Chasseurs de science

Chasseurs de science

By FuturaScienceHistory
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Chasseurs de science episodes

  • Charles Turner, l'homme qui parlait à l'oreille des insectes

    Charles Henry Turner est l'une des grandes figures oubliées de la science. Né en 1867, il consacre sa vie à l'étude des animaux, de leur anatomie, de leurs comportements, de leurs perceptions et de leur intelligence. Scientifique passionné, travaillant sans relâche pour alimenter sa discipline, il bat de nombreux records, produit d'innombrables publications, mais il est également confronté à une société qui refuse de lui accorder le crédit qu'il mérite.

    À cause de ses origines afro-américaines, les contributions de Turner bénéficieront à tous, mais son nom tombera dans les oubliettes de l'histoire. En parallèle de sa vie de chercheur, de professeur et de père de famille, il trouve encore le temps de militer pour l'égalité des droits civiques, et pour l'accès à l'éducation, d'offrir aux jeunes générations la chance qu'on lui refuse. L'histoire de Charles Turner, c'est celle d'un combat mené dans l'humilité, la passion et la détermination. Un combat qu'il est grand temps de déterrer de l'oubli.


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    Pour aller plus loin :

    • Les hommes, nom de famille HOMO
    • Tous les animaux souffrent-ils de la même façon ?
    • Pourquoi les apiculteurs s'habillent-ils en blanc ?

    Transcription du podcast :

    Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous plongeons dans le cerveau des animaux et des petites bêtes aux côtés de Charles Henry Turner, l’un des plus grands scientifiques oubliés du début du XXe siècle. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

    Le soleil de l’été 1910 cogne fort au-dessus de la ville de Saint-Louis, Missouri. Mais Charles Turner n’en a cure. Agenouillé dans un champ qui borde le parc O’Fallon, le scientifique observe avec intensité les abeilles qui s’affairent au milieu du mélilot blanc. Ces dernières semblent ostensiblement ignorer les six disques rouges enduits de miel qu’il a soigneusement disposés au niveau des herbes sauvages. Les oreilles pleines du bourdonnement des travailleuses, il tente désespérément de les attirer lui-même vers ses fleurs artificielles, en vain. Cela fait deux heures qu’il est là, et il redoute que son étude ne se solde par un échec. Soudain, une ouvrière, vient se poser sur le rebord de l’un des disques, juste sous ses yeux. Elle est rapidement rejointe par une seconde, et Turner se réjouit de les voir toutes deux absorber le précieux liquide. L’expérience peut commencer.

    Le lendemain, à 8 heures du matin, le scientifique retourne sur place pour découvrir que deux des disques ont été entièrement vidés de leur stock de miel, et que ses sujets ont même été jusqu’à emporter une partie de leur papier rouge, encore imbibé de sucre. Enthousiaste, il accroche six nouveaux cercles rouges identiques aux précédents, et six bleus pour leur part dépourvus de récompense. Immédiatement les abeilles arrivent par nuées pour butiner avec frénésie les coquelicots artificiels de Turner.

    Maintenant arrive l’instant crucial : après un quart d’heure de ce manège aérien, alors que les travailleuses repartent vers la ruche pour y déposer leur butin, le chercheur se saisit de l’une des cibles rouges et la remplace par un cercle bleu, dans l’espoir de répondre à la question qui le taraude : « les abeilles sont-elles capables de distinguer les couleurs ? ». Les secondes passent, puis les minutes. Finalement, les créatures reviennent, fonçant tout droit vers le dernier lieu de récolte. Carnet de notes en main, Turner sent ses doigts enserrer le stylo dont la pointe est posée sur la page. Dans un splendide mouvement courbe, les abeilles changent subitement de destination en laissant derrière elles la cible azur, les antennes pointées vers la tache écarlate la plus proche. Turner jubile, mais l’expérimentation n’est pas terminée. Parce qu’il tient à fournir des résultats rigoureux, il passe encore plusieurs jours à tester une trentaine de manipulations, voyageant d’un cercle à l’autre comme une abeille dans un champ de fleurs. Il va jusqu’à façonner de petites cornes d’abondance en papier et recueille, en guise de final, des ouvrières dans la paume de sa main. Avec passion et application il rassemble les données qui lui permettront de mettre fin au débat qui anime le milieu des entomologistes depuis des décennies. Sa conclusion est proclamée avec une humilité et un engouement caractéristiques le 18 juillet 1910 : les abeilles sont bel et bien capables de discriminer les fleurs en fonction de leurs couleurs pour optimiser leur collecte.

    C’est un accomplissement notoire pour Turner, un tour de force qui tombera dans les oubliettes de l’Histoire, et échappera même à la mémoire de ses pairs. Car à l’époque, un autre type de discrimination basée sur la couleur est en train de se jouer.

    Né en 1867, deux ans après la fin de la Guerre civile, Charles Henry Turner est le fils d’un gardien d’église et d’une infirmière afro-américains, qui très tôt, lui transmettent l’amour de l’apprentissage et bientôt, celui de l’éducation. À l’âge de 19 ans, il quitte le lycée avec les meilleures notes de sa promotion, et un an après, il épouse la jeune institutrice Leontine Troy. Turner est le premier diplômé afro-américain de l’université de Cincinnati lorsqu’il obtient son master en 1886, puis devient possiblement le premier à recevoir un doctorat de l’université de Chicago, avec les honneurs, en 1907. Au cours de la décennie qui sépare ces deux événements, il démontre à maintes occasions son application et sa rigueur en publiant un travail de plus de 100 pages sur l’anatomie du cerveau chez les oiseaux, copieusement agrémenté d’illustrations détaillées. Cet article, son tout premier, est publié dans la prestigieuse revue Science, dont il est possiblement le premier contributeur afro-américain, installant, une fois encore, un nouveau record.

    Il ne s’arrête pas là puisqu’en 1892, son article sur la construction des toiles d’araignées fait également de lui le premier auteur de psychologie comparée afro-américain. Un autre article est publié dans Science, suivi plus tard par un troisième, et, tant qu’à faire, Turner découvre plusieurs nouvelles espèces marines dans les eaux de Cincinnati. D’autre part, il rédige avec son mentor Clarence Herrick un volume de 500 pages sur les Entomostraca, une sous-espèce de crustacés vivant dans la région. Malheureusement, l’année de publication de l’ouvrage est également marquée par la mort de sa femme, laissant désormais à Charles la charge intégrale de ses trois enfants, âgés d’un à trois ans. 

    Il redouble désormais d’ardeur afin d’offrir à sa famille la stabilité dont elle a besoin. En dépit de près d’une trentaine d’articles publiés en 1907 et d’une renommée qui s’étend jusqu’en Europe, Turner essuie des refus répétés et dans certains cas inhumains. Alors que le précédent directeur de l’université de Chicago, décédé en 1906, souhaitait rendre l’éducation accessible à tous et reconnaissait à Turner le statut d’autorité majeure dans son domaine, son successeur tient un autre discours. En place depuis moins d’un an lorsque notre ami zoologue obtient son doctorat (rappelons-le, avec les honneurs), il lui déclare qu’il ne recrutera pas un « n*gre ».

    Accompagné de sa seconde femme et de ses trois enfants, ce dernier est donc contraint pendant plusieurs années de naviguer d’école en école. En parallèle de son travail à plein temps, et de sa vie de famille, il continue de produire deux articles par an, un rythme de production bien supérieur à celui de ses pairs de l’époque. Entomologiste passionné, il s’intéresse à toutes sortes de créatures : papillons de nuit, cafards, guêpes, vers, ou encore fourmis. On pense qu’il est le premier à tester le conditionnement pavlovien chez les insectes, il découvre que ceux-ci sont capables de percevoir les sons, de former des souvenirs, des pensées individuelles, peut-être même des émotions, d’exercer un libre arbitre distinct du simple acte réflexe ou instinctuel, il souligne l’importance de collecter des données dans la nature plutôt que dans un laboratoire, il instaure une méthodologie rigoureuse incorporant des conditions contrôles... Bref, à travers sa soif de savoir, sa rigueur et son enthousiasme, Turner offre une contribution unique à sa discipline et nous invite à voir les insectes comme bien plus que de simples nuisibles sans cervelle. Il écrit :

    « Après avoir étudié le sujet sous tous les angles possibles, je suis parvenu à la conviction que ni la fourmi grouillante, ni l'abeille volante, ni la guêpe chasseresse ne sont guidées par un mystérieux instinct, ou une combinaison de tropismes, ou uniquement par la mémoire musculaire, mais par quelque chose que chacun acquiert par expérience. »

    À l’âge de 41 ans, Turner s’établit enfin au lycée Sumner de Saint-Louis, le premier lycée afro-américain fondé à l’est du Mississippi. Il sait pertinemment qu’il ne s’y verra pas accorder de temps libre pour ses recherches, que son salaire de 1.080 dollars par an lui permettra à peine de subvenir à ses besoins, que la charge de travail sera lourde et ingrate, mais, ainsi qu’il l’exprime :

    « Je sens qu’on a besoin de moi ici, et je peux y faire tellement pour mes semblables. »

    Dès 1897, Turner produit plusieurs articles sur l’égalité des droits et l’accès à l’éducation. Cette dernière constitue selon lui la clef qui mettra fin au racisme dont lui et sa communauté sont victimes, et motive son envie d’enseigner dans des écoles accueillant des étudiants afro-américains. Il devient un emblème de la lutte pour les droits civiques à Saint-Louis et une figure d’attachement pour ses élèves, avec qui il mène diverses expérimentations sur les abeilles durant les pauses au réfectoire.

    En 1922, le professeur, malade, prend sa retraite et passe ses derniers mois chez son fils, Darwin. Une dizaine de jours seulement après la célébration de ses 55 ans, Charles Turner s’éteint laissant derrière lui plus de 70 publications académiques, un héritage précieux pour les zoologues, les éthologues et les biologistes, et pas la moindre trace de ses contributions dans les livres d’Histoire. Né à une époque où les Afro-américains étaient encore traités par beaucoup comme du bétail ou des êtres dotés d’une intelligence inférieure, Turner fut très probablement délibérément ignoré et oublié par ses contemporains. C’est pourtant cette même science à laquelle il contribuera tout au long de sa vie qui démantèlera progressivement les croyances qui envenimèrent la société dans laquelle il vécut. La science, et le bon sens, dont il ne manqua jamais.

    Son ami entomologiste Philip Rau déclarera à sa mort :

    « Les handicaps et les contraintes qui ont marqué la carrière de Turner ont été nombreux, et il les a affrontés avec humilité et bravoure. »

    Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Darryl Fantaisie, qui prête sa voix à Charles Turner, et à Guillaume Coolen, qui prête la sienne à Philip Rau.

    Si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de Science. À bientôt !

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    12 min
  • Judith Resnik : le destin tragique d’une femme dans l’espace

    Dans les années 80, Judith Resnik vit son rêve. Elle est astronaute pour la Nasa et la deuxième femme américaine à s’être rendue dans l’espace. En janvier 1986, elle embarque à bord de la navette Challenger avec le reste de l’équipage.

    Cette femme moderne sera l’une des victimes de la tristement mémorable explosion de Challenger. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre ce tragique épisode de l’histoire de l’aérospatiale aux côtés de Judith.


    Pour aller plus loin :

    • 28 janvier 1986 : explosion de la navette spatiale Challenger
    • Ina : il y a 25 ans, la navette Challenger explosait
    • Le 12 avril 1981, premier vol d'une navette
    • Columbia : toutes les leçons n'auraient pas été tirées après Challenger

    Découvrez le documentaire de la chaîne Stardust sur le drame de Challenger.

    Rendez-vous sur CielMania pour y lire l'article de Jean-Baptiste Feldmann sur le mémorial lunaire créé en hommage à ces astronautes.

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    12 min
  • Joseph Merrick, ou la véritable histoire d'Elephant Man

    Né en 1862 en Angleterre, Joseph Merrick, aujourd'hui plus connu sous le nom d'Elephant Man, découvre rapidement que son existence sera inévitablement différente de celle des autres. Des déformations apparaissent sur l'ensemble de son corps dès ses plus jeunes années, le condamnant aux moqueries et à l'exclusion de la part de ses pairs victoriens, dont les mentalités associent encore trop souvent handicap et animalité.

    Rejeté de toutes parts, exilé de la société, il décide de prendre son destin en main et devient « monstre humain ». Lors de ses périples, il rencontrera des étrangers bienveillants et des directeurs négligents, des visiteurs moqueurs et des amis aimants. Découvrez son histoire sur Chasseurs de Science !


    Pour aller plus loin :

    • La différence radicale de la personne handicapée
    • Aux frontières de l'altérité | Dossier

    Transcription du podcast:

    Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous prenons un train pour l’époque victorienne afin d’y rencontrer Joseph Merrick, un homme aujourd’hui plus connu sous le nom d’Elephant Man. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

    Joseph Carey Merrick naît le 5 août 1862 dans la ville de Leicester, en Angleterre. Ce beau bébé en pleine santé est le premier de sa fratrie et fait la fierté de ses parents, Mary et Joseph. Malheureusement, après seulement quelques années, des signes inquiétants commencent à se manifester chez lui. Vers l’âge de 2 ans, des gonflements apparaissent sur ses lèvres, puis une bosse prend progressivement forme sur son front. Alors qu’il n’est encore qu’un jeune enfant, sa peau se détend et durcit comme celle d’un éléphant, formant de tristes drapés sur ses membres qui se distordent à mesure qu’il grandit. Ses pieds s’épaississent et son bras gauche s’allonge et se déforme. À l’époque, la croyance selon laquelle les chocs émotionnels vécus par la mère enceinte peuvent influencer profondément l’apparence de son futur enfant est encore fermement ancrée dans les mentalités, et les parents du jeune Joseph sont persuadés que sa difformité est liée à un accident survenu plus tôt durant la grossesse, durant lequel Mary avait été bousculée et effrayée par un éléphant de foire.

    Durant sa jeunesse, Joseph fait également une mauvaise chute qui endommage irréversiblement sa hanche gauche et le laisse boiteux. En dépit de ses handicaps, il suit une scolarité normale, aidé par sa mère qui est elle-même institutrice les dimanches. Sa relation avec cette dernière ne sera malheureusement que de courte durée car moins de trois années après la mort de son second fils, William, emporté à l’âge de 4 ans par la scarlatine, Mary succombe d’une bronchopneumonie. Merrick père, accompagné de Joseph et de sa sœur Marion Eliza, emménage chez Emma Wood Antill, elle aussi veuve, qu’il épouse un an après.

    À 13 ans, Joseph a fini l’école mais ne sait comment s’extirper de ce nouveau foyer où il se sent privé d’affection. Il travaille trois ans comme rouleur de cigares dans une fabrique, mais la déformation progressive de ses mains l’oblige finalement à trouver un autre poste. Impatient de se décharger de cette bouche à nourrir, son père lui obtient une licence de marchand ambulant. Une bien mauvaise idée pour le pauvre Joseph dont l’apparence et la diction gênée par son visage toujours plus distordu rebutent les sensibles esprits victoriens. Face à son insuccès, ses employeurs finissent par lui retirer sa licence et, désormais âgé de 17 ans, Joseph intègre une workhouse, dernier asile des pauvres en quête de travail et d’un lieu où dormir. Il y subira une opération du visage, destinée à retirer une partie de la masse qui a envahi sa bouche, l’empêchant de s’exprimer et de manger. En dépit de cette heureuse intervention, les conditions de vie de l’établissement sont insoutenables pour Merrick. Il décide de trouver un nouveau refuge et écrit une lettre au célèbre chanteur Sam Torr, lui demandant de l’embaucher comme monstre humain.

    Après une première tournée dans les Midlands de l’Est, Joseph rencontre son nouveau manager, Tom Norman, à Londres. Ce dernier l’installe dans l’une de ses galeries populaires, entouré d’affiches horrifiques dépeignant une créature hybride à moitié homme, à moitié éléphant, et une brochure explicative est rédigée et vendue aux visiteurs. Chaque jour, les Londoniens et les étudiants médicaux de l’hôpital de Londres, situé dans un bâtiment non loin, viennent contempler le visage de l’homme qui fait tant parler de lui. Et chaque soir, Merrick s’endort assis dans son lit de camp entouré de minces rideaux, ses jambes repliées sous son menton afin d’éviter que le poids de sa tête ne lui brise la nuque dans son sommeil.

    C’est par le bouche à oreille que le docteur Frederick Treves entend pour la première fois parler de l’homme-éléphant. Il organise plusieurs examens durant lesquels il n’a guère plus d’estime pour Merrick que pour une simple curiosité médicale. Il en capture des photographies désormais célèbres, le mesure et le présente à ses pairs. Son sujet d’étude est cependant vite excédé par ses manières cavalières et coupe court à leur relation. Mais ne l’oubliez pas, car il refera une apparition dans notre histoire.

    Le spectacle de l’homme éléphant à Londres est rapidement interrompu par un public de plus en plus soucieux des droits et du traitement de ceux que l’on appelle les monstres humains. Après seulement quelques mois, Norman est contraint de fermer boutique et Merrick doit trouver un nouvel emploi. Après quelques tentatives infructueuses en Angleterre, il s’engage sur les routes d’Europe avec l’espoir de ses impresarios qu’il y sera mieux reçu. Cependant les questionnements éthiques et l’apparence de Joseph, qui semble générer plus d’attention négative que de ventes en billetterie, amènent son dernier directeur à le délaisser. Il lui dérobe au passage les 50 livres qu’il avait économisées, l’équivalent aujourd’hui de près de 6.000 euros. Abandonné et meurtri, Merrick retourne avec difficulté en Angleterre. Sur place, il cherche désespérément de l’aide auprès des étrangers qui croisent sa route, mais son apparence attise le mépris des uns tandis que sa diction le rend incompréhensible aux autres. Un policier recueille finalement le jeune homme épuisé, et contacte le docteur Treves, dont il retrouve une carte de visite dans les affaires de Merrick.

    De retour à l’hôpital de Londres, le médecin aménage une chambre dans le grenier pour son ancienne connaissance. Joseph, atteint de bronchite, y est nourrit et reçoit les soins requis par sa santé, dont la détérioration n’a fait que s’accélérer. Bien que son état s’améliore progressivement grâce à l’attention du personnel soignant, les auscultations de Treves révèlent que son cœur ne tiendra pas plus de quelques années. Le directeur de l’hôpital, incapable de lui trouver une nouvelle résidence où finir ses jours, redoute que ce patient incurable ne leur coûte plus que l’établissement ne pourrait se le permettre. Mais lorsqu’il adresse une lettre au Times pour demander l’avis des lecteurs, il reçoit une réponse inattendue. Des dizaines de lettres et de dons déferlent de toutes parts, assurant à Merrick une stabilité méritée. Âgé de 24 ans, il déménage au rez-de-chaussée de l’hôpital, dans un appartement de deux pièces adapté à ses besoins, sans miroirs, et équipé d’un lit conçu sur mesure.

    Une nouvelle amitié se forme alors entre Frederick et Joseph. Le médecin lui rend visite quotidiennement et apprend à décrypter ses paroles. Ravi, Merrick s’engage avec lui dans de longues discussions, en particulier durant les deux heures que lui accorde Treves chaque dimanche. Constatant que son ami peine à établir un contact avec les femmes de la société victorienne, ce dernier décide de lui présenter son amie, Leila Maturin. La gentillesse de la jeune veuve émeut Joseph aux larmes. Submergé par les émotions, il conclut rapidement l’entretien, mais une relation épistolaire s’installe petit à petit entre les deux protagonistes, dont nous restera la seule lettre écrite de Merrick qui nous soit jamais parvenue.

    Celui que l’on appelle désormais uniquement par son nom de baptême mène une vie relativement heureuse à l’hôpital de Londres. Ses après-midis sont occupées par la fabrication de maquettes et de paniers, et ses soirées par des promenades en solitaire dans le jardin adjacent à sa chambre. Il reçoit de fréquentes visites de plusieurs membres de la haute société et reprend tellement confiance en lui qu’il arpente finalement les couloirs de l’hôpital, au grand dam des infirmières qui redoutent qu’il n’effraie les patients. À l’âge de 27 ans, Joseph Merrick s’éteint, allongé dans son lit, la nuque brisée par le poids de son crâne difforme. Conscient que son ami avait toujours veillé à dormir en position assise, Treves en déduira que le jeune homme aura voulu tenter au moins une fois dans sa vie l’expérience de s’allonger comme une personne normale. David Lynch, qui adaptera la vie de cet individu exceptionnel au cinéma en 1980, offrira une lecture plus ambiguë de cet acte ultime.

    Des études faites sur les ossements de Joseph Merrick révéleront plus tard qu’il souffrait du syndrome de Protée, une maladie génétique pouvant affecter gravement la croissance des tissus conjonctifs, épidermiques et osseux. Grâce à la bienveillance des personnes qui l’ont entouré durant les dernières années de sa vie, Merrick a pu connaître l’affection et l’attention qui lui ont tant fait défaut durant ses plus jeunes années, révélant un garçon cultivé, aimable et curieux. Son histoire nous rappelle, aujourd’hui plus que jamais, que le respect de la vie de chacun est un devoir fondamental qu’aucune différence d’apparence, de langage ou de couleur de peau ne saurait annuler.

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    11 min
  • Marie Curie et sa fille Irène, deux femmes au front avec les rayons X

    Aux premières heures de la Grande Guerre, Marie Curie souhaite tout de suite s’engager auprès des soldats blessés. Elle a une idée qui va révolutionner leur prise en charge : faire venir l’hôpital directement sur le front.

    Pour assurer sa mission, elle peut compter sur le soutien de sa fille Irène Joliot-Curie. A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, le 12 septembre 1897, Chasseurs de science revient cette aventure familiale au bord d’un véhicule médical sortit tout droit du cerveau brillant de Marie Curie.


    Pour aller plus loin :

    • La biographie de Marie Curie
    • La biographie d'Irène Joliot-Curie
    • L'étonnante photo capturée par Röntgen en 1895

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    11 min
  • Nicolas Bourbaki : aux origines de la société secrète de mathématiciens

    Nicolas Bourbaki a su révolutionner en profondeur les mathématiques du XXe siècle, en France et dans le monde entier. Ses onze volumes de mathématiques ont su proposer un regard neuf sur la discipline, accompagné d'une révision des fondamentaux et un travail colossal de clarification et de réorganisation. Pourtant, Nicolas Bourbaki n'a jamais existé.


    Derrière son nom se cache en réalité une société secrète de brillants mathématiciens, fondée en 1935. Leur objectif : exposer les mathématiques depuis leur début en réalisant un grand coup de ménage. L'héritage presque centenaire de Nicolas Bourbaki est aussi important aujourd'hui que l'histoire de ses origines est fascinante.


    Pour aller plus loin :

    La biographie de Nicolas Bourbaki

    Grothendieck : l'Albert Einstein des mathématiques du XXe siécle est décédé

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    11 min
  • À la recherche des mythiques sources du Nil

    C'est l'été ! Redécouvrez les épisodes de Chasseurs de Science en randonnée, en voiture ou à la plage. Bon voyage !


    Vénéré par les Égyptiens et indispensable aux habitants de ses rives, le Nil n’en reste pas moins un fleuve mal connu. Une question demeure : où est située la source du Nil ?


    De l’Antiquité à nos jours, des explorateurs et des têtes brûlées ont essayé de répondre à cette question. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre leurs aventures toujours pleines d’imprévus.


    Pour aller plus loin :

    • Guerre de l'eau : le Nil et le barrage d'Assouan, en Égypte
    • Quel est le plus long fleuve du monde ?

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    14 min
  • Zarafa, une girafe à Paris

    En 1826, un girafon arraché à sa mère va connaître un destin hors du commun. Offerte au roi de France Charles X par le pacha d’Egypte, Zarafa deviendra l’objet de tous les désires. Des centaines de milliers de Français se passionneront pour l’animal au long cou.


    Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de suivre Zarafa dans sa déambulation à travers la France. D’Alexandrie jusqu’à Paris en passant par Marseille, elle n’a laissé personne indifférent !


    Pour aller plus loin :

    • Le cou de la girafe enfin expliqué par la génétique
    • La girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali

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    11 min
  • Robert Liston et la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300 %

    Dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, venez à la rencontre du célèbre chirurgien Robert Liston, « le scalpel le plus rapide de l’Ouest » mais aussi audacieux personnage à l'origine de la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300 %.


    Liston est une star du XIXe siècle. À une époque où l'anesthésie n'existe pas encore, sa capacité à pratiquer des opérations en à peine quelques dizaines de secondes en fait l’un des chirurgiens les plus prisés de Londres. Mais un jour, les choses prennent une tournure inattendue...


    Pour aller plus loin :

    • Un robot pourrait-il remplacer un chirurgien ?
    • Histoire : médecine, médecins et chirurgiens sous l'Ancien Régime

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    10 min
  • La baie de la Terreur : sort tragique en Arctique

    Aventurez-vous au cœur de l'une des contrées les plus hostiles de la planète aux côtés du capitaine John Franklin. En 1845, les navires HMS Erebus et HMS Terror quittent un port d'Angleterre en quête d'une nouvelle route commerciale fendant les eaux glacées de l'Arctique. Ils sont alors loin de se douter qu'ils s'apprêtent à s'engager dans une véritable descente aux enfers, dont pas un seul membre de l'équipage ne réchappera.

    🧏[Transcription de l'épisode]🦻

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    Pour aller plus loin :

    • En Arctique, les baleines peuvent désormais passer à travers la banquise
    • Les représentations de l'Afrique, de l'Antiquité au XIXe siècle

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    11 min
  • Une plongée dans les ténèbres abyssales avec Challenger Deep

    Et si vous embarquiez pour un lieu encore plus hostile que la surface de la Lune ? Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de monter dans le Trieste, le premier bathyscaphe à s’être posé à plus de 10.000 mètres de profondeur.


    Suivez Jacques Piccard et Don Walsh durant leur descente périlleuse jusqu’à Challenger Deep. À chaque mètre, la pression devient écrasante, l’obscurité totale. Mais le voyage en vaut la peine. Là-bas, tout au fond, se cache un trésor inestimable.


    Pour aller plus loin, à découvrir sur Futura :

    • Fosse des Mariannes : James Cameron seul à 10.898 mètres de profondeur
    • La fosse des Mariannes, l'endroit le plus profond du monde

    Transcription du podcast :

    Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Dans cet épisode, nous partirons pour les profondeurs insondables de l'océan, en compagnie d'un duo d'aventuriers mal assortis. Vous écoutez Chasseurs de Science. Si ce voyage vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à nous laisser un commentaire sur les applications de podcast.

    Vous êtes prêts ? Alors embarquons pour un lieu hostile, que seuls trois hommes ont vu de leurs propres yeux.

    En 2012, James Cameron, réalisateur de cinéma, embarque dans Deepsea Challenger, aux larges des Îles Mariannes dans le Pacifique. Le sous-marin pèse 11,8 tonnes pour 7,3 mètres de longueur. Pourtant, l'espace vital de James Cameron n'est qu'une petite sphère de 1,9 m de diamètre. Étroit, pour un homme qui mesure plus d'un mètre quatre-vingt !

    L'objectif de cette mission est sombre et inconnu. Hostile, même. Sous la surface s'étend un canyon insondable qui pourrait contenir le mont Everest. Le 25 mars vers 19h30 (GMT), le Deepsea Challenger s'enfonce dans les eaux du Pacifique. Après 2 heures 36 de descente, James Cameron aperçoit le fond de l'océan à 10.916 mètres de profondeur. Le cinéaste y restera quelques heures, avant de remonter vers la surface en 70 minutes seulement. Il est le seul à être descendu si profondément en solitaire.

    Mais, cinquante ans auparavant, deux autres hommes ont découvert pour la première fois les paysages presque extraterrestres des profondeurs extrêmes de la zone hadale. Et les formes de vie qui y prospèrent.

    Cet épisode de Chasseur de Science va vous plonger dans un lieu plus dangereux et énigmatique que la surface de la Lune : Challenger Deep, la région sous-marine la plus profonde jamais mesurée, plancher de la fosse des Mariannes. Pour le moment, ils sont douze à avoir marché sur la Lune, mais seulement trois à avoir touché le fond de l'océan. Jacques Piccard et Don Walsh sont les premiers. Mais avant de les rencontrer, remontons un peu plus en avant dans le temps.

    Au XIXe siècle, le HMS Challenger de la Royal Navy sillonne les océans du globe. Le 23 mars 1875, le navire s'arrête à 140 milles nautiques de l'île de Guam dans le Pacifique. Commence alors un rituel que l'équipage a réalisé plus de 500 fois au cours des trois ans et demi qu'a duré l'expédition. 

    Une épaisse corde lestée d'un morceau de fer est lancée à la mer. Le but : mesurer la profondeur de l'océan à cet endroit. La corde coule pendant de longues minutes avant de s'arrêter. Un marin relève alors la mesure : 4,475 fathoms soit 8,184 mètres. Ce n'est pas un record mais les premiers indices sur la topographie d'un canyon sous-marin gigantesque : la fosse des Mariannes.

    En 1951, le HMS Challenger II vogue dans le sillage de son aîné. La technologie a évolué, et ce n'est plus une corde rustique qui permet de mesurer les profondeurs océaniques, mais un sonar. Plus de 10.900 mètres. Cette fois-ci, c'est un record !

    Neuf ans plus tard, en 1960, deux hommes désirent voir de leurs propres yeux les profondeurs les plus extrêmes. Jacques Piccard, suisse, se qualifie lui-même de "savanteur" et appartient à une longue lignée d'explorateurs. On lui doit la création du ballon stratosphérique. Son père, Auguste, participe à la fabrication du Trieste, le bathyscaphe qui conduira Jacques dans les profondeurs océaniques. Son partenaire d'exploration est le militaire américain et océanographe, Don Walsh. Le dandy suisse et le jeune militaire, qui effectue là sa première mission pour l'US Navy, sont diamétralement opposés mais ont un objectif commun.

    Le 23 janvier 1960 à 8 heures, Jacques Piccard et Don Walsh s'installent dans la sphère de métal du bathyscaphe dans une mer démontée. À deux, ils tiennent à peine dans le minuscule espace. La sphère est située sous un énorme flotteur de 15 mètres de long qui comprend plusieurs réservoirs remplis d'essence. Il leur permet de couler à pic mais aussi de remonter en lâchant du leste.

    À 8h23, les deux hommes commencent leur plongée vers l'inconnu. Ils s'enfoncent sous la surface à une vitesse comprise entre 1 et 2 mètres par seconde. La lumière du soleil diminue progressivement... ainsi que la température. La pression qui augmente peu à peu fait grincer le métal qui résonne dans le vide de l'océan. 

    100 mètres, 300 mètres, 1000 mètres, 3000 mètres... 

    À 11h44, le Trieste est à 8.880 mètres de profondeur. La lumière a disparu depuis longtemps. Les eaux sont limpides et des flashs lumineux brillent dans l'obscurité. Des espèces bioluminescentes passent par dizaines devant le hublot du bathyscaphe. Les deux explorateurs essayent de se réchauffer comme ils peuvent. Il ne fait pas plus de 5 °C dans l'habitacle humide. Don Walsh raconte qu'ils étaient comme dans un frigo de cuisine : il faisait froid et il n'y avait pas beaucoup d'espace.

    Le fond se rapproche.

    Mais un bruit assourdissant surprend Jacques et Don. La coque en métal s'est déformée. Le cœur battant, les deux hommes craignent de voir l'eau les emporter. Si le bathyscaphe cède, ils seront écrasés en un rien de temps par la pression. Mais rien. Tous les instruments fonctionnent et ils sont toujours vivants. Ils décident alors, dans un moment teinté d'inconscience, de poursuivre leur descente dans les ténèbres.

    À 13 heures, le bathyscaphe touche le fond et soulève un épais nuage de sédiments. Au dessus de Jacques Piccard et Don Walsh, se dresse une colonne d'eau de plusieurs kilomètres. Les appareils de bord indiquent -10.916 mètres. Seuls douze centimètres de métal les protègent d'une pression écrasante de 1100 atmosphères soit 1000 fois plus qu'à la surface.

    Mais quel spectacle extraordinaire ! Des crevettes d'un rouge vif passent devant le hublot, éclairées par les projecteurs du Trieste. Quelques instants plus tard, c'est une espèce de poisson plat totalement inconnue qui émerge du fond sablonneux. L'animal mesure près de 30 centimètres de long. 

    Les deux hommes exultent. Là, dans cet environnement sans lumière, où le froid engourdit leurs membres et où la pression est hallucinante, il y a de la vie ! Des formes de vie inconnues et exotiques qui font pâlir les extraterrestres de la littérature de science-fiction. Les hommes communiquent leurs observations avec la surface. La mission est un succès total.

    Jacques Piccard et Don Walsh sont les premiers témoins oculaires de cette faune abyssale. Ils passent vingt minutes sur la plancher océanique, à Challenger Deep, avant de remonter. Les ballastes sont vidées et le Trieste repart doucement vers la surface, qu'il atteint dix heures après son départ. Les deux hommes sont transis de froids mais extatiques. Ils savent que ce qu'ils viennent de voir va changer les regards sur la vie et son apparition. 

    Lors de son propre voyage, James Cameron a filmé grâce à une caméra 3D les espèces abyssales qui vivent dans la région de Challenger Deep. Le réalisateur du film Abyss passa plusieurs heures là-bas, récoltant de précieux échantillons d'eau et de sol. 

    Depuis, leur record de Piccard et Walsh n'a jamais été battu, aucun humain n'a remis les pieds sur le sol de la fosse des Mariannes. Des sous-marins autonomes ont continué d'explorer les abysses aux quatre coins du globe et démontré que la vie s'y épanouit, prenant des formes belles, mystérieuses et parfois inquiétantes. Pour l'espèce humaine, les fonds marins semblent encore moins hospitaliers que l'espace. Et plus énigmatiques.

    Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Dans le prochain épisode, vous voyagerez en compagnie d'un nouveau guide temporel qui vous emmènera dans des terres reculées et glacées. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner sur les plateformes de diffusion Spotify, Deezer et Apple Podcast. À bientôt !

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    13 min

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