Cause à effet - Magazine du travail, de l'emploi et de la formation

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  • #11 – Émeline Parizel – Exploratrice déterminée et engagée

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    11e émission Chemins de traverse diffusée en direct mercredi 20 novembre 2024 à 22 h

    Notre invitée est Émeline Parizel (son compte LinkedIn et son compte Mastodon). Émeline est ingénieure de formation et sensible à l’art, à l’économie du don et au changement climatique. Au niveau professionnel, elle est cheffe de projets web & facilitatrice graphique. À côté de son travail, elle multiplie les engagements : fresque du climat, fresque du numérique, organisatrice de TEDx,
    et d’autres que vous découvrirez lors de l’émission. Elle est également vélotaffeuse et adepte du voyage à vélo. Sur des circuits courts, et aussi sur des circuits un peu longs. Genre, Paris – Athènes. 4 003 km à vélo, en 40 jours

    Vous pouvez lire la transcription.

    Questionnaire pour mieux vous connaître

    Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.

    Liens
    • L’entreprise Klee Group
    • L’association La Fresque du Climat
    • L’association La Fresque du Numérique
    • L’association Latitudes et son atelier La Bataille de la Tech
    • L’association Quelques Femmes du Numérique
    • Les présentations de TEDxQuartierLatin sur le thème de la “(re)connexion”, dont l’intervention de Stéphane Gabbay et Igor Casas autour de la musique et du chansigne
    • Les présentations de TEDxMontrouge sur le thème “Etincelle”
    • Le meetup La Gribouille Académie
    • Le profil de Bela Loto, engagée dans le domaine du Numérique Responsable
    • Une des dernières versions du site internet Equiworld réalisé pendant ses années collège, sur Web Archive, en 2004
    • Le blog du voyage à vélo Paris-Athènes
    • campagne de financement sur le livre pour enfants illustré de son voyage à vélo
    • Qui est Olympe de Gouges
    • Ses recommandations : Le film d’animation “Le roi et l’oiseau” par Jacques Prévert et Paul Grimault, le film d’animation “Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau”
    • À l’oreille
      • Le roi et l’oiseau (générque)
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      • Schmaltz par Jahzzar (générique)
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          Transcription

          Note concernant la transcription : nous avons choisi, comme le préconise l’article Pourquoi et comment rendre accessible un podcast ?, une transcription fidèle aux propos tenus, sans suppression des tics de langage (les phrases qui ne finissent pas (…), les répétitions, les onomatopées).

          Voix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de Traverse, d’autres voies pour imaginer demain.

          Fred : Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce onzième épisode de Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.

          Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels, des passions, des engagements.

          Notre invitée du jour est Émeline Parizel, alors Émeline est ingénieure de formation, sensible à l’art, à l’économie du don et au changement climatique.

          Au niveau professionnel, elle est cheffe de projets web et facilitatrice graphique.

          A côté de son travail, elle multiplie les engagements, Fresque du Climat, Fresque du  Numérique, organisatrice de conférences TEDx et d’autres que vous découvrirez lors de l’émission.

          Elle est également vélotaffeuse et adepte du voyage à vélo, on en parlera en fin d’émission, je sais qu’il y a pas mal de gens qui écoutent l’émission rien que pour ça, mais ce ne sera pas le seul sujet de discussion aujourd’hui.

          Et cerise sur le gâteau, parce que j’ai déjà écouté Émeline dans un podcast, elle sait partager ses passions avec une très belle énergie communicative.

          Alors on a intitulé cette émission avec Émeline, « Émeline Parizel, exploratrice déterminée et engagée ».

          Au cours de l’émission, vous allez comprendre ce choix.

          Mais en première question et avant de parler de ton parcours, est-ce que tu pourrais te présenter telle que tu es aujourd’hui ?

          Émeline : Oui et je vais prendre la question telle quelle.

          Je suis une femme blanche, j’ai 34 ans, je porte actuellement des boucles d’oreilles de maillons de chaîne de vélo, j’ai un pull noir, je sais pas si j’ai froid ou si j’ai chaud à vrai dire, je tremble un peu, peut-être que je suis un peu intimidée.

          Fred, tu es en face de moi, à peu près deux mètres, on a plein de micros, tout le studio sur des tables en bois, Élise est derrière une vitre un peu plus loin, et il y a des posters partout autour de nous, je suis très très contente d’être là, et ce que je viens de faire, ça s’appelle une audio description, c’est quelque chose qu’on fait en général en accessibilité pour des personnes malentendantes ou sourdes, pardon, malvoyantes ou aveugles, pour leur situer un peu le contexte, et là ce que je trouvais intéressant dans la radio, c’est que le public, les personnes qui nous écoutent, on sait pas si elles nous voient ou elles nous voient pas, dans tous les cas elles nous voient pas, donc on se rend compte que l’accessibilité c’est utile pour tout le monde.

          Fred : En tout cas c’est une présentation que j’avais jamais vue et que j’apprécie beaucoup, peut-être que tu as oublié de parler de la superbe table en bois, je précise parce qu’en fait pour les personnes qui pourraient, j’en parlerai à la fin de l’émission, visiter le studio, vous pourrez découvrir le studio avec cette table en bois qui a quelques mois, qui a été faite spécialement et qui nous sépare, et j’en profite, parce que j’ai oublié, de saluer en régie, Élise, bonsoir Élise.

          Élise : Bonsoir, bonsoir tout le monde, bonne émission.

          Fred : Merci Élise.

          Alors on va commencer, on a un petit peu envisagé trois grands angles pour aborder ton parcours, l’angle de l’exploration, l’angle des engagements, et puis l’angle de la création de liens, donc on va essayer un peu de les distiller au fur et à mesure de l’échange, mais on va commencer classiquement dans un parcours par l’enfance.

          Donc ma deuxième question qui était initialement ma première question avant qu’on prépare celle-là, quelle petite fille étais-tu ?

          Parce que l’impression que tu donnes aujourd’hui, c’est d’être une personne ouverte aux autres, pétillante, et est-ce que tu étais déjà comme ça quand tu étais petite ?

          Émeline : Je pense que quand j’étais petite, beaucoup de choses passaient par le regard.

          J’étais quelqu’un de très curieuse et observatrice et assez silencieuse.

          Et d’ailleurs, il y a plusieurs personnes qui m’ont fait la remarque dans la famille que j’avais des grands yeux, j’observais, je dévisageais les gens, l’environnement avec des grands yeux.

          Donc je dirais que j’étais comme ça, je suis… J’ai gardé encore ce côté introvertie et silencieux, c’est vrai que j’étais quelqu’un de très timide, c’était gênant pour moi de prendre la parole, et il y a mes professeurs au collège, au lycée qui l’avaient très bien remarqué d’ailleurs, et qui m’avaient à l’époque découragée d’aller à Paris, parce que je suis partie très tôt à Paris, mais on y reviendra sûrement dans le cadre du parcours.

          Donc ça c’est resté, mais j’étais déjà quelqu’un d’assez active.

          J’avais plein de passions, plein de choses à explorer, d’où ce terme exploratrice qu’on a mis en intitulé du podcast.

          Fred : Oui, on peut dire même hyperactive, et d’ailleurs quand j’ai fait les annonces des émissions notamment par courriel, j’ai mis « vous allez aimer découvrir Émeline Parizel notamment et son hyperactivisme », et quelqu’un a répondu « ou la détester parce que je ne fais pas la moitié de ce qu’elle fait ».

          Émeline : Ah mince !

          Fred : Donc ça m’a fait beaucoup rire cette remarque-là, mais on va évidemment en parler.

          Alors avant de parler de Paris, on va revenir un petit peu avant, tes 15 premières années tu les as passées en Lorraine, et une question assez traditionnelle, c’est à l’époque quand tu étais plus petite, enfant, quel métier tu envisageais de faire ?

          Émeline : C’est génial comme question, parce que quand j’étais petite je voulais être vétérinaire équin, vétérinaire pour les chevaux en particulier, parce que ma passion de l’époque c’était les chevaux.

          Et quand j’avais 8 ans, donc en 1998, j’avais fait remplir un carnet à tous mes camarades de classe.

          C’est un carnet où il y a des questions du style « qu’est-ce que tu aimes ? », « quelle est ta couleur préférée ? », « quel est ton animal préféré ? », et dans cette liste de questions il y a « qu’est-ce que t’aimerais faire comme métier plus tard ? ».

          Et donc j’ai retrouvé ce carnet, et dans les statistiques, donc sur les 30 élèves de ma classe, enfin de camarades d’école au primaire, la moitié voulait devenir soit vétérinaire, soit instituteur ou institutrice.

          Fred : La moitié vétérinaire, c’est bizarre quand même !

          Émeline : Vétérinaire ou instituteur, instituteur, institutrice.

          Et après, il y avait des métiers plus originaux, comme éleveuse de dauphins, pompier…

          Donc c’était marrant de voir un peu les métiers qu’on voulait faire à l’époque, et à cette époque-là, donc moi je voulais être vétérinaire équin, et spoiler, je suis ingénieur en informatique, et par contre, mon frère et ma sœur, donc je suis triplée, mon frère à cette époque-là avait rempli dans le carnet qu’il voulait être forestier, et aujourd’hui il est ingénieur en agroforesterie, et ma sœur avait rempli qu’elle voulait être violoniste, et elle est aujourd’hui professeure de violon au conservatoire de Tours.

          Donc je trouve ça assez fascinant, les personnes qui, dès l’âge de 8 ans, ont déjà un petit peu cette fibre et savent ce qu’elles vont faire plus tard, et je pense que quand on a une passion très tôt, ça revient nous chercher un peu plus tard quand on cherche notre voie.

          Fred : On reviendra sur la partie ingénieure informatique, mais néanmoins, dans ta passion des chevaux, très tôt, tu me dis avoir créé une communauté virtuelle, un site web, autour des chevaux, à quel âge ?

          Émeline : Je pense que c’était en arrivant au collège, peut-être juste avant.

          Fred : Donc vers 10-11 ans ?

          Émeline : Oui, c’est ça.

          Fred : Donc dans les années 2000, à peu près ?

          Émeline : Oui, complètement, on avait été inscrits à une colonie de vacances, ça se faisait encore à l’époque, je ne sais pas si ça se fait encore, et elle était sur le thème de l’informatique.

          Et donc l’objectif était de terminer cette colo en ayant créé notre adresse email sur le site La Poste, à l’époque, et on a donc créé son adresse email, non sur iFrance, sur iFrance, l’adresse mail, et en dessous, je vois qu’il y a le lien « Créer son site internet ».

          Et je n’ai pas osé cliquer dessus pendant la colo, mais une fois rentrée chez moi, un peu fébrile, je décide de cliquer sur ce lien pour savoir ce qu’il y a derrière.

          Et donc s’ouvre à moi, c’est mon premier pas dans le monde du web, donc je crée mon site internet, EquiWorld, que j’avais appelé EquiWorld, donc sur les chevaux.

          Il y avait des présentations du monde du cheval, comment passer ses galops, quels équipements.

          Et j’avais donc aussi, quelques années plus tard, créé une communauté virtuelle, une écurie virtuelle, où j’avais rassemblé des personnes qui voulaient, qui pouvaient, c’est l’équivalent d’un tamagotchi, en fait, qui pouvaient acheter virtuellement un cheval, l’élever, acheter du matériel, passer des concours.

          Voilà, donc tout ça, c’était géré manuellement.

          J’avais une centaine d’inscrits et d’inscrites à l’époque, avec un forum de discussion, tout ce qu’il y a de plus classique.

          Et je gérais tout ça à la main après mon collège, après mes heures de cours.

          Fred : D’accord, donc c’était pendant le collège, donc tu étais encore mineure.

          Mais bon, question peut-être un peu bête, mais tes parents étaient au courant de ce que tu faisais ?

          Émeline : Oui, ils étaient au courant.

          On se partageait la box, à l’époque, c’était le forfait data, forfait Internet limité, comme on était trois.

          Donc, chacun avait son temps le soir après l’école.

          Et donc, quand j’avais mon temps, je me précipitais sur la gestion de mon site Internet.

          Et plus tard, mon père m’a acheté un hébergement, m’a acheté Dreamweaver aussi.

          Fred : Donc c’est un logiciel pour créer des sites Internet ?

          Émeline : Un logiciel pour créer des sites Internet.

          Et je m’amusais à chercher, alors il est toujours en ligne sur WebArchive, et on retrouve du coup des anciennes versions du site, avec des gifs animés dans tous les sens, j’avais mis des codes JavaScript, des petits codes pour faire des animations musicales et autres.

          Le web des années 2000, vraiment !

          Fred : Avec des gifs animés, des petits chats ?

          Émeline : C’est ça, des chevaux animés, des gifs animés de chevaux.

          Fred : Et le premier que tu as fait, quand tu parles que tu as cliqué sur le lien, derrière c’est un outil qui te permettait de créer un site web facilement, sans connaissances techniques, c’est ça ?

          Émeline : Oui, en fait, on crée comme Word aujourd’hui, on saisit du texte, on saisit des images et simplement on fait des liens entre ces pages.

          Il n’y a pas de question de bases de données, c’est très simple, c’est très accessible.

          Et donc, on travaille en mode brouillon, c’est non publié au départ, et j’étais un peu fébrile au moment de cliquer sur publier, et puis ensuite je ne savais pas comment accéder à mon site parce qu’il était publié, mais je ne connaissais pas l’URL, je ne connaissais pas tout ça.

          Fred : Tu ne connaissais pas l’adresse publique ?

          Émeline : Je ne savais pas comment y accéder.

          Et je me rappelle avoir cherché EquiWorld sur un moteur de recherche, et j’étais tombée sur une vraie marque, et je regarde, et j’étais super excitée, mais je me dis mais ce n’est pas mon site, ce n’est pas moi qui ai fait ça, c’est bizarre !

          Jusqu’à ce que je finisse par trouver l’URL en .ifrance, .je-sais-pas-quoi, et que bon, voilà, c’était un site tout gris avec du texte et quelques images, quoi, mais c’était…

          Fred : D’accord, mais ça a été peut-être la première fois que tu avais finalement des contacts avec des gens qui partageaient une passion commune, en l’occurrence donc les chevaux, et qui te contactaient sur ce forum, donc ?

          Émeline : Oui, exactement, qui me contactaient, qui s’inscrivaient à l’écurie virtuelle, moi je gérais la monnaie virtuelle, tout ça.

          Fred : Ah, il y avait une monnaie virtuelle aussi ?

          Émeline : Il y avait une monnaie virtuelle, évidemment, des écus, et je faisais des concours, des concours de poèmes, par exemple, sur les chevaux, et je me rappelle que tous les poèmes, et au début, il n’y avait personne qui participait, et puis comme d’habitude, c’est 24 heures avant la date limite que je reçois tous les poèmes, donc en fait, j’ai quand même eu pas mal de suggestions de poèmes, et donc je fais mon choix, je les lis tous avec attention, et je retiens le poème qui me semble le plus beau, qui me parle le plus, et donc, je le publie, et j’appelle le gagnant ou la gagnante à se manifester pour que je lui envoie un cadeau, je sais plus, ça devait être un poster de cheval, et là, je reçois un email de ma grande tante, qui m’écris et qui me dit : « tu sais, Émeline, sur Internet, on ne dévoile pas son identité, c’est moi qui ai écrit ce poème », et voilà, enfin, et donc là, honnêtement, je prends une claque.

          Fred : C’est-à-dire qu’elle avait fait ça exprès pour te montrer les dangers potentiels, non ?

          Émeline : Non, je pense que c’était vraiment dans l’intention de participer, mais elle pensait pas du tout être sélectionnée, et du coup, moi, j’apprends un peu à mes dépens, c’est difficile à vivre à ce moment-là, parce que j’ai une dizaine d’années et que je suis en colère contre ma grande-tante qui ne m’a pas dit que c’était elle, et je ne comprends pas la démarche.

          Et en fait, aujourd’hui, je comprends aussi cette envie, cette volonté de garder l’anonymat quand on participe à des concours ou qu’on publie, enfin voilà, Internet, c’est une grande bulle et on n’est pas obligé de tout mettre en ligne.

          Fred : On n’est pas obligé, on en reparlera peut-être tout à l’heure quand on parlera des réseaux sociaux sur lesquels tu es notamment.

          Donc ça, c’est ta principale passion à l’époque, donc l’équitation, mais comme tu l’as dit en début d’émission, tu es hyperactive et dans la longue bio que tu m’as envoyée, il y avait notamment, il y avait natation, compétition, piano, flûte traversière, solfège, chorale, c’était toutes ces activités que tu faisais au moment où tu étais au collège, c’est ça ?

          Émeline : Oui, collège, lycée, en fait, il faut voir que, donc famille de trois enfants, triplés en plus, on a progressé en même temps, nos parents nous ont inscrits à toutes les activités en même temps.

          Fred : Ils faisaient ce qu’on appelle les taxis ou l’hélicoptère, ils vous déposaient partout.

          Émeline : Exactement.

          Merci papa, merci maman.

          Et donc, ils nous ont accompagnés, on a tous les trois fait du judo, par exemple, on a tous les trois fait des cours d’allemand, on a tous les trois fait, etc., etc. jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il y a certains sports ou certaines activités qui ne plaisaient pas à tout le monde et donc on s’est spécialisé et c’est là que moi, j’ai été inscrite à la natation, puis l’équitation et puis on a tous les trois été musiciens, on a eu la chance de faire tout ça et c’était en parallèle, oui, parce que j’avais des facilités à l’école.

          Fred : D’accord.

          Émeline : Et je m’ennuyais, je m’ennuyais et en rentrant des cours, ce n’était pas possible pour moi de ne rien faire, enfin, j’avais besoin de ça.

          Fred : D’accord.

          Et donc, tu dis que tu avais des facilités à l’école, c’est-à-dire que tu suivais quelle filière à l’époque au lycée ?

          T’étais déjà dans une filière scientifique au lycée ou pas ?

          Émeline : J’étais dans une filière scientifique, mais il y a donc quand même une coupure au lycée puisque je suis partie à 15 ans à Paris, donc j’ai fait la première année de lycée en Moselle, j’ai préparé un bac Abibac, donc un bac franco-allemand, on a tous les cours d’histoire-géo qui sont en allemand, c’est dans l’objectif d’avoir un baccalauréat bilingue et à l’issue de cette, enfin pendant cette année de seconde, j’ai préparé un dossier pour intégrer un lycée à Paris, j’ai été acceptée sur dossier et donc en classe de première, j’ai fait ma première et ma terminale dans un lycée parisien.

          Fred : Pourquoi ce choix de Paris ?

          Parce que c’était à Paris qu’il y avait ce qui t’intéressait, qu’il n’y avait pas ça en Moselle ?

          Émeline : Non, à cette époque-là, je me rappelle une discussion avec ma mère qui me dit justement la fameuse question « qu’est-ce que tu veux faire plus tard » ?

          Qu’on se repose régulièrement, et là je ne voulais plus être vétérinaire équin, même si j’aimais toujours les chevaux, et je me disais je vais peut-être faire de la recherche, peut-être quelque chose dans le milieu scientifique en tout cas, et donc le milieu scientifique, on se dit une classe préparatoire scientifique, ça ouvre le maximum de portes, donc il faut faire une classe prépa.

          Fred : Ok.

          Émeline : Sauf qu’il y a des lycées qui préparent à la prépa.

          Et donc ça, ma mère le savait, et elle me dit : « Émeline, si tu veux faire une classe prépa et que tu vas avoir le maximum de chances, le mieux, c’est de faire ce fameux lycée qui prépare à la prépa », et donc elle me propose à ce moment-là de rejoindre un lycée à Metz, en internat, où est déjà ma sœur, parce qu’elle faisait déjà un cursus spécialisé en violon, donc elle avait des cours adaptés, ou de rejoindre Paris.

          Et sur le coup, je lui dis, bah Paris.

          Fred : Et pourquoi Paris ?

          Paris t’intéressait, ou c’est parce que simplement c’était les lycées les plus côtés, entre guillemets ?

          Émeline : Non, je pense que c’était pour me démarquer, pour pas rejoindre forcément le lycée de ma sœur, parce qu’on avait tous les trois grandi ensemble, et c’était un moment où on avait peut-être besoin chacun d’un peu d’indépendance.

          Fred : Vous étiez des triplés fusionnels ?

          Émeline : On n’a jamais été fusionnels, mais on a toujours été très complices.

          Fred : Parce que moi j’ai des potes, ils sont jumeaux, ils peuvent pas se séparer, ils travaillent ensemble aujourd’hui.

          Émeline : Non, mais c’est vrai qu’on a fait tout le collège ensemble, bon au lycée, on était dans trois lycées, du coup quand je suis partie à Paris, on était dans trois lycées différents, dans trois villes différentes, et on a passé notre bac dans trois lycées différents.

          Mais donc voilà, Paris, la capitale, il y avait donc ma grande-tante, la fameuse, qui pouvait m’accueillir le week-end quand je rentrais pas chez mes parents, et la semaine, j’étais en foyer de jeunes filles, donc foyer de jeunes filles mineures, j’ai moins de 18 ans, les lycées, les grands lycées parisiens à cette époque, je sais pas si ça a changé, n’ont que des internats pour garçons.

          Et donc, à ce moment-là, je suis dans un foyer pour jeunes filles, donc un couvent en fait, la semaine, et le week-end, je suis obligée de quitter le foyer et de rejoindre soit mon grand-oncle et ma grande-tante à Paris, soit de prendre le train et de retourner en Moselle.

          Fred : D’accord, d’accord.

          Dans l’hyperactivisme que tu avais juste avant, avant le lycée, on va revenir sur Paris juste après, parce que je sais qu’il y a des gens ici qui veulent qu’on parle de vélo un petit peu, et qui se disent, mais comment Émeline Parizel a découvert le vélo, est-ce que c’est tardivement ou est-ce qu’elle l’a découvert plus tôt ?

          Et je crois qu’en fait, tu as découvert le VTT avec ton père et ton frère et ta sœur, c’est ça ?

          Émeline : Exactement.

          Fred : Et c’était vers quelle époque ?

          Émeline : Le vélo, j’ai eu un vélo à roulettes, donc très, très tôt, je me rappelle le jour où il nous a enlevé les petites roulettes, justement, il faut trouver son équilibre.

          Donc très, très tôt, mais effectivement, les VTT, j’ai cette image de trois VTT qui nous attendent au pied du sapin à Noël.

          Et donc, c’était le début des balades en forêt, des chemins avec les bosses.

          Mais il faut dire que moi, à cette époque-là, j’étais toujours la dernière.

          J’avais peur, j’étais cramponnée aux freins, je n’aimais pas la vitesse, je m’essoufflais, mon père me poussait carrément dans les montées, j’étais toujours la dernière.

          Donc, je ne suis pas tombée dans la marmite quand j’étais petite.

          Fred : Mais ton père était VTTiste ou pas ?

          Émeline : Il était cycliste, oui, c’était des sorties du dimanche.

          Fred : D’accord.

          Ça dépend lesquelles, parce qu’il y a des gens qui font des sorties du dimanche à 50 kilomètres et d’autres qui font du 200, 250.

          Émeline : J’avoue que je ne lui ai pas demandé, il faudrait que je lui demande.

          C’était des sorties à la matinée, enfin voilà, avec un groupe de cyclistes.

          Fred : D’accord, et vous habitiez donc pas loin d’un endroit où vous pouviez faire du VTT, en fait ?

          Émeline : Oui, exactement.

          Fred : D’accord.

          Émeline : Et donc, mon papa qui m’a dit récemment, c’est curieux quand même cette révélation tardive du vélo, parce que c’est revenu beaucoup plus tard.

          J’ai arrêté en partant à Paris, évidemment, je pense que j’en faisais déjà plus beaucoup au collège et j’ai repris quand Vélib est arrivé pour mes déplacements du quotidien.

          Je pense que dans les années 2005, 2007, quelque chose comme ça.

          Alors, je n’ai peut-être pas commencé la première année d’existence de Vélib, mais peut-être en école d’ingénieurs.

          Fred : Et donc, à ce moment-là, le vélo, c’est uniquement un moyen de déplacement.

          Émeline : C’est pas un loisir.

          Et ça devient un loisir pour moi, mais très, très récemment, en 2021, donc juste après le confinement, je fais mon premier voyage à vélo avec des amis.

          Fred : Et ça, on en parlera tout à l’heure, on est sûr que les gens qui s’intéressent qu’au vélo vont rester.

          Non, je blague.

          Je blague.

          Ah d’ailleurs, j’en profite parce qu’avant d’oublier que tu interviendras bientôt dans l’émission Rayons Libres sur Cause Commune, qui est justement une émission consacrée au vélo qui dure une demi-heure, donc qui est diffusée le lundi de 14h30 à 15h avec Jérôme Sorrel.

          On a commencé à en discuter, donc il n’y a pas de date pour l’instant, mais en tout cas, c’est prévu que Émeline revienne pour parler que de vélo avec Jérôme.

          Donc là, tu arrives à Paris, t’as une quinzaine d’années pour faire une classe prépa, pour devenir ingénieure.

          Donc, tu intègres une école d’ingénieurs ?

          Émeline : J’intègre une école d’ingénieurs sur concours, donc l’école d’ingénieurs Télécom Paris.

          Et là, retour aux sources, parce que ce fameux site web que j’avais créé sur les chevaux à 10 ans, il n’y a rien dans mon parcours qui me prédestinait à faire une école d’informatique, puisque j’ai fait justement cette classe prépa qui m’ouvrait le maximum de portes.

          Mais il se trouve que dans mon classement des écoles, eh bien, j’avais très bien classé Télécom Paris et j’ai eu la chance d’avoir le classement suffisant pour intégrer cette école.

          Fred : C’est dans le 13e Télécom Paris, c’est ça ?

          Émeline : C’était dans le 13e.

          Maintenant, ça rejoint le plateau de Saclay.

          Mais à l’époque, oui, c’était rue Barreau, dans le 13e arrondissement.

          Fred : Est-ce que tu as été confrontée à des problèmes de genre dans tes études ?

          Parce qu’en études informatiques, très masculin, on va dire, très, très masculin.

          Est-ce que tu as été confrontée à des problèmes ou au contraire, pas du tout ?

          Émeline : En fait, c’est même avant Télécom Paris, parce que Télécom Paris, il devait y avoir 15% de filles dans la promo, une quinzaine de filles pour 100 élèves.

          Et avant ça, la classe préparatoire que j’ai faite, ce n’est pas une classe prépa très féminine, puisque c’était la classe physique, techno, PT, PTSI, PT*, physique, technologie, sciences de l’ingénieur, qui est, qui prépare à l’école des arts et métiers.

          En gros, c’est la voie royale pour les arts et métiers.

          Donc, c’est des métiers très manuels, très techniques où on fait du tournage, du fraisage.

          J’ai appris à faire du moulage, du tournage, du fraisage, du dessin industriel pendant deux ans.

          Et dans cette classe prépa, on était trois filles sur 40, donc déjà très, très masculin.

          Et c’est marrant parce que ça n’a jamais été un sujet pour moi, mais vraiment, j’ai jamais conditionné mon parcours à des questions de genre.

          Et inversement, plutôt dans la continuité de ce que je dis, mon frère, donc toujours triplé, lui, il a choisi une filière très féminine.

          Il a fait bio pour son parcours en agroforesterie.

          Donc voilà, on ne s’est jamais dit, on n’a jamais été intimidé par les questions de genre.

          Fred : D’accord.

          Mais tu n’as pas eu de problème.

          Émeline : Et je n’ai pas eu de problème.

          Fred : Parce que c’était dans les deux sens, en fait.

          Émeline : Télécom Paris, c’est une école, je ne peux parler que de cette école que j’ai fréquentée.

          Je trouve que c’est une école très bisounours.

          On se nomme comme ça, on se nomme les bisounours, alors le mot est galvaudé depuis, mais très bienveillante.

          Il y a un vrai soin, je me suis toujours sentie bien considérée, même chouchoutée, en fait.

          Fred : D’accord.

          Ça ne m’étonne pas trop, je connais quelques profs de Télécom Paris, on en parlera peut-être tout à l’heure, off, si tu les as connus, mais d’accord, donc tu obtiens ton diplôme.

          Émeline : Oui.

          Voilà.

          Fred : Et donc tu te lances dans le grand bain, c’est ça ?

          Tout de suite ?

          Ou sachant que tu es hyperactive, peut-être, je me dis, peut-être qu’elle va faire un tour du monde, une année de césure, je n’en sais rien.

          Émeline : Alors, à cette époque-là, quand je suis arrivée à Paris, j’ai arrêté toutes mes activités à côté du lycée, j’avais tout arrêté.

          Fred : Par choix ou parce que c’était trop compliqué de faire les deux ?

          Émeline : Par choix.

          Par choix, la première année, je me suis dit j’ai suffisamment de choses qui se bousculent dans ma vie, on va déjà reprendre mes marques et par contre, je me suis réinscrite au conservatoire en terminale.

          J’ai repris le piano et j’ai présenté l’option musique au bac, donc là, je n’avais pas de piano, mais je m’entraînais dans le piano du lycée.

          Donc, voilà, j’avais commencé déjà à reprendre un peu des activités à cette époque-là.

          Et après, l’école d’ingénieurs, on a une vie associative très riche, on peut faire plein de choses.

          Il y a plein d’associations de sport, d’étudiants, qui ouvrent à plein de choses le forum des télécoms et donc, je me suis un peu perdue dans ce que je voulais dire.

          Fred : Là, tu parles des activités extérieures, peut-être que tu allais faire à travers les associations de Télécom Paris ?

          Émeline : Oui, oui.

          Ta question, c’était sur est-ce que je me suis lancée dans le grand bain tout de suite.

          Fred : Oui, c’est ça.

          Émeline : Dans mon parcours à Télécom Paris, j’ai fait une année de césure, donc un an consacré à des stages, un stage en conception de design innovant chez Orange et un autre stage en gestion de projets culturels, en multimédia chez Lord Culture.

          Ça, c’était deux fois six mois et ma dernière année, je l’ai faite en partenariat avec une école de commerce.

          Donc, après mon diplôme, je suis…

          Fred : C’était pour découvrir différents environnements ?

          Émeline : Oui, exactement.

          J’avais choisi volontairement de faire une filière technique à Télécom parce qu’à Télécom, on peut faire de la finance, on peut faire de l’entrepreneuriat, on peut faire plein de choses.

          Moi, je me disais, c’est quand même dommage d’avoir intégré une école d’ingénieurs pour ne pas mettre les mains dans le cambouis.

          Donc, j’avais choisi un parcours interface homme-machine et images 3D où on apprend à coder en C, en C++, en tout ce qu’on veut, donc des langages informatique, je me précise.

          Fred : T’es l’invitée parfaite parce que tu précises tout de suite les mots clés que les gens pourraient ne pas connaître.

          Émeline : Et donc ensuite, une dernière année en partenariat avec une école de commerce pour avoir une vision plus managériale peut-être, plutôt plus business et ça me permet ensuite d’être assez bien outillée pour me lancer dans un métier de gestion de projet, donc cheffe de projets web.

          J’ai exercé ce métier directement à la sortie d’école et c’est ce que je suis toujours aujourd’hui.

          Fred : D’accord.

          Ça nous fait une transition.

          On va faire une pause musicale avant d’aborder cette deuxième partie.

          Par contre, je vais te demander, je ne t’ai pas prévenue, mais peut-être si t’as envie d’expliquer le choix des pauses musicales, tu vas choisir la première, laquelle tu veux des deux.

          Émeline : Le Roi et l’Oiseau.

          Fred : Pourquoi le Roi et l’Oiseau?

          Émeline : C’est le générique du film Le Roi et l’Oiseau, qui est un film que j’ai découvert par ma grande-tante et mon grand-oncle quand je suis allée à Paris.

          Il se trouve que j’ai revu ce dessin animé très récemment à un ciné-concert à Metz en famille.

          C’est un très beau film d’animation et la musique est juste sublime.

          Fred : D’accord.

          Écoutez, on va écouter le générique du Roi et l’Oiseau, on se retrouve dans 2 minutes 40.

          Belle soirée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

          [ Diffusion de la pause musicale ]

          Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.

          Fred : Nous venons d’entendre le générique du Roi et l’Oiseau.

          Vous écoutez l’émission Chemins de traverse, je suis toujours avec Émeline Parizel.

          N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46.

          Je répète 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.

          J’en profite pour saluer les personnes qui sont déjà sur le salon et notamment Dimitri Régnier qui dit « pas l’habitude de passer une soirée en compagnie d’une radio de Paris mais c’est pas désagréable » comme quoi les radios parisiennes valent les radios nantaises parce que je crois me souvenir,sauf erreur de ma part, mais il me corrigera, Dimitri habite Nantes qui est une très belle ville, j’y étais récemment en famille.

          Alors nous allons continuer, juste avant la pause musicale, on en est arrivé un petit peu à la fin de tes études et là tu allais te lancer dans ce qu’on appelle la vie professionnelle et donc de cheffe de projets web et donc ta première entreprise ou structure dans laquelle tu as rejoint c’est laquelle ?

          Émeline : J’ai rejoint une agence de communication digitale qui s’appelle Adveris.

          Fred : C’est quoi une agence de communication digitale ?

          Émeline : C’est une agence qui crée des sites internet et des dispositifs numériques on va dire au sens large pour promouvoir une personne, une marque, une organisation sur internet.

          Fred : D’accord.

          Et tu es rentrée parce que tu visais spécifiquement cette entreprise ou parce que tu as passé plusieurs entretiens ici et là ?

          Émeline : C’est la première entreprise dans laquelle j’ai trouvé un CDI en tant que cheffe de projets web.

          À ce moment-là j’étais stagiaire donc je faisais un nouveau stage en attendant de trouver un CDI dans une agence de publicité pour le coup et voilà j’ai mis fin à ce stage puisque c’était un argument suffisant le fait d’avoir signé son premier contrat.

          Ils ne m’ont pas retenue, ils m’ont laissé interrompre le stage et rejoindre ma première entreprise.

          Première entreprise dans laquelle je suis restée sept mois et j’ai ensuite rejoint l’entreprise dans laquelle j’exerce toujours, donc Klee Group, une entreprise de services numériques et je viens de fêter mes dix ans dans cette entreprise, ce qui est beaucoup dans la tech.

          En général on change beaucoup plus, tous les deux, trois ans peut-être, donc parfois je me dis que je suis en train de prendre racine mais en réalité j’ai beaucoup d’intérêt pour mes clients, pour mes projets, j’apprends toujours, donc je m’épanouis professionnellement.

          Klee Group c’est une entreprise de services numériques, c’est une entreprise qui conçoit et qui développe des applications métiers, des logiciels on va dire, des logiciels.

          Elle a plusieurs entités, moi je suis dans la partie agence web donc vraiment création de sites internet, sites intranet, solutions mobiles pour différents clients.

          Il faut savoir qu’on n’est pas mobilisé chez un client à long terme comme on peut appeler ça de la régie, on est tous et toutes sur plateau dans des équipes projet et par contre on va se déplacer chez nos clients pour animer des ateliers par exemple pour les rencontrer, mais on a quand même un sentiment d’appartenance à cette entreprise, pas à nos clients.

          Fred : D’accord, oui parce que souvent dans l’informatique quand on est en régie comme tu le dis c’est qu’on est détaché en clientèle et des fois ça peut durer des mois voire des années.

          Émeline : Exactement.

          Fred : Ayant travaillé dans une société de service il y a fort longtemps, Capgemini, je vois bien de quoi il s’agit.

          Dans la traduction tout à l’heure on a dit que tu étais cheffe de projet web et facilitatrice graphique.

          Alors autant cheffe de projet web, je vois ce que c’est et finalement les gens qui nous écoutent doivent voir ce que c’est, c’est en gros tu pilotes des projets et des équipes pour créer des sites web pour tes clients.

          Émeline : Oui exactement.

          Fred : Est-ce que tu continues à coder ou pas ?

          Tout à l’heure au début tu disais que tu avais commencé à coder quand tu faisais de l’interface graphique et puis de l’image 3D, donc là aujourd’hui tu ne codes plus c’est ça ?

          Émeline : Je ne code plus aujourd’hui.

          Fred : D’accord, donc tu pilotes des équipes de développement ?

          Émeline : De développeur, d’ergonomes, de directeurs, directrices artistiques, d’intégrateurs, tous les métiers du web qui gravitent autour d’un projet web.

          Je suis un peu le chef d’orchestre pour prendre la métaphore de la musique, pour mettre en musique toutes ces compétences et aboutir à la réalisation de ces projets.

          Fred : Et donc facilitatrice graphique, par contre, qu’est-ce que c’est ?

          Émeline : Donc la facilitation graphique, c’est l’utilisation du dessin pour faire passer des messages ou pour synthétiser des idées, c’est le visuel au service des idées.

          Donc ce n’est pas de l’art dans le sens où on peut très bien utiliser des bonhommes bâtons pour faire de la facilitation graphique, l’essentiel c’est comment on va représenter des concepts de manière visuelle.

          Il y a plein de termes autour de la facilitation graphique, on peut parler de sketchnoting, on peut parler de scribing.

          Le terme facilitation graphique pour moi, c’est celui qui est le plus facilement compréhensible du grand public parce qu’il y a graphique dedans et il y a facilitation.

          Mais dans la facilitation graphique, ce qu’on sous-entend, c’est être immergé au sein d’un groupe et amener ce groupe à évoluer grâce au dessin.

          On a une posture active dans le groupe et en réalité, moi ce que je pratique, ce n’est pas tant la facilitation graphique que les autres disciplines que j’évoquais, le sketchnoting ou le scribing, où on est en retrait du groupe et on va capter les messages, les idées qui se disent dans une conférence, une table ronde, on pourrait très bien faire le sketchnote de ce podcast et donc le restituer à la fin sous la forme d’une planche visuelle de synthèse, dessinée.

          Fred : Je ne sais pas si tu connais cette conférence MiXiT qui a lieu à Lyon, il y a effectivement ce genre de choses pour les conférences et après, ils mettent ça sur les murs au fur et à mesure et c’est vachement bien.

          En tout cas, je conseille toutes les personnes qui s’intéressent à la technologie et puis aussi aux aspects inclusion, MiXiT qui est une conférence qui a lieu à Lyon en avril.

          Je n’ai pas les dates en tête, mais vous allez sur mixitconf.org et c’est vraiment un super événement et justement, il y a des gens qui font ce genre de choses.

          Émeline : Oui et l’appel à candidatures est ouvert en ce moment jusqu’à janvier.

          Fred : Jusqu’à janvier et pour acheter des billets parce que c’est un événement payant, ça sera à partir de janvier, il y aura deux dates parce qu’avant, ils faisaient une loterie mais là aujourd’hui, il y aura deux dates, une à 13h en journée et une en soirée.

          En tout cas, c’est un événement où j’ai été déjà deux fois et franchement, c’est un événement formidable.

          Comment est-ce qu’on en vient à la facilitation graphique quand on est cheffe de projet web ?

          Ça, c’est la prochaine question.

          C’est vrai que dans ton parcours pour l’instant, tu n’en as pas parlé de ça.

          Où est le lien ?

          Émeline : Tout simplement parce qu’en 2018, il y a eu une formation à laquelle j’ai été inscrite d’office dans mon entreprise, animée par des facilitateurs graphiques et donc on avait deux jours de formation pour apprendre à maîtriser un peu ces techniques-là.

          Et ça a été une révélation pour moi, il y a le côté créatif qui m’a énormément plu et c’est vrai que le côté créatif, il me manquait un peu dans mon quotidien et donc, c’était une manière de me réexprimer de manière créative et donc, j’ai développé une offre au sein de l’entreprise et maintenant, je fais des facilitations graphiques ou de ce genre de missions pour des acteurs du secteur culturel notamment, qui font pas mal appel à moi quand ils ont des événements, des conférences, des tables rondes.

          Parce qu’on apprend à maîtriser tout un vocabulaire finalement qu’on doit restituer de manière visuelle.

          Donc, on se crée notre bibliothèque visuelle. Et j’avais eu la chance aussi de participer au meet-up – alors un meet-up, c’est un rassemblement de personnes au sujet d’une thématique commune.ça peut être une thématique professionnelle ou personnelle, en l’occurrence, là, c’était un meet-up de dessin – qui s’appelle la Gribouille Académie.

          La Gribouille Académie, sa mission, c’est de t’apprendre, de vous apprendre avec vos talents à mettre en image des concepts, c’est vraiment de l’initiation à la facilitation graphique.

          Donc, j’ai participé à ce meet-up pendant un an.

          Je l’ai rejoint ensuite en tant que co-animatrice et aujourd’hui, je n’en fais plus partie, mais je suis très liée avec un des co-organisateurs de ce meet-up et c’est lui qui a réalisé les illustrations pendant mon voyage à vélo.

          Dont on va parler tout à l’heure, mais je fais les liens déjà.

          Fred : Très bien, très bien.

          Effectivement, j’ai vu les illustrations et je crois même qu’il y a un livre qui va sortir, c’est ça ?

          Émeline : C’est un projet.

          Fred : C’est un projet de livre, d’accord, on ne spoile pas, mais bon, on va en parler tout à l’heure.

          Là, tu parlais effectivement de la formation que tu as eue au sketchnoting dans le cadre de…

          Attends, il y a une question sur le salon web, je vais la poser directement.

          C’est Dimitri qui demande « la facilitation graphique t’a-t-elle donné envie de continuer à dessiner ? »

          Émeline : Oui.

          En fait, il y a une frustration dans la facilitation graphique qui peut être que ce n’est justement pas du dessin artistique.

          Souvent, on a très peu de temps pour mettre en image…

          Fred : Il faut aller vite.

          Émeline : Voilà, il faut aller très vite, surtout quand c’est vraiment fait pendant que la personne parle.

          Et d’ailleurs, on dit souvent : « si le speaker est mauvais, ça se voit sur le dessin », parce que si le discours n’est pas structuré, la planche, elle va être complètement destructurée aussi.

          Et donc, il y a cette frustration de toujours faire appel aux mêmes pictos, aux mêmes facilités de dessin et c’est presque pas du dessin finalement.

          Moi, j’aimais bien dessiner quand j’étais petite et aujourd’hui, à travers des carnets de voyage ou des missions où j’essaye de réintroduire du dessin plus artistique, j’essaye de trouver un équilibre entre les deux.

          Fred : D’accord.

          Alors, je précise, n’hésitez pas, si vous avez des questions ou si vous voulez réagir, vous pouvez venir sur le salon web, c’est le site causecommune.fm, bouton de chat, salon Chemins de traverse.

          Donc, juste avant, tu parlais de ta formation en sketchnoting dans le cadre de l’entreprise Klee Groupe.

          Est-ce qu’il y a eu d’autres formations qui t’ont amenée vers une évolution de carrière ou peut-être sur des engagements ?

          Émeline : Oui, il y en a eu deux.

          La même année, j’ai été formée à la prise de parole en public.

          Fred : D’accord.

          Émeline : Ça a été un moment incroyable.

          C’était 2018, donc c’était avant mon premier TEDx, pas en tant qu’oratrice, mais on y reviendra.

          Formation à la prise de parole en public qui m’a quand même donné des clés, je pense, pour m’exprimer, être à l’aise sur scène, être à l’aise en conférence.

          Fred : Avant ça, est-ce que tu faisais déjà des interventions, je suppose, pour tes clients peut-être ?

          Émeline : Oui, pour les clients.

          J’ai un métier qui est très au contact d’autres personnes.

          Je pense que j’animais déjà des conférences sur des salons pour l’entreprise, des conférences thématiques sur mon métier ou sur nos activités.

          Donc, j’avais déjà une certaine aisance, en tout cas, ça se développe, parce que j’avais dit quand j’étais petite, j’étais très timide et très silencieuse.

          Et je pense que le théâtre aussi m’a beaucoup aidée à m’exprimer.

          Fred : Mais tu n’avais pas dit que tu faisais du théâtre ?

          Émeline : C’est vrai.

          Il y a probablement plein de choses que je ne dirai pas, qu’on oubliera.

          Mais donc, la formation à la prise de parole qui m’aide encore aujourd’hui, je pense, et une autre formation qui est une formation au numérique responsable.

          Fred : C’est en quelle année ça ?

          Émeline : Donc, ça, c’était en 2021, je crois.

          Fred : D’accord, c’est récent.

          Émeline : En 2022.

          Fred : Ok, relativement récent.

          Émeline : Donc, très récent.

          Je peux développer un peu le sujet ?

          Fred : Bien sûr. Ça va nous permettre de faire le lien avec tes engagements, en fait.

          Émeline : Ok.

          C’est une formation qui a été donnée, donc encore une fois, au sein de mon entreprise, c’est une formation d’une journée sur le numérique responsable.

          Fred : Qu’est-ce qu’on entend dans le numérique responsable ?

          Émeline : C’est l’impact environnemental des services numériques, mais aussi comment on utilise le numérique aujourd’hui.

          Donc, ça intègre normalement les questions d’accessibilité, de citoyenneté.

          Fred : L’impact social.

          Émeline : Voilà, l’impact social et éthique.

          Mais là, c’était très centré sur, enfin, on a vraiment étudié le côté impact environnemental du numérique.

          C’est Bela Loto qui a donné cette formation.

          C’est une personne absolument très engagée, très inspirante, passionnée par son sujet.

          Et j’ai bu ses paroles pendant une journée.

          Normalement, c’est une formation qu’elle donne sur plusieurs jours, elle l’avait condensée pour nous.

          Et je suis sortie de là assez frappée, parce qu’autant j’avais déjà une sensibilité sur la question environnementale au sens large, j’avais déjà participé à une Fresque du Climat, par exemple, mais je n’avais pas conscience que mon métier avait de l’impact, avait un impact et pouvait avoir un impact aussi négatif.

          Je voyais le web comme je le voyais quand j’avais dix ans, je le voyais comme quelque chose de créateur de lien, comme quelque chose de très positif.

          Et je ne m’étais jamais dit que le numérique avait un impact négatif.

          Et c’est là où j’ai pris conscience de tout l’impact du matériel.

          On parle de virtuel, de dématérialisation, mais en fait, il n’y a rien de virtuel ou d’immatériel.

          C’est juste que la matérialité est déplacée et c’est aussi dans ce sens-là que ça a de l’impact.

          Fred : Quand on parle, par exemple, d’informatique en nuage aujourd’hui, on a l’impression que c’est éterré, alors qu’en fait, vraiment, c’est des datacenters qui consomment beaucoup d’électricité, beaucoup d’eau pour rafraîchir les ordinateurs.

          Donc c’est effectivement plus du concret.

          Émeline : Là, c’est si on parle d’usage, mais il y a aussi toute la partie fabrication quand on raisonne ensemble du cycle de vie.

          Enfin bon, j’ai un déclic sur le côté, mince, mon activité professionnelle aussi, en fait, elle est à remettre en question sous ce prisme-là.

          Et en fait, bizarrement, ça me fait prendre conscience de… Je ne sais pas trop comment m’expliquer.

          Je pense que j’ai le fameux choc émotionnel que la Fresque du Climat essaie de déclencher chez les gens.

          Je l’ai à ce moment-là.

          Fred : Précise ce que c’est que la Fresque du Climat.

          Parce que peut-être les gens ne connaissent pas.

          Émeline : La Fresque du Climat, c’est un atelier collaboratif de trois heures où on se met autour d’une table et à l’aide d’un jeu de cartes, on va dérouler ensemble l’impact environnemental des activités humaines.

          Donc c’est un jeu plutôt scientifique, mais qui est grand public.

          Il y a une version junior du jeu d’ailleurs, donc ça s’inspire des données du GIEC, donc des données scientifiques encore une fois, et ce jeu est participatif et permet de bien comprendre un peu les mécanismes qui sont en jeu. Et dans la deuxième partie de l’atelier, on fait généralement ce qui s’appelle un tour des émotions parce que c’est cette fameuse claque qu’on essaie de provoquer chez les gens.

          Ça bouleverse.

          Parfois, il y a de la colère.

          Parfois, il y a de la résignation, du déni.

          Enfin, toutes les étapes de la courbe du deuil, on peut avoir de tout.

          Et donc, ce n’est pas une fresque de solution, c’est plus une fresque de constat.

          Mais c’est vrai qu’elle est là pour créer ce déclic.

          Et moi, ce déclic, je ne l’ai pas eu pendant ma participation à la Fresque du Climat, peut-être parce que je l’avais faite en ligne et je trouve qu’en ligne, ça n’a pas le même impact qu’en présentiel.

          Je l’avais faite pendant un confinement justement.

          Et donc, à ce moment-là, ça me passe un peu au-dessus.

          Enfin, c’est des choses que je sais, mais que je ne ressens pas au point de.

          Donc, à cette époque-là, j’avais déjà commencé à diminuer ma consommation de viande, mais c’était à peu près tout ce que je faisais d’un point de vue responsabilité environnementale.

          Et cette formation au numérique responsable me touche vraiment au cœur.

          Je pense que pour la première fois, j’ai eu une discussion où je pleure sur l’état du monde, sur l’avenir, donc vraiment, vraiment émotionnel.

          Et je décide d’arrêter de prendre l’avion en cette année 2022, je décide d’arrêter de prendre l’avion.

          Et dans la foulée, en fin d’année, je me sépare de ma voiture.

          Donc ça, c’est deux engagements qui ont été assez forts.

          Fred : Et tu te remets au vélo ?

          Émeline : Et je me remets au vélo.

          Fred : Tu parlais des Fresques du Climat.

          Donc, tu as assisté à distance.

          Est-ce que cette formation t’a poussé à organiser des Fresques du Climat ?

          Parce que je crois que tu es animatrice de Fresques du Climat.

          Émeline : Oui, maintenant, je suis animatrice deFfresques du Climat.

          Fred : C’est la formation qui t’a poussé à faire ça ?

          Encore une fois, ce n’est pas dans ce sens-là que ça s’est passé.

          C’est la formation au numérique responsable qui m’a du coup donné envie de creuser ce sujet.

          Donc, je me suis formée, j’ai participé à la Fresque du Numérique, qui est la petite sœur de la Fresque du Climat, mais qui est vraiment orientée impact environnemental du numérique.

          Donc, je participe à cette fresque dans l’intention de me former à l’animation de cet atelier.

          Et dans le parcours de formation à l’animation de la Fresque du Numérique, on demande, quand on veut animer dans un cadre professionnel, on demande d’être aussi animateur de la Fresque du Climat.

          Fred : Ah bon ?

          Émeline : Oui, pour des raisons de connaissance globale du sujet, d’approfondissement.

          Aujourd’hui, je suis animatrice Fresque du Numérique dans un cadre professionnel.

          J’ai signé un agrément avec l’association où je m’engage à respecter un certain nombre de choses et notamment reverser des droits d’utilisation, puisque c’est un système sous licence.

          C’est une association qui porte…

          Fred : Oui, c’est-à-dire qu’en fait, on ne peut pas reproduire librement ce format d’événement en dehors d’avoir la licence.

          Émeline : Pour animer dans un cadre professionnel, toujours animer dans un cadre bénévole auprès de la famille, des amis.

          Fred : Mais quand tu dis dans un cadre professionnel, c’est-à-dire que tu fais ça dans des entreprises, mais c’est dans le cadre de ton activité professionnelle ou c’est en dehors ?

          Émeline : Oui, dans le cadre de mon activité professionnelle chez Klee, donc c’est aussi quelque chose que j’ai rapporté, que j’ai essayé de faire revenir chez Klee.

          Aujourd’hui, ils ont fait former d’autres animateurs, animatrices à cet atelier, mais donc je l’anime pour les collègues, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, il y a des parcours de formation en interne pour sensibiliser au sujet et je l’anime aussi en externe.

          Donc aujourd’hui, ce qu’on fait quand on a un nouveau client, c’est qu’on lui propose systématiquement dans le cadre de la réunion de lancement de lui animer gratuitement une Fresque du Climat ou du Numérique au choix.

          Et j’espère bientôt peut-être un nouvel atelier, la Bataille de la Tech, qui est portée par une autre association, Latitudes, je viens de me former à cet atelier qui est encore un autre atelier, qui est complémentaire à mon sens.

          Et pourquoi on leur propose ça ?

          Parce que du coup, c’est une manière de faire un peu de création de lien entre nos équipes projets et les équipes du client autour de valeurs communes et déjà de commencer à glisser quelques valeurs comme l’impact du projet, du service qu’ils veulent mettre en œuvre.

          Fred : En fait, si je peux me permettre, tout à l’heure, tu te posais la question pourquoi ça fait dix ans que tu restes dans cette entreprise ?

          La réponse paraît évidente.

          C’est que tu es alignée avec les valeurs, en tout cas, l’entreprise est alignée avec les valeurs.

          Vous êtes alignés et vice-versa, c’est ça en fait ?

          Émeline : Oui, complètement.

          Oui, oui.

          Fred : Alors, j’ai bien vu les questions de Dimitri sur TEDx et on va y revenir juste après, mais on va finir sur cette partie-là.

          Alors, ça me fait penser aussi que bientôt, on aura sans doute dans l’émission Laurent Wargon qui travaille dans la société de service Easter-Eggs, qui est donc à la fois informaticien, mais qui a aussi fait dans le cadre de son activité professionnelle des Fresques du Climat.

          Donc, normalement, je pense que ce sera, j’espère, en janvier ou février et j’en profite pour le saluer.

          Dans tes engagements, tu viens de parler juste de la Bataille de la Tech.

          Par contre, tu n’as pas du tout expliqué ce que c’est.

          Qu’est-ce que c’est que la Bataille de la Tech et l’association ?

          Tu as dit Latitudes, c’est ça ?

          Émeline : Latitudes, oui.

          Latitudes, c’est un collectif d’acteurs du numérique.

          C’est une association qui a été créée en 2017, je crois, et qui veut œuvrer pour un numérique au service du bien commun et elle s’appuie sur six piliers.

          Je ne vais pas forcément tous les retrouver, mais en gros, il n’y a pas que le pilier sobriété numérique.

          Ça, c’est un des six piliers, mais ils défendent aussi une vision de la tech plus diverse.

          Donc là, on est sur la mixité, la présence des femmes dans le numérique. Une tech plus accessible.

          Donc, les services numériques, c’est un droit, en fait.

          Fred : C’est en plus une obligation depuis la loi de 2005, je crois me souvenir.

          Émeline : Donc, une tech plus inclusive, plus accessible, plus engagée, plus citoyenne, plus respectueuse de l’humain.

          Voilà.

          Donc, c’est encore des axes complémentaires de la sobriété numérique.

          Pour moi, ça va au-delà.

          Ok, c’est bien de faire un numérique sobre, mais à quelles fins ?

          Parce qu’on dit qu’on peut tout faire.

          Souvent, à nos clients, on dit qu’on peut tout faire.

          C’est une question de prix, de temps, de tout ce qu’on veut.

          Avec la technologie, on peut tout faire, mais c’est pas parce qu’on peut tout faire avec la technologie qu’on doit tout faire avec la technologie.

          Fred : Et donc, l’association, elle fait quoi ?

          Elle fait de la sensibilisation ?

          Elle fait quoi, en fait ?

          Émeline : Oui, elle fait de la sensibilisation à travers des ateliers, notamment la Bataille de la Tech et la Bataille de l’IA, l’intelligence artificielle.

          Ce sont des ateliers de deux heures, aussi, avec des cartes où on va approfondir l’un de ces six piliers.

          Fred : Un peu comme les fresques, en fait ?

          Émeline : Pas tout à fait comme les fresques, mais je ne veux pas forcément rentrer dans le détail de l’animation.

          Mais sur le même principe, dans le sens où on va faire dialoguer les gens entre eux et on va les éveiller, entre guillemets, à ces sujets.

          Donc, elle sensibilise, elle mobilise les acteurs de la tech et elle propose aussi de s’engager pour soutenir des projets qui lui paraissent défendre les piliers, les six piliers dont j’ai parlé.

          Donc, par exemple, elle va mettre en contact des associations qui ont besoin de talents du numérique et des personnes qui ont des compétences et qui veulent mettre ces compétences au service du bien commun ou de services numériques qui ont du sens.

          Fred : Alors, les mettre au service professionnellement ou bénévolement ?

          Émeline : Bénévolement.

          Fred : Bénévolement, d’accord.

          Donc, ça s’appelle La Bataille de la Tech et l’association, c’est Latitudes.

          Émeline : Latitudes, oui.

          Fred : Et donc, tout à l’heure, on parlait des questions de genre et même à l’instant, la place des femmes dans les métiers du numérique.

          Tu m’as parlé aussi d’une autre association « Quelques Femmes du Numérique ».

          En fait, tout à l’heure, il y avait une question, c’était y a-t-il une activité que Émeline n’a pas faite ?

          Émeline : Oui, il y en a plein

          Fred : L’association Quelques Femmes du Numérique ?

          Émeline : C’est vrai que du coup, ça me donne l’impression de… et c’est pour ça qu’on a donné ce titre-là, je pense, au podcast, le côté exploratrice.

          Je me sens presque coupable d’avoir butiné à droite, à gauche, mais… et ça part peut-être un peu dans tous les sens, mais donc « Quelques Femmes du Numérique » c’est une autre association dans laquelle je suis bénévole, et pour le coup, on est sur le levier vraiment mixité de la tech, et c’est une association qui met en valeur des rôles modèles, des portraits de femmes dans le numérique, mais pas n’importe quelles femmes dans le numérique, des femmes qui ont des métiers techniques, en général.

          Fred : Je crois que ça va intéresser beaucoup Élise, vu que c’est un des sujets qui la passionne.

          Émeline : Et donc, on va avoir des développeuses, des intégratrices, des expertes en data science, des expertes en quantique, en big data, en je ne sais quoi, enfin vraiment des pointures, et on les met en valeur à travers des portraits photographiques qui viennent rompre les clichés, donc les stéréotypes de la tech, de cette vision très masculine, très geek.

          Vraiment, ce sont des portraits qui sont très travaillés, qui sont très beaux, et aujourd’hui on a une base de données de plusieurs centaines de femmes du numérique, avec le projet de porter l’association au niveau peut-être européen, je vais faire des petits clins d’œil à des personnes qui éventuellement nous écoutent, auprès de l’ONU, d’ONU Femmes, UNESCO, etc., pour donner plus d’ampleur à ce projet.

          Fred : D’accord

          Fred : Excuse-moi, pour terminer, l’idée c’est que peut-être, alors ça n’a pas été mon cas, parce que je ne sais pas pour quelles raisons je suis tombée dans l’informatique très petite, mais on se rend compte qu’aujourd’hui le numérique c’est à peu près 30% de femmes qui ont des métiers dans le numérique.

          Fred : Alors ça dépend dans quel domaine, parce que c’est souvent beaucoup plus bas encore.

          Émeline : Oui, et c’est un chiffre qui est en diminution, donc il y a une vraie alerte en ce moment sur le sujet, et peut-être que ça passe par des rôles modèles qui ne soient pas des rôles modèles des années, enfin du début du web, mais qui soient des personnes bien vivantes, enfin jeunes, actives, voilà.

          Fred : Et pas des rôles modèles écrasants, comme quand on cite Marie Curie qui a deux doctorats, ou quand on revient aux anciennes comme Ada Lovelace dans l’informatique, etc.

          Alors je vais faire un peu d’autopromo pour une autre émission que je coanime sur Cause Commune qui s’appelle Libre à vous !, donc vous allez sur libreavous.org ou sur causecommune.fm dans l’émission Libre à vous !.

          On a consacré pas mal d’émissions à cette thématique-là, notamment on a reçu Isabelle Collet et d’autres personnes spécialisées de ces sujets-là, donc si cette thématique-là vous intéresse, vous pouvez aller regarder du côté de Libre à vous !.

          Je regarde l’heure. Écoutez, on va faire une pause musicale, et après je promets à Dimitri que je poserai des questions sur TEDx, et on parlera de vélo, mais on va faire la deuxième et dernière pause musicale, et comme tout à l’heure je vais te demander Émeline de m’expliquer le choix de la pause musicale.

          Émeline : : Oui, mais j’ai un doute sur le nom de la chanson

          Fred : Go Your Own Way.

          Émeline : Oui, c’est ça, parce que sinon j’allais vous chanter le refrain.

          Fred : Ah bah tu peux la faire en direct.

          Émeline : Donc c’est Go Your Own Way de Fleetwood Mac.

          Quand je suis partie de la maison, j’ai récupéré des CD-ROM de mon papa, et parmi ces CD-ROM, il y avait le CD-ROM de Fleetwood Mac avec des chansons, et cette chanson je l’ai passée dans ma voiture avant que je m’en sépare, je l’ai passée en boucle cette chanson parce que je la trouvais géniale, je ne comprenais pas les paroles je pense à l’époque.

          Fred : C’était ma question, voilà.

          Émeline : Et en fait, pendant longtemps, jusqu’à l’année dernière à vrai dire, j’ai cru que c’était une chanson sur la liberté, le voyage, enfin Go Your Own Way, trouve ton chemin, et j’ai appris par quelqu’un sur Mastodon, qui va se reconnaître je pense, que cette chanson était une chanson de rupture amoureuse, et voilà, ça donne encore une autre dimension à cette chanson aujourd’hui, donc voilà, elle me touche particulièrement.

          Fred : J’avoue, je dis ouais, mais parce que j’ai aussi été vérifier effectivement les paroles quand même.

          Donc on va écouter Go Your Own Way par Fleetwood Mac, on se retrouve dans 3 minutes 30, belle soirée, l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

          [ Diffusion de la pause musicale ]

          Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.

          Fred : Nous venons d’écouter Go Your Own Way par Fleetwood Mac.

          Vous écoutez toujours l’émission Chemins de traverse, je suis toujours avec Émeline Parizel.

          N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46.

          Je répète 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.

          Avant de reprendre le cours de l’échange et de parler des conférences TEDx, Élise avait une question, je te laisse la parole :

          Élise : merci. Je trouve que l’émission est passionnante. Je me posais la question Émeline, parmi tous les engagements concernant le numérique dans lesquels tu es investie, notamment La Bataille de la Tech, avant que tu expliques ce que c’était, moi j’ai visualisé quelque chose, quand on parle d’inclusion dans la tech, notamment des femmes, puisque c’est un vrai sujet, mais je me demandais quelle est la place en fait des seniors dans tout ça ? Est-ce que dans ce que tu fais, est-ce que tu as rencontré des actions pour que, l’inclusion elle concerne les personnes qui au quotidien sont exclues de la société à cause du numérique et sont en souffrance en fait ?

          Émeline : C’est une très bonne question. Comme tu le dis effectivement on doit prendre en compte différents profils et je vais même élargir encore plus ta question, car tu parles des seniors, mais il y a aussi les personnes qui n’ont jamais été formées à l’utilisation du numérique au sens large. Là on parle d’illectronisme, des personnes qui ne savent pas utiliser des outils du numérique. J’avais une statistique, d’après l’INSEE, faute de connaissances ou de moyens c’est 1 personne sur 6 en France qui n’a pas du tout utilisé Internet en 2019. Donc, c’est assez étonnant, c’est un chiffre qui est très élevé. On dit même qu’une personne sur trois est qualifiée d’abandonniste. Abandonniste c’est carrément « je refuse de faire une démarche en ligne, parce que je ne peux pas aller au bout d’un formulaire, ou d’une démarche ». Et c’est vrai que le numérique exclut une partie de la population. Je n’ai pas de recette miracle, à part intégrer, faire participer des panels d’utilisateurs représentatifs quand on conçoit un service numérique. Et aussi, peut-être, ne pas tout dématérialiser, ne pas penser que numérique, mais continuer de proposer des services en présentiel, en physique. Parfois, c’est aussi une question de langue. Je pense à des services publics qu’on met en place, les rendez-vous en préfecture, ce genre de choses. Des démarches, voilà, il y a tout un tas de personnes qui ont besoin d’être accompagnées. Donc, je sais qu’il y a pas mal d’associations qui forment, qui donnent des cours à des seniors, ou à des personnes étrangères qui ne seraient pas familières avec le numérique. Donc oui, c’est un vrai sujet.

          Élise : merci pour ta réponse.

          Fred : Merci Élise pour la question et merci Émeline pour la réponse.

          Comme promis on va revenir, avant de parler de vélo, des conférences TEDx. Tu as été co-organisatrice de deux évènements, en 2019 et 2023.

          TEDx, je pense que la plupart des personnes qui nous écoutent ne savent pas ce que c’est. Donc, présente-nous ce que sont ces fameuses conférences TED et TEDx.

          Émeline : C’est bien, tu fais déjà la distinction entre TED et TEDx.

          Donc TED, ça veut dire Technology Entertainment Design, donc Entertainment, divertissement en anglais.

          C’est un format de conférence qui a été inventé aux Etats-Unis il y a une trentaine d’années je dirais, et dont la vision, le motif, c’est « Ideas Worth Spreading », « des idées qui méritent d’être partagées ».

          Donc c’est mettre en valeur, mettre sur scène des idées plus que des personnes, même si en réalité aujourd’hui souvent on lie les deux et on se dit ah cette personne est influente donc son idée doit être intéressante.

          Mais TED en tout cas c’est prendre le problème dans l’autre sens.

          Normalement c’est d’abord détecter des idées et ces idées sont effectivement portées par des personnes.

          Et on va leur proposer un espace de prise de parole, donc une scène.

          Les formats TED et TEDx sont très descendants.

          Ce sont des prises de parole qui sont courtes et impactantes, entre 3 et 18 minutes, c’est très cadré.

          Et surtout il n’y a pas de place pour l’improvisation, dans les TED et TEDx tout est scripté.

          Les personnes sont coachées par des coachs à la prise de parole en public.

          Et donc TED, la maison mère, a créé il y a à peu près une dizaine d’années la licence TEDx, x signifiant « organisé de manière locale et indépendante ».

          Et ce système de licence est attribué à qui en fait la demande et fait un dossier suffisamment poussé pour l’obtenir, c’est gratuit.

          Et donc j’ai fait la demande en 2018, 2019 d’une licence TEDx à Montrouge.

          Donc ça a pris le nom de la ville où j’habite, TEDxMontrouge.

          C’est un formulaire de candidature que j’ai rempli.

          J’ai obtenu cette licence et derrière j’avais le droit de créer un événement TEDx sous licence TED, en respectant un cahier des charges très épais et en n’ayant aucun moyen de la part de TED, puisque je suis indépendante.

          Donc je dois créer mon association, c’est entièrement bénévole, les TEDx sont entièrement bénévoles.

          Et donc j’ai créé mon association et recruté des bénévoles pour organiser un événement qui a rassemblé environ 250 personnes au Beffroi de Montrouge en novembre 2019.

          Donc ça c’était TEDx Montrouge.

          Fred : En général les confs TED ont un thème.

          Est-ce qu’il y a un thème pour TEDx Montrouge ?

          Émeline : Oui, j’avais choisi le thème Étincelle.

          Alors il faut savoir que les thèmes pour les événements TEDx doivent être suffisamment larges pour inclure plein de thématiques différentes.

          On n’a pas le droit de faire un événement sur l’écologie ou un événement sur la finance.

          C’est pas monomaniaque, c’est au contraire plein de profils différents, plein d’idées différentes.

          Et donc j’avais choisi étincelle.

          Alors le nom est arrivé en plein milieu d’une nuit, je pense.

          J’ai souvent mes idées la nuit.

          Je savais déjà que je voulais que l’événement parle de création, de créativité, et de tout ce qui touche à la création.

          Parce que c’était mon premier événement TEDx, donc il y avait le côté création, c’est nouveau.

          J’aime beaucoup m’exprimer de manière artistique et créative, donc je voulais que ça parle de créativité, je voulais que ça parle d’entrepreneuriat.

          Et un jour, une nuit en l’occurrence, je me réveille avec ce mot-clé dans la tête, étincelle, et je me dis mais bingo !

          Eureka, j’ai trouvé !

          C’est vraiment ça en fait l’étincelle, c’est l’étincelle.

          Si je te demande ce que ça veut dire pour toi, qu’est-ce que tu me répondrais ?

          C’est quoi l’étincelle pour toi ?

          Fred : Moi c’est le déclic.

          Émeline : Le déclic ?

          Voilà, c’est l’Eureka.

          Élise n’a pas son micro, elle réfléchit.

          Ça peut être l’étincelle amoureuse, la passion, ça peut être l’étincelle, la lumière, le feu, enfin il y a plein de manières d’interpréter l’étincelle.

          Et donc on a décliné ce thème-là de plein de manières différentes.

          Fred : Et donc ça c’était Montrouge.

          Et Quartier Latin, en 2023, c’était quoi le thème ?

          Émeline : 2023, alors ce TEDx, Quartier Latin, c’était sur le thème de la reconnexion.

          Fred : D’accord.

          Émeline : entre parenthèses.

          Il faut savoir qu’avec la personne avec qui j’ai co-organisé cet événement, on a réfléchi donc à la thématique et on sentait que les années Covid nous avaient détérioré le lien, le fait d’être paradoxalement connecté de manière numérique, d’avoir tout fait à distance, le télétravail, enfin moi j’ai fait énormément de meet-up à distance, des visites d’expo, de musées à distance.

          Émeline : D’apéros à distance.

          Émeline : Voilà, apéros à distance, évidemment, raclette à distance, je me rappelle.

          Donc voilà, on a connu ça et on s’est dit ok, là il y a vraiment un sujet sur la reconnexion, recréer du lien.

          Donc ce thème était assez évident pour nous.

          Fred : D’accord, alors je vais en profiter donc pour relier les deux questions de Dimitri, je vais faire les deux en même temps même si ça se fait pas normalement.

          La première c’est est-ce que ta formation de prise de parole en public t’a mis le pied à l’étrier de l’organisation des TEDx, sachant que tu n’étais pas intervenante, tu étais organisatrice ?

          Émeline : Non, ça n’avait pas de lien et je pense que j’avais déjà fait mon… je suis pas complètement sûre de la chronologie, mais l’événement ayant eu lieu en 2019, novembre 2019, j’avais fait la demande en 2018, j’ai acquis la licence en janvier ou février 2019, donc le projet je l’avais en tête déjà largement pendant l’année 2018.

          Après peut-être que ça a été un élément de plus qui a validé mon intérêt pour le sujet, mais en réalité le déclencheur de cet engagement dans les conférences TEDx, c’est la vision que j’adore mon métier, à cette époque-là je l’adorais déjà, mais que j’étais quand même sur la création de quelque chose d’entièrement virtuel, et il me manquait la création de liens de manière physique, réelle, d’aller à la rencontre, et donc je m’intéressais à l’événementiel, je me disais j’aimerais bien créer un événement, j’aimerais bien rassembler les gens, et le truc c’est que créer une marque, un événement de toutes pièces, c’est extrêmement difficile, et en plus je voulais pas quitter mon travail, donc je savais que ça allait être à côté du travail, donc mon idée c’était : comment est-ce que je trouve un événement qui a déjà une existence, et qui va attirer les gens ? Et le déclic se fait à ce moment-là, je me dis mais tiens, j’avais découvert les TEDx par mon prof d’anglais en école d’ingénieurs, sous la forme de vidéos YouTube, mais je savais qu’il existait des TEDx, des événements en fait, c’est que ces vidéos qu’on connaît par YouTube, elles sont enregistrées pendant des événements, et c’est là que je me suis interrogée sur comment est-ce qu’on crée ces événements, et donc j’ai découvert le système de licence, j’ai découvert que c’était gratuit, c’était associatif, etc.

          Donc pour moi c’était le format idéal, puisque c’est une marque qui est bien instaurée, qui est connue et reconnue, qui me permettait de recruter des bénévoles assez facilement, parce que beaucoup de gens ont envie d’avoir la ligne TEDx, organisateur d’événements TEDx sur son CV, donc voilà ça s’est fait comme ça finalement.

          Fred : C’est marrant, dans le hasard de programmation de l’émission Chemins de traverse, la semaine dernière mon invité c’était Alexis Monville, on a parlé de plein de choses, et la seule chose dont on n’a pas parlé c’est qu’il a fait TEDx Bordeaux en 2011, dans laquelle j’étais intervenant, alors la ligne du CN d’après c’est être intervenante TEDx, d’où ma prochaine question, est-ce que tu aurais envie d’être intervenante TEDx, ou même voir TED ?

          Émeline : L’envie ne manque pas, en revanche, moi je suis organisatrice d’événements, et on crée cet espace pour d’autres.

          Émeline : Oui, mais tu pourrais être candidate pour un autre événement, je parle pas d’être intervenante dans ton TEDx, c’est clair, c’est pas possible.

          Émeline : Oui, et ça s’est déjà vu des organisateurs, organisatrices TEDx qui sont devenus orateurs ou oratrices, mais en général ça nous met assez mal à l’aise, parce qu’on se dit où est le piston dans l’histoire, est-ce que c’est complètement honnête ou pas, j’aurais peut-être l’impression de ne pas mériter ma place, il y a peut-être de ça.

          Fred : Alors avant de relier la question de Dimitri, ce qui est intéressant dans les formats des confs TED et TEDx, c’est que comme tu l’as dit, elles sont courtes, 3 à 18 minutes, elles sont toutes disponibles en ligne, même les versions américaines, il y a des transcriptions, des sous-titrages dans plein de langues, parce qu’il y a une communauté qui fait ça, et donc on peut trouver, moi j’en consomme très régulièrement, si le sujet ne vous intéresse pas, c’est court, donc on passe à la suite, et donc on découvre plein de choses.

          Et la question de Dimitri, c’est, penses-tu que les formats TED et TEDx ont un vrai impact prise de conscience ?

          Émeline : Prise de conscience, oui, à 100% sur la prise de conscience, en revanche, ce qu’on peut reprocher à ce format, c’est qu’il n’y ait pas de mise en action.

          C’est pour ça qu’il n’y a pas de suivi, en fait, tu diffuses des idées, tu ne sais pas ce qui se passe derrière, il y a une prise de conscience chez les gens, mais comment est-ce que ça se traduit en action, en petits pas ?

          Et du coup, je pense que de plus en plus d’événements, peut-être qui se différencient des TEDx dans ce sens-là, essaient de mettre en mouvement, plus que juste être dans les idées, et d’ailleurs, à un moment, je ne vais pas rentrer dans d’autres formats, mais voilà, je pense que c’est ce qu’on peut reprocher au format.

          Enfin, moi, j’ai quelques talks TED et TEDx en tête qui m’ont, mais vraiment, qui ont changé plein de choses dans ma manière de voir les choses, d’être inspirée au quotidien.

          Et donc, déjà, moi, à l’échelle personnelle, je trouve que ça m’a énormément nourrie.

          Je pense que c’est peut-être ton cas aussi.

          Fred : Ah oui, en fait, j’en cherchais un depuis tout à l’heure, mais je n’y arrive pas, parce que tout à l’heure, quand tu m’as parlé de chef d’orchestre, il y a un TED talk d’un chef d’orchestre qui est magnifique, mais je te le donnerai tout à l’heure quand je le retrouverai, ou si ça me revient.

          Il y a quelques, comme ça, effectivement, de conférences qui sont assez marquantes, mais je suis assez d’accord sur la partie action derrière.

          Je reviens sur la question avant, où je te demandais si tu avais envie d’être intervenante TEDx, et on a une remarque sur le salon « est-ce que ce ne serait pas un peu le syndrome de l’imposture ? Alors que, sans conteste, tu as des choses à transmettre ».

          Question de suricate.

          Émeline : Ce n’est pas moi qui peux répondre à cette question.

          Fred : Moi, je suis assez d’accord avec lui, en fait.

          Émeline : Oui, après, je pense qu’il y a tellement d’événements, de manières de prendre la parole, de transmettre.

          Heureusement qu’on n’est pas obligé de transmettre que par le format TED et TEDx, et d’ailleurs, il y en a plein qui se sont inspirés de ce format, mais il y en a plein qui ont créé d’autres choses.

          T’as parlé de « Mixité », enfin moi j’appelle ce forum « Mixité », mais MiXiT à Lyon, Paris Web, qui œuvre pour un web très accessible, et j’en passe, et j’en passe.

          Des événements comme ça, il y en a des dizaines et des dizaines, et je pense que peut-être qu’un jour, je candidaterai à un événement comme ça, et ce ne sera pas un TED ou un TEDx, mais ce sera très bien aussi.

          Je ne sais pas si on a fini sur le sujet, mais ça me plaît quand même à cœur de parler d’une spécificité de TEDxQquartierLatin.

          TEDxQuartierLatin, donc j’avais dit, on a fait sur le thème de la reconnexion, et donc dans les salles des TEDx, il peut y avoir des milliers de personnes.

          Le TEDxParis, c’est le Grand Rex, c’est 4000 places, c’est plein chaque année.

          Nous là, pour TEDxQuartierLlatin, il y avait l’envie de se reconnecter aussi, en fait on voulait qu’il s’appelle TEDxLutèce, Lutèce étant l’ancien nom de la ville de Paris.

          Ça a été refusé par TED, parce qu’il faut que ça porte le nom d’une ville, ou d’un quartier, d’une communauté locale actuelle, et donc on a choisi ce quartier, cette communauté-là, et on ne voulait pas que ce soit dans un lieu immense, avec une scène immense, et un speaker mis en lumière, avec aucun lien avec le public.

          On voulait créer du lien entre nos speakers et notre audience, entre l’audience, les personnes de l’audience entre elles, les bénévoles, les partenaires, on voulait vraiment créer du lien au sens large, et on a choisi un endroit qui est assez méconnu du quartier latin, qui s’appelle l’INJS, Institut National des Jeunes Sourds de Paris.

          C’est la première école pour sourds et malentendants au monde, et donc c’est en plein quartier latin, à côté du Jardin du Luxembourg.

          C’est un bâtiment absolument magnifique, qui a accepté de nous accueillir.

          C’était un auditorium de, je dirais, un peu moins de 200 places, peut-être 120 places.

          Très, très, très symbolique, qui incarnait nos valeurs, on s’est très bien entendu avec le directeur de l’INJS, et il faut savoir que j’apprends la Langue des Signes Française depuis trois ans.

          J’ai un peu arrêté cette année, mais j’ai pris trois ans de cours des Langues desSignes Française, en tout cas à cette époque-là, et il y avait quelque chose que je regrettais beaucoup dans les conférences TED et TEDx, c’est qu’elles ne sont pas accessibles à ce public sourd et malentendant, et c’est le principe de n’importe quelle conférence, finalement, parce que c’est de la voix.

          Et donc sur YouTube, oui, il y a des transcriptions et c’est bien, mais ces événements-là, en fait, en direct, ils ne sont pas inclus.

          Et donc, en choisissant ce lieu, pour moi, c’était une obligation de rendre cette conférence accessible à ce public-là.

          Et du coup, comment est-ce qu’on va chercher ce public ?

          Parce que c’est un public qui a l’habitude d’être exclu.

          Enfin, voilà, c’est un peu le serpent qui se mord à la queue, c’est que ça coûte de l’argent de faire venir des interprètes LSF, de mettre en place les dispositifs qu’il faut.

          Mais si on le fait pas, les gens ne viennent pas, et si les gens ne viennent pas, on ne le fait pas.

          Enfin, c’est un cercle vicieux.

          Donc on a décidé de se faire accompagner de trois interprètes Langue des Signes Française, qui se sont relayées pour signer les talks.

          On a offert les places, on a fait des places offertes pour les publics sourds et malentendants.

          Donc on a eu une dizaine de personnes qui sont venues de différents milieux, avec leurs enfants parfois, pour assister aux talks.

          Et on avait également notre talk d’ouverture, qui était en réalité une performance artistique, parce qu’on a aussi le droit aux performances artistiques.

          C’était une performance de chansignes.

          Le chansigne, est-ce que tu connais ?

          Fred : Non.

          Émeline : Ok.

          Le chansigne, c’est…

          Donc tu vas avoir une personne qui fait de la musique, et tu vas avoir une personne, le chansigneur, qui va signer la chanson.

          Mais c’est pas juste de l’interprétariat, au sens « je traduis ce que tu dis ». C’est incarné, c’est vivant. T’as l’impression de voir les paroles, de voir la musique s’exprimer. C’est en tempo, c’est en rythme, tu ressens toute cette énergie. Et donc on a fait appel à quelqu’un qui utilise la musique pour créer du lien..

          Stéphane Gabbay, qui est un musicien qui crée du lien avec la musique.

          Et à Stéphane, quand on l’a contacté, je lui ai dit Stéphane, on voudrait que tu sois en ouverture, mais on a une condition, c’est que tu rendes ta musique accessible au public sourd et malentendant.

          Et donc c’est lui qui a allé trouver Igor Casas, qui est un chansigneur.

          Ils ont fait un binôme, ils ont travaillé ensemble sur ces chansons, et sur comment créer du lien avec le public aussi, qui est entendant ou malentendant dans la salle.

          Et donc ça a été un moment vraiment…

          Je trouve que ça a incarné vraiment nos valeurs.

          Et voilà.

          Fred : En tout cas, c’est très beau quand tu en parles, franchement.

          Et j’ai retrouvé le nom de la présentation du chef d’orchestre, c’est Benjamin Zander.

          Je sais pas si tu connais, mais je t’enverrai le lien.

          C’est un chef d’orchestre, je crois qu’il est au Philharmonique de Boston, qui a fait une présentation TED sur la musique, la passion et le leadership.

          Ça dure une vingtaine de minutes, c’est vraiment incroyable.

          [ Élise, qui est en régie, signale à Fred sur le salon web de l’émission « plus que 15 minutes » ]

          Ah oui, je me demandais pourquoi on me disait 15 minutes.

          Oui, c’est Elise qui me rappelle qu’il ne reste même pas 15 minutes maintenant.

          Émeline : Le vélo !

          Fred : Effectivement, elle me dit pour le Paris-Athènes, oui, et puis pour la des annonces de l’émission et autre chose.

          Ne t’inquiète pas.

          Mais en même temps, je ne peux pas consacrer beaucoup de temps au vélo parce que sinon Jérôme, dans son émission Rayons Libres, il aura plus rien à dire.

          Mais oui, on va parler un petit peu de vélo parce qu’effectivement, il est 23h16 et donc je rappelle quand même, tu reparleras de vélo dans Cause Commune bientôt.

          Mais c’est vrai que moi, c’est un peu comme ça que je t’ai découvert.

          Je crois que c’est via un pote commun.

          Moi, c’est un vieux pote, Vincent Xavier, sur Mastodon, qui est un réseau social décentralisé où il a commencé à relayer des posts d’une certaine Émeline Parizel qui parlait de vélo.

          Et puis après, j’ai regardé un petit peu le profil que tu faisais.

          Et donc, comme je le disais en introduction, tu as notamment fait un Paris-Athènes, 4000 kilomètres en 40 jours.

          Mais avant de parler de ça un petit peu, tout à l’heure, tu as dit que tu avais repris le vélo uniquement en 2020-2021.

          Émeline : Oui, c’est ça, dans ces années-là.

          Fred : Notamment suite à ta formation autour du numérique responsable, c’est ça ?

          Émeline : Alors, je faisais déjà du Vélib, mais purement déplacement du quotidien. 2021, c’était donc post-Covid, besoin d’air, besoin de nature.

          J’ai rejoint un groupe d’amis cyclistes et on est parti le long de la Véloscénie.

          Donc, c’est Paris-Mont-Saint-Michel à vélo.

          Fred : C’était combien de kilomètres à peu près ?

          Émeline : Et on faisait 60 kilomètres par jour.

          Fred : D’accord.

          Émeline : Moi, je n’ai fait que quatre jours, mais ils sont partis plus longtemps.

          Moi, je n’étais pas partie de Paris, j’avais pris le train.

          Donc, j’ai acheté mon premier cuissard pour ce voyage et j’avais emprunté le vélo d’un ami et les sacoches d’un ami.

          Je n’avais pas du tout d’équipement à ce moment-là.

          Et voilà, ça m’a donné des premiers repères.

          Donc, ça, c’était en 2021.

          En 2022, il y a eu cette fameuse claque formation.

          Fred : Donc, tu arrêtes la voiture.

          Émeline : Avec mes engagements, voilà, j’arrête la voiture.

          Mais, pas forcément de lien avec le vélo.

          Enfin, je continue de l’utiliser de manière très utilitaire, on va dire.

          Et en 2023, donc l’année dernière, mes amis m’offrent…

          En fait, j’avais déjà l’intention de repartir en voyage à vélo.

          Mes amis m’offrent un guide de voyage « Slow vélo », ça s’appelle, avec des itinéraires en France, plutôt familiaux.

          Et je décide de prendre dix jours de congés et de partir, de faire un itinéraire de ce bouquin.

          C’était la ViaRhôna cette fois.

          La ViaRhôna, je l’ai faite entre Valence et Montpellier.

          Elle part de plus haut, je crois qu’elle part de Lyon ou de Genève.

          Et donc là, je pars seule.

          Je pars seule et je suis terrifiée à l’idée de partir seule.

          C’est la première fois de ma vie que je pars toute seule en voyage à vélo.

          Et je décide, je suis depuis plusieurs mois sur Mastodon à ce moment-là, et je décide de publier tout simplement ma frousse de partir.

          Fred : De dire que tu as peur.

          Émeline : Je dis voilà, je vais faire ça.

          Et puis, et puis, il y a quelque chose qui s’installe.

          Et tous les jours, je me mets à poster sur Mastodon, tous les soirs au camping où j’en suis.

          Et les gens commencent à prendre de mes nouvelles.

          Et en fait, il y a vraiment, je ressens le soutien, le lien, la présence des gens, même si c’est virtuel.

          Je ressens très fortement cette connexion.

          Fred : C’est des gens que tu ne connaissais pas ?

          Émeline : Des gens que je ne connaissais pas.

          Fred : À part sur Mastodon ?

          Émeline : Oui, c’est ça.

          Fred : Qui est un réseau social.

          Émeline: Oui, et en fait, c’est un réseau social qui est peut-être un peu connu pour être cycliste.

          En tout cas, il y a beaucoup de cyclistes, donc peut-être que j’ai trouvé ma communauté, entre guillemets, comme ça.

          Mais voilà, je me sens à ce moment-là très entourée, très soutenue.

          Et ça va être le début du coup de longues histoires, de longues publications sur Mastodon.

          Et donc pour faire le lien avec Paris-Athènes.

          Fred : Ah oui, parce que justement, là, tu parles de la ViaRhôna, donc c’est combien ?

          Quelques centaines de kilomètres ?

          Émeline : La ViaRhôma, je fais 1000 kilomètres, je pense. 1000 kilomètres ?

          Non, moins, 700, en 10 jours.

          Enfin pareil, 70 kilomètres par jour pendant 10 jours.

          Fred : Alors comment on passe en se disant, je vais faire Paris-Athènes à vélo ?

          Pour quelqu’un qui a peur de faire du vélo toute seule ?

          Émeline : Et bien là, le lien, c’est TEDx.

          Fred : Ah, d’accord.

          Émeline : Tu savais pas ?

          Fred : Non.

          Émeline : Alors j’ai été à un rassemblement d’organisateurs et organisatrices TEDx à Vérone.

          On a des ateliers pour échanger au sein de cette communauté-là.

          Et à la fin des…

          Donc j’y suis allée en bus de nuit, je ne prenais déjà plus l’avion, c’était novembre 2023.

          Et à la fin de ces ateliers, avant de reprendre le bus de nuit, je discute avec Dimitris, organisateur de TEDxAthens, qui me dit : « Émeline, juin 2024, tu viens à Athènes, pour TEDxAthens, t’es invitée ».

          Et moi, je lui réponds : « Dimitris, je serais ravie d’être là, mais je ne prends plus l’avion ».

          Et puis bon, alors j’avais fait un voyage à vélo toute seule, de 10 jours, et donc je lui dis, « bah peut-être que je viendrai à vélo ».

          Et on rigole tous les deux.

          Et je rentre chez moi dans le bus de nuit, je commence à regarder sur Internet s’il y a des personnes qui ont documenté un Paris-Athènes, donc je prends conscience de la distance, donc c’était 3600 kilomètres entre Paris et Athènes.

          Et l’idée a germé à ce moment-là, et je poste sur Mastodon ce soir-là.

          Voilà ce qui s’est passé, je suis en train de regarder pour faire un voyage à vélo Paris-Athènes, et comme sur Mastodon, il ne faut surtout pas publier ce genre de choses au risque que ça se concrétise.

          Fred : Parce que les gens t’encouragent, ils ne vont pas te restreindre dans tes envies, d’accord.

          Émeline : Donc il y a eu une forme de…

          L’idée a pris naissance à ce moment-là, et l’idée s’est transformée en projet en janvier 2024, et le projet est devenu réalité donc de fin avril à début juin 2024.

          Fred : Et si je me souviens bien, tu n’es pas partie seule de Paris.

          Émeline : Et je ne suis pas partie seule de Paris.

          Fred : Tu as été accompagnée par quelques personnes de Mastodon, qui t’ont accompagnée sur quelques kilomètres ou quelques centaines de kilomètres.

          Émeline : Exactement, des personnes de la Gribouille Académie, de Mastodon, des différents engagements dont on vient de parler.

          On était une dizaine à prendre le départ depuis la Fondation Hellénique, à la Cité Universitaire de Paris.

          Il y en a qui ont roulé avec nous qu’une heure, d’autres plusieurs heures, et puis d’autres plusieurs jours.

          Donc on était six jusqu’à Lyon, trois jusqu’à Grenoble, et deux jusqu’à la frontière italienne où ensuite j’ai continué toute seule.

          Donc j’étais accompagnée pendant huit jours.

          Fred : Et avant de partir, tu avais repéré toutes les haltes ou pas ?

          Ou tu t’es un peu improvisée ?

          Émeline : Seulement les trois, les quatre premiers jours.

          Fred : Après, c’était de l’improvisation ?

          Émeline : Et après, j’avais tracé une trace que j’avais découpée en nombre de jours arbitrairement, et je suivais cette trace et je l’adaptais au jour le jour.

          Fred : D’accord.

          Et ton vélo, il s’appelle comment ?

          Émeline : Mon vélo s’appelle Olympe.

          Fred : Alors est-ce que c’est lié au Mont Olympe et aussi à Olympe de Gouges ?

          Émeline : Oui, c’est ça.

          C’est lié aux deux parce que je l’ai reçu le 8 mars, journée internationale des droits de la femme.

          Olympe de Gouges, le vélo étant un instrument d’émancipation des femmes.

          Il y a des livres sur le sujet.

          Fred : Tu peux te rappeler qui est Olympe de Gouges ?

          Tu le feras mieux que moi, je pense.

          Émeline : Olympe de Gouges, l’autrice de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1792, quelque chose comme ça.

          Donc une des premières féministes, on va dire.

          Fred : D’accord.

          Et pour quelqu’un qui avait peur d’aller à vélo seule, là tout d’un coup tu vas traverser quand même plusieurs pays avec des langues différentes, mais des cultures différentes.

          Je ne sais pas comment ça se passe dans les pays par rapport au vélo d’ailleurs.

          Est-ce qu’il y a des pays qui sont plus accueillants, moins accueillants ?

          Émeline : Il y a des pays qui ne sont pas du tout cyclables, même s’il y a des itinéraires qu’on appelle les eurovélos.

          L’eurovélo qui passe dans les Balkans.

          J’ai choisi de passer par les Balkans.

          Bon, l’eurovélo, elle existe, je ne sais pas, elle est virtuelle.

          Il n’y a pas d’infrastructure, il n’y a pas de panneau, il n’y a rien qui dit que tu es sur une voie vélo.

          Et puis parfois, tu retrouves des pays à la frontière du Monténégro.

          Pendant deux kilomètres, j’ai de nouveau une piste cyclable, puis de nouveau plus rien.

          En Albanie, dans la capitale à Tirana, tout était cyclable.

          Incroyable.

          C’est très différent d’un pays à l’autre.

          En tout cas, moi, je ne me suis jamais sentie en danger sur la question de « je suis une femme qui voyage seule ». « Est-ce que tu avais peur ? » Oui, j’avais peur, mais je n’ai eu aucun souci.

          Les soucis que j’ai eus, c’est éventuellement avec les animaux sauvages, mais voilà.

          Fred : D’accord, on approche de la fin de l’émission.

          Pour la suite, on donne rendez-vous dans Rayons Libres avec Jérôme Sorrel.

          La question finale, que je vais poser à Émeline et aussi Élise, pour qu’elle se prépare côté Élise.

          Est-ce que tu as envie de partager quelque chose qui t’a émerveillée ou fait du bien dernièrement ?

          Émeline : Oui, j’ai envie de parler de « Flow », qui est un film d’animation qui passe en ce moment au cinéma.

          C’est un bijou de poésie.

          J’ai rarement ressenti ça, ce que j’ai ressenti pendant cette séance.

          J’ai pas envie de trop spoiler, j’ai juste envie de dire qu’on peut faire passer beaucoup de messages en étant silencieux.

          Des messages sur l’environnement, sur l’amitié, sur la confiance, sur le rapport à l’argent, sur la mort, sur…

          Ouais, beaucoup de messages.

          Et je vous laisse découvrir ce film qui est vraiment un bijou.

          Et ce qui était très beau, c’est que dans la salle, il y avait des enfants, il y avait des adultes, il y avait des familles.

          En fait, c’est même pas un dessin animé, c’est un film d’animation, qui a un public vraiment…

          Il y a plein de clés de lecture et vous allez passer un bon moment.

          Fred : Écoute, merci.

          Élise ?

          Élise : Moi, le plus récemment, c’était ce matin.

          Et c’était simplement…

          C’est pas très sophistiqué, mais en voyant que le soleil brillait, le soleil m’a émerveillée. Voilà.

          Fred : C’est très bien.

          Et comme on a peut-être 30 secondes, moi, ce qui m’a fait du bien

          dernièrement, c’est deux concerts avec deux superbes artistes qui
          s’appellent Barbara Pravi et Clara Ysé, qui sont en concert partout en
          France.

          Donc allez les voir, elles écrivent des textes très très beaux et sur scène, elles sont vraiment magnifiques.

          Donc Barbara Pravi et Clara Ysé.

          Un grand merci, Émeline, pour cette présence dans Chemins de traverse.

          Émeline : Merci à vous deux.

          Fred : C’était un grand plaisir.

          Donc l’émission va bientôt se terminer.

          Vous pouvez vous abonner au podcast, à la lettre d’actu de l’émission.

          Les infos sont sur le site causecommune.fm.

          Je vous rappelle que Chemins de traverse est en direct tous les mercredis à 22h.

          Merci d’avoir écouté l’émission.

          N’hésitez pas à nous faire un retour.

          Un formulaire de contact est disponible sur la page de l’émission sur

          le site causecommune.fm.

          Donc la radio Cause Commune, c’est la voix des radios libres.

          Notamment pour 2025, la radio va lancer une campagne de financement

          participatif visant à récolter 40 000 euros pour couvrir les charges
          annuelles de la radio, indispensables à son fonctionnement, le loyer,
          les frais d’émetteurs, les serveurs.

          Mais nous ne voudrions pas nous arrêter là.

          Avec votre soutien, nous pourrions aussi équiper un second studio.

          Cet espace supplémentaire permettrait non seulement de diversifier nos

          productions, mais aussi de proposer des services de location et des
          ateliers pour des projets audiovisuels.

          Radio généraliste, nous ne sommes pas d’un seul combat.

          Nous sommes la radio des futurs désirables.

          Nous agissons et nous supportons au présent les luttes contre toutes les formes de domination.

          Et notre campagne est aussi une invitation à rejoindre le Club Cause

          Commune, une communauté d’auditeurices engagé·es qui ensemble font
          vivre les valeurs de la radio libre.

          Chaque don compte et contribue à renforcer la voix de Radio Cause Commune, une radio libre pour une société plurielle.

          Pour faire un don, rendez-vous simplement sur le site causecommune.fm Et si vous

          souhaitez nous rencontrer, Cause Commune ouvre ses portes chaque
          premier vendredi du mois à partir de 19h30 pour une soirée radio
          ouverte.

          Venez découvrir le studio, nous rencontrer..

          La prochaine soirée aura lieu vendredi 6 décembre 2024, l’adresse du studio, 22 rue Bernard Dimey, Paris, 18e arrondissement.

          Juste après, à 23h30, une émission inédite de Minuit Décousu sur le thème de la mort en face.

          Mais je vous promets, ce sera une émission joyeuse et un peu foutraque, ça j’en suis sûr.

          Mercredi prochain, mercredi 27 novembre, nous aurons deux invités exceptionnellement.

          Clara Djian, qui a co-créé le lieu d’exposition Topographie de l’art, et Alexandre Léger, dessinateur.

          Nous parlerons de leur parcours et de la façon dont ils et elles

          transmettent l’art de manière ouverte, bienveillante et adaptée à
          chacune et chacun.

          C’est Julie qui animera l’émission.

          On se donne rendez-vous vendredi 27 novembre.

          Salut et solidarité.

          Données personnelles

          Les informations recueillies par les formulaires de contact ci-dessus sont gérées et utilisées que par moi-même.

          Vous disposez d’un droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant (loi «Informatique et Libertés» du 6 janvier 1978). Pour toute demande, merci de m’envoyer un message avec le formulaire de contact ci-dessus.

          1 hr 29 min
        • #227 – Informatique embarquée et logiciels libres

          S’abonner au podcast

          227e émission Libre à vous ! de l’April diffusée en direct mardi 19 novembre 2024 de 15 h 30 à 17 h 00
          Au programme :
          • sujet principal : informatique embarquée et logiciels libres avec Marta Rybczynska (fondatrice de Ygreky) et Michael Opdenacker (indépendant, fondateur de Root Commit)
          • la chronique F/H/X de Florence Chabanois
          • la chronique « Les humeurs de Gee »
          • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre
          • Intervenir en direct

            Vous pouvez nous rejoindre sur le salon de discussion de l’émission (salon #libreavous, mais nous n’y sommes pas forcément tout le temps) pour participer à notre discussion en direct, nous contacter ou nous laisser un commentaire.

            Licences

            Les podcasts et les photos, sauf indication contraires, sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence, voir la page consacrée à chaque émission pour les licences précises.

            1 hr 29 min
          • #75 – « Un français sans papiers ». Avec Kab Niang.

            Rencontre avec Kab Niang, auteur de “Un français sans papiers”, qui raconte son périple, pour venir au péril de sa vie étudier la littérature française à Paris.

            Contrairement aux récits habituels celui de cet d’homme d’aujourd’hui 35 ans, qui a quitté le cocon chaleureux de sa vie au Sénégal, n’est pas celui d’une fuite. Mais celui d’un choix, aussi délibéré qu’inconscient.

            Mais aussi chargé d’une certitude que chacun devrait s’employer à rendre effective : les hommes naissent libres et égaux en droits, et on le droit au voyage et à la mobilité, tous comme les marchandises que nous consommons quotidiennement.

            1 hr 33 min
          • #271 – Violences routières, la lumière au bout du tunnel ?
            Émission proposée en partenariat avec Weelz!
            En plateau – Quentin Xavier

            L’actualité télescope la programmation de Rayons Libres. Cette émission est généralement inscrite dans un temps froid. En opposition à l’actu du moment, le chaud, dans le jargon des médias. Nous évoquons la violence routière et les solutions trouvées ou proposées par l’industrie du cycle en attendant… Mieux ?! En attendant qu’Emmanuel Barbe, tout juste nommé chargé de mission pour identifier les actions à mettre en place  ” Contre les violences, protéger tous les usagers de la route”.

            Quentin Xavier est le cofondateur d’Urban Circus. Des vêtements, qui rendent cyclistes et piétons ultra-visibles dans l’espace public. La raison d’être de son entreprise est-elle une réponse à cette violence routière ? Existe-t-elle parce que l’État et le Code de la route échouent à nous protéger, nous, cyclistes et piétons ? Devons-nous porter ce type de vêtements parce que c’est une question de survie individuelle ? Collective, peut-être même ? Comme une résignation à suivre ce conseil répété jusqu’à l’usure par les campagnes de la prévention routière : « Cyclistes, piétons, rendez-vous visibles » (et s’il vous arrive un malheur, ne venez pas vous plaindre) ?

            Envie d’être la prochaine invitée ? Le prochain à causer dans le micro. Contactez-moi, sur Linkedin, X, Instagram, ici via l’onglet contact de la radio aussi : [email protected]. Vous pouvez aussi nous contacter simplement pour nous dire tout le mal ou le bien que vous pensez de Rayons Libres.

            L’agenda vélo de la semaine…

            Vendredi 22 novembre : 5ème édition du festival Tous en Selle au Grand Rex. Contactez-moi sur Linkedin, j’ai quelques places à -15% si ça vous intéresse.

            Chronique Abel Guggenheim :

            Il nous demande si l’imaginaire de la mobilité en 2024 passe par le même objet qu’en 1968. Je crois que non, même si les mêmes ressorts sont utilisés.

            Musique : Francis Cabrel Chauffard
            Réalisation : Jérôme Sorrel
            30 min
          • #49 – Baromètre 2024 de la data et de l’IA dans les collectivités territoriales avec Jacques Priol

            Parlez-moi d’IA épisode 49, IA & collectivités locales : où en sommes-nous en 2024 ? avec Jacques Priol, président de Data Publica et du cabinet Civiteo !

            Cette semaine, Parlez-moi d’IA vous emmène au cœur des politiques publiques et de l’innovation, avec un épisode dédié à l’usage de l’IA dans les collectivités territoriales. Nous avons le plaisir d’accueillir Jacques Priol, président de l’Observatoire Data Publica et dirigeant du cabinet CIVITEO.

            Le sujet du jour : le baromètre annuel de l’Observatoire Data Publica, un outil unique qui dresse un panorama des pratiques de la data et de l’IA dans les communes, intercommunalités, départements et régions françaises. Cette 3ᵉ édition, qui bat un record de répondants, offre des enseignements clés sur :

            • Les avancées concrètes des collectivités dans l’usage de l’IA,
            • Les défis qu’elles rencontrent (compétences, éthique, financement),
            • Et la perception des citoyens face à ces nouvelles technologies.
            • Pourquoi c’est important ?

              L’IA n’est plus une affaire réservée aux grandes entreprises. Les collectivités locales utilisent déjà ces technologies pour :

              • Améliorer la gestion des ressources,
              • Optimiser les services publics (mobilité, environnement, urbanisme…),
              • Et surtout, mieux répondre aux attentes des citoyens.
              • Mais ces transformations soulèvent aussi des questions : Quels sont les usages éthiques ? Comment assurer une transparence dans les décisions prises grâce à l’IA ?

                Dans cet épisode exclusif, Jacques Priol nous partage :

                • Les résultats détaillés de ce baromètre,
                • Les tendances fortes observées en 2024,
                • Et des exemples concrets d’initiatives locales réussies.
                • >Vous travaillez dans le secteur public ou suivez de près l’impact de l’IA sur notre quotidien ? Cet épisode est pour vous.

                  Écoutez-le ici et découvrez comment vos collectivités se transforment grâce à la puissance des données et de l’intelligence artificielle.
                  Cet épisode vous a plu, vous appréciez notre émission : Likez ce post , abonnez-vous à notre podcast sur toutes les bonnes plateformes et notez 5* sur Apple Podcast pour nous aider à nous faire connaître

                  Réalisation et montage final : JPC 

                  Voix d’Eliza : Lisa Bretzner

                  Ressources citées dans l’émission

                  L’observatoire Data Publica

                  Parlez moi d’IA #08, quelle est la place de la France dans le domaine de l’IA avec Caroline Chopinaud

                  Parlez moi d’IA #12 Plan d’action collectivités face à l’Intelligence Artificielle Céline Colucci

                  Parlez-moi d’IA – #19 – L’IA Urbaine peut-elle dépasser la smart city avec Hubert BEROCHE

                  Parlez-Moi d’IA #32 et #37 Open Data, les données de la démocratie avec Samuel Goëta

                  Parlez-moi d’IA #39 – La spécification AFNOR sur l’IA Frugale avec Juliette Fropier (EcoLab)

                  Les projets lauréats de l’appel à projet France 2030 “Démonstrateurs d’IA frugale au service de la transition écologique dans les territoires” dont Urba IA de la Communauté D’agglomération Paris-Saclay et Previzo de la Région Centre-Val de Loire

                  La stratégie de la donnée et de l’IA de Montpellier Métropole suite à leurs différents travaux de réflexions entre les élus, les agents et la convention citoyenne

                  L’émission est également disponible chez les diffuseurs suivants :

                  Youtube : https://youtu.be/idDYuEBCmE0

                  Spotify : https://open.spotify.com/show/3QaXD1il8s8fDUkoyAvTrH

                  Deezer : https://deezer.com/show/1000288955

                  Apple Podcasts : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/parlez-moi-dia/id1706654536

                  Pocket Casts : https://pca.st/9hjmbey7

                  PodcastAddict : https://podcastaddict.com/podcast/parlez-moi-d-ia-s-initier-et-comprendre-l-intelligence-artificielle/4676518

                  Transcriptions de Libre à lire ici : https://www.librealire.org/+-parlez-moi-d-ia-+<

                  Aidez-nous à améliorer cette émission en répondant au questionnaire des auditeurs : https://linktw.in/RnCBIv

                  Retrouvons-nous sur la chaîne whatApps de Parlez-moi d’IA pour partager des infos complémentaires et poser des questions.

                  https://www.whatsapp.com/channel/0029VaJsvF7L2AU7dYaWLQ2Z

                  30 min
                • #24 – « On est là »

                  Puisque la haine, la sottise, le délire ont des effets durables, je ne voyais pas pourquoi la lucidité, la justice, la bienveillance n’auraient pas les leurs. Marguerite Yourcenar

                  mathilde capone est là, toujours. Sous cultures, contre culture, son regard est attentif à celleux qui sont en marge car marginalisé.es. Ses films, passe-voix, documentent, font parler des communautés Innu.es, queer, trans, lesbiennes, interrogent la notion de violence, celle de consentement. Lié.e à des communautés de lutte de la gauche radicale, mathilde capone, soutient et participe des actions et activités qui reconnaissent l’importance des visions et des mythologies propres des peuples comme source et ressource culturelle nécessaires, ses initiatives, collectives, solidaires cherchent à décrypter et documenter les mécanismes de la domination d’un groupe, d’un système.

                  Depuis plusieurs années, iel fait partie d’un groupe de jeunes lesbiennes qui créent des liens intergénérationnels avec d’autres lesbiennes qui ont activement façonné l’histoire et les archives de cette communauté.

                  Pour aller plus loin

                  avec mathilde capone :

                  • Éviction, sera projeté dans le Festival Chéries/chèris à MK2 Beaubourg, le 17 novembre à 13h30 – et le 20 novembre à 14h20
                  • Son deuxième long-métrage documentaire qui traite de la fin de Parthenais, un espace mythique qui a transformé une décennie de la scène queer montréalaise dans le contexte de la crise du logement et de la spéculation foncière, a reçu en 2023 le prix du public lors de la 26e édition des Rencontres du film international documentaire de Montréal.
                  • La fabrique du consentement : regards lesbo-queer
                  • Son premier long-métrage documentaire donne la parole à seize protagonistes de la communauté lesbo-queer qui à travers la singularité de leurs sexualités permettent un regard plus ample sur la question, inventent d’autres possibles . Il peut être visionné en ligne sur Vimeo
                  • Des-terres—minées : les capsules vidéos réalisées collectivement
                  • D’autres émissions sur cause-commune dans la rubrique Un coin quelque part #76 sur le logement au Québec , #77 sur le film Éviction, et #78 en micro-ouvert avec les personnes expulsées
                  • avec d’autres :

                    • Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, Gallimard, 1977
                    • Ruth Frankenberg, White woman, Race matters, University of Minnesota Press, 1993
                    • Josephine Bacon, Bâtons à message, Tshissinuatshitakana, Editions Mémoire encrier, 2009
                    • Natasha Kanape Fontaine, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Editions Mémoire encrier, 2012
                    • À l’oreille
                      • Baki Mutane Nakuya, Black souls
                      • New Year’s prayer, Jeff Buckley
                      • Jeff Buckley, Dido’s lament, d’après Henry Purcell
                      • À la technique, Isabelle Carrère
                        1 hr 2 min
                      • #05 – “Oiseau”, avec Anna Nozière autrice et metteuse en scène

                        Dans cette pièce (éditions Théâtrales jeunesse), Mustapha, 9 ans, dont le père vient de mourir, fait la rencontre dans sa nouvelle école de Pamela qui vient de perdre son chien adoré, puis de la petite Françou qui sait comment aller de l’autre côté, pour aller voir les défunts. Iels décident alors d’aller leur rendre visite, bientôt suivi.es par tous les enfants de l’école, au grand dam des enseignant.es.

                        “Oiseau” est donc une pièce sur les relations qu’entretiennent les vivant.es avec les mort.es. Elle le fait de façon joyeuse, avec humour et poésie, et surtout beaucoup de subtilité, grâce au jeu et à la présence intense et lumineuse des deux comédiennes, permettant ainsi aux jeunes spectateurs.trices de se projeter chacun.e à sa guise. “Oiseau” est un spectacle rassérénant.

                        On peut le voir prochainement à Maisons Alfort, Fontenay-sous-Bois, Pantin, Vitry et un peu plus tard à Nanterre ou Sartrouville.

                        Et avec Jeanne Macaigne, autrice et illustratrice.

                        À l’occasion de la parution de “L’homme sans paysage. Battre la campagne” (Le port a jauni, septembre 2024), un recueil de poèmes de Mo Abbas qu’elle a illustré, elle répond aux questions de notre rubrique mensuelle Du TAC au TAC. Les questions, toujours les mêmes d’un.e créateur.rice à l’autre, et ses réponses nous font entrer dans son petit monde de fabrication, d’inspiration et de création d’un livre pour les enfants.

                        Dans sa chronique Grands livres pour petites personnes, Elsa Gounot présente “Le livre des cinq sens”de Lucie Lučanská (MeMo) et Lionel Chenail lit un extrait de “Madelaine avant l’aube” de Sandrine Collette (Lattès, 2024).

                        On a écouté
                        • Wizz – Mots pour mômes – Wizz – CD, Greenpiste records/Inouies, oct 2024
                        • Firmin et Hector – Guillaume Schleer et Valentin Stoeffler – Firmin et Hector, croque morts chanteurs
                        • Wonderful Life [Black] – Kate Melua, 2015
                        • [Extrait de] Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont-de-Paris – Marin Marais – Orchestre Shangai Camerata
                        • À cause du gosse – Pierre Perret – Mon p’tit loup, 1976
                        • 1 hr 28 min
                        • #10 – Alexis Monville – Leadership émergent

                          S’abonner au podcastS’abonner à la newsletter

                          10e émission Chemins de traverse diffusée en direct mercredi 13 novembre 2024 à 22 h

                          Notre invité, Alexis Monville, nous embarque dans un parcours riche et varié. De l’industrie automobile, une start-up Internet, le secteur public (administration électronique) et le conseil en organisation, jusqu’à la direction d’une grande entreprise de logiciels libres, il a traversé des univers divers et complémentaires. Ensemble, nous plongerons dans les expériences qui ont jalonné ce chemin et explorerons sa grande passion : « Le leadership émergent – l’art de révéler le potentiel des équipes et des individus ».

                          Vous pouvez lire la transcription.

                          Questionnaire pour mieux vous connaître

                          Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.

                          Références et liens
                          • Site web d’Alexis Monville
                          • Livre « Se distraire à en mourir » de Neil Postman
                          • À l’oreille
                            • What a wonderful world par The Ramones
                            • Schmaltz par Jahzzar (générique)
                            • Intervenir en direct
                              • Vous pouvez nous rejoindre sur le salon web de l’émission pour participer à notre discussion en direct, nous contacter ou nous laisser un commentaire.
                              • Pendant le direct, vous pouvez aussi nous appeler au 09 72 51 55 46
                              • S’abonner à la newsletter

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                                Transcription

                                Note concernant la transcription : nous avons choisi, comme le préconise l’article Pourquoi et comment rendre accessible un podcast ?, une transcription fidèle aux propos tenus, sans suppression des tics de langage (les phrases qui ne finissent pas (…), les répétitions, les onomatopées).

                                Voix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de Traverse, d’autres voies pour imaginer demain.

                                Fred : Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce dixième épisode de Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.

                                Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels, des passions, des engagements.

                                Ce soir, on va notamment parler de leadership.

                                Si vous vous dites, c’est quoi cette foutaise, rassurez-vous, je connais notre invité depuis plus de 20 ans et c’est l’une des personnes que j’apprécie le plus.

                                Dans l’émission de ce jour, nous allons donc vous faire découvrir Alexis Monville, qui va nous embarquer dans un parcours riche et varié, de l’industrie automobile, une start-up internet, le secteur public, administration électronique, et le conseil en organisation, jusqu’à la direction d’une grande entreprise de logiciels libres. Il a traversé des univers divers et complémentaires.

                                Ensemble, nous plongerons dans les expériences qui ont jalonné ce chemin et explorerons sa grande passion, le leadership émergent, l’art de révéler le potentiel des équipes et des individus.

                                Bonsoir Alexis.

                                Alexis : Bonsoir Fred.

                                Fred : Avant que la discussion ne commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 13 novembre 2024 sur Radio Causes Communes, la voix des possibles, sur 93.fm et en DAB+, en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

                                N’hésitez pas à participer, à intervenir en direct.

                                Pour cela, notre téléphone est branché.

                                Et Julie, bonsoir Julie.

                                Julie : Bonsoir, bonsoir à tous.

                                Julie vous attend en régie.

                                Fred : Vous pouvez nous appeler au 09 72 51 55 46.

                                Je répète, 09 72 51 55 46.

                                Ou alors, vous pouvez réagir sur le salon web de la radio.

                                Rendez-vous sur le site causecommune.fm.

                                Bouton chat, salon, Chemins de traverse.

                                Alors Alexis, on va commencer par une première question, qui est très simple en fait.

                                Tu vas avoir un petit défi quand même, parce que le leadership, ça peut être connoté négativement pour plein de personnes.

                                Alors donc, pourquoi au-delà de ton parcours, nos auditrices et auditeurs doivent écouter l’émission, même si certaines peuvent avoir un a priori négatif sur cette notion de leadership ?

                                Alexis : Alors déjà, ça ne m’étonne pas qu’ils aient un a priori, enfin qu’ils puissent avoir un a priori négatif sur le leadership.

                                Parce qu’il est un peu mis à toutes les sauces.

                                Et donc, je comprends ça.

                                On pense à distance, autorité.

                                Il y a plein de mots qui peuvent venir avec ça.

                                Et ce n’est pas de ça dont j’ai envie de parler, mais pas du tout, du tout.

                                J’ai plutôt envie de parler d’empathie, de transparence, d’alignement.

                                Vous savez, cette expérience, quand on est dans une équipe et que soudainement, on a l’impression qu’on peut soulever des montagnes, c’est plutôt de ça dont j’ai envie de parler.

                                Fred : D’accord, écoute, super.

                                Alors nos auditrices et auditeurs connaissent un petit peu le principe de l’émission.

                                C’est un parcours, principalement, qu’on va aborder.

                                Et puis, avec des passions, des engagements.

                                La passion principale, ce sera le leadership, les individus, les personnes.

                                Mais on va quand même parler un petit peu de ton parcours pour savoir un petit peu ce qui t’a amené là.

                                Et puis pour te découvrir un peu plus.

                                Parce que voilà, tu as un parcours riche et varié.

                                On ne va pas tout voir parce que sinon, on pourrait y passer l’heure et demie entière.

                                Alexis : Même moi, ça m’ennuierait.

                                Ce serait catastrophique.

                                Fred : Donc, on va voir certains points.

                                Je ne sais pas.

                                En tout cas, on va balayer un petit peu ton parcours.

                                Alors, on va commencer.

                                Toi, tu es diplômé d’ingénieur mécanique.

                                Alexis : Oui.

                                Fred : Alors, j’avoue que je ne serais pas tout à fait capable de dire ce qu’est un…

                                Je vois à peu près ce que c’est qu’un ingénieur mécanique.

                                Mais je n’en suis pas totalement sûr.

                                Est-ce que tu peux me dire, c’est quoi ce métier, cette activité d’ingénieur mécanique ?

                                Alexis : C’est amusant parce que ça fait tellement longtemps que je ne suis même pas sûr de savoir moi-même.

                                En fait, l’ingénierie, c’est apprendre à construire des choses, en fait.

                                Si tu veux, en simplifiant radicalement les choses.

                                Donc, le rêve d’un ingénieur, c’est de fabriquer des choses qui vont résoudre des problèmes, qui vont apporter des choses aux gens.

                                Et généralement, tu assembles des pièces mécaniques.

                                Tu fais des constructions mécaniques.

                                Donc, des choses qui s’assemblent, qui bougent.

                                Ça pourrait être un moteur, par exemple.

                                Fred : D’accord, dans l’automobile, par exemple.

                                Alexis : Par exemple.

                                Fred : D’accord.

                                On va y revenir juste après parce que justement, c’est là une de tes premières expériences.

                                Mais alors, quand tu étais plus jeune, qu’est-ce qui t’a amené à ça ?

                                Est-ce que tu as été tout de suite intéressé par ce genre de choses ?

                                Ou est-ce que tu imaginais, quand tu étais plus petit ou plus jeune, de faire d’autres activités que de devenir ingénieur mécanique ?

                                Alexis : Ah oui, alors du coup, on va commencer très tôt.

                                En fait, le premier truc que je voulais faire quand j’étais gamin, c’était astrophysicien.

                                Fred : Très ambitieux, en tout cas.

                                Alexis : Oui, très ambitieux.

                                Mais le truc qui va faire vraiment rire tout le monde, c’est pourquoi je voulais être astrophysicien.

                                En fait, je voulais être astrophysicien parce que j’avais vu à la télévision.

                                Je ne regardais pas beaucoup la télévision.

                                Mes parents étaient assez stricts là-dessus.

                                J’avais vu à la télévision un gars en interview.

                                Et ce gars s’appelait Hubert Reeves.

                                Et en dessous de son nom, c’était écrit astrophysicien.

                                Et le gars a parlé.

                                Et j’étais captivé tout le temps où il a parlé.

                                Et je me suis dit, moi, je veux faire ça.

                                Je veux faire astrophysicien.

                                Je n’avais pas du tout compris ce que c’était, mais je voulais faire ça.

                                Donc, c’était ça mon premier truc.

                                Et je me suis beaucoup documenté.

                                J’ai écrit au Centre d’information et de documentation pour la jeunesse.

                                J’en ai écrit une longue lettre.

                                J’avais 10-12 ans, peut-être un peu moins, une dizaine d’années.

                                Et ils m’ont renvoyé un grand dossier pour m’expliquer comment on devenait astrophysicien.

                                C’est quand on a reçu le dossier que mon père m’a dit, je ne crois pas que ça marche comme ça, en fait, le Centre d’information et de documentation pour la jeunesse.

                                Je ne crois pas que tu leur renvoies un courrier qui te renvoie un truc.

                                Donc là, c’est quand même assez extraordinaire.

                                Et du coup, j’ai appris que ça pouvait marcher comme ça.

                                Et donc, j’ai continué à leur écrire pendant des années au fur et à mesure que j’ai changé d’idée.

                                Fred : D’accord.

                                Et donc, tu as évolué dans différentes idées avant d’arriver sur cette activité, en tout cas, ce diplôme d’ingénieur mécanique ?

                                Alexis : Oui.

                                En fait, l’idée que j’avais, c’était…

                                J’étais très ennuyé par les voyages en voiture avec mes deux sœurs, qui, évidemment, je considérais qu’elles prenaient toute la place.

                                J’avais une plus grande et une plus petite, donc j’étais au milieu.

                                Fred : Donc, tu étais au milieu en plus, oui.

                                Alexis : Et les voitures n’étaient pas conçues pour avoir trois enfants, je crois.

                                Et du coup, je rêvais de construire autre chose.

                                Et en fait, j’ai fait des tas de dessins de voitures qui permettaient de transporter des familles plus ou moins nombreuses.

                                Et c’était magique pour moi de faire ça.

                                C’était super intéressant, c’était super passionnant de faire tous ces dessins, tous ces croquis pour inventer une voiture.

                                Fred : D’accord.

                                Et donc, tu es devenu ingénieur mécanique, un diplôme, et tu as travaillé au tout début, si je crois bien, dans l’industrie automobile.

                                Alexis : Oui.

                                Fred : Donc, c’était volontaire de vouloir travailler dans l’industrie automobile, justement, par rapport à ce que tu viens de dire ?

                                Alexis : Oui.

                                Fred : Oui ?

                                Alexis : Oui.

                                Je croyais vraiment que j’allais construire des voitures.

                                Fred : D’accord.

                                Et tu as travaillé dans quelle entreprise ?

                                Qu’est-ce que tu y faisais, en fait ?

                                Alexis : En fait, je n’ai pas du tout construit de voiture.

                                Fred : Qu’est-ce que tu as fait ?

                                Alexis : Et en fait, je me voyais à faire du design et je me voyais à faire des choses comme ça.

                                Et en fait, pas du tout.

                                En fait, j’avais fait du développement pendant mes études parce que je trouvais ça marrant.

                                Mais je ne pense pas que c’était un vrai métier de développer des logiciels.

                                Je vais me faire plein d’amis.

                                Et du coup, ces compétences informatiques, c’était il y a très longtemps.

                                Donc l’informatique, les gens n’avaient pas de mail et n’avaient pas d’ordinateur.

                                Fred : Alors pour préciser, parce qu’on est à la radio, donc on ne te voit pas.

                                C’était vers quelle époque ?

                                Alexis : J’ai été diplômé en 90 ou 91, un truc comme ça.

                                Donc c’était il y a très longtemps.

                                Donc ça paraît bizarre aux gens, mais le web a été inventé en 90.

                                Donc ça leur positionne un petit peu.

                                Et ça ne s’est pas diffusé rapidement.

                                Donc ne rêvez pas.

                                Et en fait, du coup, ces compétences-là m’ont amené à aller dans un domaine où on fabriquait des systèmes de freinage.

                                C’était le début des freinages ABS, donc anti-blocage.

                                Donc c’est quand vous appuyez sur la pédale de frein, les roues ne se bloquent pas.

                                Ça paraît tellement évident pour les gens aujourd’hui, parce que je ne crois pas qu’il reste des voitures qui roulent sur la route sans ABS ou alors vraiment des très anciennes.

                                Et donc c’était la première fois où on avait ces dispositifs en série sur un modèle de voiture.

                                On s’en fout du modèle, ce n’est pas très grave.

                                Et en fait, comme c’est un organe de sécurité, l’idée, c’était de mettre en place une traçabilité sur le produit, les composants, l’ensemble des composants qui étaient assemblés pour fabriquer cet ABS et tous les processus.

                                Donc le couple de serrage d’une vis, on l’enregistrait.

                                On enregistrait tout et on gardait toutes les informations là-dessus.

                                Et du coup, c’était la première fois que sur une chaîne d’assemblage, on avait un système informatique, on avait un VAX dans une belle salle climatisée.

                                Fred : En fait, c’est un ordinateur, une grosse machine, des grosses armoires à l’époque.

                                Alexis : On avait une salle pour ça.

                                Donc, c’était un truc assez magique.

                                Et du coup, j’étais en charge de mettre en production ce truc-là, pour cette première chaîne d’assemblage à plus grande série.

                                Donc, c’était très marrant.

                                Et en fait, moi, mon ambition, ce n’était pas du tout de faire ça, parce que ça, c’était très proche de la fabrication.

                                Et moi, je me voyais plutôt dans les bureaux d’études.

                                Et donc, j’ai essayé de me faire recruter partout comme ça.

                                J’ai fait tous les constructeurs automobiles en leur disant que je voulais être dans un bureau d’études.

                                Et à chaque fois, ils me disaient, en fait, on pense que ce serait bien que tu sois en fabrication.

                                Tu es en fabrication, sur les lignes d’assemblage, encadré.

                                Et moi, je n’avais pas du tout envie de faire ça.

                                Et donc, je refusais tous les jobs qu’on me donnait.

                                Au bout d’un moment, quand même, je me suis dit que j’allais arrêter de refuser des jobs.

                                Et donc, il y a ce mec qui me recrute et qui me dit, oui, je comprends bien que c’est ce que tu veux faire, mais ça m’arrangerait que tu fasses ça pendant quelques mois.

                                Puis après, dès qu’il y a un poste qui s’ouvre, je te mettrai en bureau d’études.

                                Donc, le mec était un très, très bon juge de caractère parce que, évidemment, au bout de quelques mois, je me suis rendu compte que la fabrication, c’était génial.

                                Être vraiment au contact des gens qui font vraiment les choses, c’était passionnant.

                                J’adorais ça.

                                Il y avait des tas de problèmes en permanence, des tas de trucs qui tombaient, qu’il fallait résoudre.

                                Tu étais vraiment dans l’action d’essayer de résoudre des choses.

                                C’était passionnant.

                                J’ai adoré ça.

                                Et puis, tu avais des problèmes technologiques, techniques.

                                Et puis, tu avais surtout plein de problèmes humains.

                                Super intéressants, les problèmes humains.

                                Fred : Et c’est là que tu as découvert, notamment, des méthodes d’organisation ou autres ?

                                Parce que, de mémoire, tu étais un grand fan, ou en tout cas, tu m’as souvent parlé d’une méthode de Toyota.

                                Donc, c’est là que tu as découvert ça ?

                                Alexis : Un petit peu après, mais ça s’est commencé à ce moment-là.

                                Ce qui était très amusant pour moi, c’est que ce directeur d’usine me dise… En fait, je voyais bien que le moment allait arriver où il allait falloir que je lui dise « je ne veux pas aller dans le bureau avec les autres là, je les ai vus. C’est horrible, le truc qu’ils font »

                                Je ne vais pas supporter une semaine.

                                Comment j’allais lui dire ?

                                Il m’avait promis que j’aurais un job.

                                Au bout d’un moment, j’ai pris mon courage à deux mains.

                                Je suis allé le voir pour lui dire que je ne voulais pas faire ça et que je préférerais rester en fabrication si c’était possible.

                                J’ai commencé à lui parler et il m’a dit « ah, tu as mis du temps à venir me voir.

                                Je me suis dit « merde, il le sait depuis le début, c’est quand même fort ». Du coup, j’ai pris la responsabilité de l’ensemble de la fabrication des systèmes ABS quand on a mis en place une nouvelle usine à Moulins.

                                J’étais super jeune, mais j’ai encadré plein de gens et je trouvais ça génial.

                                Évidemment, la première fois que j’ai parlé devant 150 personnes pour faire ma petite présentation sur les résultats de la semaine et sur quoi on va mettre l’accent, ça faisait un peu peur.

                                Par contre, j’ai appris à connaître toutes les personnes individuellement et j’ai adoré ça.

                                Fred : Ce qui t’a le plus intéressé, ce n’est pas tellement la partie ingénierie, c’est la partie humaine, organisationnelle, équipe.

                                Alexis : Comment on aide les gens à mieux faire leur job.

                                Un des trucs qu’on a mis en place et qui était vachement intéressant, c’était la maîtrise des procédés.

                                Tu apprends à tout le monde, quel que soit le rôle dans l’équipe, à comprendre comment ça fonctionne.

                                C’est vachement marrant parce qu’il y a plein de trucs qui sont contre-intuitifs.

                                Pour toi, pour n’importe qui, s’il y a une tolérance pour fabriquer une pièce, admettons qu’on perce un trou, tu te doutes que si on perce un trou, le forêt, par exemple, va s’user au bout d’un moment et donc le trou ne va plus faire la même taille.

                                Mais tu as une tolérance.

                                Si tant que ça marche dans la tolérance, tu pourrais considérer que c’est bon.

                                Avec notre approche de maîtrise des procédés, en fait non.

                                Tout le monde le savait, c’est-à-dire qu’un ouvrier sur la chaîne, il prenait les cotes, il regardait le graphique et il voyait un certain nombre au-dessus de la moyenne.

                                Ce n’est pas normal.

                                Donc on a un problème de maîtrise, on s’arrête et on réfléchit.

                                Et on agit.

                                En fait, qui prend la décision ?

                                Le mec qui est sur la chaîne.

                                Ce n’est pas un grand patron.

                                On a de l’information, on a de la transparence, on a une bonne compréhension de cette information, on sait ce que ça veut dire et du coup on agit.

                                Et ça, j’ai trouvé ça génial.

                                J’ai adoré tout ça.

                                Fred : C’est-à-dire aussi qu’en amont, il y a des gens qui élaborent ces procès, ces procédures, des gens qui les vérifient et après effectivement des gens qui les appliquent en autonomie.

                                Parce que comme tu le dis, c’est basé sur la transparence, sur tout est accessible et surtout, je suppose en tout cas, qu’on leur explique l’intérêt aussi de ça.

                                Ce n’est pas juste bêtement d’appliquer une procédure, c’est qu’on explique l’intérêt.

                                Alexis : Du coup, c’est là où j’ai compris que si tu crées les conditions pour que les gens puissent faire le mieux possible leur job, ils le font en fait.

                                Et ils ont plein d’idées.

                                Après, tu ne peux pas nécessairement tout mettre en œuvre parce qu’on a des capacités nécessairement limitées.

                                On ne peut pas faire beaucoup de changements en même temps mais tu peux faire plein de trucs.

                                Et du coup, c’est pour ça que je partageais avec eux l’ensemble de nos objectifs global pour l’ensemble de la cabine et où est-ce qu’on avait vu qu’on avait le plus de problèmes, pour que les gens puissent se focaliser sur les points où il y avait des points d’attention.

                                Et du coup, c’était super intéressant, c’était super riche.

                                Et j’ai appris énormément de choses.

                                Fred : Alors, tu es resté combien de temps là-dedans, dans cette activité ?

                                Alexis : Je suis resté quelques années, pas très très longtemps.

                                Deux, trois ans peut-être.

                                En fait, le truc qui était rigolo, c’est que le gars qui m’a remplacé, je m’en souviens toujours, c’était marrant parce que tu parlais de l’attachement humain et ça m’y fait penser.

                                On avait trois équipes.

                                On avait une équipe du matin, une équipe d’après-midi et une équipe de nuit.

                                Et en fait, moi, quand j’arrivais le matin, je disais bonjour à toutes les personnes de l’équipe.

                                Donc, je faisais tout le tour et je disais bonjour à tout le monde.

                                Et puis, quand l’équipe d’après-midi arrivait, je disais bonjour à toute l’équipe d’après-midi.

                                Et une ou deux fois dans la semaine, je venais à 23 heures pour aller voir l’équipe de nuit, pour dire bonjour à toute l’équipe de nuit, mais je ne venais pas tous les jours pour ça.

                                Et il me disait, mais c’est fou parce qu’en fait, je crois que j’ai mesuré.

                                Je pense que tu perds entre une heure et demie à deux heures par jour à dire bonjour.

                                Fred : Quand il y a une grande entreprise, effectivement.

                                Alexis : Oui, oui, oui.

                                Et en fait, je n’avais pas l’impression de perdre mon temps.

                                Je n’apprenais pas forcément quelque chose à chaque fois, mais j’apprenais plein de petites choses que je n’aurais jamais appris si je n’avais pas fait le tour.

                                Puis ça disait aussi un truc aux gens, c’est qu’ils savaient que j’allais passer.

                                Ils savaient que s’ils avaient quelque chose à me dire, ils pouvaient me le dire.

                                Fred : Ils pouvaient te le dire.

                                En fait, ça permettait une remontée d’informations, même de façon finalement informelle et pas forcément tout le temps.

                                Alexis : Oui.

                                Fred : C’est-à-dire qu’il peut y avoir un simple bonjour ou tiens, bonjour, mais Alexis, j’ai un truc à te dire, c’est ça ?

                                Alexis : Oui, tout à fait.

                                Et du coup, des petits trucs comme, tiens, il faut faire attention parce que j’ai vu que sur le tableau des formations, parce qu’on faisait tout de manière transparente, donc on avait des habilitations pour les postes et on avait un grand tableau qu’on avait mis en place où tout le monde voyait toutes les habilitations à tous les postes.

                                Quelqu’un m’avait dit, j’ai vu que telle personne a été formée sur ce poste et puis il y avait beaucoup de postes qui étaient en binôme.

                                Donc, il y avait deux personnes qui travaillaient côte à côte toute la journée.

                                Pas forcément toute la journée, parce qu’il y avait des changements dans la journée, mais très proches.

                                Il me dit, tiens, j’ai vu que cette personne avait été formée sur ce poste, c’est vachement bien, mais tu connais son histoire avec cette autre personne qui est formée sur ce poste et qui est généralement toujours à ce poste ?

                                J’ai dit, non.

                                Il me dit, ben, si tu veux, son mari, c’est l’ex-mari de l’autre.

                                Elle lui a piqué.

                                Je pense qu’il ne faudrait pas les mettre ensemble.

                                Donc, évidemment, moi, je ne savais pas ça.

                                Mais personne ne m’en avait parlé et tout le monde n’était pas nécessairement au courant.

                                Mais il y a quelqu’un qui m’en a gentiment parlé avant qu’il y ait un problème.

                                Je lui ai dit, ce serait une bonne idée de vous mettre ensemble.

                                Fred : Donc, ça favorisait qu’une certaine fluidité de l’information est utile pour le travail, en fait.

                                Alexis : Oui, et du coup, il me faisait probablement aussi plus confiance quand je leur parlais des résultats, quand je leur parlais des points d’attention.

                                Et puis, moi, je ne parlais pas à des étrangers quand j’avais 150 personnes devant moi avec mon petit papier.

                                C’était quand même aussi pas mal, ça.

                                Fred : D’accord.

                                Alors, ça, c’est dans l’industrie automobile.

                                Après, si j’en crois mes notes, tu as créé une start-up Internet.

                                Alors, pourquoi ce changement et c’est quoi cette start-up Internet ?

                                Est-ce que c’était la mode ?

                                Est-ce que c’était à l’époque de la bulle Internet ?

                                Alexis : Alors, c’était avant.

                                En fait, c’était avant qu’il y ait une bulle.

                                Bon, on y a bien contribué, je vous rassure.

                                Donc, le web a été inventé en 90.

                                On est en 94, 95.

                                Et en fait, je retrouve des anciens copains avec qui je faisais du développement sur Mac, déjà, tu vois, pendant mes études.

                                Et on parle du web.

                                Et en fait, il y a une espèce d’enthousiasme pour faire quelque chose.

                                Et je vais les rejoindre pour créer une start-up web.

                                On est trois en 95, c’était marrant.

                                Et en fait, j’ai relu le business plan il n’y a pas si longtemps.

                                Et le business plan, c’est un espèce de mélange d’Amazon, d’Ebay, de Netflix.

                                Fred : Avant l’heure, quoi.

                                Alexis : Je ne sais pas comment les gens nous ont donné de l’argent, mais ils nous ont donné de l’argent.

                                Fred : À l’époque, les investisseurs donnaient beaucoup d’argent à plein de gens.

                                Alexis : Non, non, non.

                                En 95, c’était vraiment le tout début.

                                Donc, il n’y avait pas encore cet engouement.

                                Et en fait, nous, on se dit, qu’est-ce qu’on va faire ?

                                On va fabriquer des sites web pour les grandes boîtes.

                                Et après ces sites web, on va les rendre plus complexes parce que nous, on veut avoir une plateforme qui va permettre de faire soit du commerce, soit de l’information.

                                On imaginait radio, télé, tout ça, aller fusionner dans un grand ensemble.

                                Ça allait être merveilleux.

                                Et nous, on va fabriquer tout ça.

                                Et en fait, au moment où on relève la tête avec nos sous qu’on vient de lever, là, on se rend compte qu’il y a 1500 boîtes qui sont créées pour créer des sites web à tout le monde.

                                Fred : C’est-à-dire pour faire la même chose.

                                Alexis : Exactement.

                                Et on se dit, en fait, ça ne va pas le faire, ça.

                                Fred : Donc, on va faire autre chose.

                                Alexis : Et vous avez donc fait quoi, alors ?

                                Du coup, on s’est dit, qu’est-ce qui marchait à l’époque ?

                                Alors là, ça date vraiment.

                                Qu’est-ce qui marche à l’époque ?

                                C’est le Minitel.

                                Le Minitel, c’est vachement bien.

                                Et on se dit, le Minitel, c’est bien.

                                Les catalogues papiers, c’est bien.

                                Les gens…

                                Fred : Genre l’annuaire, par exemple ?

                                Alexis : Même les catalogues de vente papiers, ça existait.

                                Donc, il fallait éditer un catalogue papier.

                                Et après, il fallait que les gens, ils aient un petit bond de commande qu’ils découperaient, ils remplissaient leurs trucs, et ils le renvoyaient par la poste, il fallait traiter tout ça.

                                Et donc, on se dit, en fait, on va fabriquer un système qui va permettre d’éditer ton catalogue papier, de créer ton site Minitel, et de créer ton site web.

                                Et après, on va devenir une plateforme de commerce électronique, on va te permettre de faire du commerce en ligne.

                                Donc, il a fallu qu’on crée des systèmes de paiement, faire un partenariat avec tout ça.

                                On a fait des tas de trucs.

                                Donc, on a inventé plein de techno qui n’existaient pas, c’est très, très drôle.

                                Et du coup, on est devenu fournisseur de toutes ces petites boîtes qui s’étaient créées pour créer des sites web.

                                Parce que nous, on avait la techno, et on fabriquait des data centers.

                                Donc, c’était vachement marrant.

                                Fred : Les data centers, c’est les centres de données, là où il y a toutes les données informatiques.

                                Et l’entreprise, vous étiez combien ?

                                Vous étiez 10, 100, 1000 ?

                                Pour faire tout ça ?

                                Alexis : En fait, au début, on n’était vraiment pas beaucoup.

                                Donc, on travaillait beaucoup.

                                Je pense que j’ai battu mes records de nuits blanches.

                                Et quand je suis parti en 2000, on était 850 dans 10 pays.

                                Fred : Ah ouais, gros succès, quoi.

                                Alexis : Et on était coté sur deux marchés.

                                À l’époque, les marchés n’étaient pas intégrés en Europe.

                                Donc, on était coté au Nouveau Marché en France et au Neuer Markt en Allemagne.

                                Fred : D’accord.

                                Alexis : C’était marrant, ouais, c’était très marrant.

                                Donc, quand tu parlais de la bulle, bah oui, évidemment, on a bien vu la bulle après.

                                Fred : Et dans cette activité-là, est-ce que t’as retrouvé des…

                                Est-ce que t’as pu mettre en application ce que t’avais appris précédemment dans l’industrie automobile, sur ce que tu disais ?

                                Alexis : Ouais, en fait, ce qui était marrant, c’est que là, je me suis vraiment rendu compte que la façon dont on faisait de l’informatique, c’était soit beaucoup trop structuré pour ce que l’on faisait nous, soit complètement l’anarchie.

                                Et donc, en fait, on essayait de faire pas trop l’anarchie.

                                Et ce qui était vraiment amusant, et c’est pour ça que c’est une aventure humaine intéressante et que je suis toujours des contacts avec les gens de cette époque-là, c’est qu’en même temps, t’avais le passage à l’euro en 99 et le bug de l’an 2000, qui a occupé plein d’informaticiens.

                                Donc, normalement, les informaticiens, ils allaient faire ça.

                                Ils allaient pas faire du web avec des guignols comme nous.

                                Fred : C’était un jouet, le web, pour eux, en fait.

                                Alexis : Voilà.

                                Et donc, nous, on avait beaucoup de mal à recruter, forcément.

                                Et donc, on a recruté plein de gens qui étaient…

                                Fred : Qui n’étaient pas informaticiens ou informaticiennes de formation.

                                Alexis : C’est ça.

                                Voilà.

                                Et qu’on a formé.

                                Fred : Que vous avez formé.

                                Alexis : Voilà.

                                Et donc, on en avait quand même des vrais informaticiens, mais on a recruté plein d’autres gens qui faisaient d’autres choses.

                                Et puis, il y avait ce côté…

                                T’as une interface graphique et t’as un vrai challenge de bande passante.

                                Alors, évidemment, les gens, aujourd’hui, ils se plaignent de la bande passante parce qu’ils arrivent pas à regarder un film en 8K en streaming, tu vois.

                                Mais à l’époque, avec un modem 9600 bauds, là, où tu te connectes…

                                Tu faisais gaffe

                                Fred : Et puis, tu faisais gaffe aussi à ta facture téléphonique.

                                Parce qu’à l’époque, c’était la facturation à la minute.

                                Alexis : C’est ça.

                                C’était pas illimité.

                                Enfin, il y avait plein de choses qui étaient différentes.

                                Donc, il y avait plein de challenges techniques assez amusants et qui étaient au carrefour de plein de métiers.

                                Donc, c’était passionnant.

                                C’était marrant.

                                C’était génial comme aventure.

                                Fred : D’accord.

                                T’as enchaîné avec autre chose avant l’administration électronique ou pas ?

                                Alexis : Ouais.

                                Fred : Alors quoi, alors ?

                                Je me suis dit que comme j’étais super fort à monter des startups et que j’avais de l’argent, j’allais quand même continuer à faire ça.

                                Donc, j’allais remonter une autre.

                                Et comme le B2B, c’est-à-dire faire de la vente aux entreprises. Alors, B2B, c’était vachement bien.

                                Mais en fait, le plus impactant, le plus grandiose qu’on pouvait faire, c’était de faire une startup qui allait s’adresser aux vrais consommateurs.

                                Faire un truc vraiment grandiose.

                                Et donc, on a eu plein d’idées.

                                Et on s’est dit qu’on allait monter ça.

                                On avait énormément d’argent pour commencer, parce qu’on n’était pas très malins.

                                Et que c’était au moment où la bulle Internet a éclaté.

                                Donc, il n’y avait plus personne pour nous donner de l’argent.

                                Donc, on a gentiment arrêté cette idée.

                                Et là, je me suis dit, je vais faire du conseil à d’autres startups pour les aider à monter.

                                Le gars qui n’avait toujours pas compris que la bulle a éclaté, tu vois.

                                Et donc, évidemment, ces startups n’ont pas pu lever leur deuxième tour d’argent.

                                Fred : Donc, ils ne pourraient plus te payer.

                                Alexis : Elles sont toutes mortes.

                                Jusqu’à ce qu’un gars me contacte pour me dire qu’il avait un super job pour moi, mais qu’il ne voulait pas me dire quoi.

                                Il fallait que je vienne en rendez-vous pour qu’ils me le disent.

                                Fred : Ah ouais ?

                                C’était quoi comme job ?

                                Alexis : C’est aller travailler pour l’administration électronique.

                                Fred : Alors, on va préciser, on dit tout à nos auditeurs.

                                C’est à ce moment-là qu’on s’est rencontrés.

                                C’est dans ce cadre-là, en fait.

                                Donc, il y a quelques années maintenant.

                                Je ne sais pas comment s’appelait à l’époque la structure.

                                C’était la Direction générale de modernisation de l’État ou ça avait un autre nom à l’époque ?

                                Alexis : La toute première instance de ça, c’était l’ADAE.

                                Fred : L’Agence pour le Développement de l’Administration Électronique.

                                Alexis : C’était une agence qui était dans les services du Premier ministre.

                                Fred : D’accord.

                                Alors, qu’est-ce qui t’intéressait là-dedans ?

                                Parce que c’était une des premières agences qui existaient dans l’administration électronique, donc au niveau étatique.

                                C’était ça qui t’intéressait ?

                                C’était la nouveauté ?

                                Travailler dans le secteur public, qu’est-ce qui t’intéressait ?

                                Alexis : En fait, les gars que j’ai vus en rendez-vous étaient passionnants parce que c’était des fonctionnaires.

                                Alors, vous allez avoir tous les clichés que vous pouvez avoir en tête.

                                Fred : Alors, juste une petite précision.

                                Julie nous demande, c’est quoi l’administration électronique ?

                                Alexis : Alors, l’idée, c’était d’utiliser les technologies du web, qui à l’époque n’étaient pas très diffusées, pour moderniser l’administration.

                                C’est-à-dire, peut-être que certains payent des impôts ou pas, mais vous faites probablement une déclaration d’impôt en ligne, par internet, à l’époque ça n’existait pas.

                                Donc, il a fallu faire ça.

                                Vous allez chercher des informations sur servicepublic.fr, à l’époque ça n’existait pas.

                                Et donc, savoir comment fonctionnait un service public, c’était un mystère.

                                Même pour certains agents publics d’ailleurs, ça pouvait être un mystère.

                                Fred : Donc, c’était au tout début de cette numérisation des services de l’État, pour le meilleur et pour le pire sans doute peut-être, mais bon, peu importe, c’est un autre sujet.

                                Mais donc, tu rencontres des gens formidables, c’est ça ?

                                Alexis : Oui.

                                En fait, les gens que je rencontre, ils sont incroyables.

                                Tous mes préjugés sur être un fonctionnaire, pourquoi ils font ça, etc. volent en éclats, parce que j’ai des gens passionnés qui ont vraiment envie d’être au service des citoyens et de faire les choses mieux.

                                Et c’est à la fois au service des citoyens et au service des agents publics, parce qu’ils se disent, les agents publics sont au service des citoyens, il faut leur donner les outils pour qu’ils puissent faire leur job dans des meilleures conditions.

                                Donc en fait, je faisais des gens absolument passionnants et super intéressants.

                                Et je me dis, bah ouais, moi je veux contribuer à ça aussi.

                                Et c’est bizarre, je ne m’attendais pas à ça, je n’avais pas ça dans mon plan.

                                Fred : Et c’était quoi ton rôle, ton poste ?

                                Alexis : Ah la vache, là il faut reconnaître qu’on est quand même vraiment dans l’administration.

                                J’étais responsable du plan stratégique de l’administration électronique.

                                Et à un moment donné, je me suis occupé d’un autre truc qui était très amusant, c’était la diffusion et l’utilisation de standards ouverts et de logiciels libres.

                                Fred : D’où notre rencontre, vu qu’à titre professionnel, je suis également dans le logiciel libre.

                                Donc les standards ouverts, c’est des standards qui sont documentés, accessibles à tout le monde, que tout le monde peut mettre en œuvre.

                                Et en fait, Internet est basé sur des standards ouverts.

                                Le web, HTTP, donc le protocole d’Internet, c’est un standard ouvert.

                                Le protocole du mail, c’est un standard ouvert.

                                Même si aujourd’hui, ça a de plus en plus de tendance à se refermer avec les Google, Amazon et compagnie.

                                Mais toi, tu étais en charge de cet aspect-là, la promotion et le développement des standards ouverts et des logiciels libres dans l’administration.

                                Et c’était vraiment au tout début.

                                C’était vraiment au tout début.

                                Alexis : C’était balbutiant.

                                Fred : Et en tout cas, c’est vrai que les équipes que j’ai pu rencontrer à l’époque dans le cadre de mon travail, j’étais un peu de l’autre côté.

                                Moi, j’étais promoteur de logiciel libre et je rencontrais des gens de l’administration.

                                C’est vrai qu’il y a vraiment des gens formidables et qui essayaient de travailler avec pas forcément beaucoup de moyens, en fait.

                                Alexis : Non, ils n’avaient pas nécessairement beaucoup de moyens et ils avaient beaucoup moins d’influence que certains éditeurs de logiciels, par exemple.

                                Fred : Comme Microsoft à l’époque.

                                Et maintenant, c’est Google.

                                Alexis : J’essayais de ne pas me faire d’ennemi.

                                Fred : Non, mais ne t’inquiète pas.

                                Donc, tu restes combien de temps, à peu près ?

                                Alexis : Je pense que je reste six ans.

                                Ça fait partie de ce genre d’expérience où j’imagine que je vais faire ça quelques temps.

                                Et puis, à un moment donné, il s’est passé plein de temps.

                                Fred : Six ans, ce n’est pas forcément très long non plus dans certaines carrières.

                                Alexis : Oui, c’est vrai.

                                Mais à un moment donné, je pense qu’il était temps.

                                Je pense que le rythme de changement du politique me fatiguait un peu quand même.

                                Fred : Je ne vais pas te poser la question de savoir si les changements politiques de majorité ont eu un impact là-dessus.

                                Alexis : Ce n’est même pas une question de côté politique en fait.

                                Alexis : Non, mais pas de côté.

                                Mais par rapport au logiciel libre, on sait très bien qu’avec l’élection, par exemple, de Nicolas Sarkozy en 2007, la partie logiciel libre a un peu souffert, on va dire.

                                Je ne sais pas si tu étais encore là-bas.

                                Alexis : C’est sûr que oui.

                                Ça va être la fin, oui.

                                Fred : On ne va pas rentrer dans ce détail-là.

                                Ça serait trop long.

                                En tout cas, il y a eu des…

                                Sous certains gouvernements, c’était plus facile que sous d’autres.

                                Par exemple, sous le gouvernement Ayrault, il y a eu une circulaire logiciel libre en faveur du logiciel libre.

                                Ceux qui s’intéressent au sujet du logiciel libre, je les renvoie sur Libre à vous ! chaque mardi à 15h30 sur Cause Commune.

                                Donc, tu quittes le secteur public et tu reviens dans le conseil en organisation.

                                C’est ce que tu faisais un petit peu avant, mais là, c’est après la bulle Internet, c’est après le secteur public.

                                C’est toujours le même.

                                Tu conseilles qui ce coup-ci en fait ?

                                Quel type de structure ?

                                Alexis : Alors là, j’ai énormément d’ambition.

                                Je me dis que je vais conseiller à la fois des grandes entreprises, parce que j’ai quand même une bonne expérience de grandes organisations.

                                Après tout, la boîte dans l’automobile dans laquelle j’étais, il y avait 400 000 employés à l’époque.

                                C’était quand même une énorme boîte.

                                Fred : Tu ne veux pas dire le nom de la boîte ?

                                Alexis : Ça s’appelait AlliedSignal.

                                Et en fait, la marque pour laquelle je travaillais, c’était Bendix.

                                Bendix, peut-être ça parle à certains dans l’automobile, mais c’est des équipementiers, donc généralement les gens ne les connaissent pas.

                                Et le secteur public dans son ensemble, c’est évidemment énormément de monde, avec des tas de différentes structures qui sont interconnectées plus ou moins.

                                Et puis, j’ai travaillé dans des petites structures qui grandissent beaucoup, donc des start-up.

                                Fred : Des start-up, dont on parlait tout à l’heure.

                                Alexis : Et du coup, je me dis, je vais faire du conseil pour les deux.

                                Et c’est ce que je vais faire, ce qui va être très amusant.

                                Et du coup, je vais essayer de mettre en œuvre ce que j’ai appris sur comment fonctionne, comment ça fonctionne dans l’automobile.

                                Tu évoquais le système de Toyota, de production de Toyota qui est passionnant.

                                Fred : Rappelle-moi le nom, parce que je ne me souviens plus comment il s’appelait ce système.

                                Alexis : C’est Toyota Production System, donc TPS.

                                Et ça va être étudié par le MIT et ça va donner un bouquin fondateur qui est « La machine qui a changé le monde ».

                                Et c’est l’idée du Lean Management.

                                Ça vient de l’étude des pratiques de Toyota.

                                Alors attention, ils ont étudié les pratiques et les outils qu’ils ont codés dans l’idée du Lean.

                                Fred : C’est quoi l’idée du Lean ?

                                Parce que là, tu as proposé un nom que je ne peux pas expliquer.

                                Alexis : Pour simplifier, c’est de réduire les gaspillages, c’est-à-dire de ne faire que ce qui est nécessaire.

                                C’est d’aller au plus simple de ce qu’il faut faire pour obtenir le résultat voulu.

                                Ce qui est passionnant comme idée.

                                Tu as des citations de De Vinci qui parle de simplicité, de Saint-Exupéry.

                                Tu vois que cette idée de simplicité, c’est quelque chose qui est difficile à accomplir.

                                Donc il y a plein de choses qui sont très intéressantes.

                                Ce qui est raté dans pas mal d’implémentations Lean, c’est le fait, ce que j’évoquais tout à l’heure, c’est les personnes qui sont en train de faire le job, c’est elles qui contribuent.

                                C’est elles qui ont une influence.

                                C’est elles qui prennent des décisions.

                                C’est elles à qui on donne les informations et l’information nécessaire pour qu’elles puissent prendre des décisions et faire évoluer le système.

                                C’est peut-être cette partie-là qui est ratée dans pas mal d’implémentations qui deviennent plus dirigiste.

                                Fred : Du haut en bas.

                                Tu te lances dans ce conseil pour petites entreprises, grandes entreprises.

                                Alexis : Oui.

                                Fred : Ça dure combien de temps en fait ?

                                Alexis : Ça dure quelques années.

                                Fred : T’es en indépendant ou t’as créé une structure ?

                                Alexis : On a créé une société.

                                Un de mes associés, c’est mon épouse.

                                Isabel

                                Hello Isabel

                                Fred : Elle nous écoute ?

                                Alexis : J’espère.

                                Je lui ai dit que l’émission commençait à 22h.

                                J’espère qu’elle nous écoute.

                                Fred : Si elle veut nous appeler, elle peut d’ailleurs.

                                Alexis : Ça serait marrant.

                                Et donc on monte une petite structure avec l’idée que, toujours mon idée, c’est qu’on va faire plutôt des réseaux de petites équipes plutôt qu’une grande organisation.

                                J’ai toujours cette idée de petites équipes.

                                Et ça dure quelques années. 2009, je pense que la boîte dure jusqu’à ce qu’on parte aux US.

                                Ça doit être 2016.

                                Mais moi je vais arrêter de travailler dans cette boîte en 2013.

                                En fait, une des startups pour lesquelles je travaillais, dans laquelle je vais finir par travailler de plus en plus, va m’embaucher

                                Fred : Une startup dont le logiciel libre de mémoire ?

                                Alexis : Oui, absolument.

                                Fred : Qui s’appelle Enovance, c’est ça ?

                                Alexis : Oui, exactement.

                                Donc là, tu reviens côté logiciel libre, mais pas côté administration, mais côté entreprise.

                                Et là, ça va être le début d’un gros changement quand même.

                                Parce que quand tu parles des Etats-Unis, Enovance va être rachetée par une grosse entreprise de logiciel libre qui s’appelle Red Hat.

                                Et toi, tu vas filer aux Etats-Unis.

                                Mais tu vas faire quoi chez Red Hat ?

                                C’est combien d’employés Red Hat à peu près ?

                                Alexis : À l’époque, quand ils rachètent Inovance, il y a un peu plus de 5 000 employés.

                                Et donc, par rapport à Inovance, c’est évidemment énorme.

                                Et en fait, moi, je me dis que mon job, c’est d’aider à trouver une place à toutes les personnes qui sont là, et peut-être de transmettre l’approche que l’on avait, à la fois notre approche d’organisation, qui était basée sur des petites équipes pluridisciplinaires, avec pas de niveau hiérarchique.

                                Une équipe de leadership et des petites équipes pluridisciplinaires.

                                Donc ça, c’était l’approche d’organisation.

                                Et notre approche pour engager avec les clients, où on avait une idée de vraiment, en un workshop, leur permettre d’avoir une bonne compréhension de leur stratégie cloud.

                                A l’époque, on parle de cloud, alors évidemment, il y a le cloud public qui vient d’émerger.

                                Et l’idée, c’est de construire des clouds privés.

                                Fred : Donc l’informatique en nuage.

                                Alexis : Oui, c’est ça.

                                Fred : Donc on ne sait pas trop où sont les données, elles sont quelque part.

                                Alexis : Tu évoquais les centres de données, ben voilà, elles sont dans des centres de données qui appartiennent à quelqu’un d’autre.

                                Et en fait, ce qui est intéressant, c’est que le directeur technique d’Enovance est vraiment visionnaire dans ce sens-là.

                                C’est-à-dire, quand eux, ils créent Enovance, ils le créent juste en 2009, Enovance.

                                AWS, Amazon Web Services, ça a été créé en 2006.

                                Donc AWS vient d’arriver, et eux, ils disent, lui dit, en fait, ça va poser un problème pour le logiciel libre.

                                Nous, on fait de l’hébergement de logiciels libres, c’est le métier d’Enovance.

                                Mais en fait, l’émergence de ce genre de services va poser un problème pour les logiciels libres parce qu’en fait, ils vont utiliser les choses, mais ils ne vont jamais recontribuer.

                                Alors que nous, quand on rencontre des problèmes, on contribue pour fixer les problèmes.

                                Et eux, ils ne font pas ça.

                                Donc ils disent ça déjà, en 2009.

                                Donc il est vachement intéressant.

                                Et en fait, quand ils découvrent l’idée de dire, en fait, on commence à avoir vraiment beaucoup de clients, il nous faut un outil pour gérer toute notre infrastructure qu’on déploie pour des clients, dans notre centre de données, enfin, dans nos centres de données, puisqu’on en avait aussi à Montréal, il nous faut un truc pour gérer ça.

                                Et donc, on va créer un logiciel libre qui va gérer de l’infrastructure et qui va permettre de provisionner rapidement.

                                Donc en fait, on va créer un logiciel pour fabriquer un cloud.

                                Donc pas du tout ambitieux.

                                Il ne manquait pas de niveau d’ambition.

                                Et en fait, coup de chance, ils ne vont pas le créer.

                                Ils vont rencontrer un logiciel libre qui se crée à ce moment-là, qui s’appelle OpenStack.

                                Et du coup, ils vont contribuer à OpenStack.

                                Ils vont être dans les premiers contributeurs à OpenStack.

                                OpenStack, c’est un logiciel libre qui a été créé par la NASA et Rackspace, qui était une boîte qui faisait un peu le même job qu’Enovance, donc ça tombait plutôt bien.

                                Et le truc va avoir une traction assez phénoménale.

                                Et surtout, notre approche pour développer va faire qu’on devienne des contributeurs en vue.

                                Et notre approche pour engager avec les clients fait qu’on gagne systématiquement quand on est face à Red Hat, par exemple.

                                Donc ça va finir par attirer et on va rejoindre Red Hat.

                                Alors qu’est-ce que je vais faire chez Red Hat ?

                                Fred : Qu’est-ce que tu vas faire chez Red Hat ?

                                Alexis : C’est ça.

                                Au début, je me dis, je vais juste trouver une place pour les gens et après, je vais me remettre, parce que je ne vois pas ce que je vais faire dans une si grande boîte.

                                Et en fait, je fais un peu de transmission de notre approche d’engagement avec les clients, qui marche bien pour une petite startup, mais moins bien pour une grande boîte où les clients s’attendent à ce qu’il y ait beaucoup d’efforts d’avant-vente qui soient faits.

                                Alors pour une startup, on pouvait leur dire, écoutez, on n’a pas que ça à faire.

                                Donc on pouvait avoir une approche un peu différente.

                                Et le truc que je vais faire, c’est travailler avec l’équipe OpenStack qui existe chez Red Hat, l’équipe produit.

                                Et on va changer l’organisation en allant vers une organisation à petites équipes pluridisciplinaires, très similaire à ce qu’on avait fait chez Enovance, mais du coup à une échelle un peu plus grande, parce qu’il y a 300 personnes qui sont impliquées là-dedans.

                                Et du coup, ça marche plutôt bien.

                                Évidemment, il y a une collection de gens qui sont fascinants et qui sont extrêmement bons, donc ça marche bien aussi grâce à toutes ces personnes.

                                Ce n’est pas juste parce que je suis venu.

                                Il faut bien remettre les choses à leur place.

                                Mais c’est fascinant, c’est super excitant, et du coup, je me vois bien faire ça avec plein d’autres équipes.

                                Et en fait, un gars qui va s’occuper de recentraliser l’engineering, parce que l’engineering n’est pas reproduit et est très divisé chez Red Hat à ce moment-là, va nous demander de venir avec lui pour créer une équipe de leadership qui est un peu ma marque de fabrique.

                                C’est créer des équipes de leadership qui se comportent comme des vraies équipes et qui vont diffuser finalement ces principes et ces valeurs dans l’ensemble de l’organisation.

                                Fred : Alors, le terme leadership que tu viens d’employer pour la première fois, tu l’as entre guillemets formalisé ou utilisé pour la première fois chez Red Hat ou déjà avant, pour toi, il y avait cette notion de leadership qu’on va définir après, ne vous inquiétez pas.

                                Alexis : En fait, je l’utilise à ce moment-là parce que quand j’arrive dans l’équipe OpenStack, j’ai plein de fonctions qui ont des objectifs différents.

                                Pour fabriquer un produit, quel qu’il soit, il y a différentes fonctions.

                                Ça, c’est assez facile à comprendre, même si vous n’êtes pas dans le logiciel, ça vous paraît évident.

                                Si je vous dis qu’il y a des gens qui définissent un peu le produit, des gens qui le conçoivent, donc ils vont écrire des lignes de code, et puis des gens qui vont contrôler la qualité, ça va vous dire qu’il y a différentes fonctions.

                                Ça pourrait marcher dans plein de métiers différents.

                                C’est pas exactement comme ça, mais c’est pas très grave.

                                Donc, plein de fonctions avec des objectifs différents et qui ont tendance à pas vraiment bien se parler, pas vraiment bien communiquer, à peut-être une tendance à se blâmer les uns les autres pour leur manque de succès.

                                Et du coup, ça marche pas du tout.

                                Et en fait, je me dis qu’en fait, il faut changer cette approche.

                                Il faut mettre ces leaders de ces différentes fonctions, ces managers des différentes fonctions, il faut les mettre ensemble et leur dire en fait, votre responsabilité maintenant ensemble, c’est une responsabilité commune, et vous êtes maintenant l’équipe de leadership de ce produit.

                                Et donc, j’emploie pour la première fois cette façon d’aborder ça.

                                Mais pour moi, c’est pas un rôle ou une position.

                                C’est pas une qualité.

                                C’est le fait qu’on va travailler ensemble vers un objectif commun.

                                Et je leur dis, votre responsabilité, c’est de créer les conditions pour que tous les autres, dans toutes vos fonctions, puissent collaborer ensemble sur les différentes parties du produit.

                                Et donc, l’idée, c’est vraiment de créer des équipes pluridisciplinaires qui vont travailler ensemble.

                                Donc, on n’est plus avec une fonction qui travaille dans son coin, une fonction qui travaille dans son coin, on est avec des petites équipes pluridisciplinaires qui travaillent ensemble.

                                Et du coup, qui peuvent travailler ensemble, qui se sentent libres de travailler ensemble et incités à travailler ensemble, parce que quand ils regardent leur patron, ils voient que leur patron travaille aussi avec les autres fonctions, mais juste à un autre niveau de l’organisation.

                                Fred : D’accord, mais dans ces petits groupes, à chaque fois, il y a un ou une leader ?

                                Alexis : Non.

                                Fred : Non ?

                                Alexis : Non.

                                On essaye de faire en sorte que finalement, le leadership émerge et que cette possibilité d’exprimer du leadership, donc finalement, de prendre le lead, donc de guider, d’influencer les autres, ça puisse émerger dans l’équipe.

                                Parce qu’en fonction de tes connaissances, en fonction de ton intérêt, tu peux avoir envie d’impulser, d’influencer à un certain moment.

                                Et puis, un leader, il va du coup reconnaître que le leadership émerge et se dire « En fait, moi, là, c’est un bon moment pour suivre et pour renforcer cette impulsion qui vient de démarrer » Et sur un autre sujet, c’est peut-être lui qui prendra le sujet.

                                Et on essaye d’avoir une idée avec des rôles un peu plus fluides.

                                Donc, on essaye de faire émerger des rôles.

                                Alors, ceux qui ont entendu parler d’Agile vont reconnaître un peu le sens de ces rôles-là.

                                On a besoin d’un rôle pour comprendre ce qu’est le produit et ce qu’on doit fabriquer dans une équipe de développement.

                                Et on se dit « En fait, il nous faut cette connexion-là » Il faudrait que quelqu’un prenne ce rôle de cette connexion.

                                Et donc, les gens dans les équipes vont définir le terme, ils vont l’appeler le « user advocate », donc l’avocat des utilisateurs, si on veut.

                                Et c’est super intéressant, parce que quelqu’un va prendre ce rôle-là pour une période donnée.

                                Il y a des équipes où quelqu’un le prenait pour six mois.

                                Et puis, il y a des équipes où les gens, ils disaient « Non, moi, je l’ai fait trois mois. C’est crevant. Et en plus, je ne peux pas faire tous les autres trucs que je faisais avant. »

                                Et donc, ça devient des rôles tournants.

                                Donc, on essaye de faire émerger des rôles où les gens vont prendre une responsabilité pour l’équipe qui peut être différente.

                                D’accord.

                                Je pense que c’est le temps de faire une petite pause musicale pour continuer à parler du sujet du leadership.

                                Alors, on va écouter « What a Wonderful World » par The Ramones.

                                On se retrouve dans 2 minutes 20.

                                Belle soirée d’écoute de Cause commune, la voix des possibles.

                                [ Diffusion de la pause musicale ]

                                Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.

                                Nous venons d’écouter What a wonderful world par The Ramones Bien sûr c’est une reprise de…

                                Merde, aidez moi.

                                Alexis : Louis Armstrong.

                                Fred : Louis Armstrong, grave, excusez-moi.

                                Vous écoutez toujours l’émission Chemins de Traverse.

                                Je suis toujours donc avec Alexis Monville.

                                N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09.72.51.55.46.

                                Je vous répète, 09.72.51.55.46.

                                Ou sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm.

                                Bouton chat.

                                Salon Chemins de Traverse.

                                Alors juste avant la pause musicale dans la première partie de l’émission, on a vu un petit peu le parcours riche et varié d’Alexis.

                                On en est arrivé donc à la partie où il a rejoint Red Hat.

                                Où il a commencé à enfin employer le mot de leadership et même de leadership émergeant.

                                Donc j’ai envie en fait, pour cette deuxième partie, on va être un peu plus exploré justement ces notions-là.

                                Je vais te demander tout simplement déjà, comment toi tu définis le leadership ?

                                Alexis : Alors le truc, c’est que j’ai tendance à regarder le dictionnaire pour savoir comment on définit les mots.

                                Et ce qui m’a amusé dans le dictionnaire, c’est que tu vois bien que ça commence à être un sujet compliqué. Quand on trouve plusieurs dictionnaires, d’ailleurs, ils ne sont pas complètement tous d’accord.

                                Donc c’est marrant.

                                Mais le sens premier du mot, c’est cette idée de guider, d’influencer une personne ou un groupe de personnes vers un objectif commun.

                                Donc on a cette idée d’objectif commun.

                                On a cette idée aussi de transformation.

                                C’est-à-dire qu’on n’est pas dans le statu quo.

                                Fred : On passe d’un point A à un point B.

                                Alexis : On a une idée vraiment de changement important qui va se passer.

                                Et donc on voit que ce n’est pas un rôle.

                                Ce n’est pas une fonction.

                                Ce n’est pas quelque chose pour lequel on est nommé.

                                Mais par contre, dans l’évolution du rôle, on voit que ça peut être la qualité de ceux qui sont leaders.

                                Ils ont du leadership.

                                Ou ça peut carrément être le rôle de certaines personnes.

                                Et du coup, ça devient l’équivalent après dans l’usage commun des gens qui sont tout en haut dans une organisation.

                                Ils sont tout d’un coup les leaders ou le leadership.

                                Et puis on se met à nommer des gens leaders de quelque chose.

                                Et donc on retrouve des gens qui sont tech leads ou leads de je ne sais pas quoi.

                                Fred : Excusez-moi, mais ça, c’est beaucoup dans l’informatique et dans l’industrie, le terme de lead.

                                Alexis : Ouais.

                                Fred : Mais est-ce que ce sont vraiment des personnes qui sont leaders ?

                                Dans le sens où on l’entend, toi.

                                Alexis : C’est là où, du coup, on se retrouve avec un vrai problème.

                                Fred : Est-ce que ce ne sont pas plutôt des chefs, des fois, ou des responsables ?

                                Alexis : Eh bien voilà, c’est ça le problème, en fait.

                                Parce que qu’est-ce qui se passe ?

                                Quand on regarde le sens premier du mot avec cette idée de guider, d’inspirer, d’influencer les autres, en fait, on imagine bien que ça peut être n’importe qui.

                                Et en fonction du contexte, tu vois bien que tu as prévu de faire un barbecue et tu n’as pas de charbon.

                                Si tu utilises du charbon.

                                On peut tous se regarder et se dire comment on va faire pour faire griller nos légumes.

                                Ou quelqu’un va prendre les choses en main.

                                Et c’est ça, d’exprimer du leadership, finalement.

                                Donc on voit bien que ça peut être tout le monde.

                                Fred : Ça peut être ponctuel, en fait, même.

                                Alexis : Oui, et c’est ponctuel et c’est fluide.

                                Et c’est important que ce soit fluide.

                                Parce qu’à un moment donné, il va falloir que tu te dises bah oui, il faut que j’écoute cette frustration qui est là.

                                Elle me dit quelque chose.

                                C’est le moment de passer à l’action.

                                Et puis, à des moments, ça va être bien de soutenir l’action qui est en train d’émerger.

                                Et donc, il y a cette fluidité, elle est importante.

                                Et du coup, quand on se met à nommer les gens dans un rôle de leader, on les met dans un problème.

                                C’est que tout d’un coup, maintenant, ils devraient exprimer du leadership tout le temps.

                                Et soit c’est impossible, soit ça devient complètement bizarre.

                                Fred : Alors, est-ce que c’est pas justement bizarre de se dire qu’on nomme quelqu’un une personne de leader, alors qu’en fait, finalement, la personne devient leader parce qu’elle est reconnue comme leader par les autres.

                                Alexis : Oui, tout à fait.

                                Fred : C’est plutôt ça, en fait.

                                Parce qu’on ne pourrait pas nommer normalement quelqu’un.

                                Oui, c’est-à-dire qu’en fait, on ne pourrait pas nommer normalement quelqu’un de leader.

                                Alexis : Et donc, qu’est-ce qu’on essaye de faire ?

                                On essaie de créer des pseudo-rôles où les gens ne sont pas nécessairement complètement chefs, mais on va leur donner le pouvoir de décision.

                                On va leur donner le pouvoir de décider pour les autres parce qu’on n’est pas sûr que tout le monde soit d’accord.

                                Et qu’on se dit qu’on ne va pas trouver le moyen de prendre une décision en étant tous d’accord.

                                Alors qu’en fait, on sait qu’il y a des processus pour décider de sujets communs et que c’est important de les apprendre, les différents processus, parce qu’ils ont tous des effets de bord.

                                Donc, en fait, il n’y a pas besoin de faire ce genre de choses.

                                Il n’y a pas forcément besoin d’avoir un chef, il n’y a pas forcément besoin de nommer quelqu’un qui va avoir le pouvoir de décider.

                                Fred : Alors, leader, c’est un mot d’origine anglaise, qui, je crois, a été accepté dans les dictionnaires.

                                Est-ce que toi, tu emploies une version, on va dire, francisée ?

                                Alexis : Non.

                                Fred : Non ?

                                Alexis : Alors, j’ai tendance à pas…

                                Quand je vais au Québec, généralement, on me le reproche assez souvent que j’émaille mon français de beaucoup de mots d’anglais.

                                Fred : Je crois qu’au Québec, ils disent aussi leader.

                                Mais est-ce que, par exemple, je crois que c’est dans la page Wikipédia ou je ne sais plus, où j’avais vu, peut-être, chef de file, meneur, est-ce que c’est la même chose ?

                                Ça s’en rapproche ?

                                Alexis : Oui, je pense qu’il y a cette idée…

                                Meneur, il y a bien cette idée de je mène quelque chose, je guide quelque chose.

                                Peut-être.

                                Je ne l’employerai pas et je n’y mettrai pas nécessairement complètement le même sens.

                                Mais si ça peut aider les gens à mieux embrasser ce que ça veut dire et à peut-être le voir aussi, peut-être plus positivement, ça peut être sympa.

                                Fred : Oui, parce que…

                                Quand je t’ai invité dans l’émission, je t’ai prévenu que pour beaucoup de gens, pour pas mal de gens quand même, le terme de leader, de leadership, ça fait penser aussi au développement personnel, ça fait penser à bullshit, pour faire un résumé.

                                Je te disais que…

                                J’ai fait, par exemple, en préparant l’émission, j’ai posé la question autour de moi un petit peu en me disant si je vous parle de leader, leadership, qu’est-ce que ça vous évoque ?

                                Alors il y a une personne, donc je ne citerai pas pour respecter son intimité, qui m’a dit que ça fait partie du vocabulaire du neo-management.

                                Donc connaissant ces personnes, c’est pas du tout un compliment.

                                Quand tu entends ça, neo-management…

                                Alexis : Je suis pas très surpris.

                                Fred : C’est une mauvaise opinion.

                                C’est pas vraiment une mauvaise opinion, c’est quelque part une mauvaise image, en fait, la notion de leader.

                                Alexis : Oui, parce qu’en fait, l’organisation de nos entreprises, et on mérite beaucoup mieux, l’organisation de nos entreprises, en fait, et de toutes les organisations…

                                Fred : Oui, parce que ça ne concerne pas que les entreprises.

                                Alexis : Oui.

                                S’inspire beaucoup d’une vision où il faut un chef et les gens doivent obéir à un chef.

                                Et cette idée, elle est bien répandue.

                                Puis il y a la deuxième idée qui est vraiment répandue.

                                Quelqu’un de vraiment influent dans le domaine de l’organisation des entreprises, c’est Taylor.

                                Il écrit un bouquin en 1911 pour décrire ce qu’il conseillait et ce qu’il observait dans la deuxième partie de la révolution industrielle, ce qui n’est pas forcément recommandé aux gens.

                                Donc, la division du travail, en fait, qu’est-ce qu’on est ?

                                On considère qu’on ne peut pas faire confiance aux gens et qu’il faut diviser le travail et contrôler que le travail est fait.

                                Fred : Comme dans les temps modernes de Chaplin.

                                Alexis : C’est ça, c’est ça.

                                C’est merveilleux.

                                C’est une merveilleuse illustration.

                                Et donc, du coup, ça devient tellement…

                                C’est un phénomène d’illusion collective.

                                Et finalement, on se met tous à penser qu’on ne peut pas faire confiance aux gens et qu’il faut qu’il y ait un chef qui commande et qui contrôle.

                                Et on essaie de sortir de ça.

                                Et en fait, toutes les organisations, elles ont tendance à reproduire ces schémas hiérarchiques de commande et de contrôle et de défiance.

                                Et en fait, en vrai, ça pourrait fonctionner autrement.

                                Et d’ailleurs, il y a des entreprises qui sont plus progressives, qui ne sont pas traditionnelles et qui sont organisées complètement différemment.

                                Et en fait, c’est ça que j’ai envie de faire.

                                Fred : Est-ce qu’une personne qui est leader, elle décide forcément ?

                                Alexis : Non.

                                Fred : Pas forcément ?

                                Alexis : Ben non, elle va créer les conditions pour que les gens puissent prendre des décisions.

                                Quand je disais tout à l’heure, je donnais l’exemple, ben oui, un ouvrier qui est sur une ligne d’assemblage et qui voit qu’il y a plusieurs points au-dessus de la moyenne et qu’il y a clairement une dérive du process, il va arrêter la machine et il va dire « Attendez, on a un problème. »

                                Fred : Et pour toi, ça c’est du leadership ?

                                Alexis : Ben oui.

                                Fred : D’accord.

                                Alexis : Il vient de prendre la décision d’arrêter.

                                Quand on fabrique, quand on est sur une chaîne de fabrication, le but, c’est de fabriquer.

                                Dans plein d’endroits, on était même payé au nombre de pièces qui étaient fabriquées.

                                Ça ne donnait pas des résultats de qualité extraordinaire mais là, il va du coup prendre la décision d’arrêter de fabriquer.

                                Ça va arrêter tous les autres.

                                Fred : Donc finalement, le leader, le leadership, ce n’est pas forcément un haut niveau.

                                Je vais t’expliquer ma remarque, ma question.

                                J’ai aussi demandé autour de moi, citez-moi des noms de leaders sans réfléchir trop longtemps.

                                Quel nom vous vient à l’esprit ?

                                Par exemple, sur le salon web, on m’a cité Jésus, Gandhi, Rosa Parks, Martin Luther King.

                                Moi, j’ai pensé à Angela Davis.

                                J’ai pensé à Anne-Sophie Pic, qui est une cheffe trois étoiles.

                                Sur le salon, on a même dit « j’oserais rajouter Mélenchon avec la capacité qu’il a de déplacer les foules ».

                                On est sur cause commune.

                                Et dans d’autres…

                                Alexis : Ça va, ça n’a pas trop dérivé.

                                Fred : On m’a aussi cité Mandela.

                                Je ne citerai pas les autres où ça a un peu dérivé.

                                Mais, en tout cas, ce sont des gens qui sont au-dessus de la norme quelque part.

                                Et finalement, ce que tu expliques, c’est que le leadership, ce n’est pas uniquement ces personnes-là.

                                Je ne sais pas si toutes ces personnes-là, tu considères que ce sont des personnes qui sont des leaders dans celles que j’ai citées.

                                Alexis : J’ai l’impression que oui, parce qu’elles ont eu cette influence sur d’autres.

                                Fred : Elles ont mené des autres vers un changement.

                                Alexis : Exactement.

                                En tout cas, elles en avaient l’intention.

                                Et donc, du coup, je pense que ça correspond bien à cette définition.

                                Le truc, c’est qu’on a tendance… Et là, c’est pour ça que je disais que ça n’a pas trop dérivé parce qu’on n’a pas de style autoritaire ou de gens qui vont décider pour d’autres.

                                Fred : On a parlé de Mélenchon, là.

                                Non, c’est une blague.

                                C’est une blague.

                                Alexis : Ce n’est pas mal.

                                Non, mais j’en avais d’autres en tête qui pouvaient être plus autoritaires.

                                Fred : Tu peux donner un exemple si tu veux.

                                Alexis : Avec des conséquences plus négatives.

                                Fred : Donc, un leader peut être négatif, en fait ?

                                Non, ça peut être les conséquences pour la société ou son environnement qui peuvent être négatives.

                                Parce que tu emmènes une partie des gens… Je vais prendre un exemple.

                                Si je prends Napoléon, il y a des gens qui vont trouver que Napoléon, c’est vachement bien.

                                Alors, ça dépend dans quel pays en Europe.

                                Mais on peut quand même voir quelques conséquences négatives de tout ça.

                                Il y a des effets.

                                On peut rationaliser les aspects positifs.

                                J’ai absolument aucun doute là-dessus.

                                On est très bon en histoire pour faire ça.

                                Mais on peut quand même se dire, est-ce que c’est vraiment ça que j’ai envie d’émuler et de reproduire ?

                                Bon, peut-être pas.

                                Tu citais une chef de cuisine.

                                Fred : Anne-Sophie Pic.

                                Alexis : Voilà.

                                Moi, généralement, je pense, quand j’essaie de dire aux gens qu’il y a d’autres postures de leadership, j’essaie de penser à Alexandre Mazzia, qui est aussi un chef étoilé.

                                Et dans sa cuisine, on ne crie pas, on n’insulte pas les gens, on ne met pas de pression.

                                Et en fait, quand tu regardes, ils sont très agiles dans leur fonctionnement.

                                Ils font des petites rétrospectives sur comment ça s’est passé.

                                Ils contribuent tous à proposer des choses.

                                Je trouve ça fascinant, leur façon de travailler.

                                Il a quand même trois étoiles, Michelin.

                                Ça n’empêche pas à être vraiment très, très bon dans cet environnement-là.

                                Mais du coup, ça nous définit autre chose comme posture de leader.

                                C’est plutôt un hôte qui va inviter des gens à venir partager quelque chose.

                                Et ça, c’est un peu différent quand même.

                                Fred : Et donc, dans une brigade de cuisine, il peut y avoir plusieurs leaders.

                                Il y a le chef ou la cheffe.

                                Et puis, peut-être que dans certains domaines de cuisine, des gens vont émerger.

                                Parce que l’un de tes…

                                Dans la description d’émission, ce n’est pas que leadership, c’est le leadership émergeant.

                                Alexis : L’idée, c’est de réussir à créer les conditions pour que le leadership émerge dans l’organisation.

                                Donc, en fait, qu’on ait de nouveaux leaders.

                                Et qu’en fait, idéalement, on puisse tous être leaders.

                                Alors, je dis bien que c’est idéalement qu’on puisse l’être.

                                C’est-à-dire que c’est une invitation.

                                Ce n’est pas une obligation.

                                Voilà.

                                Parce qu’il y a des moments dans la vie où tu n’as pas envie, pas l’énergie, pas la possibilité et que tu seras ravi de pouvoir suivre.

                                Mais ce n’est pas le bon moment pour toi.

                                Et donc, c’est OK.

                                Fred : Mais est-ce qu’il peut y avoir deux leaders sur une même thématique ?

                                Alexis : Oui.

                                Les gens peuvent être intelligents, en fait.

                                Fred : Ah ouais ?

                                Alexis : Oui.

                                Et en fait, quand tu ne les mets pas en compétition les uns avec les autres, en essayant d’imaginer que quelqu’un va être gagnant, mais quand tu te poses la question de comment on va faire pour que l’équipe puisse, en gros, gagner, accomplir ses objectifs, en fait, tu mets les gens dans une position complètement différente.

                                Quand tu ne les obliges pas à essayer de gagner par rapport à un autre, tu viens de créer quelque chose de différent.

                                En fait, c’est bien les conditions que l’on crée qui permettent aux gens de collaborer ou pas.

                                Fred : Alors, on va revenir sur les conditions.

                                Je relève une question du salon web de Julie.

                                « Je m’interroge sur le fait qu’à un moment donné, chacun puisse être, ou chacune, puisse être leader sur un projet. »

                                Alexis : Oui.

                                Fred : C’est ça, en fait, Julie.

                                Alexis : Oui.

                                Fred : Alors, je ne sais pas si la question peut-être de Julie… Tu t’interroges sur la possibilité… Allume ton micro, Julie, vu que tu es en régie.

                                Peut-être que tu peux préciser ta question.

                                Julie : D’après ce que vous avez dit sur l’histoire du barbecue, donc, si à un moment donné, on se sent, comme vous avez dit, on n’est pas fatigué, on est dans les conditions, on se sent l’envie de… leader, et puis on est bon en barbecue, et puis on a vu des choses.

                                Donc, à ce moment-là, on sera leader, comme dans n’importe quel autre mini-projet ou gros projet.

                                Donc, chacun, est-ce que chacun peut émerger leader à un moment donné ?

                                Alexis : Oui.

                                Et puis, du coup, ça suscite des vocations.

                                Moi, je vois bien, quand les gens commencent à collaborer pour faire la cuisine, j’essaie de m’éloigner de l’endroit où on fait la cuisine, parce que je pense que mes compétences ne sont pas là.

                                Mais du coup, je fais d’autres trucs.

                                Par exemple, je peux faire la vaisselle, débarrasser, puisque ça, c’est moins difficile, c’est plus dans mes cordes.

                                C’est peut-être moins marrant, mais c’est quand même utile.

                                Voilà.

                                Fred : Alors, l’exemple du barbecue est excellent pris par Julie et que tu as pris tout à l’heure pour faire griller les légumes, parce que ça me fait venir une question qui a un rapport.

                                Les leaders, entre guillemets, alors je vais prendre des gros guillemets naturels ou auto-désignés des barbecues, ce sont les hommes.

                                Alexis : Ah oui, je n’avais pas pensé à ça.

                                Fred : Ah bah si, mais attends, je vais compléter par…

                                Donc, pareil, j’ai demandé autour de moi un petit peu ce que les gens pensaient autour du leadership ou ce qui leur venait à l’esprit.

                                Et dans une classe d’élèves en éducation spécialisée, pour la plupart, « ça nous fait penser à un terme plutôt utilisé pour les hommes, fort, avec des responsabilités. »

                                Et donc, j’ai posé la question.

                                Pour vous, leader, ce serait avant tout un homme.

                                La réponse a été oui.

                                D’où le barbecue, où historiquement, enfin, on le sait bien, c’est la chasse gardée des hommes, alors qu’en fait, ça n’a aucun rapport.

                                Alexis : Oui, non, ça n’a pas vraiment beaucoup de rapport.

                                Fred : Et donc finalement, les leaders, et en plus, souvent les noms de leaders qui nous viennent à l’esprit sont souvent des hommes.

                                Est-ce qu’il y a un…

                                Alors, je ne veux pas dire qu’il y a un leadership féminin, mais est-ce que la possibilité d’accéder à ce rôle…

                                Alors, c’est pas un rôle, c’est quoi ?

                                Alexis : Si on n’en fait pas un rôle ni un statut, du coup, la possibilité d’y accéder devient plus simple, puisqu’il suffit de l’exprimer.

                                Fred : Mais est-ce qu’il est autant ouvert aux hommes qu’aux femmes ?

                                Alexis : C’est là où je disais qu’il faut créer les conditions pour.

                                Quand on crée les conditions pour que le leadership émerge, ça devrait être accessible autant aux hommes qu’aux femmes, puisqu’on devrait créer les conditions pour que ce soit accessible aux hommes.

                                Est-ce que dans notre société, aujourd’hui, ou est-ce que quand on réfléchit à qui sont les leaders, est-ce qu’on pense plus à des hommes qu’à des femmes ?

                                Bah oui.

                                Est-ce qu’on a des biais ?

                                Ah oui, je suis désolé, on en a un, et même moi, en mince.

                                Fred : Alors, quelles sont les bases pour que ce leadership émerge dans les organisations ?

                                Quelles qu’elles soient.

                                Ou même dans les groupes, en tout cas.

                                Alexis : Déjà d’expliciter que c’est possible, en fait.

                                En fait, c’est très amusant de voir que tant que tu te dis je vais faire les choses parce que personne ne va le faire, cette hypothèse est vérifiée.

                                Si tu te dis je vais faire les choses parce que personne ne va le faire, l’hypothèse est vérifiée.

                                Et il y a une bonne raison pourquoi les autres ne font rien.

                                Parce que toi, t’es en train de tout faire.

                                Donc, de toute façon, il n’y a rien à faire.

                                Si maintenant, tu laisses de la place, il y a du potentiel pour que les autres puissent faire.

                                Alors après, comme ils ne sont pas habitués à ce que ça arrive, généralement, ils sont un peu sceptiques.

                                Ils ne sont pas sûrs qu’ils ont le droit, qu’ils ont la permission de.

                                Et donc, peut-être qu’il faut l’expliciter.

                                Peut-être qu’il faut l’inviter.

                                Et comme n’importe quel hôte, on parlait d’Anne-Sophie Pic, d’Alexandre Mazzia, eux, c’est des hôtes qui vont réussir à t’inviter à venir partager ou faire des choses.

                                Et en fait, c’est amusant comme ça marche.

                                On a fait un grand séminaire avec Isabel dont on parlait tout à l’heure.

                                Fred : Isabel Monville, ton épouse.

                                Alexis : Ouais.

                                Avec 70 participants.

                                Et notre client nous a dit en fait, ce qui serait génial, c’est qu’on fasse la cuisine tous ensemble.

                                Et là, tu te dis, ça va être compliqué, ça.

                                Eh bien, en fait, ça s’est très, très bien passé.

                                Alors, ça a demandé un poil d’organisation.

                                Mais tout le monde avait un rôle.

                                Ça s’est passé très, très vite.

                                Et en moins de deux heures, il y avait justement un barbecue.

                                Barbecue, entrée, dessert, organisation des tables, apéros, machin.

                                Tout a été organisé par tout le monde.

                                Tout le monde a eu un rôle.

                                Fred : Mais comment les rôles ont été définis ?

                                Se sont auto-choisis les rôles ?

                                Alexis : Alors, en fait, il y avait quand même quelqu’un qui avait un peu créé de conditions pour que ça puisse s’organiser.

                                C’est-à-dire qu’il y avait une grande jarre avec des rôles.

                                Et donc, tu piochais dans la jarre et t’avais ton rôle.

                                Et donc, t’étais soit aux entrées, soit au barbecue, soit à la préparation des tables, soit, etc., etc.

                                Et donc, tu piochais et t’avais un rôle.

                                Et hop, t’étais parti.

                                Et du coup, tu te retrouvais avec une petite équipe où il fallait faire les entrées, les gars.

                                Alors, les menus avaient été faits avant, les courses avaient été faites avant.

                                Il y avait un petit peu d’organisation pour que ça puisse marcher.

                                Mais du coup, tout le monde pouvait jouer un rôle.

                                Et tu voyais bien différents styles émerger.

                                C’est ce qu’on n’est pas habitué.

                                Fred : Alors, je me demande, est-ce qu’il y a différents styles de leadership ?

                                Alexis : Je l’évoquais tout à l’heure quand je disais que ça n’a pas trop dérapé sur l’autoritarisme, même si je fais l’hypothèse que ça a dû quand même.

                                Fred : Je pourrais te citer les noms où il y a beaucoup d’autoritarisme, mais je préfère les éviter.

                                Alexis : D’accord.

                                Ok.

                                Donc, oui, on va décrire différents styles, mais j’insiste.

                                Moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas de faire émerger du leadership autoritaire parce que ça n’a pas de sens.

                                Ce qui m’intéresse, c’est justement cette idée d’empathie, de transparence, où on puisse ensemble prendre les décisions qui nous importent, qui nous concernent et qui vont nous permettre d’avancer ensemble.

                                Fred : Et tu as aussi employé un terme, empathie, transparence, alignement tout à l’heure.

                                Ça me parait important ce terme.

                                Qu’est-ce que tu entends par alignement ?

                                Alexis : En fait, c’est de réussir à se dire qu’on a des objectifs communs.

                                Et en fait, on a tous notre propre idée de ce que l’on veut faire dans la vie.

                                Et ça peut être plus ou moins grandiose, on s’en fout, le problème n’est pas que ce soit grandiose, ce n’est pas ça.

                                Mais on a tous une envie, une certaine idée de ce que l’on veut faire.

                                Elle est peut-être plus ou moins floue, plus ou moins définie.

                                Il y a des gens qui passent plus de temps à y réfléchir que d’autres.

                                Et c’est ok, ce n’est pas un problème.

                                Et du coup, quand on réunit plusieurs personnes, elles n’ont pas forcément immédiatement l’idée claire de vers où on va tous ensemble.

                                Et en fait, c’est important d’avoir cette compréhension, de construire cette compréhension commune.

                                Et ce n’est pas évident, ça paraît évident comme ça, évidemment, puisqu’on est dans la même équipe, on va tous dans la même direction.

                                Ce n’est pas complètement vrai.

                                Et ça peut se passer dans des projets associatifs ou dans des entreprises.

                                Ce n’est pas réservé au domaine des grandes entreprises.

                                Cette idée qu’il faut réussir à construire ensemble cette direction commune et ces objectifs partagés.

                                Et c’est ça, pour moi, c’est aligner.

                                Et une fois qu’on est alignés, du coup, on se retrouve à ramer dans la même direction.

                                L’image des rameurs sur un bateau n’est peut-être pas idéale, mais c’est un peu l’idée.

                                Fred : Ça dépend lesquels.

                                Alexis : La première qui m’est venue.

                                Fred : Si c’est dans les galères, ce n’est pas terrible, mais si c’est dans l’aviron, ça va.

                                On va dire que c’est pas mal.

                                Alexis : On va prendre l’avion.

                                Fred : Dans un livre de Jim Collins, je ne sais plus qui est Jim Collins, je crois qu’il est un ancien prof à Stanford.

                                Et aujourd’hui, il conseille des organisations.

                                Il parle notamment de leadership et un certain nombre de caractéristiques des leaders.

                                Par exemple, lui, il considère qu’un leader doit avoir une personnalité modeste qui permet à l’organisation de donner toute sa mesure, au contraire de leaders charismatiques, égocentriques qui écrasent souvent les équipes qui les entourent.

                                Alexis : C’est intéressant.

                                Jim Collins, j’aime beaucoup ses bouquins.

                                Il n’y a pas de problème là-dessus.

                                Quand il parle de leader, là, il faut être clair, il parle des dirigeants des entreprises qu’il a étudié.

                                Fred : Effectivement.

                                Alexis : Dans ce contexte-là, c’est ça.

                                Fred : C’est un type d’entreprise.

                                Il a étudié les entreprises.

                                Alexis : Il a étudié les entreprises et quand il parle de leader des entreprises, il parle des dirigeants de ces entreprises.

                                Il identifie le leadership à un rôle, une fonction de direction de l’entreprise.

                                Mais quand il parle de leur style de leadership, il parle en effet du leadership tel que je l’ai défini tout à l’heure.

                                C’est assez intéressant.

                                En fait, quand il parle du style de leadership, on voit bien qu’il évoque l’humilité, ou il évoque une personnalité égocentrique qui va écraser tous les autres sur leur passage.

                                Tu vois bien qu’il y a deux styles qui sont quand même radicalement différents.

                                Et dans toutes les entreprises qu’il étudie, il regarde celui qui est en train de construire quelque chose pour lui, en gros pour extraire le maximum de valeur pour sa pomme par rapport à une organisation, ou celui qui est en train de construire quelque chose pour que l’organisation serve un but, quel qu’il soit, et qui va tout faire pour que l’organisation puisse mieux servir ce but, mais qui se met finalement de côté par rapport à ça, évidemment, ils n’ont pas du tout le même style.

                                Ce qui est intéressant, c’est que dans les études qu’ils font, l’impact que ça a sur les résultats de ces entreprises, de toutes ces organisations, sur le long terme, puisqu’ils font des études sur plusieurs dizaines d’années, l’impact est radicalement différent.

                                Il y en a beaucoup qui disparaissent de ces entreprises, dans le cas du leader qui écrase tout le monde sur son passage, ou alors ils sont remplacés, et au fur et à mesure, ils ne durent pas très longtemps.

                                Fred : Et le leader qui est avant tout là pour sa propre avancée, plutôt que de faire avancer le collectif.

                                D’ailleurs, ce qu’il dit a un moment, c’est un leader qui va réussir quelque part par rapport au collectif, c’est une très forte ambition, avant tout, pour que la structure soit la meilleure.

                                Ce n’est pas une très forte ambition pour le leader, la personne, mais pour la structure, pour le collectif.

                                C’est un leader ou une leader ?

                                Comment on dit en féminin ?

                                On dit une leader ou une leadeuse ?

                                Alexis : Écoute, je ne sais pas.

                                Je suis très embêté depuis ce point.

                                On imagine que les leaders sont des hommes, ça m’embête, mais je ne sais pas.

                                C’est très embêtant.

                                Fred : On va dire leadeuse.

                                Est-ce qu’un leader ou une leadeuse doit avoir une forte personnalité ?

                                Est-ce que c’est obligatoire ?

                                Alexis : Je ne crois pas.

                                Non, parce que j’ai vu des gens qui ne sont pas ceux qui parlent le plus fort, ceux qui parlent nécessairement le mieux, ceux qui vont s’imposer sur quelque chose et qui vont avoir énormément de leadership, énormément d’influence sur le collectif, parce que les autres vont leur reconnaître cette influence et vont les écouter.

                                Ce n’est pas parce qu’ils parlent le plus fort, parfois, c’est même parce qu’ils parlent le moins fort.

                                Fred : On a pris des exemples tout à l’heure de noms cités de leaders, dont l’un est actuellement le leader, en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon.

                                En tout cas, il est vu par ses troupes comme le leader.

                                Mais il se pose une question, c’est que les gens ne sont pas immortels.

                                Il se pose la question de la succession.

                                Comment une personne qui, à un moment, est leader ou leadeuse, va préparer cette succession ?

                                Notamment dans des organisations aussi importantes qu’un parti politique, ou qu’une entreprise, ou qu’une association d’ailleurs.

                                Comment se prépare-t-elle cette succession ?

                                Est-ce qu’elle doit se préparer ?

                                Alexis : Oui, elle doit se préparer parce que les gens vont identifier l’organisation à la personne qui l’a créée, par exemple.

                                Et donc, ça arrive pour des startups, mais ça arrive à des plus grandes organisations, même celles qui ont des organisations très horizontales.

                                Et du coup, il faut préparer cette succession parce que quand cette figure fondatrice s’en va, même si quasiment rien ne repose sur elle, ça peut déstabiliser l’organisation.

                                Et donc, en fait, ça doit être préparé.

                                Et en fait, il y a différentes stratégies pour le faire.

                                Je parlais des rôles qui sont plus fluides.

                                Et donc, si tu as des rôles plus petits et que tu peux cumuler plusieurs rôles dans une organisation, au bout d’un moment, ce fondateur de l’organisation, il peut ne plus avoir de rôle ou un rôle de communication ou de représentation qui est un tout petit rôle par rapport à l’ensemble des rôles qui sont distribués dans l’organisation.

                                Et finalement, ça rassure tout le monde que ce petit rôle-là, il peut le passer à quelqu’un d’autre.

                                Et est-ce qu’on a besoin d’une figure tutélaire ou de quelqu’un qui va décider de tout ?

                                Non.

                                Il y a des organisations qui montrent ça.

                                C’est amusant.

                                Il y a une organisation qui fait du soin à domicile au Pays-Bas qui s’appelle Buurtzorg.

                                Ça a été monté par des infirmiers et infirmières qui en avaient marre de travailler pour ces grandes boîtes qui ont adopté des grands principes de taylorisme pour aller faire du soin à domicile.

                                Et parce qu’ils ne pouvaient pas avoir une relation de suivi avec les patients.

                                Donc, ils ont décidé de monter une boîte eux-mêmes pour faire du vrai suivi avec leurs patients en disant que tout est codifié dans le domaine de la santé.

                                Oui, faire une piqûre, c’est codifié.

                                Tenir la main d’un patient pendant 10 minutes pour le rassurer, ce n’est pas codifié.

                                Mais si on veut garder les gens autonomes et responsables le plus longtemps à domicile, en fait, tenir la main, c’est un truc important.

                                Et ça, tu le sais si tu as un suivi régulier.

                                Ils ont monté cette boîte et là, on peut imaginer quelques infirmiers qui se mettent ensemble pour faire du soin à domicile.

                                Après tout, on arrive à se l’imaginer.

                                Je vais vous donner un autre chiffre maintenant.

                                Maintenant, ils sont 11 000 dans cette organisation.

                                Ils ont pris la moitié du marché des soins à domicile à Pays-Bas.

                                Et l’autre chiffre qui est vraiment important, c’est qu’en termes de fonction support, ils sont moins de 50 personnes.

                                Ils sont tous organisés en petites équipes de maximum 12 personnes.

                                C’est-à-dire que quand ils pensent qu’ils pourraient augmenter leur zone géographique où ils interviennent, s’ils sont déjà 12, il faut créer une nouvelle équipe.

                                Et donc, ces fonctions support sont réduites au minimum.

                                Fred : Pourquoi 12 ?

                                Alexis : Parce qu’au-delà d’un certain nombre, tu as plus de difficultés à être très proche des gens et ça multiplie les canaux de communication.

                                Et donc, ça rend les choses plus compliquées.

                                Ça rend la communication plus compliquée, etc.

                                Fred : C’est empirique, dans leur cas ?

                                Alexis : Dans leur cas, c’est empirique, oui.

                                Tu as une autre boîte où ils sont énormément, qui sont organisés en micro-entreprises de maximum 15 personnes.

                                Pour vous donner une idée, ils sont 120 000.

                                Et ils sont organisés en micro-entreprises de 15 personnes, qui ont soit des clients externes, soit internes, soit les deux.

                                Donc, c’est tout à fait possible d’avoir des entreprises de taille gigantesque organisées en petites équipes pluridisciplinaires qui se démerdent toutes seules.

                                Il n’y a pas de problème.

                                Fred : Alors, il nous reste peu de temps.

                                Avant de te faire parler de ce que tu fais actuellement, parce que tout à l’heure, on était resté Red Hat, entreprise américaine à Boston, mais tu n’es plus à chez Red Hat, maintenant tu es de retour en France.

                                Mais avant que tu parles de ça, de ta structure que tu as créée avec Isabel Monville, ton épouse, je vais juste te faire réagir sur…

                                J’ai regardé un petit peu des définitions de leadership et j’ai trouvé une description dans une conférence TEDx.

                                C’est des conférences très courtes.

                                La personne dit, « le rôle d’un leader est de préparer la scène et non de s’y produire. Si nous voulons créer un meilleur futur, et je pense que c’est pourquoi beaucoup d’entre nous sommes ici, il faut que nous réinventions notre tâche. Et notre tâche est de créer un environnement dans lequel les talents de chacun et chacune puissent être à son plein potentiel et devenir une partie de l’ingéniosité collective.

                                Alexis : Ça me parle pas mal.

                                Maintenant, je suis très inquiet de savoir qui l’a dit.

                                Fred : Je retrouve le nom parce que c’est dans mes notes et je ne suis pas sûr.

                                Je crois que c’est dans la conférence, mais je vérifierai et je le mettrai sur les notes de l’épisode, de l’émission.

                                Je crois que c’est « Comment développer la créativité de vos collaborateurs et collaboratrices » par Linda Hill, mais je vérifierai exactement.

                                Alexis : En tout cas, oui, ça me paraît vraiment aligné avec ce que je pense.

                                Fred : On va finir les quelques minutes qui nous restent rapidement sur ce que tu fais aujourd’hui.

                                Tu étais à Boston.

                                On ne va pas expliquer pourquoi, mais tu rentres en France.

                                Tu quittes Red Hat.

                                Tu te lances dans un nouveau projet avec ton épouse, Isabel de Montville, qui s’appelle Pearlside.

                                C’est quoi ce projet ?

                                Ça fait un an, c’est ça ?

                                Alexis : Ça fait un an, exactement.

                                C’est quoi ce projet ?

                                Après presque dix ans passés chez Red Hat, je me suis dit que si je voulais faire autre chose dans la vie, il fallait que je m’y mette maintenant parce qu’à un bout d’un moment, j’allais vraiment être trop vieux.

                                Pourquoi ça s’appelle Pearlside ?

                                Parce que Pearlside, c’est un anagramme de leadership.

                                Enfin, presque.

                                Fred : Oui, presque.

                                Alexis : A un lettre près. La plupart des gens ne le voient pas.

                                Pourquoi ?

                                Parce qu’on s’intéresse justement à cette idée de leadership et on s’intéresse à faire émerger des leaders et à créer des équipes de leadership.

                                Pourquoi on fait ça ?

                                Justement pour aller vers des organisations qui sont différentes et qui s’échappent des modèles traditionnels.

                                Des organisations où l’information va être partagée.

                                On a évoqué la transparence.

                                La façon dont est partagée l’information, c’est un des grands critères qui va définir une organisation.

                                Le système de récompense, c’est quelque chose qui va définir une organisation.

                                Des organisations progressistes qui partagent les profits entre les propriétaires et les gens qui travaillent, c’est intéressant.

                                Et ça change la façon dont les gens se comportent.

                                Des organisations qui définissent dans le système de récompense que le salaire maximum ne peut pas être plus de X fois le salaire minimum, ça change les rapports dans l’entreprise.

                                C’est peut-être une bonne chose de repenser ces choses-là à un moment donné.

                                Des organisations qui n’ont pas besoin d’avoir 50 niveaux hiérarchiques, c’est peut-être pas mal aussi.

                                Des organisations où on peut avoir plusieurs rôles et où les rôles sont plus fluides, c’est peut-être pas mal aussi.

                                Et en fait, quand on regarde, quand je dis que c’est peut-être pas mal aussi, les chiffres me donnent vraiment raison.

                                C’est vraiment beaucoup mieux en termes de productivité, tout bêtement, pour prendre des chiffres bien concrets, en termes de satisfaction des clients et surtout en termes de satisfaction des employés.

                                Et en termes d’engagement des personnes, on est dans des mondes différents.

                                On est, dans le monde des entreprises traditionnelles, on est à l’employé sur quatre qui est engagé.

                                Voilà, c’est pas mal.

                                Dans le monde de ces boîtes-là, on est plutôt à plus de 75%.

                                Donc on vient de changer quand même vraiment les règles.

                                Et des gens qui se sentent mieux dans ce qu’ils font, moi je pense que c’est une bonne idée.

                                Et des gens qui ont plus d’impact et où ça se voit, que c’est perçu par leurs clients, internes ou externes, je pense que c’est plutôt une bonne idée et c’est ça qu’on a envie de construire.

                                Et ça s’appelle Pearlside pourquoi ?

                                Au-delà d’être un anagramme de leadership, parce que quand on pense à un grain de sable, on peut penser à quelque chose qui va gripper un mécanisme bien huilé.

                                Et nous on préfère penser qu’un grain de sable c’est aussi ce qui va créer une perle.

                                Fred : Ce qui peut créer aussi du verre quand il est bien chauffé, ouais.

                                Et donc là vous travaillez à deux, c’est vraiment…

                                Alexis : C’est le tout début, ouais.

                                Fred : Il y a une volonté de grossir ou c’est une volonté de rester à deux ?

                                Alexis : Alors on n’est pas encore complètement figés là-dessus.

                                On aimerait bien à un moment donné que d’autres nous rejoignent sous cette bannière Pearlside.

                                Pourquoi ?

                                Parce que on est souvent la moyenne des gens qui nous entourent et on a envie d’être aussi challengés dans notre façon de penser, dans nos approches.

                                Et s’il y avait d’autres personnes qui ont envie de nous rejoindre, ça nous challengerait un peu.

                                Ça créerait de l’émulation et ça nous permettrait aussi peut-être de travailler sur des projets différents.

                                Fred : Et c’est quoi votre type de client actuellement ?

                                Alexis : Alors on a deux grandes catégories de clients.

                                C’est soit des startups où on travaille plutôt avec les fondateurs pour les extraire de ce mode où tout repose sur le fondateur et plutôt les amener justement à créer des équipes, une équipe de leadership qui va les enlever de la photo progressivement pour éviter qu’ils soient sur toutes les photos et sur toutes les décisions et sur toutes les actions.

                                L’analogie avec le sport collectif va bien.

                                T’imagines que si t’as le fondateur de l’équipe qui court après tous les ballons, ça va pas marcher.

                                Et aussi des entreprises plus grandes qui ont déjà grandi et qui ont besoin d’adapter leurs modèles parce qu’elles ont souvent grandi avec des modèles traditionnels et qui sont plutôt rigides, qui ont plutôt tendance à éteindre la créativité et l’innovation et à désengager les gens et donc ils ont besoin d’aller vers des modèles un peu différents.

                                Fred : D’accord.

                                Je voulais une question de Julie sur le salon web.

                                Est-ce qu’il y a beaucoup d’entreprises qui utilisent ces organisations de travail ?

                                Alexis : Alors il y en a pas mal.

                                Elles sont méconnues et on a généralement, quand je vous raconte Buurtzorg, ou l’autre, vous êtes tout à fait étonné, ça vous paraît des anomalies.

                                C’est presque des anomalies mais il y en a de plus en plus des entreprises comme ça et c’est bien.

                                Je pense qu’il y en aura encore de plus en plus si on les fait connaître et si on montre qu’en fait c’est possible de s’organiser vraiment différemment et parce qu’à un moment donné, les gens n’auront plus envie d’aller travailler dans les autres entreprises.

                                Voilà, j’espère.

                                Fred : Oui parce que finalement il y a aussi un enjeu de plaisir au travail.

                                Alexis : Oui.

                                Fred : Et de sens.

                                Alexis : Du coup, si je me fais plaisir, si je maîtrise ce que je fais, si j’ai de l’autonomie dans ce que je fais et si ça a du sens, normalement, oui, je me lève le matin et j’ai envie d’y aller.

                                Fred : Et le dimanche soir, on n’a pas le blues du dimanche soir.

                                Alexis : C’est ça.

                                Fred : Normalement.

                                Alors il nous reste encore quelques minutes mais je vais quand même, avant d’oublier, parce que c’est… on va essayer d’avoir cette question rituelle même si on ne l’a pas fait tout le temps.

                                Donc qui n’a absolument rien à voir avec le sujet.

                                As-tu envie de nous partager quelque chose qui t’a émerveillé ou fait du bien dernièrement ?

                                Alexis : Le truc que j’ai envie de partager, il est un peu paradoxal.

                                C’est un livre qui… dont je n’ai pas le titre en français, là, comme ça, ça ne me vient pas.

                                C’est Amusing Ourselves to Death.

                                Donc c’est Se divertir jusqu’à la mort.

                                Donc évidemment, parler comme ça et l’émerveillement est peut-être un peu loin.

                                Alors, pourquoi j’ai lu ce livre qui a été écrit dans les années…

                                Fred : L’auteur, c’est qui ?

                                Tu te souviens ?

                                Alexis : Neil Postman ?

                                Peut-être.

                                Je ne suis pas complètement sûr.

                                Pourquoi j’ai lu ce livre ?

                                Parce que ça fait partie des bouquins que j’avais demandé à…

                                Comme je travaillais avec pas mal d’Américains, ils utilisaient des références que je n’avais pas, puisque forcément, je n’ai pas fait mes études là-bas.

                                Et donc, j’ai demandé à ma fille, qui, elle, était aux Etats-Unis pour son lycée et l’université, du coup, de me donner des références que les autres avaient.

                                Donc, il était parmi ces références.

                                J’ai mis du temps à le lire parce qu’un bouquin écrit dans les années 80, qui parlait de l’influence de la télévision sur la façon de penser et d’éduquer aux Etats-Unis, je voyais pas bien le point.

                                Bon.

                                Alors, je l’ai lu.

                                Et du coup, ça m’a fasciné sur, en effet, comment finalement, des inventions, comme le télégraphe, comme l’imprimerie, bien sûr, mais ça, ça vous paraît évident, l’éducation, elle passe du système oral, à un moment donné, on invente le papier, on invente l’écriture, et puis, à un moment donné, on invente l’imprimerie, ça change la façon dont on peut diffuser de l’information et de l’éducation.

                                À un moment donné, on invente le télégraphe, et ça va créer de l’instantanéité.

                                Puis on va avoir la radio, et on va avoir la télévision, et à un moment donné, tout va devenir du divertissement.

                                Et du coup, un bon prof, c’est un prof qui est divertissant.

                                En fait, ça change l’éducation, et ça change notre façon de penser.

                                Tu faisais référence à TED, ben oui, à un moment donné, notre temps d’attention, il est tellement court que 20 minutes, c’est déjà super long.

                                Fred : Est-ce que tu peux juste rappeler ce que sont les conférences TED ?

                                Je l’ai fait très rapidement, mais vas-y.

                                Alexis : Les conférences TED, c’était créé dans les milieux des années 80, pour avoir des conférences sur les technologies, le divertissement et le design, et dire, on va partager des idées qui peuvent changer le monde.

                                Vachement intéressant, super format, de plus en plus professionnel, de plus en plus coaché.

                                Fred : Format très court, 12-20 minutes maximum, et en utilisant le parcours de la personne comme support des messages.

                                Alexis : Exactement.

                                Et donc, plutôt intéressant, plutôt bien fait, dans pas mal de cas, mais pas du tout du niveau de la première partie du XIXe siècle, et des débats dans les librairies publiques où le débatteur 1 avait une heure et demie pour parler, le débatteur 2, une heure et demie pour parler, et ensuite, ils avaient une heure pour clôturer le débat.

                                Et là, tu te dis, les gens allaient voir des débats comme ça.

                                Moi, je ne sais pas si je pourrais écouter quelqu’un pendant une heure et demie.

                                Fred : Tu sais qu’il y a des gens qui sont en train de nous écouter une heure et demie là, quand même.

                                Alexis : Oui, j’espère qu’ils vont pouvoir.

                                Mais tu vois, la conversation qu’on a, ce n’est pas la même chose qu’un speech d’une heure et demie.

                                Donc, en fait, évidemment, notre façon d’interagir, elle a changé.

                                Et puis là, évidemment, si tu te dis, avec l’émergence du web, l’émergence des réseaux sociaux, l’émergence des formats encore plus courts, beaucoup plus courts, on voit que notre temps d’attention va changer, et notre façon de penser change.

                                Et donc, on peut se dire, bah tiens, c’est terrible tout ça.

                                Et donc, pourquoi ça m’a émerveillé ?

                                Ça ne m’a pas émerveillé pour le livre, ça ne m’a pas émerveillé pour le constat du regard du monde que j’ai eu autour de moi, mais c’est plutôt par les conversations que j’ai eues à propos de ce livre, et avec cette idée de se dire, mais oui, en fait, je ne suis pas tout seul à penser différemment.

                                Je ne suis pas tout seul à penser comme ça.

                                Il y a d’autres gens autour de moi qui pensent comme ça.

                                Et bien, c’est peut-être travailler avec eux, collaborer avec eux, qu’ils soient proches ou loin, pour avoir une influence sur le monde qui serait bien.

                                C’est comme ces paysans qui partagent des semences pour assurer de la biodiversité, ou c’est comme ces artisans du logiciel qui font du logiciel libre, comme tu l’évoquais avant.

                                Bah oui, on peut peut-être trouver des gens qui peuvent nous aider dans nos avancées, dans nos… à accomplir les choses que l’on a envie d’accomplir, et on n’est pas tout seul.

                                Et en fait, il ne faut pas croire qu’on doit se résoudre à la peur ou à l’impuissance.

                                On peut faire autre chose et on peut le faire ensemble.

                                Fred : C’est une belle conclusion d’émission, surtout dans cette période très trouble.

                                Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?

                                Alexis : Écoute, non, là, je me dis, maintenant que tu as dit que c’était une belle conclusion, je pense qu’il faut qu’on reste là-dessus.

                                Fred : Avant de désannoncer l’émission, j’encourage aussi les gens à regarder ou chercher Alexis Monville et Isabel Monville sur Internet, parce qu’il y a des vidéos où vous avez fait des présentations à deux qui sont vraiment toujours très très intéressantes.

                                Alexis : C’est les meilleurs quand on est tous les deux, mais il faut que j’arrive à convaincre Isabelle qu’il faut le faire.

                                Fred : Alors, tu sais que j’avais envisagé que vous la fassiez à deux l’émission, mais je sais que c’est assez compliqué.

                                En tout cas, on la salue.

                                Et en tout cas, cherchez ce duo Isabel Monville et Alexis Monville.

                                Vous verrez des présentations sur des thèmes dont on a parlé tout à l’heure mais qui sont présentées à deux et c’est vraiment super.

                                En tout cas, un grand merci à Alexis.

                                Je vais rappeler ton site web aussi, alexis.monville.com ou monville.com, vous retrouverez aussi le site d’Isabel.

                                L’émission va bientôt se terminer.

                                Vous pouvez vous abonner au podcast, à la lettre d’actu de l’émission.

                                Les infos sont sur le site causecommune.fm.

                                Chemins de Traverse est en direct tous les mercredis à 22h.

                                Merci à vous d’avoir écouté l’émission.

                                N’hésitez pas à nous faire des retours.

                                Un formulaire de contact est disponible sur la page de l’émission sur le site causecommune.fm.

                                Tu parlais tout à l’heure de Saint-Exupéry.

                                Nous sommes ravis de vous avoir fidèles au rendez-vous régulier avec Chemins de Traverse le mercredi à 22h ou encore en podcast. Antoine de Saint-Exupéry nous rappelle d’ailleurs l’importance des rendez-vous réguliers et des rites. Dans le livre Le Petit Prince, il y a à un moment la rencontre du Petit Prince avec un renard. Ils discutent. Le lendemain, Petit Prince revient mais pas à la même heure. Le renard lui dit « Il eut mieux valu revenir à la même heure. Si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur. Il faut des rites ». Donc, merci à vous pour votre présente régulière chaque mercredi à 22h sur causecommune93.fm et en DAB plus en Ile-de-France, partout dans le monde sur causecommune.fm.

                                Juste après à 23h30, une émission inédite de Minuit Décousu qui ouvre les portes des cuisines, des brigades dans l’ambiance paramilitaire, pas tout le temps, des restaurants étoilés aux cuisines collectives.

                                Mercredi 13 novembre, notre invitée sera Emeline Parizel.

                                Alors Emeline est ingénieure de formation, sensible à l’art, à l’économie du don et aux changements climatiques. Au niveau professionnel, elle est cheffe de projet web et félicitatrice graphique. A côté de son travail, elle multiplie les engagements : fresque du climat, fresque du numérique, organisatrice de conférences et d’autres que vous découvrirez lors de l’émission. Elle est également vélo taffeuse et adapte du voyage à vélo, sur des circuits courts et aussi sur des circuits un petit peu plus longs genre Paris-Athènes 4 °00 km à vélo en 40 jours, en en parlant à la semaine prochaine. Et cerise sur le gâteau, elle sait partager ses passions avec une très belle énergie communicative, vous allez aimer découvrir la pétillante Emeline Parizel.

                                On se donne donc rendez-vous mercredi 20 novembre, salut et solidarité.

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                                1 hr 30 min
                              • #226 – Bénévalibre, pour faciliter la valorisation du bénévolat

                                S’abonner au podcast

                                226e émission Libre à vous ! de l’April diffusée en direct mardi 12 novembre 2024 de 15 h 30 à 17 h 00
                                Au programme de l’émission:
                                • sujet principal : Bénévalibre, un logiciel libre pour faciliter la valorisation du bénévolat
                                • la chronique « Que libérer d’autre que du logiciel » avec Antanak
                                • « À la rencontre du libre » poursuit son tour de France avec Martin Hardy, professeur en cursus Bachelor « Expert en informatique » à Agen, dans le Lot-et-Garonne, à l’ESIA : « comment utilise-t-il les logiciels libres dans cette école ? »
                                • Références

                                  Vous pouvez retrouvez toutes les références citées pendant l’émission (vous trouverez également sur cette page les podcasts par sujet traité ainsi qu’une transcription lorsqu’elle sera disponible).

                                  Intervenir en direct

                                  Vous pouvez appeler au 09 72 51 55 46.

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                                  1 hr 28 min
                                • #270 – A vélo pactiser avec le vent
                                  Émission proposée en partenariat avec Weelz!
                                  En plateau – Alexis Lapouille

                                  crédit photo ACE

                                  Pour l’instant, je mets un vent. Je reçois quelques messages, quelques propositions “tu devrais faire un Rayons Libres sur l’héritage des Jeux Olympiques”. On peut imaginer, qu’on me demande un héritage cyclable des Jeux Olympiques. L’envie de faire le notaire n’est pas hyper forte de mon côté. Et puis l’héritage olympique a très bien été traité par Karine Bloch, dans cette émission, Vivons Sport, quel héritage olympique et paralympique ? Alors, pour l’instant, à quoi bon ?

                                  Par contre, à propos de JO, faut-il parler performances ? Probablement. La performance à vélo, c’est quoi ? Entre autres, comprendre la mécanique des fluides. Le plus grand ennemi du cycliste, sportif ou pas, ce n’est pas l’automobile, ni la pluie, mais l’air. Pour aller vite, ou même aller loin sans trop se fatiguer, il faut composer avec l’air. Qui est l’élément qui te freine le plus. Les athlètes et leurs équipes combinent travail en soufflerie et étude posturale. Est-ce que ces deux concepts ne doivent être qu’appliqués au monde du cyclisme sportif ? Est-ce qu’il n’y a pas une pertinence à penser “soufflerie” et étude posturale pour monsieur et madame tout le monde. Optimiser sa position, non pas pour arriver plus vite au bureau, mais pour que le trajet pour aller au bureau soit plus confortable, plus agréable. S’il est plus confortable et agréable, alors on peut imaginer que celles et ceux qui se mettent au vélo, auront encore plus envie de vélo… Voilà les convictions de mon invité du jour. Alexis Lapouille. Il est installé du côté de Nevers, il a une soufflerie et il vient de créer une expertise en étude posturale.

                                  Envie d’être la prochaine invitée ? Le prochain à causer dans le micro. Contactez-moi, sur Linkedin, X, Instagram, ici via l’onglet contact de la radio aussi : [email protected]. Vous pouvez aussi nous contacter simplement pour nous dire tout le mal ou le bien que vous pensez de Rayons Libres.

                                  L’agenda vélo de la semaine… Pas d’agenda émission enregistrée
                                  Chronique Abel Guggenheim : Retour sur la première chronique d’Abel expliquant son concept de cyclistophobie.
                                  Musique : Cigarettes after sex – Crush-
                                  Réalisation : Jérôme Sorrel / Montage final et mise en ligne : Olivier Grieco.
                                  30 min

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