Une chronique de Philippe Guerquin, ancien président du Secours Catholique 54.
"Le Secours Catholique vient de publier son 30ème rapport annuel. Parmi les données recueillies auprès des 1.120.000 personnes accompagnées en 2024 par l’association, ce rapport fait état de la part croissante des étrangers dans les accueils, mais aussi d’une forte évolution de leurs profils et donc de leurs besoins.
Il est d’abord observé que cette augmentation significative est sans corrélation avec la part des étrangers dans la population présente en France, qui, elle, évolue peu. En outre, les personnes venant du Maghreb étaient, il y a 30 ans, majoritaires, alors qu’en 2024 elles ont presque disparu, puisque ce sont les européens hors UE, qui représentent maintenant la majeure partie des étrangers accueillis. Les autres sont originaires de pays frappés par les conflits, les régimes autoritaires ou, tout simplement l’impossibilité d’y vivre.
Tous les étrangers venant au Secours Catholique présentent néanmoins une caractéristique commune. Du fait de leurs conditions d’entrée, de séjour et donc de vie, tous sont dans une très grande précarité. Il y a 30 ans en effet, le Secours Catholique accueillait plutôt des hommes seuls en demande de vêtements, alors qu’aujourd’hui viennent dans les accueils des familles avec enfants, en demande d’aide administrative face au durcissement de l’accès aux préfectures. Les 2/3 sont sans aucune ressource, alors que beaucoup, possédant des promesses d’embauche, pourraient travailler, s’ils y étaient autorisés, contribuant ainsi au financement de nos systèmes de protection sociale.
Il s’agit là d’un enseignement clair : La pauvreté n’est pas une fatalité mais résulte de choix politiques purement idéologiques et aussi inhumains qu’absurdes du point de vue économique. Et ceci est la conséquence de 3 évolutions majeures.
Biberonnée aux mensonges éhontés et aux discours haineux véhiculés par des médias ou des partis politiques d’extrême droite, la population française réclame sans cesse un durcissement des politiques publiques d’accueil et de droits des étrangers. Cela se traduit par un rythme effréné de réformes successives rendant de plus en plus difficile et aléatoire l’accès au droit de demeurer en France.
A cela s’ajoute un allongement anormal des délais d’instruction des demandes en préfecture, amplifié encore par les nombreux dysfonctionnements des sites dématérialisés où elles doivent être déposées. Par exemple, et c’est devenu très grave, bon nombre de demandes de renouvellement de titres ne sont pas étudiées dans les délais prescrits, de sorte que des étrangers perdent alors leurs droits et même leur travail, basculant ainsi brutalement dans une précarité absolue à l’échéance de leurs titres.
Dans une décision du 19 mars 2025, la Défenseure des Droits note ainsi que les réclamations relatives aux droits des étrangers ont augmenté de près de 400 % en 4 ans et que 75 % d’entre elles ont trait aux difficultés rencontrées avec les préfectures.
Enfin, nous assistons à un affaiblissement considérable des capacité d’accompagnement des organismes sociaux, laissant comme seul recours aux étrangers l’accès aux associations citoyennes, basées sur le bénévolat et financées par des dons privés, comme c’est le cas du Secours Catholique.
Alors, ne cédons pas à l’instrumentalisation et au foisonnement d’idées fausses. C’est bien la dignité de chaque personne étrangère qui est ainsi bafouée. Et la société qui croit ainsi se protéger alors que la natalité y est en berne, a en fait tout à perdre à laisser ainsi dans un dénuement absolu des familles bien intégrées, ne demandant qu’à travailler."
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