Ma chronique de ce 23 décembre vous arrive d’Algérie, où je passe quelques semaines chez mes amis de Tlemcen. C’est pourquoi alors que vous vous apprêtez à fêter Noël, j’aimerais vus rappeler ici la formule par laquelle Christian de Chergé exprimait que Dieu, par son incarnation, s'est fait un frère pour l'humanité, ouvrant la voie à la fraternité universelle : « Et le Verbe s’est fait fraternité ».
Cette expression est citée par le cardinal archevêque d’Alger Jean-Paul Vesco dans L’audace de la fraternité, ouvrage paru récemment aux éditions du Cerf.
Il y constate notamment : « Il y a certes une fraternité spécifiquement chrétienne que nous recevons du Christ qui a donné sa vie pour nous et qui nous a appris à dire Notre Père au créateur du ciel et de la terre. Cette fraternité ne peut se restreindre à une communauté humaine. Nous sommes appelés à être « frères de tous », sinon nous risquons de nous enfermer dans une forme de communautarisme, bien éloigné du projet de salut de Jésus pour l’humanité tout entière. Mais bien sûr la fraternité, si elle a sa spécificité chrétienne, n’est pas un monopole chrétien ! »
À l’appui de ses propos, il précise d’ailleurs : « Ma vie en Algérie est sans doute beaucoup dans ce tropisme pour la fraternité. »
Puis il explique qu’« En Algérie, et sans doute en monde-arabo musulman de façon plus générale, la fraternité est consubstantielle à la vie. Dans la rue, on s’interpelle en se disant « khouya », mon frère ! Alors bien sûr, il s’agit du frère en religion, en société, cela se confond. Mais la fraternité à tôt fait d’enjamber les limites de la communauté, et mon bonheur est grand, lorsqu’il m’arrive d’entendre dans ce « mon frère » un sentiment infiniment plus profond qui est en fait celui de l’amitié. »
Arrivé en Algérie, il y a 13 jours pour ce deuxième séjour, je vis cette consubstantialité de la fraternité à la vie.
Et quand le cardinal renchérit : « Je dois avouer que ce qui me manque le plus lorsque je quitte l’Algérie, c’est la chaleur de cette fraternité qui a débordé les frontières de l’appartenance religieuse. », je sais que c’est exactement ce même manque je vais ressentir à mon départ. En attendant je vais goûter chaque instant de cette chaleureuse fraternité.
Mais cette fraternité ne se situe pas qu’à un niveau inter-personnel, elle doit aussi se développer à un niveau inter-civisationnel, comme l’ont si bien exprimé le pape François et Ahmed el-Tayeb, Grand Immam d’Al-Azhar le 4 février 2019 à Abou Dhabi : « La relation entre Occident et Orient est une nécessité qui ne peut plus être délaissée, afin que tous s’enrichissent de la civilisation, de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation orientale de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par le matérialisme.
L’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident, beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques, qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale. Il est important de consolider les droits humains généraux et communs, pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident. »
Ce texte intitulé La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune le frère cardinal l’a placé en annexe à la fin de son ouvrage, car il est une injonction. Mais ce texte exprime aussi « les raisons authentique d’espérer » que Jean-Paul Vesco partage avec ses deux auteurs, et qui au seuil de la nouvelle année s’avèrent pour nous tous plus nécessaires que jamais.
Michel May.
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