C'est notre histoire

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By Laetizia Puccio,Bernard WilkinSociety & Culture
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C'est notre histoire episodes

  • Le retour des oies sauvages de Nathalie Stalmans

    Nous vous emmenons au cœur d’un épisode peu connu mais profondément émouvant de la Seconde Guerre mondiale : l’évacuation de centaines d’enfants liégeois vers Ixelles durant l’hiver 1944-1945. 

    Pour en parler, nous avons rencontré Nathalie Stalmans, historienne de formation et autrice du roman "Le retour des Oies sauvages".


    À partir d’un fait historique réel, Nathalie Stalmans déploie un récit sensible et documenté. Alors que Liège est ravagée par les bombardements – plus de 1 600 V1 et V2, des quartiers entiers détruits, une peur quotidienne – la ville d’Ixelles organise l’accueil de plus de mille enfants afin de les soustraire au chaos. Cette entreprise de solidarité, portée notamment par des responsables communaux, des religieuses et des familles volontaires, constitue le cœur battant du roman.


    Dans "Le retour des Oies sauvages", l’autrice restitue avec justesse l’atmosphère des caves, l’angoisse permanente, mais aussi le moment bouleversant de la séparation entre parents et enfants. L’arrivée à Bruxelles ouvre un autre monde : celui des foyers ixellois, des écoles transformées en lieux d’accueil, des gestes de solidarité du quotidien qui redonnent un semblant de normalité à ces vies brisées par la guerre.


    À travers son héroïne, Sophie, Nathalie Stalmans explore aussi les blessures plus secrètes laissées par la Libération : la honte, le silence, les humiliations publiques infligées aux femmes accusées de collaboration. Sans les édulcorer, elle aborde ces thèmes délicats avec pudeur, soulignant combien la mémoire collective reste traversée de zones d’ombre.
    Le roman est également habité par une forte symbolique : celle des oies sauvages, qui reviennent au moment de la Libération et incarnent l’espoir, le retour à la vie, la possibilité d’un nouveau départ. Le parcours de Sophie devient alors celui d’une renaissance : passer de la peur au courage, de la honte au pardon, de l’exil à la reconstruction.
    Au-delà du passé, "Le retour des Oies sauvages" nous a semblé incarner un dialogue avec notre présent. Il rappelle la force des élans solidaires face aux crises, et interroge notre capacité à accueillir, protéger et transmettre. Un roman de mémoire, mais surtout un récit profondément humain.

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    27 min
  • L'infanticide à Liège au XVIII et XIXe siècle (2/2)
    Dans les fonds des Archives de l'Etat à Liège, certaines histoires dérangent plus que d'autres. Elles parlent d’enfants abandonnés… et parfois de drames plus sombres encore. Avec l’historien René Leboutte, professeur émérite de l'Université de Luxembourg, nous découvrons une réalité méconnue : celle de l’infanticide dans l’Est de la Belgique aux XVIIIe et XIXe siècles.



    À l’époque, ces faits divers ne sont pas exceptionnels. Ils s’inscrivent dans un contexte social très dur, marqué par la pauvreté, l’isolement… et surtout par la pression immense qui pèse sur les femmes. Beaucoup des accusées sont jeunes, célibataires, domestiques. Une grossesse hors mariage peut signifier la honte, la perte d’emploi, l’exclusion. Et surtout, il n’existe ni aide sociale, ni véritable solution. Alors certaines femmes accouchent seules, en secret. Dans une grange, un grenier, parfois en pleine nuit. Et dans ces conditions extrêmes, entre peur et désespoir, le drame peut survenir.



    Mais comme le montre René Leboutte, ces gestes ne peuvent être compris uniquement comme des crimes. Ils sont aussi le reflet d’une société sans protection, sans contraception, sans filet de sécurité. La justice elle-même hésite : les preuves sont fragiles, les jurys parfois indulgents, conscients de la complexité de ces situations. Dans ce contexte, les enfants trouvés apparaissent comme une autre issue : abandonner plutôt que tuer, laisser une chance à l’enfant.



    Ces histoires, aussi dures soient-elles, nous parlent avant tout d’inégalités, de solitude… et d’un monde où certaines femmes n’avaient tout simplement pas le choix. Les étudier aujourd’hui, ce n’est pas juger. C’est comprendre. Et se demander, peut-être, ce que notre société a changé… ou non.

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    29 min
  • L'infanticide à Liège au XVIII et XIXe siècle (1/2)
    Dans les fonds des Archives de l'État à Liège, certaines histoires dérangent plus que d'autres. Elles parlent d’enfants abandonnés… et parfois de drames plus sombres encore. Avec l’historien René Leboutte, professeur émérite de l'université de Luxembourg, nous découvrons une réalité méconnue : celle de l’infanticide dans l’est de la Belgique aux XVIII? et XIX? siècles.

    À l’époque, ces faits divers ne sont pas exceptionnels. Ils s’inscrivent dans un contexte social très dur, marqué par la pauvreté, l’isolement… et surtout par la pression immense qui pèse sur les femmes. Beaucoup d'accusées sont jeunes, célibataires, domestiques. Une grossesse hors mariage peut signifier la honte, la perte d’emploi, l’exclusion. Surtout, il n’existe ni aide sociale, ni véritable solution. Alors certaines femmes accouchent seules, en secret. Dans une grange, un grenier, parfois en pleine nuit. Dans ces conditions extrêmes, entre peur et désespoir, le drame peut survenir.

    Mais, comme le montre René Leboutte, ces gestes ne peuvent être compris uniquement comme des crimes. Ils sont aussi le reflet d’une société sans protection, sans contraception, sans filet de sécurité. La justice elle-même hésite : les preuves sont fragiles, les jurys parfois indulgents, conscients de la complexité de ces situations. Dans ce contexte, les enfants trouvés apparaissent comme une autre issue : abandonner plutôt que tuer, laisser une chance à l’enfant.

    Ces histoires, aussi dures soient-elles, nous parlent avant tout d’inégalités, de solitude… et d’un monde où certaines femmes n’avaient tout simplement pas le choix. Les étudier aujourd’hui, ce n’est pas juger. C’est comprendre. Se demander, peut-être, ce que notre société a changé… ou non.

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    30 min
  • Pierre Clerdent et la Résistance liégeoise : une conférence de Fr. Balace (4/4)
    Au XXe siècle, peu de personnalités ont autant marqué la région liégeoise que Pierre Clerdent. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, gouverneur pendant près de vingt ans et acteur majeur du développement économique wallon, il incarne « Une certaine idée du Pays de Liège ». L’asbl CELIDA et les Archives de l’État à Liège lui consacrent un cycle de six conférences tirées de l’ouvrage paru aux éditions Marot en 2024 sous la direction de Br. Demoulin et l’égide de la Fondation Simone et Pierre Clerdent.

    Né à Liège en 1909, Clerdent étudie le droit à l’Université de Liège avant de devenir avocat. Mais l’invasion allemande de 1940 bouleverse son destin. Très tôt, il s’engage dans la résistance et participe à la création de l’Armée de la Libération. Sous le pseudonyme « Max », il dirige ce réseau dans la région liégeoise. L’organisation aide des personnes traquées par l’occupant, comme les Juifs ou les réfractaires au travail obligatoire, et prépare la prise de contrôle de bâtiments stratégiques au moment de la Libération.

    Après la guerre, Clerdent devient une figure centrale de la vie publique. En 1945, il prend la tête du Conseil national de la Résistance, avant d’entamer une longue carrière administrative et politique. Il est d’abord gouverneur de la province de Luxembourg, puis gouverneur de la province de Liège de 1953 à 1971.

    Durant ces années, il joue un rôle actif dans la reconstruction et le développement économique de la région. Il soutient notamment le développement du port de Liège, de l’aéroport de Bierset et de nouvelles infrastructures destinées à moderniser l’économie wallonne. Clerdent s’engage aussi dans la transmission de la mémoire de la résistance. C’est notamment sous son impulsion qu’est inauguré en 1955 le monument national de la Résistance au parc d’Avroy, à Liège.

    Jusqu’à la fin de sa vie, Pierre Clerdent restera associé à l’histoire politique, économique et mémorielle de la région. Son parcours illustre celui d’une génération marquée par la guerre, mais déterminée à reconstruire et à transformer la Wallonie.

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    30 min
  • Pierre Clerdent et la Résistance liégeoise : une conférence de Fr. Balace (3/4)
    Au XXe siècle, peu de personnalités ont autant marqué la région liégeoise que Pierre Clerdent. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, gouverneur pendant près de vingt ans et acteur majeur du développement économique wallon, il incarne « Une certaine idée du Pays de Liège ». L’asbl CELIDA et les Archives de l’État à Liège lui consacrent un cycle de six conférences tirées de l’ouvrage paru aux éditions Marot en 2024 sous la direction de Br. Demoulin et l’égide de la Fondation Simone et Pierre Clerdent.

    Né à Liège en 1909, Clerdent étudie le droit à l’Université de Liège avant de devenir avocat. Mais l’invasion allemande de 1940 bouleverse son destin. Très tôt, il s’engage dans la résistance et participe à la création de l’Armée de la Libération. Sous le pseudonyme « Max », il dirige ce réseau dans la région liégeoise. L’organisation aide des personnes traquées par l’occupant, comme les Juifs ou les réfractaires au travail obligatoire, et prépare la prise de contrôle de bâtiments stratégiques au moment de la Libération.

    Après la guerre, Clerdent devient une figure centrale de la vie publique. En 1945, il prend la tête du Conseil national de la Résistance, avant d’entamer une longue carrière administrative et politique. Il est d’abord gouverneur de la province de Luxembourg, puis gouverneur de la province de Liège de 1953 à 1971.

    Durant ces années, il joue un rôle actif dans la reconstruction et le développement économique de la région. Il soutient notamment le développement du port de Liège, de l’aéroport de Bierset et de nouvelles infrastructures destinées à moderniser l’économie wallonne. Clerdent s’engage aussi dans la transmission de la mémoire de la résistance. C’est notamment sous son impulsion qu’est inauguré en 1955 le monument national de la Résistance au parc d’Avroy, à Liège.

    Jusqu’à la fin de sa vie, Pierre Clerdent restera associé à l’histoire politique, économique et mémorielle de la région. Son parcours illustre celui d’une génération marquée par la guerre, mais déterminée à reconstruire et à transformer la Wallonie.

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    29 min
  • Pierre Clerdent et la Résistance liégeoise : une conférence de Fr. Balace (2/4)

    Au XXe siècle, peu de personnalités ont autant marqué la région liégeoise que Pierre Clerdent. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, gouverneur pendant près de vingt ans et acteur majeur du développement économique wallon, il incarne « Une certaine idée du Pays de Liège ». L’asbl CELIDA et les Archives de l’État à Liège lui consacrent un cycle de six conférences tirées de l’ouvrage paru aux éditions Marot en 2024 sous la direction de Br. Demoulin et l’égide de la Fondation Simone et Pierre Clerdent.

    Né à Liège en 1909, Clerdent étudie le droit à l’Université de Liège avant de devenir avocat. Mais l’invasion allemande de 1940 bouleverse son destin. Très tôt, il s’engage dans la résistance et participe à la création de l’Armée de la Libération. Sous le pseudonyme « Max », il dirige ce réseau dans la région liégeoise. L’organisation aide des personnes traquées par l’occupant, comme les Juifs ou les réfractaires au travail obligatoire, et prépare la prise de contrôle de bâtiments stratégiques au moment de la Libération.

    Après la guerre, Clerdent devient une figure centrale de la vie publique. En 1945, il prend la tête du Conseil national de la Résistance, avant d’entamer une longue carrière administrative et politique. Il est d’abord gouverneur de la province de Luxembourg, puis gouverneur de la province de Liège de 1953 à 1971.

    Durant ces années, il joue un rôle actif dans la reconstruction et le développement économique de la région. Il soutient notamment le développement du port de Liège, de l’aéroport de Bierset et de nouvelles infrastructures destinées à moderniser l’économie wallonne. Clerdent s’engage aussi dans la transmission de la mémoire de la résistance. C’est notamment sous son impulsion qu’est inauguré en 1955 le monument national de la Résistance au parc d’Avroy, à Liège.

    Jusqu’à la fin de sa vie, Pierre Clerdent restera associé à l’histoire politique, économique et mémorielle de la région. Son parcours illustre celui d’une génération marquée par la guerre, mais déterminée à reconstruire et à transformer la Wallonie.

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    30 min
  • Francis Balace (1/4)

    Au XXᵉ siècle, peu de personnalités ont autant marqué la région liégeoise que Pierre Clerdent. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, gouverneur pendant près de vingt ans et acteur majeur du développement économique wallon, il incarne « Une certaine idée du Pays de Liège ». L’asbl CELIDA et les Archives de l’État à Liège lui consacrent un cycle de six conférences tirées de l’ouvrage paru aux éditions Marot en 2024 sous la direction de Br. Demoulin et l’égide de la fondation Simone et Pierre Clerdent.

    Né à Liège en 1909, Clerdent étudie le droit à l’université de Liège avant de devenir avocat. Mais l’invasion allemande de 1940 bouleverse son destin. Très tôt, il s’engage dans la résistance et participe à la création de l’Armée de la Libération. Sous le pseudonyme « Max », il dirige ce réseau dans la région liégeoise. L’organisation aide des personnes traquées par l’occupant, comme les Juifs ou les réfractaires au travail obligatoire, et prépare la prise de contrôle de bâtiments stratégiques au moment de la Libération.

    Après la guerre, Clerdent devient une figure centrale de la vie publique. En 1945, il prend la tête du Conseil national de la Résistance, avant d’entamer une longue carrière administrative et politique. Il est d’abord gouverneur de la province de Luxembourg, puis gouverneur de la province de Liège de 1953 à 1971.

    Durant ces années, il joue un rôle actif dans la reconstruction et le développement économique de la région. Il soutient notamment le développement du port de Liège, de l’aéroport de Bierset et de nouvelles infrastructures destinées à moderniser l’économie wallonne. Clerdent s’engage aussi dans la transmission de la mémoire de la résistance. C’est notamment sous son impulsion qu’est inauguré en 1955 le monument national de la Résistance au parc d’Avroy, à Liège.

    Jusqu’à la fin de sa vie, Pierre Clerdent restera associé à l’histoire politique, économique et mémorielle de la région. Son parcours illustre celui d’une génération marquée par la guerre, mais déterminée à reconstruire et à transformer la Wallonie.

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    27 min
  • L'avortement à Liège au XIXe siècle (2/2)
    L’interview présente le travail réalisé par trois étudiantes de l'ULiège, Alix Giet, Ninon Gavage et Lisy Thonart, qui se sont penchées sur l’histoire de l’avortement à Liège au XIX? siècle lors d'un séminaire donné par Ninon Dubourg.

    Elles expliquent avoir choisi ce sujet parce qu’il éclaire à la fois l’histoire du corps, du droit et des femmes. Leur recherche s’appuie sur des notes de cours de médecine de la fin du siècle ainsi que sur deux archives judiciaires, sources parfois techniques, moralisatrices ou lacunaires. Elles ont été particulièrement frappées par l’écart entre la condamnation officielle de l’avortement et sa fréquence réelle, estimée à une femme sur douze au premier trimestre.

    Elles rappellent que l’avortement était perçu comme un crime moral et public, fortement influencé par le poids religieux de l’époque. Malgré cela, les pratiques persistaient et se déroulaient dans la clandestinité. La médecine distinguait plusieurs types d’avortement — spontané, accidentel, provoqué — ce qui révèle à la fois une volonté de classification et les limites du savoir médical, encore empreint de jugements éthiques.
    Les notes de cours montrent que les étudiants en médecine apprenaient déjà des techniques abortives, signe d’un rôle ambivalent du corps médical, pris entre impératifs moraux et réalités de terrain. Certaines interruptions de grossesse étaient justifiées pour sauver la mère, et la fréquence élevée des avortements s’explique par l’absence de contraception, la précarité et la stigmatisation sociale. Les méthodes utilisées étaient variées mais souvent dangereuses, exposant les femmes à de graves complications.
    L’étude des procès de 1845 et 1861 révèle que les accusations visaient autant les femmes que les personnes de leur entourage. La justice oscillait entre punition, stigmatisation et indifférence, souvent en fonction du statut social. Ces affaires montrent une société où l’avortement était à la fois omniprésent et dissimulé, parfois entouré d’entraide féminine, parfois marqué par un profond isolement. Les profils des femmes concernées étaient divers, même si les plus pauvres restaient plus vulnérables.
    Enfin, les chercheuses mettent en perspective leur travail avec les débats contemporains, rappelant que la Belgique n’inscrit pas l’avortement dans sa Constitution. L’histoire qu’elles ont explorée montre que la répression n’a jamais empêché la pratique et que les enjeux de santé, d’accès et d’autonomie restent centraux. Cette plongée dans les archives leur a permis de saisir des fragments de vies souvent effacées, révélant la complexité et la force des trajectoires de femmes confrontées à des choix difficiles.

    Le résultat de leur travail a été publié en ligne sur la plateforme «hypothèses.org» donnant ainsi un accès aux documents d’archives et à leur démarche d’historiennes.

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    28 min
  • L'avortement à Liège au XIXe siècle (1/2)
    L’interview présente le travail réalisé par trois étudiantes de l'ULiège, Alix Giet, Ninon Gavage et Lisy Thonart, qui se sont penchées sur l’histoire de l’avortement à Liège au XIX? siècle lors d'un séminaire donné par Ninon Dubourg.

    Elles expliquent avoir choisi ce sujet parce qu’il éclaire à la fois l’histoire du corps, du droit et des femmes. Leur recherche s’appuie sur des notes de cours de médecine de la fin du siècle ainsi que sur deux archives judiciaires, sources parfois techniques, moralisatrices ou lacunaires. Elles ont été particulièrement frappées par l’écart entre la condamnation officielle de l’avortement et sa fréquence réelle, estimée à une femme sur douze au premier trimestre.

    Elles rappellent que l’avortement était perçu comme un crime moral et public, fortement influencé par le poids religieux de l’époque. Malgré cela, les pratiques persistaient et se déroulaient dans la clandestinité. La médecine distinguait plusieurs types d’avortement — spontané, accidentel, provoqué — ce qui révèle à la fois une volonté de classification et les limites du savoir médical, encore empreint de jugements éthiques.
    Les notes de cours montrent que les étudiants en médecine apprenaient déjà des techniques abortives, signe d’un rôle ambivalent du corps médical, pris entre impératifs moraux et réalités de terrain. Certaines interruptions de grossesse étaient justifiées pour sauver la mère, et la fréquence élevée des avortements s’explique par l’absence de contraception, la précarité et la stigmatisation sociale. Les méthodes utilisées étaient variées mais souvent dangereuses, exposant les femmes à de graves complications.
    L’étude des procès de 1845 et 1861 révèle que les accusations visaient autant les femmes que les personnes de leur entourage. La justice oscillait entre punition, stigmatisation et indifférence, souvent en fonction du statut social. Ces affaires montrent une société où l’avortement était à la fois omniprésent et dissimulé, parfois entouré d’entraide féminine, parfois marqué par un profond isolement. Les profils des femmes concernées étaient divers, même si les plus pauvres restaient plus vulnérables.
    Enfin, les chercheuses mettent en perspective leur travail avec les débats contemporains, rappelant que la Belgique n’inscrit pas l’avortement dans sa Constitution. L’histoire qu’elles ont explorée montre que la répression n’a jamais empêché la pratique et que les enjeux de santé, d’accès et d’autonomie restent centraux. Cette plongée dans les archives leur a permis de saisir des fragments de vies souvent effacées, révélant la complexité et la force des trajectoires de femmes confrontées à des choix difficiles.

    Le résultat de leur travail a été publié en ligne sur la plateforme «hypothèses.org» donnant ainsi un accès aux documents d’archives et à leur démarche d’historiennes.

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    22 min
  • Le paysage hospitalier à Liège à la fin du Moyen Âge (2/2)
    Ninon Dubourg est titulaire d’un doctorat obtenu en 2019 à l’Université de Paris-Cité, puis a bénéficié successivement d’un financement postdoctoral FRS-FNRS à l’Université de Liège (2021-2024) et d’une bourse Alexander von Humboldt à l’Université de Cologne. Ses travaux portent sur les handicaps physiques et mentaux dans l’Europe médiévale, tant dans les milieux laïcs que cléricaux, entre les XII? et XVI? siècles. Elle s’appuie principalement sur l’analyse des suppliques et lettres pontificales conservées dans les Archives apostoliques du Vatican, des sources qui éclairent la manière dont l’Église percevait et encadrait les situations de handicap à cette époque.
    Elle développe aussi des recherches autour des masculinités médiévales, de la médecine, du droit canonique, de l’identité handicapée et des divers âges de la vie. Elle participe activement à plusieurs réseaux scientifiques, dont le Réseau jeunes chercheurs Handicap(s) et Sociétés (EHESS), et anime le blog de recherche History of Disease, Disability & Medicine in Medieval Europe, qu’elle dirige.

    Le projet Aging in Liège – A History of Old Age at a City Scale (15th–16th centuries) constitue une contribution majeure à l’histoire sociale de la ville de Liège. Ce travail s’appuie sur les archives de cinq institutions liégeoises impliquées dans les soins aux personnes âgées, dont l’analyse permet de retracer leur fonctionnement, leur organisation interne et leurs équilibres financiers. L’objectif du projet est de produire une histoire économique, urbaine et sociale de la vieillesse dans la ville à la charnière du Moyen Âge et de l’époque moderne. Même si ce projet ne vise pas à étudier directement la topographie des hôpitaux liégeois, il éclaire la manière dont ces institutions d’assistance – hospices, maisons Dieu, établissements hospitaliers – s’inscrivaient dans le tissu urbain. Les structures étudiées par Ninon Dubourg remplissent en effet des fonctions analogues à celles des hôpitaux médiévaux traditionnels?: accueil des pauvres, des personnes âgées, des malades et des individus vulnérables. Leur localisation, leurs missions et leurs ressources contribuent ainsi à comprendre le paysage hospitalier liégeois dans sa dimension sociale et institutionnelle.

    Pour situer les travaux de Ninon Dubourg dans une perspective plus large, il est utile de rappeler que les recherches historiques sur les hôpitaux de Liège – notamment celles de Michel Pauly et Pierre de Spiegeler – montrent une répartition différenciée des établissements hospitaliers dans la ville au Moyen Âge. Les xenodochia, généralement situés au cœur de la cité ou dans l’ensemble épiscopal, accueillaient surtout les pauvres et les malades urbains, tandis que les hospitalia, souvent placés aux entrées de la ville et le long des routes, étaient destinés aux voyageurs et pèlerins. Ces travaux précisent par exemple que le premier hôpital de la cathédrale, fondé vers 1118-1119, se situait directement sur la place du marché, avant d’être remplacé par un établissement plus vaste. Cette structuration spatiale donne un cadre d’interprétation essentiel au travail de Ninon Dubourg?: les institutions qu’elle étudie s’inscrivent dans un réseau hospitalier liégeois déjà pluriel, structuré et réparti en fonction des besoins urbains. Son approche par l’analyse des archives institutionnelles enrichit donc l’histoire de ce paysage hospitalier en éclairant les pratiques quotidiennes, les publics concernés et la réalité sociale des soins.

    Ninon Dubourg s’impose comme une spécialiste de l’histoire du handicap, de la vieillesse et des institutions de soins dans l’Europe médiévale. Par ses travaux sur les suppliques pontificales, elle renouvelle notre compréhension de la manière dont les sociétés médiévales concevaient et géraient les situations de vulnérabilité. Son projet Aging in Liège apporte un éclairage précieux sur les institutions d’assistance de la ville?: en analysant leur fonctionnement et leur rôle social, Ninon Dubourg

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    31 min

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