Le
27 avril 1905, la ville de Liège s'est réveillée dans une effervescence totale pour l'ouverture de son
Exposition Universelle. Dès l'aube, après les 21 coups de canon tirés la veille depuis la citadelle, des ouvriers, jardiniers et balayeurs s'activaient frénétiquement pour que la ville soit prête à accueillir le monde entier. À cette époque, Liège est une
puissance industrielle majeure, réputée pour ses charbonnages, ses aciéries, ses ateliers de verre et ses cristalleries comme celle du Val Saint-Lambert. Cette exposition est l'occasion pour la ville de démontrer son savoir-faire et de s'exporter à l'international.
Une cérémonie royale et une foule immense L'inauguration officielle s'est déroulée en présence du
prince Albert (futur Albert Ier), représentant le roi Léopold II. Accueilli à la gare des Guillemins par une foule immense vêtue de ses plus beaux habits — vestes sombres et chapeaux haut de forme pour les messieurs, d'où l'expression « noire de monde » —, le prince a coupé le ruban inaugural, ouvrant l'accès à un site s'étendant sur
70 hectares.
Un voyage entre exotisme et modernité Le site de l'exposition, qui s'étendait de
Fragnée à Cointe, en passant par la
Boverie, offrait un décor spectaculaire de palais, de jardins et de passerelles. Les visiteurs pouvaient y découvrir :
- Des pavillons lointains : Des architectures et des curiosités venues du Japon, de Perse ou des États-Unis, offrant un dépaysement total à une époque où la télévision et le cinéma n'existaient pas encore pour populariser ces contrées.
- Des prouesses technologiques : Des machines géantes et des inventions électriques comme le chronophone de Gaumont (ancêtre du cinéma parlant).
- Des démonstrations insolites : La police parisienne y présentait notamment les nouvelles techniques de relevés d'empreintes digitales, typiques de l'époque des « Brigades du Tigre ».
- Des saveurs inconnues : Des restaurants proposaient des spécialités exotiques, une rareté absolue en 1905.
Un succès populaire et un héritage durable L'accès à ce monde merveilleux coûtait
1 franc, une somme non négligeable pour les bourses modestes, mais l'événement a duré plus de six mois, jusqu'au
6 novembre 1905, permettant à beaucoup d'économiser pour s'y rendre. L'exposition a attiré près de
7 millions de visiteurs, soit l'équivalent de la population belge de l'époque.
Aujourd'hui encore, Liège conserve des traces prestigieuses de cette splendeur passée, notamment le
pont de Fragnée et le
Palais de la Boverie, qui témoignent de l'enthousiasme et de la confiance qu'inspirait l'entrée dans ce nouveau siècle.