Découvert avec L'ordre du jour, qui avait eu le Goncourt en 2017. Met à l'ordre du jour la compromission des grands industriels allemands avec le nazisme, qui avaient financé Hitler plutôt qu'avoir la crainte de voir les communistes à leur porte. Le style de Vuillard est assez unique, arrivant à réveiller un nous une colère comme celle qui bruisse de ses pages, avec en même temps une belle empathie pour tous les perdants du système. Le style de Vuillard convoque en nous des émotions très fortes, de la belle colère, une colère empathique, qu'on partage avec lui, tout en étant dans beaucoup de méticulosité dans le choix des mots, dans un registre de vocabulaire assez soutenu, mais qui ne gêne jamais en rien la lecture. Il arrive aussi à nous faire partager les peines des dominés, il est sans conteste du côté des perdants de l'histoire.
L'arrière-plan politique chez lui est extrêmement cohérent chez lui, certains critiques disent de lui qu'il écrit tout le temps le même roman, sous une forme constamment renouvelée. Il est vrai que le fonds reste souvent le même : il arrive toujours à mettre à jour les mécanismes de domination, il accole tout le temps les idéologies et les intérêts économiques, qui vont de pair, et qui écrivent l'histoire. Son grand ennemi est le Capitalisme avec un grand C. Pour vous dire son parti-pris, son premier roman s'appelle Le chasseur, et était narré du point de vue du gibier.
Ici il parle de Billy the Kid, et c'est une photo qui a réveillé son envie de roman, ce qui donne une idée de sa méthode. Les thématiques sont récurrentes (guerre, prises de territoire, conquêtes, batailles), mais son point de départ ce sont des photos, des faits historiques qui l'intriguent, et sont des impulsions à l'écriture. Par exemple, il ne cherche jamais à terminer un roman, il brode à partir de ce qui l'a interpelé, il en compose une variation très personnelle, en fouillant les recoins de l'histoire si besoin. Il a donc plein de romans en cours, qu''il ne cherche pas à terminer.
Pour Les orphelins, il s'est retrouvé un peu embêté, puisqu'il est parti d'une photo (la couverture qui représente un de ses comparses, Jesse Evans - publication Actes Sud), dont l'insolence dans le regard l'a apostrophé, avec cette jeune femme derrière lui qui tient un revolver, ce qui est assez inhabituel. En creusant autour de cette photographie est apparu le mythe de Billy the Kid, mais au final, il s'est rendu compte qu'on ne sait rien de lui, hormis ce qu'en a raconté Pat Garrett, qui est son assassin. Son nom, ses date et lieu de naissance, rien n'est sûr. Eric Vuillard dit qu'il a essayé de débarrasser la fiction de son narrateur encombrant, reprenant les jolis mots de Kafka : "Il faut écrire hors du sang des assassins.", ce qui est très approprié pour parler de sa veine littéraire à lui.
Mais ce faisant, en voulant alléger les épaules de Billy de cette légende, il a eu l'impression que le livre lui échappait. I l'a laissé reposer un temps, en y revenant parfois, et au fur et à mesure, il s'est rendu compte que c'était ce vide qui le rendait attachant, touchant, en en faisant un jeune homme comme les autres. Et au final au lieur d'essayer de fictionner, d'en rajouter, pour épaissir la narration, il a finalement énormément élagué, et finalement en a fait un garçon vacher qui était à la solde de patrons bine plus forts que lui.
Qui étaient les patrons de Billy the Kid ? Des grands propriétaires terriens qui ont participé à la formation d'immenses territoires monopolisés dans cet Ouest sauvage, à la toute fin de la conquête de l'Ouest, et finalement, c'est aussi là-dessus que s'est fondée la démocratie américaine, qui s'est faite au détriment des Indiens, des Mexicains, donnant presque l'impression que les Etats-Unis avaient délégué la dernière phase de la conquête de l'Ouest à des desperados comme Billy the Kid, qui arrivaient, faisaient le vide, qui permettait aux propriétaires d'asseoir leur domination.
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