En plateau :
Gérard Chaliand, géopoliticien et stratège, auteur du premier Atlas géopolitique paraissant en France en 1983, est un observateur engagé des conflits irréguliers depuis plus d’un demi-siècle. Il publie aujourd’hui Des guérillas au reflux de l’Occident aux Éditions Passés/Composés.
Contexte :
Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, nombre de mutations d’ordre politique, stratégique, psychologique et démographique se sont produites dont le traitement de l’actualité ne rend pas nécessairement compte au jour le jour, et dont l’intelligibilité ne devient manifeste que rétrospectivement, quand le temps long de l’histoire et celui de l’analyse reprennent le dessus.
Gérard Chaliand rappelle comment Mao Zedong parvient à la prise du pouvoir en Chine en se servant de la tactique millénaire de la guérilla (utilisée par des forces irrégulières, fondée sur la surprise, la mobilité et le harcèlement, destinée à affaiblir une armée régulière), mais en se faisant le théoricien de la guerre révolutionnaire.
Si Clausewitz avait écrit et enseigné que la guérilla en soi ne permettait pas de l’emporter sur l’ennemi, sa transformation en guerre révolutionnaire change la donne. L’adaptation des techniques de la guérilla à la conquête du pouvoir suppose néanmoins un travail politique auprès des populations qu’il faut gagner à sa cause ou dont il faut obtenir le soutien, pour pouvoir les mobiliser et les organiser. Il s’agit avec le temps, la persévérance et la détermination, de transformer sa faiblesse en force. Le Vietnam retient la leçon et adopte à son tour la guerre révolutionnaire aussi bien pour lutter contre la France pour son indépendance que plus tard contre les États-Unis d’Amérique pour sa réunification.
Avec l’invention du modèle organisationnel de la guerre révolutionnaire, les peuples mirent en échec les puissances coloniales ou impérialistes, ont conquis l’indépendance qu’on leur refusait ou n’octroyait pas. L’idéologie, quant à elle, a varié, au fil du temps, pouvant être socialiste, marxiste-léniniste, maoïste, nationaliste ou religieuse.
Or, confrontés à ce type de guerre révolutionnaire, les Occidentaux ne sont plus en mesure de gagner ou ne connaissent que des non-victoires. Depuis la guerre américaine du Vietnam, c’est à cette réalité nouvelle que nous sommes confrontés. Gérard Chaliand s’interroge sur les causes, les facteurs, et la portée de ce reflux, longtemps masqué par la représentation d’une Amérique surpuissante ou hyperpuissante.
L’Europe s’est-elle jamais remise des deux guerres mondiales qu’elle a connues sur son territoire ? Son incapacité à se transformer en puissance politique sinon géopolitique n’est-elle pas le signe d’un avenir hypothéqué depuis longtemps ? Est-il trop tard, oui ou non, pour agir ou réagir ?
Silencieuse ou impuissante, l’Europe est absente ou tenue à l’écart ; et quand elle est présente, elle ne peut seule se maintenir sur les terrains opérationnels où elle s’est engagée, en cas de retrait américain. Dans de nombreux endroits dans le monde, acteurs américains et européens sont désormais hors-jeu, comme on vient de le constater récemment dans le Sud-Caucase.
À l’oreille :
Bireli Lagrène – Swing 42
Chambao – Ahí Estás Tú
Pour aller plus loin :
Gérard Chaliand, Des guérillas au reflux de l’Occident, Éditions Passés/Composés, 2020
Gérard Chaliand, Pourquoi perd-on la guerre, Un nouvel art occidental, Odile Jacob, 2016
Gérard Chaliand, Feu nomade et autres poèmes, préface de Claude Burgelin, Gallimard, 2016
Gérard Chaliand, La pointe du couteau : mémoires, Vol.1. 1952-1979, Robert Laffont, 2011 ; Points, 2013
Gérard Chaliand, Mémoire de ma mémoire, Julliard, 2003 ; Points, 2014
Gérard Chaliand, Terrorisme et Guérillas, Flammarion, 1985
Gérard Chaliand, Atlas géostratégique, Géopolitique des rapports de forces dans le monde, avec Jean-Pierre Rageau, Paris, Fayard, 1983
Gérard Chaliand, Histoire du terrorisme de l’Antiquité à Al-Qaïda, avec Arnaud Blin, Bayard, 2