuse, et quand elle a chuté, c’était presque beau. En légèreté et avec souplesse. Inutile de vous dire qu’elle ne s’est pas fait mal.
5. Gardez la ligne.
Ce conseil va de pair avec le numéro 3. J’ai constaté que les cavaliers en surpoids tombaient très souvent plus lourdement et donc se faisaient plus mal.
6. Ayez conscience de votre niveau
Avoir conscience de votre niveau va vous permettre de choisir votre cheval en conséquence.
7. Progressez à petit pas.
Rien ne sert de faire des exercices niveau galop 6 …si vous n’êtes qu’au galop 4.
8. Soyez à l’écoute de votre corps.
Je veux dire par là qu’il vous faut savoir où vous en êtes pendant votre séance. Ecoutez votre corps va vous permettre de mesurer votre état de fatigue. C’est important de vous arrêter quand vous sentez votre corps fatigué, même si la séance n’est pas terminée. Faites en fonction de votre forme et de votre âge.
9. Ne vous mettez pas la pression !
J’ai souvent des cavaliers qui arrivent en me disant : “Je pars en voyage demain ou j’ai une réunion super importante …il ne faut surtout pas que je tombe”. Dans ces cas-là, ne montez pas car vous êtes quasiment sûr de vous faire mal. Il vaut mieux rater une séance que de la faire en étant complètement stressé.
Ca y est, vous êtes le nez dans le sable ?
Vous venez de chuter. Vous avez certainement le souffle coupé. Pas de panique, c’est normal et cela fait ça quasiment à chaque chute sur le dos.
Ne vous relevez pas trop vite. Pensez d’abord à respirer et faites un scan mentalement de votre corps. Personnellement, je fais ça à chaque fois et cela me permet de ne pas paniquer. Vous savez d’être envahi par toutes ces pensées (“M…de, comment je vais faire pour aller chercher mes enfants à l’école, et mon travail, la réunion bidule truc !” Ou même de ressentir de la colère “Pu..in de cheval de M…, pourquoi j’ai pas choisi activité Ping-pong ?). Donc, je respire et je fais un scan : donc mes pieds, ça va. Ma jambe droite, un peu mal, mon bassin ok….
Comme je le disais tout à l’heure, essayez de décrire votre douleur, qu’est-ce que cela vous fait. Est-ce que la douleur diminue, augmente …
Si vous en avez envie ou besoin, vous avez le droit de rester au sol et de pleurer ! C’est absolument normal de pleurer quand vous avez mal ! (Et non, vous n’êtes pas un bébé…)
Pour ce qui est de remonter sur votre cheval, c’est vous qui voyez. C’est vrai que moi j’ai tendance à vouloir remonter mais j’ai été conditionné comme ça pendant mon enfance. Après, je ne crois pas trop à la fameuse phrase, “Si tu ne remontes pas maintenant, tu ne remonteras jamais”. Ecoutez-vous, vous seul savez.
Et après ?
Après une chute, je vais quasiment toujours voir l’ostéopathe. Pour vérifier que tout aille bien. Si par contre, vous sentez que ça ne va pas, n’hésitez pas à aller aux urgences. Je sais bien que les cavaliers sont plutôt durs et aiment croire que “ça va passer”. Néanmoins, ne faut-il pas mieux attendre 5 heures aux urgences…pour rien que de rentrer à la maison et de se rendre compte au bout de 2 jours qu’en fait, ça ne va pas du tout ! (Petit mot à mon entourage : Merci de me faire lire ce conseil à ma prochaine chute)
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J’aimerai bien avoir dans les commentaires vos expériences de chutes, comment vous les avez ressenties ? Votre moniteur vous a t-il accompagné ? Avez-vous été bloqué par la suite ? Si oui, comment avez-vous envisagé les choses ?
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