Cause à effet - Magazine du travail, de l'emploi et de la formation

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Cause à effet - Magazine du travail, de l'emploi et de la formation episodes

  • Agir dans la ville anthropocène – Michel Lussault
    Michel Lussault est géographe, directeur de l’école urbaine de Lyon. Il était invité par la Preuve Par 7 pour parler des enjeux de l’urbanité à l’heure de l’anthropocène. Rapidement définie l’anthropocène est la nouvelle ère géologique caractérisé par l’impact des activités humaines sur la Terre.
    La croissance urbaine, les constructions de mégalopole, d’espaces urbains de plus en plus grand et nombreux est un phénomène central de l’anthropocène en tant que source de déstabilisation de systèmes biophysiques, d’émission de CO2 et du dérèglement climatique.
    Cette intervention éclaire l’insoutenabilité du modèle urbain construit comme une évidence depuis plusieurs décennies. Fondé sur le mythe d’un espace-monde et de ressources illimitées, ses fragilités deviennent de plus en plus palpables au regard des multiples canicules, pluies diluviennes et incendies dans le monde.
    Il est impossible d’imaginer la fin de l’urbanité à court terme.  Alors comment mettre en place un autre modèle économique ? Peut-on inventer de nouveaux imaginaires architecturaux, politiques et de mode de vie?
    Plusieurs pistes sont proposées par Michel Lussault : sortir de l’individu consommateur, considérer ou reconsidérer nos interdépendances comme “la seule chose qui nous permet de discuter collectivement de nos limites”. Construire des lieux clairières, ouverts sur l’extérieur et donc le vivant avec lequel on définit une géopolitique. Retrouver une gouvernance capable de gérer les relations publique-privée au sein des villes en intégrant le Commun comme base et non comme une politique marginale.
    Le géographe  ajoute un concept : soustraire. Une mise à l’écart d’un espace qui ne serait ni public, ni privé, ni commun. À l’image des premier parcs naturels aux États-Unis du XIXe siècle, ce régime nous pousse à réfléchir sur nos besoins, les limites que nous sommes collectivement capable de fixer dans un temps donné.
    Cette conférence fut enregistrée lors des Université d’été de la Preuve Par 7 au festival de Bellastock entre le 15 et le 17 juillet.
    Références
    Le site internet de l’école urbaine de Lyon
    Le site de la Preuve par 7
    Celui de Bellastock
    Musique diffusée : Ridan – L’agriculteur
    1 hr 15 min
  • #123 – Tous en selle ! À dada sur mon mulet.
    L’invité
    Jacques Benloulou organisateur du festival Tous en Selle !
    Un mulet dans le monde du cyclisme (les Raymond précisément), c’est le vieux vélo, en général celui qu’on a acheté en avant-dernier. Vélo que l’on va sortir quand les conditions météos ne sont pas dingues. Quand le beau vélo tout propre va être tout sale parce qu’il pleut, pire parce qu’il y a du sel sur la route. Le mulet est un vélo robuste, qui ne craint plus grand chose et qui fera le job de la sortie.
    Festival tous en selle !
    Si vous glissez ces mots dans votre moteur de recherche préféré sur internet, il y a de fortes chances que vous atterrissiez sur un site de centre-équestre qui vous proposera de vous emmener faire un tour dans la campagne gersoise. Cliquez là plutôt (ou plus tard) Tous en Selle ! est bien une soirée à passer, posé dans une salle de cinéma ou de spectacle, quand c’est à Paris, c’est au Grand Rex pour se faire une overdose de films sur le vélo, autour du vélo, avec des vélos. Les 17 et 18 septembre 2021, à partir de 18h00, vous pourrez rencontrer quelques personnes qui font du vélo, qui font le vélo. Du gravel, du vélo au féminin, de la bike life, de l’Amérique, du Made in France.
    Un festival qui n’est pas subventionné par la ville de Paris. Ni par le cabinet de David Belliart (en charge de la mobilité) , ni par celui de Christophe Najdovski (en charge de la biodiversité), ni par Carine Rolland (en charge de la culture). Un Festival qui, malgré tout à sa manière, va donner envie de laisser sa voiture au garage et d’aller pédaler dans les rues de Paris, de France, du Monde.
    À l’oreille
    Bernard Hinault (Le blaireau) – Robic & Dukel
    31 min
  • #04 – Loxus
    En plateau (ou presque)
    Ce soir, on reçoit le groupe de métal Clermontois Loxus.
    Loxus est un mélange de Power Trash Metal qui botte les fesses à l’auditeur. Autrement dit, un savant mélange de trash-death-mélodique à la production moderne.
    Dans la bonne humeur, on tente de cerner l’univers science-fiction du petit groupe qui deviendra grand (à coup sûr, vu la qualité pour un premier album !)
    NB : on s’excuse par avance du son un peu dégueu côté plateau distant
    58 min
  • #122 – Le vélotaf mène au cyclotourisme. La preuve.
    L’invitée du jour
    Nathalie Dupond vit à Colombes, travaille à Pantin. En 2020, elle a abandonné son pass navigo, ses 3 correspondances et ses 2 fois 1 heure de transport en commun. Ses trajets souterrains quotidien sont devenus des trajets à l’air libre. Elle nous le dit elle-même, “mais pourquoi n’ai-je pas décidé de pédaler plus tôt?“.
    Le vélo au quotidien
    Nathalie est comme beaucoup d’entre nous. Il faut bien aller bosser de temps en temps. Comme beaucoup d’entre nous elle a le choix. La voiture ? N’est pas une option. Elle a son permis mais déteste conduire. Les transports en commun ? Faut reconnaître qu’ils sont assez pratiques. Le vélo ? C’est quoi le vélo ? Voulant fuir les rames bondées, s’éloigner des autres, prendre l’air aussi après les périodes confinées, Nathalie se décide à aller au boulot à vélo. Elle nous raconte les plaisirs qu’elle y trouve. Elle nous explique que petit à petit son vélo est devenu son choix de mobilité pour aller faire une course, voir des amis, vivre sa vie finalement.
    Le vélo en vacances
    Dans sa vie, Nathalie elle a aussi des congés payés. Se pose la question du type de vacances qu’elle souhaite passer en famille. Deux grands enfants, jeunes adultes (19 et 24 ans), un mari. Elle propose des vacances à vélo. Elle n’y connaît pas grand chose. Elle n’est même pas certain que quelqu’un dans la famille ne sache réparer une crevaison. Ils n’ont jamais pris un vélo pour voyager. Le vélo dans la famille Dupond, jusqu’à cet été 2021 c’était pour se déplacer tout au plus. La famille trouve des vélos à louer sur la côte Ouest. Ils s’organisent une boucle qui les fera passer par l’Ile d’Yeu. Des étapes entre 30 et 50 kilomètres par jour “pour avoir le temps de profiter des lieux que nous allons découvrir et se permettre d’aller un peu plus loin sans pression dans la journée“.
    Ils partent en vacances, avec insouciance. Ils apprendront. Ils kifferont.
    Nathalie reviendra en Septembre nous raconter comment c’était. Nous ferons donc une séance “diapo à la radio”.
    En attendant, Nathalie et toute la famille Dupond, profitez de vos vacances. Et puisque vous allez pédaler tous les jours, aucune chance que vos vacances ne soient gâchées.
    À l’oreille
    Vianney, Veronica. (Parce que Veronica est un amour suédois et Vianney, pareil que Nathalie, ne s’est pas trop posé de questions, il a voulu rejoindre sa Veronica, depuis la France, à vélo).
    31 min
  • #49 – Médiatiser l’habiter (partie 1)
    Contexte
    Le collectif « Médiatiser l’habiter » s’est constitué en 2019-2020. Il comprend actuellement 40 membres, universitaires, artistes, essayistes, journalistes indépendants, activistes en provenance de toute la France. Après deux annulations en 2020 du fait des mesures sanitaires, les premières rencontres Médiatiser l’habiter ont eu lieu à Roche d’Agoux, en Combrailles, du 2 au 5 juillet 2021.
    L’objet de ces rencontres : Nous n’habitons pas seulement nos logements, nous habitons des lieux faits de nature et de culture. L’habiter est une façon d’être au monde qui relie les dimensions naturelle et culturelle des lieux. Les interactions concrètes et symboliques entre les habitant·e·s et leurs milieux de vie ne sont pas immédiates. Les médias alternatifs-indépendants, ancrés localement, font connaître et mettent en débat public les expérimentations et réalisations initiées par les habitant·e·s, et les luttes ou actions menées. Mais leur rôle ne se cantonne pas à la médiation : par leur présence, leur finalité et leur mode d’organisation ils sont eux-mêmes une incarnation de la volonté des habitant·e·s de se réapproprier leur existence, de ré-habiter lieux et territoires. L’objectif de l’atelier est d’échanger et de réfléchir sur la place des médias alternatifs dans les processus de réappropriation – ré-habitation à partir de diverses expériences en milieu rural et/ou qui relient urbain et rural.
    Étaient présentes
    Association à la criée (Nantes)
    Association Cile des Combrailles (Le Quartier)
    Captain Frog, musicien poète électrique
    Christophe Bédrossian, documentariste, maire d’Autrac (43), Télé Regain (Brioude)
    Frederic Barbe, géographe, ENSA Nantes
    Jean Siry, militant de l’habitat participatif
    Julien Dupoux, journaliste et animateur culturel
    Julien Martin, musicien
    Paul Lacoste, Halem, Relier
    Pierre Couturier, géo-anthropologue, UCA
    Yannick Decacqueray, doctorant
    des habitants des Combrailles
    et Stéphane Dujardin, pour m’accompagner dans la prise de sons !
    À l’oreille
    SNOWFLAKE – A foolish game
    1 hr
  • #120 – Victimes de la route et loi Badinter
    émission enregistrée le 8 juillet 2021 et première diffusion le 26 juillet 2021
    Nota: L’enregistrement de l’émission avec notre invitée a eu lieu le 8 juillet 2021, la chronique d’Abel est enregistrée le 22 juillet 2021. Mercredi 21 juillet 2021 s’est déroulée ce drame à Boulogne-Billancourt, drame au cours duquel une cycliste de 24 ans est décédée sous les roues d’un camion. En savoir plus ici. L’équipe de Rayons Libres a décidé garder l’enregistrement de la discussion tel quel. De ne modifier aucunement le contenu de l’émission pour tenter de coller à l’actualité. La première diffusion de cette émission  est donc le 26 juillet 2021, en l’écoutant nous aurons une pensée particulière pour cette jeune femme, ses proches, ses collègues. En plus d’une pensée pour Vélomagus mentionné en fin de texte ici même.
    L’invitée :
    Au micro aujourd’hui Maître Romy Lafont-Collard, avocate associée dans le cabinet Jehanne Collard & associés, depuis plus de trente ans ce cabinet a décidé de se placer du côté des victimes. Victimes de la route, d’erreurs médicales, d’accidents sportifs ou de la vie quotidienne.
    Une vie, des vies bouleversées
    Parce qu’être victime d’un accident de la route laisse souvent des séquelles physiques et psychologiques. Parce que des vies sont bouleversées à cause d’un moment d’inattention, d’un texto à envoyer immédiatement, d’une impatience urgente. Se déplacer à vélo, malheureusement, signifie accepter le fait de cohabiter avec des conducteurs et conductrices de véhicules motorisés souvent pressés, souvent imprudents, parfois inconscients des risques qu’ils prennent, des risques qu’ils font courir, des conséquences de leurs actes.
    Loi Badinter
    Romy nous explique au micro de Rayons Libres, le statut particulier du cycliste quand il est victime d’un accident. Il a le même statut qu’un piéton, on le considère de facto comme non conducteur et de fait éligible à une indemnisation à hauteur, en principe, de l’évaluation des dommages.
    Il y a une loi, la loi Badinter, qui date de 1985 qui place les cyclistes au même niveau que les piétons, des non conducteurs. Ce principe est expliqué ici.
    Le temps long
    Être victime de la route c’est souvent entrer dans un combat pour reconstruire sa vie, pas comme celle d’avant. Être avocat des victimes, c’est choisir de ne jamais être du côté des assureurs. Enfin, être avocat des victimes de la route c’est accompagner ses personnes, ses familles dans un long combat.
    Romy nous explique aussi que ce combat, c’est aussi du travail de lobby, pour que la loi soit appliquée, pour que le sujet soit compris, pour une meilleure prise de conscience des conducteurs motorisés. Enfin Maitre Lafont-Collard nous explique qu’être accompagné d’un avocat est une option, ce n’est pas obligatoire.
    Quelques pensées en particulier :
    Pour finir, tout au long de l’émission, j’avais en tête l’histoire de Vélomagus, j’ai relu son histoire sur son site pour préparer cette émission, il n’est plus visible sur twitter, il n’empêche, si jamais il passe par là, Vélomagus, je te souhaite une belle et longue route à toi et aux tiens.
    À l’oreille : Warm my soul feat. Courtney John Album : Warm my Soul
    La chronique d’Abel
    Abel décide de commenter le drame évitable mentionné en haut de cette page. Le décès de cette jeune femme à Boulogne-Billancourt. Évitable s’il y avait un peu plus de compréhension de la part des autorités, des motorisés aussi des enjeux de sécurités relatifs aux déplacements à vélo. Malheureusement, l’éducation ne passe pas véritablement par la presse, Le Parisien, relate cet drame de la route avec peu d’à-propos.
    30 min
  • #7.3 – Smokestack Lightning, de Howlin’ Wolf
    Contexte :
    Cycle 7 : Eric Clapton
    Cette semaine, on parle du morceau She Wolf de Muddy Gurdy sorti en 2018, troisième volet d’un cycle en quatre temps consacré à Eric Clapton.
    Quatre semaines pour parler de blues, de guitare, de potes et de légendes, des années 50 à aujourd’hui.
    les morceaux
    Jackpotes 2000 – 113
    You Gotta Move – Muddy Gurdy
    Mississippi Delta Blues – Muddy Waters
    Going Down South – Muddy Gurdy
    Smokestack Lightning – Howlin’ Wolf
    She Wolf – Muddy Gurdy
    15 min
  • #109 – HOXINZ
    Au micro
    Épisode totalement improvisé dans lequel nous découvrirons HOXINZ, un des artistes de la flotte 411. À la table pour découvrir ce rappeur, Jérôme de l’émission « Rayons libres » et les « Joyeux Pingouins en famille ».
    Une occasion de découvrir le label qu’HOXINZ gère en toute autonomie et son dernier EP déjà disponible sur les plateformes de streaming.
    Une émission musicale où nous découvrirons des artistes hip-hop dans le monde et en fin d’émission, HOXINZ nous gratifie d’une session live !
    1 hr
  • #121 – Pédaler pour une cause, Fuck le Cancer, est-ce une bonne cause ?
    L’invité
    Moritz Werner vient nous présenter la Nicola Werner Challenge, édition #6 qui se tiendra le 11 septembre 2021. Départ aux aurores, quelle horreur.
    Pedal for cause
    On pédale toujours pour une bonne raison. Souvent par égoïsme. Pour soi. Parce que pédaler nous fait du bien, quand on pédale on se sent bien. Si en plus vous pédalez en souriant alors tout d’un coup vous ne pédalez plus que pour vous. Votre plaisir, votre joie va, peut-être, devenir communicative, elle va peut-être irradier la vie d’un automobiliste qui va se rendre compte que lui aussi il a le droit au bonheur de pédaler.
    Parfois on décide de pédaler pour une cause, pour plus de pistes cyclables, pour de meilleurs aménagements urbains, pour la planète, pour la protection des Koalas… Pour planter des arbres aussi. Je voyais par exemple l’entreprise Look, présente sur un festival, le nature is bike (objet de l’émission Rayons libres 115) qui proposait des tests de vélo. Leur promesse ? Chaque vélo essayé, un arbre planté. Résultat, 30 arbres vont être mis en terre. Que 30 arbres ? 30 c’est bien. C’est un début. Plantons des arbres.
    Moritz, de son côté propose depuis 6 ans désormais de pédaler pour une autre cause. Il a créé le Nicola Werner Challenge en hommage à son épouse, Nicola, décédée d’un cancer. La première édition, c’était 25 cyclistes, puis lors de la deuxième édition 50, cette année la Nicola Werner Challenge devrait accueillir 300 cyclistes ils pédaleront le 11 septembre en Ile de France mais aussi à Lyon, en Allemagne, dans d’autres régions du monde pour lever des fonds pour la recherche contre le cancer, pour aussi passer un moment tous ensemble. Moritz nous explique.
    Une levée de fonds pour financer la recherche.
    Créez votre propre cagnotte ou inscrivez-vous sur le site du Nicola Werner Challenge. Vous pouvez participer à vélo, à pied, depuis Paris, depuis chez vous. Cette année, une virée de 60 kilomètres est calée entre l’hôtel Le Barn à Rambouillet et Paris. Une façon d’ouvrir la Nicola Werner Challenge à d’autres pratiques que les Raymond. Vous vous sentez de rouler 6o kilomètres, à votre rythme, sur votre vélo de ville, de vélotaf, inscrivez-vous sur le site de la Nicola Werner Challenge, sautez dans un train pour Rambouillet avec votre vélo, venez partager un déjeuner au Barn Hôtel puis rentrez à vélo. Faites vous de nouveaux amis. On n’a rarement besoin d’une bonne raison pour aller pédaler, certaines restent meilleures que d’autres.
    Filez ici pour connaître le détail de la Nicola Werner Challenge.
    A l’oreille:
    G.F.Y. (featuring Queen Rose) de Yuksek. G.F.Y. pour Go Fuck Yourself une petite pépite qui traîne dans mes playlists depuis un moment, je ne trouvais pas l’occasion de la proposer sans fâcher mon invité. Aujourd’hui c’est bon, Go Fuck Yourself le cancer.
    La chronique d’Abel :
    Abel Guggenheim revient sur le décès tragique de la jeune femme le 21 juillet à Boulogne-Billancourt. Plus exactement il revient sur l’article annonçant cet accident et ces circonstances dans le journal Le Parisien. L’article critiqué (oui Abel le critique) est lisible ici.
    29 min
  • #78 – Ceux qui sont restés là-bas
    En plateau
    Jeanne Truong, critique d’art et commissaire d’exposition, romancière, publie Ceux qui sont restés là-bas aux éditions Gallimard.
    Contexte
    Si Jeanne Truong n’en est pas à son premier livre, elle signe avec Ceux qui sont restés là-bas son premier roman de facture classique, empruntant une narration de type chronologique, bien différente des fragments poétiques et de l’écriture en forme archipélagique à laquelle elle s’adonnait jusqu’à présent, de façon expérimentale. Pourtant, ce roman, qui nous plonge dans l’effroi du régime de Pol Pot et des Khmers rouges (1975-1979), Jeanne Truong confie qu’elle le porte depuis longtemps, depuis toujours pour ainsi dire, comme l’enfant en elle qui ne meurt pas et qui est né au Cambodge. C’est donc sur une part d’elle-même, de sa vie, de sa biographie, de son histoire, une part de l’histoire des siens, si peu ou mal connue du reste du monde, qu’elle appelle notre attention aujourd’hui.
    Narang, le narrateur, est un enfant de 7 ans, né dans les cabanes de la mort, dans ces camps dans lesquels le régime des Khmers rouges envoya les habitants des villes, suspectés d’embourgeoisement, de sympathie capitaliste et considérés comme une menace pour la révolution en marche qui en fondant le Kampuchéa démocratique, voulait créer un homme nouveau. Ce fut au contraire un grand chaos sans nom, une immense catastrophe, qui en résulta : non seulement une désorganisation totale du pays, mais l’élimination d’environ un quart de la population tuée par les jeunes soldats fanatisés de Pol Pot, ou bien morts de faim et d’épuisement en conséquence directe des conditions de vie atroces qui leur furent imposées.
    A ces éléments de contexte interne, s’ajoutent d’autres facteurs régionaux et internationaux qui ont gravement contribué à la détérioration de la situation. On l’oublie souvent, mais le Cambodge fut un théâtre annexe de la guerre du Vietnam. Unis dans la lutte contre les Français et pour la décolonisation de l’Indochine, puis pour chasser les Américains du Sud Vietnam, les communistes vietnamiens et cambodgiens ont néanmoins des divergences d’ordre géopolitique. Un conflit politique et territorial oppose en effet de longue date le Vietnam et le Cambodge. Si les communistes cambodgiens, voulant s’affranchir de la tutelle des communistes vietnamiens, s’emparent de Phnom Penh avant la chute de Saïgon, c’est dans la crainte que les forces du Viêt Minh ne mettent la main sur la capitale du Cambodge et ne créent sous leur égide une fédération (regroupant le Vietnam, le Cambodge et le Laos). Les Khmers rouges s’opposent à la traditionnelle visée hégémonique du Vietnam sur le Cambodge et la région, et veulent reprendre au Vietnam le territoire du Kampuchéa Krom qu’ils considèrent comme leur berceau historique. En outre, la rupture entre l’Union soviétique et la Chine, à la fin des années 1950, se mue en rivalité sino-soviétique, laquelle, en pleine guerre froide, s’invite dans la région de l’Asie du Sud-Est, dès lors que le Vietnam bénéficie du soutien de l’URSS et le Cambodge de celui de la République populaire de Chine. Enfin, au même moment les Etats-Unis, dans un souci de contrer l’influence soviétique en Asie du Sud-Est, se rapprochent de la Chine communiste et soutiennent alors cette dernière dans la région.
    Ainsi, des hommes, des femmes, des enfants, de simples civils qui n’eurent pas les moyens de s’enfuir, furent les victimes de ces jeux, rivalités et conflits. Le récit de Jeanne Truong se situe au moment de l’arrivée des troupes vietnamiennes au Cambodge en 1978 qui libèrent la population civile des camps au fur et à mesure de leur avancée dans le territoire, jusqu’à la chute du régime des Khmers rouges en 1979. Narang et les survivants de son camp prennent le chemin de l’exode en direction de la Thaïlande. Alors qu’ils ont cru que le pire était derrière eux, beaucoup seront tués en franchissant ou après avoir franchi la frontière.
    Narang est donc un enfant doublement miraculé. En échappant tout
    1 hr 5 min

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