Ces dernières décennies, les sociétés occidentales ont assisté à une tendance croissante des groupes minoritaires à se présenter comme des victimes (Moscovici & Pérez, 2007). Certains membres de ces minorités ont exprimé publiquement des attitudes négatives envers d’autres minorités, bien qu’elles n’aient pas été responsables de leur victimisation passée. Par exemple, l’humoriste Dieudonné a déclaré que la reconnaissance de la victimisation des Juifs durant la Shoah l’empêchait de dénoncer celle des Noirs durant l’esclavagisme et le colonialisme. Des recherches antérieures ont montré que le fait de partager un sentiment de victimisation collective pouvait avoir des conséquences négatives sur les relations intergroupes actuelles (p. e. Noor, Brown, & Prentice, 2008). Cependant, jusqu’ici, ces recherches se sont focalisées sur les relations entre anciens ennemis ou entre d’anciens perpétrateurs et leurs victimes. Nos recherches portent quant à elles sur des groupes ayant été victimes de groupes tiers. Nous inspirant de la théorie de la lutte pour la reconnaissance d’Axel Honneth, nous faisons l’hypothèse que le fait de percevoir un manque de reconnaissance de leur victimisation peut engendrer, parmi les minoritaires, une situation de compétition victimaire avec un exogroupe perçu comme bénéficiant de davantage de reconnaissance sociale. En d’autres termes, dans certains contextes sociétaux, la compétition entre groupes porte sur la reconnaissance du statut de victime, ce qui induit des attitudes intergroupes négatives. Je présenterai une série d’enquêtes et d’expériences soutenant cette interprétation.
Durée: 00:54:03