En plateau :
Nicole Dubois-Tartacap a la passion de la Grèce chevillée au corps. Un pays qu’elle sillonne depuis son enfance – premiers séjours initiatiques avec son père Raymond Dubois – et n’a cessé de visiter depuis des décennies, seule et en famille plus tard. Kaliméra (Transboréal, 2019) est le récit tiré de l’expérience de ses voyages en Grèce, de ses lectures, de ses rencontres et de ses émotions. Un livre qui dit en pointillé la relation amoureuse qu’elle entretient avec cette terre et ses habitants, devenue au fil du temps son Ithaque, sa demeure.
Contexte
Sans l’arrogance propre aux touristes, sans l’indifférence des étrangers qui ne sont que de passage, hors sentiers battus, lieux communs et clichés, Nicole Dubois-Tartacap nous fait voyager en Grèce, avec Athènes, comme première étape. Pourquoi ? Parce que c’est une ville qui ne se livre pas d’emblée, qu’il faut apprivoiser, arpenter, en prenant son temps, et s’y perdant. Athènes demande un effort pour appréhender son désordre au parfum d’Orient, son architecture variée ancienne et moderne, son urbanisme souvent improvisé, résultant de l’urgence d’accueillir à différentes époques ceux et celles qui venaient y vivre et s’y réfugier : exode rural, crise économique, réfugiés grecs d’Asie mineure, à la suite des échanges de populations stipulés par le traité de Lausanne (1923).
Athènes décille.
Quand on finit par s’y retrouver, on est prêt à larguer les amarres, à se délester de préjugés divers et variés, toujours réducteurs. Car, la Grèce, ce n’est pas seulement ceci ou cela, c’est tout à la fois ! L’Antiquité, Byzance, les Francs et les Vénitiens, l’époque ottomane, la lutte pour l’indépendance, l’occupation italienne de Cos jusqu’en 1937, le refus de laisser les troupes de Mussolini entrer en Grèce depuis l’Albanie en 1940, l’occupation par les forces de l’Axe en 1941, la libération du pays en 1944, la guerre civile grecque de 1946 à 1949, les périodes de dictature militaire, le retour de la démocratie en 1974, l’entrée dans la Communauté économique européenne en 1981. De même, la Grèce, ce n’est pas qu’une ville, qu’une île, que la Méditerranée, ou que… le sirtaki !
Direction Egine
Une île où, à la différence de beaucoup d’autres îles grecques, la vie ne se réduit pas à la saison touristique de l’été. Terre hellène chantée par Homère, terre grecque chantée au XXème siècle par les poètes Séféris, Elytis, tous deux Prix Nobel de littérature. En Grèce, les poètes trouvent dans la lumière et dans les pierres une source d’inspiration. On peut ensuite prendre le temps d’explorer quelques autres îles comme Hydra, Mykonos, Paros, Santorin, avant de partir pour le Péloponnèse, à la découverte de Nauplie, Epidaure et son théâtre, Mycènes dont le roi Agamemnon partit faire le siège de Troie, et ressentir l’émotion des retrouvailles avec les Atrides. Rejoindre Sparte, Mystra, la merveille de Morée ou Byzance ressuscitée. Nouvelle étape à Monemvasia et Karytaina, les forteresses des principautés conquises par les Francs au XIIIème siècle, convoitées par les Vénitiens, reprises par Byzance, puis par les Turcs. En route pour le Magne, sa tradition guerrière, ses pierres, l’aridité et l’âpreté de ses paysages, sa musique et la langue de Ritsos, le poète communiste emprisonné sous Metaxas, après la guerre civile et sous le régime des colonels.
Nicole Dubois-Tartacap, nous invite à passer de la Méditerranée aux Balkans, à quitter la lumière d’Elytis pour nous rapprocher des brumes froides des Balkans, chères au cinéaste Angelopoulos. Passage obligé par Thessalonique, la deuxième ville de la Grèce, où la mer est partout présente alors qu’à Athènes elle n’est visible que depuis l’Acropole. Thessalonique, la ville oubliée des touristes, où le souvenir de Byzance et de l’Empire ottoman reste vif. Quand Athènes n’était plus qu’un village oublié de tous au début du XIXème siècle, l’ancienne Salonique, ville charnière, occupait une position stratégique au confluent des Bal