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🙏 Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
Voix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.
Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce 35e épisode de Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.
Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même, Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels, des passions, des engagements.
Notre invitée ce mercredi est Cécile Duflot.
Militante active depuis sa jeunesse, Cécile Duflot a notamment été secrétaire nationale des Verts et d’Europe Ecologie Les Verts, députée, ministre de l’Égalité des Territoires et du Logement.
Et actuellement, elle est directrice générale d’Oxfam France.
Donc merci de nous accueillir dans votre salon, votre cuisine, votre canapé, voire votre chambre, ou peut-être encore pendant votre séance de sport.
Fred : Bonsoir Cécile.
Cécile : Bonsoir.
Fred : Avant que la discussion ne commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 11 juin 2025 sur radio Cause Commune, la voix des possibles, sur 93.1 FM et en DAB+ en Ile-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
N’hésitez pas à participer à intervenir en direct.
Alors Julie réalise l’émission ce soir.
Bonsoir Julie.
Julie : Bonsoir.
Fred : Et elle attend vos appels.
Pour cela, le téléphone est branché.
Vous pouvez nous appeler au 09 72 51 55 46. Je répète 09 72 51 55 46.
Ou alors vous pouvez réagir sur le salon web de la radio. Rendez-vous sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon, Chemins de traverse.
Et je vois qu’il y a déjà des questions sur le salon, ça commence très fort.
Donc je vais regarder juste après.
Et donc rebonjour Cécile.
Cécile : Rebonsoir.
Fred : Rebonsoir plutôt effectivement, c’est une heure tardive peut-être.
Donc je précise tout de suite que ce n’est pas une émission politique, même si on accueille une ex ou peut-être encore une femme politique, on verra tout à l’heure.
C’est une émission sur un parcours, les engagements, les passions et sur comment se construit une personne à base justement de son parcours.
Alors j’ai envie de te poser comme question, comme première question en fait.
Dans quel milieu as-tu grandi ?
Cécile : J’ai grandi dans un milieu, j’allais dire très classique des années 70, mon père travaillait à la SNCF.
Il était chef de district quand j’étais enfant, donc il a arrêté ses études après le bac.
Il a passé un concours, il est rentré à la SNCF.
Il s’occupait des travaux et d’une portion de la supervision des travaux sur une portion de voie.
Et ma mère était prof de physique chimie au collège et au lycée de Montereau-Fault-Yonne, une petite ville du sud de la Seine-et-Marne, dans lequel on avait construit dans les années 70 une ZUP, une zone d’urbanisation prioritaire.
Donc un grand quartier de barres et de tours et donc un lycée qui allait avec.
Et je suis allée à l’école maternelle, au collège, au lycée, dans ce quartier.
Fred : D’accord.
Est-ce que tes parents étaient écolos ?
Cécile : Alors oui et non.
Oui, ma maman était très écolo et non, mon papa n’était pas du tout écolo.
Ça donnaitr lieu d’ailleurs à des discussions parfois assez vives.
Mon père, c’était un homme des travaux qui construisait. Il a participé à la construction de la ligne de TGV Paris-Lyon.
Il croyait au progrès, au fait qu’il fallait aller de l’avant.
Et donc il y avait des débats parfois vifs parce que ma mère, qui est une scientifique, elle lisait beaucoup, et elle parlait déjà du dérèglement climatique, de l’épuisement du pétrole à une époque où c’était, on va dire, très marginal.
Alors il y avait bien sûr d’autres écolos.
Il y avait même déjà quelques écologistes dans le débat politique, mais ils étaient très rares.
Donc moi, je me suis construite dans ce débat-là chez moi.
Et donc il fallait essayer de réfléchir dans cette discussion-là.
Et c’était d’ailleurs finalement assez riche.
Parce que sur plein d’autres sujets, c’était des militants engagés.
Enfin, c’est toujours d’ailleurs des gens engagés, de gauche, très attentifs aux inégalités mondiales, tiers-mondistes on aurait dit à l’époque.
Et donc très conscients et très militants.
Et donc j’ai grandi dans cet environnement-là où on se posait des questions.
Fred : D’accord.
Alors je vais préciser à la personne.
Alors Laurent, parce que j’arrive jamais à dire son pseudo, que j’ai vu l’ensemble des questions qu’il a posées.
Mais il faut que je les lise en détail pour savoir lesquelles je peux relayer
Cécile : Donc il faut que je parle pour que tu aies le temps de lire les questions [rires]
Fred : Non. Ce que je vais simplement dire, c’est que je le ferai à la pause musicale.
Cécile : D’accord
Fred : Voilà. Et surtout, évitez de mettre des liens quand même, parce qu’en fait, ça fait afficher plein de textes.
Et donc c’est un peu compliqué de suivre toutes les questions.
Mais j’ai bien vu qu’il y avait des questions sur le salon web.
Je regarderai pendant la pause musicale pour les relayer.
Donc il y avait des débats entre les deux.
Tu avais des frères et sœurs aussi ?
Cécile : Oui. J’ai une sœur qui a 2 ans de moins que moi et un petit frère qui a 6 ans de moins que moi.
Fred : D’accord.
Et est-ce que vous participiez aux débats ou est-ce que simplement vous écoutiez ? Comment cela se passait ?
Cécile : Alors mes parents étaient militants dans une organisation qui s’appelle LVN [note de transcription : Association La Vie Nouvelle), qui est en fait une organisation qui est historiquement la branche aînée des Scouts de France et qui était une organisation de gens engagés, donc qui réfléchissaient sur leur engagement entre eux, avec une particularité, c’est que les enfants étaient associés.
En vrai, pour moi, en tant qu’enfant, ça faisait que les adultes s’asseyaient autour d’une table pour parler, mais que moi j’avais des amis, parce que les enfants des amis de mes parents venaient.
Donc on avait aussi des gens qui nous gardaient, qui faisaient des activités.
J’en garde un souvenir très joyeux.
Il y avait une grosse dimension communautaire.
Mes parents ne vivaient pas dans une communauté. En revanche, tous les week-ends, les vacances, c’était un fonctionnement effectivement assez communautaire, donc très joyeux où les enfants avaient une place et où ils étaient associés à la discussion, oui.
Fred : D’accord.
Et quelle était leur vision.
Je te pose toutes ces questions, parce que souvent on se forme aussi par rapport au fonctionnement des parents et de la famille.
Quelle était leur vision par rapport à la politique ?
Alors, la politique en tant que vie de la cité, mais aussi la politique mandataire.
Cécile : Alors, la politique des partis, ils étaient très, J’allais pas dire opposés, parce qu’ils votaient, mais ils étaient très, très rétifs.
C’était vraiment forcément un truc de magouilles.
On leur a proposé plein de fois d’être sur des listes aux municipales. Ils ont jamais voulu.
Ils étaient syndicalistes, tous les deux.
Enfin leur engagement, c’était un engagement militant très cortiqué, avec du sens, mais totalement en dehors des partis, à une très grande distance et un peu méfiant, presque.
Et de ce que je sais, ma mère votait écolo, logiquement, dès qu’elle a pu.
Et mon père, il votait pour la gauche qui avait le plus de chances de gagner.
En gros, c’est, je pense, comme ça qu’ils théorisaient.
Fred : D’accord.
Donc c’était dans les années quand, ça ?
C’était dans les années 85 ?
Cécile : Alors, moi, je suis née en 75.
Fred : Donc c’est les années 80, oui.
D’accord. Donc à l’époque de présidence Mitterrand
Cécile : Donc j’ai eu droit à un verre de limonade, ce qui était quand même un événement absolument…
Fred : En 81 ?
Cécile : — En 81. Voilà.
Fred : D’accord. OK.
Cécile : Je m’en souviens pour ça [rires]
Fred : D’accord.
C’est aussi le moment où je me suis intéressé effectivement à la politique en 81, à ce moment-là, quoi.
Donc tu fais des études.
Mais avant ça, à l’école, quels gens𛈂
Je te pose la question parce que, bon, bah, t’as été une responsable politique, t’es aujourd’hui responsable d’une ONG.
Donc t’es quelqu’un qui a affronté beaucoup de choses et qui mène des combats.
Enfin, moi, ce que j’appelle en tout cas des combats.
Donc à l’école, comment tu étais, déjà ?
Est-ce que tu étais une bonne élève, mauvaise élève ?
Et comment tu étais par rapport aux autres, par rapport au groupe ?
Est-ce que tu étais timide ? Est-ce que tu étais une meneuse ?
Deux questions en une.
Cécile : Alors j’étais très petite parce que j’avais un an d’avance depuis la maternelle.
Je suis toujours pas très grande, donc j’étais vraiment très petite.
J’étais une excellente élève et j’étais très, très timide.
J’avais plutôt de la difficulté à me faire des amis, on va dire.
C’était pas une chose très facile.
Mais comme j’avais les amis, les enfants de mes parents, j’étais pas du tout isolée.
Et à part ça, j’étais surtout une grande lectrice.
En fait, moi, je vivais dans les livres.
Voilà.
Je lisais partout, tout le temps.
Fred : Dans quel genre de livre ?
Cécile : Je crois que le début de mon histoire avec les livres, c’est Le Club des cinq.
Fred : Le Club des cinq, rappelle-moi ce que c’était.
Cécile : Le Club des cinq, c’est une bande d’enfants, dont une particulière qui était ma préférée qui est Claude, qui s’appelait Claudine, mais qui voulait pas qu’on l’appelle Claudine, qui voulait qu’on l’appelle Claude qui était ce qu’on appelait un garçon manqué.
Et moi, c’était elle qui me fascinait.
Qui vivait des aventures tout le temps.
Donc ils découvraient des trésors.
Ils découvraient des méchants.
Enfin voilà.
Et en fait, moi, je voulais cette vie-là, quoi.
Je voulais l’aventure comme dans Le Club des cinq.
Fred : Donc tu voulais des aventures et des choses très variées.
Je voulais des aventures, très clairement.
Enfin vraiment, je pense que j’ai vraiment été extrêmement marquée par…
Je suis sûre qu’il y a d’autres gens.
Je suis sûre que je suis pas la seule.
On est tellement à avoir lu Le Club des cinq.
Mais moi, voilà, je voulais l’aventure.
En fait, je voulais pas m’ennuyer.
Cest pas que j’avais peur de m’ennuyer, parce que moi, tant que j’ai un livre, je m’ennuie pas.
Mais ouais, je voulais que la vie, ce soit riche, drôle, amusant, curieux. Voilà.
Fred : Et en groupe ? parce que Le Club des cinq.
Cécile : Ah oui, en troupeau [rires].
Fred : En troupeau, voilà.
Cécile : Et ça, pour le coup, quand j’ai réussi petit à petit à m’éloigner de la timidité, je suis pas du tout quelqu’un de solitaire.
Et d’ailleurs, je suis pas bonne si je suis seule.
J’ai un esprit qui se construit et qui devient intelligent par le rebond et par le dialogue.
Fred : D’accord.
Pendant tes études, en tout cas en primaire ou secondaire, est-ce qu’à un moment, tu sais ce que tu veux faire ?
Cécile : Pas du tout.
Alors quand je vois, d’ailleurs, je suis en tant que maman dans les affres de Parcoursup, je trouve ça…
Cela aurait été un cauchemar pour moi.
Bien sûr que je savais pas.
D’ailleurs, sur la porte de ma chambre, il y avait une affiche de Plantu. Désolée, il a mal vieilli, je sais. Il y avait un bébé dans un berceau qui disait « je veux de l’espoir, je veux de l’amour, je veux du rêve ». Et il y avait les parents au-dessus du berceau qui disaient « passe ton bac d’abord ». C’était un peu mon état d’esprit, quoi, voilà.
Alors qu’en fait, j’ai eu mon bac.
Fred : Quel type de bac t’as eu ?
Cécile : J’ai eu un bac B. Ça signe l’âge qu’on a.
B, c’est ES pour la génération d’après.
Et en gros, économie et maths.
Fred : Donc t’as le bac, et…
Cécile : Ce qui est mon premier acte de grande rupture parce que je n’ai pas voulu aller en première scientifique.
Alors que ma mère était prof de physique-chimie, ma marraine aussi.
Ma grand-mère, qui était une ancienne institutrice, pensait qu’hors des maths, point de salut.
C’est mon premier acte de rébellion absolue, c’est de pas aller en première scientifique.
Fred : D’accord.
Donc après ce bac économique-social, tu t’orientes vers quoi ?
Cécile : Je fais deux choses.
Je m’inscris en classe de prépa parce que quand même, j’avais bien conscience que j’étais allée un peu loin avec mon affaire de pas aller en première scientifique. C’était un peu pour consoler mes parents.
Mais en même temps, simultanément, je m’inscris. Alors c’est pas du tout comme aujourd’hui. C’est fou. Je suis allée avec mon résultat du bac devant une dame dans un bureau. J’ai dit « Bonjour, je voudrais m’inscrire en fac de géographie ».
Parce que j’avais un copain qui s’appelait Christophe. On l’appelait Tato (TODO), qui avait fait des études de géographie.
Je trouvais ça hyper fun, vraiment super intéressant, passionnant, amusant. Enfin voilà, ça répondait à mon idée d’aventure.
Et donc, je me suis inscrite en géographie.
Après ma première année de prépa, pourtant, j’ai eu des concours d’école de commerce. Mais là, je me suis dit « C’est pas possible, ça. Je peux pas faire ça ».
Ce qui est bizarre puisqu’après, j’y reviendrai.
Mais du coup, je suis partie à la fac à Jussieu en géographie.
Fred : D’accord. Et tu es allée jusqu’où ?
Cécile : Je suis allée jusqu’à l’équivalent du Master 2 aujourd’hui, qui était un DEA à l’époque, de recherche.
Fred : Un DEA, un diplôme d’études approfondies.
Cécile : Voilà, de recherche, parce que j’avais envisagé le fait de faire une thèse.
Mais entre-temps, j’ai eu un bébé.
Puis j’ai passé deux concours, un pour entrer à la protection judiciaire de la jeunesse et un autre pour entrer à l’ESSEC.
J’ai eu les deux et j’ai choisi d’aller à l’ESSEC.
Fred : Alors attends, excuse-moi, parce que c’est quand même deux…
Cécile : ouais, c’est marrant hein.
Fred : Déjà, c’est intéressant, on y reviendra peut-être, t’as été maman très jeune.
T’avais quoi, 21 ans, 22 ans ?
Cécile : Oui, 21 ans, quand il est né.
Fred : Et aujourd’hui, t’as 4 enfants, c’est ça ?
Cécile : Oui, j’en ai 4.
Fred : Et donc là, tu passes deux concours.
Donc l’un, la protection de l’enfance, c’est ça ?
Cécile : La protection judiciaire de la jeunesse. C’est le personnel qui s’occupe des adolescents essentiellement, soit en danger, soit sous main de justice, parce qu’ils font l’objet d’une décision de suivi éducatif renforcé.
Fred : D’accord.
Et en parallèle, l’ESSEC, qui est une grande école de commerce, si je me souviens bien. Mais pourquoi les deux ? Parce que c’est très différent.
Cécile : Alors l’ESSEC, en fait, c’est parce que j’avais un très bon ami à la fac de géo dont la femme avait fait l’ESSEC.
Et elle m’avait dit « si tu peux le faire avec l’apprentissage », ça veut dire que t’es payée pendant tes études et t’as pas à payer les 40 000 francs à l’époque que coûtait la scolarité, ce que j’étais totalement incapable de payer.
Et donc je me suis dit « ah, c’est malin ».
Et il se trouve que le père de mon fils, lui, à l’époque, a passé le concours de l’administration pénitentiaire pour devenir éducateur en prison.
Et je me suis dit que le père éducateur en prison et la mère à la PJJ [note de transcription : protection judiciaire de la jeunesse], ça faisait beaucoup.
Du coup, je suis allée à l’ESSEC.
En fait l’histoire de ma vie, c’est ça qui est drôle quand on regarde…
Je comprends toujours les gens qui regardent de l’extérieur et qui trouvent que j’ai un parcours un peu météoritique, qui paraît presque tout tracé, alors que c’est vraiment une histoire de chance, de hasard et de rencontre.
Mais c’est une formule d’une chanson que j’aime beaucoup, qui est la chanson du Ramoneur dans Mary Poppins.
La chanson s’appelle « Chem cheminée ».
Et à un moment, il dit dans la chanson « Pour avoir de la chance, prends la chance comme elle vient ».
Et c’est un peu ce que j’ai fait, je crois.
Fred : Donc tu as un DEA, donc…
Cécile : De géographie.
Fred : De géographie.
Cécile : Un bébé. Et je rentre à l’ESSEC.
Fred : Et tu rentres à l’ESSEC.
Et tu en sors diplômée ou pas ?
Cécile : J’en sors diplômée avec deux filles de plus.
Fred : Avec deux filles de plus.
D’accord.
Cécile : Une par an.
Fred : Une par an.
D’accord.
Donc trois filles, à quoi, à 24 ans ?
Cécile : Un fils et deux filles.
Fred : En tout cas, trois enfants.
Cécile : À 25 ans.
Fred : À 25 ans.
Ça doit être dur quand même, non ?
Cécile : Pas du tout.
Fred : Parce que c’est une des questions qu’on m’a posées en amont, c’est « comment elle fait ? ».
Et on y reviendra tout à l’heure sur la partie politique et autres.
« Comment elle fait en ayant quatre enfants, une activité politique, des engagements militants ? »
Cécile : Franchement, je n’ai pas de recette à donner, si ce n’est que je crois que je voulais tout.
Je voulais l’aventure, je l’ai dit.
Et les enfants, ça faisait partie de l’aventure.
Et franchement, c’est ma meilleure aventure.
Je suis extrêmement contente que le débat sur les enfants soit si ouvert. Que la pression n’existe pas sur les femmes pour avoir des enfants. Que certaines femmes puissent dire qu’elles regrettent. Tout ça, qu’il y ait cette liberté autour de ça.
Mais moi, je crois que je peux dire avec la même force et la même liberté que la maternité ça a été un truc formidable dans ma vie. Et toujours, ça l’est.
J’adore mes enfants. J’ai trouvé ça épatant de voir grandir ces petites personnes qui tiennent un peu de toi, mais qui sont quand même totalement eux-mêmes.
Et j’ai adoré ça.
Donc non, je n’ai jamais senti ça difficile.
Et je me suis demandé si je ne m’étais pas un peu réinventée une vie.
Donc il n’y a pas longtemps, j’ai demandé à une copine de l’époque.
Je lui ai dit…
Parce que je vois ce que ça veut dire. J’avais 25 ans, quand ma deuxième fille est née, j’avais un fils de 4 ans, une petite fille de 18 mois et un nouveau-né. Et j’habitais au quatrième étage, sans ascenseur, à Fleury-Mérogis.
Et je n’ai aucun souvenir de truc chiant. À part le fait qu’il fallait monter les enfants deux, puis un, les étages.
Et je lui ai dit…
Je vois ce que ça signifie maintenant. Si je voyais quelqu’un comme ça, je me dirais que c’est un peu chaud quand même.
Et ma copine m’a dit « non, non, tout avait l’air parfaitement normal ».
Donc je ne sais pas.
Je pense que d’abord, j’ai élevé des enfants cools. Que moi, je trouvais ça chouette.
Et que j’ai toujours aimé faire plusieurs choses en même temps en fait.
Je ne me suis pas posé la question.
Et pour dire les choses, quand les enfants sont là, tu avances. Ça fait partie de l’histoire.
Je vois bien ce pour qui c’est compliqué quand ils ont une vie où ils font plein de choses. De se dire que si j’ai un enfant, je ne vais plus pouvoir faire les mêmes trucs.
Moi, j’ai continué à faire plein de choses en ayant des enfants. C’est tout. Parce que je les ai eus très jeunes.
Pas à un âge où tu te dis que tu ne vas plus aller au café.
Pas du tout.
Fred : Peut-être une question indiscrète.
Ton compagnon t’aidait à l’époque ?
Cécile : Oui, oui, oui, oui.
Lui, quand j’étais à Fleury, il était directeur adjoint. D’éducateur il était devenu directeur. Donc, il avait pas mal de boulot.
De toutes façons, c’était quand même un peu nécessaire.
Après, j’ai travaillé quand ma fille avait six mois.
Donc, de toute façon, il n’y avait pas trop le choix.
Mais il y avait la crèche et vive les impôts.
Parce que quand mon fils est allé à la crèche, quand j’étais étudiante, on était vraiment fauchés, mais vraiment, vraiment fauchés.
Et la crèche, c’était 6 francs 50. C’est moins d’un euro ou l’équivalent d’un euro aujourd’hui par jour. Nourriture, couches comprises.
Et c’est grâce à ça que j’ai pu continuer mes études en vrai.
Et donc, je suis hyper contente aujourd’hui de payer des impôts pour que quelqu’un, l’équivalent de moi puisse vivre la même chose.
C’est un très bon système, le système qui finance des services publics dans ce pays.
Fred : Nous sommes bien d’accord.
On parlait tout à l’heure des amis qui venaient à la maison.
Quand on est étudiante ou étudiant, on a des amis.
Mais c’est rare qu’on ait des amis qui aient des enfants.
Est-ce que ça a créé une distance ou pas ?
Ou pas du tout, en fait ?
Cécile : Ça a créé de la distance avec une de mes amies, qui ne l’est plus devenue.
Je crois que ça l’a beaucoup perturbée, on va dire. Elle n’aimait pas ça.
Les autres, ça faisait un peu partie du truc.
Et en vrai, quand on a annoncé qu’on allait avoir un troisième enfant, la majeure partie des gens, ils ont éclaté de rire.
Ça devenait complètement loufoque.
Mais du coup, c’était marrant et sympa, parce que les enfants avaient aussi plein d’autres gens qui trouvaient ça rigolo de pouvoir s’en occuper.
Je ne sais pas ce qu’aurait été ma vie si je n’avais pas fait ça, mais franchement, je me considère que c’est une très grande chance.
Très, très, très grande chance.
D’avoir eu autant d’enfants, si jeunes, sans se poser de questions.
Et c’est ce que je dis de temps en temps.
Je dis à leur père, qui n’est plus mon compagnon depuis très longtemps, je lui dis que je le remercie.
On a bien fait. Vraiment.
Et en plus, ils sont supers maintenant.
Fred : C’est cool.
Cécile : Avant, ils étaient super aussi. Je veux dire, c’est des enfants adultes, et c’est très marrant la relation avec des enfants adultes.
J’aime bien aussi.
Fred : Oui, ça change.
Cécile : Oui, ça change.
Fred : Parce que maintenant, ils ont 30, 25 ans ?
Cécile : Mon fils a 28 ans.
Fred : 28 ans, c’est ça, le premier.
On revient sur les études.
Tu finis l’ESSEC, tu as eu un DEA en géographie, tu es diplômée de l’ESSEC, école de commerce.
Donc, tu l’as fait en apprentissage.
Cécile : Oui, en apprentissage.
Fred : L’ESSEC.
Tu étais dans quelle structure en apprentissage ?
Cécile : J’étais dans une structure qui est groupe lié au 1% logement. Donc, un groupe privé, mais paritaire. Donc, géré à la fois par les syndicats de salariés et les syndicats d’employeurs.
Mais c’est le secteur privé. Enfin, c’est un contrat de travail privé.
Et moi, je me suis retrouvée assez rapidement à gérer les filiales de ce groupe, à être la secrétaire générale des filiales.
Fred : D’accord.
Et donc, à la fin des études, tu restes dans la société ?
Cécile : Oui. En fait, mon patron de l’époque me propose de me recruter.
Je lui dis « oui, enfin là, je vais être en congé maternité ».
Il a dit « ah ben, j’ai l’habitude ».
En gros, parce que j’avais déjà eu une fille avant, en travaillant.
Et du coup, j’ai commencé à travailler vraiment dans ce groupe-là, en ayant le poste de secrétaire générale.
Et j’ai créé une nouvelle filiale, de gestion d’hébergement temporaire, enfin, pour jeunes salariés essentiellement, qui s’appelle Résidétapes, qui existe toujours.
Donc, c’était l’aventure aussi à mon boulot.
C’est ça que j’aimais bien, c’est que c’était un peu tout le temps différent.
Et en fait, je me suis retrouvée à faire l’intérim, théoriquement l’intérim d’un de mes collègues qui était parti pour gérer une filiale de construction, donc de maîtrise d’ouvrage.
Et moi, j’avais dit à mon patron de l’époque, j’ai dit « mais moi, je ne connais rien du tout à la construction ni à la maîtrise d’ouvrage ».
Il m’a dit « mais vous verrez, vous vous débrouillerez, c’est en attendant de trouver quelqu’un ».
Puis finalement, je suis restée. Et donc, je me suis retrouvée à superviser la construction d’immeubles à 25 ans, en l’occurrence, 26 ans.
C’était marrant, mais ça m’a beaucoup appris et j’ai adoré ça.
En fait, je crois que c’est un métier que j’ai beaucoup aimé.
Et bizarrement, j’aurais bien aimé continuer à travailler dans le secteur de l’immobilier.
Ça m’a beaucoup plu.
Mais quand on a été ministre du logement, c’est compliqué.
Donc, je ne me voyais pas retourner dans ce secteur-là après avoir été ministre du logement.
Fred : D’accord.
Et donc là, c’est le métier d’urbaniste, c’est ça ?
Cécile : C’était un métier d’urbaniste au départ parce qu’il y a une des filiales, une des filiales qui existe toujours, d’ailleurs, qui s’appelle Espacité, qui fait du conseil aux collectivités locales à l’époque sur la question de renouvellement urbain, notamment.
Parce qu’à l’ESSEC, après mon diplôme de géographie, à l’ESSEC j’avais suivi le diplôme classique, mais on pouvait en plus suivre des mentions, donc des spécialisations en complément.
Et moi, j’avais pris la mention économie urbaine.
Fred : D’accord.
Alors, est-ce que tu peux peut-être expliquer en une phrase ou deux ce qu’est le métier d’urbaniste ?
Cécile : Alors, il y a plein de variantes du métier d’urbaniste.
Mais en gros, c’est ceux qui sont en charge de la construction, la planification, la gestion des villes ou des territoires urbanisés, ce qui n’est pas forcément une ville. D’ailleurs, ça peut être un quartier, d’autres choses.
Mais voilà, c’est ça, urbaniste.
Alors, il y en a qui sont architectes urbanistes, donc qui dessinent.
Il y en a d’autres qui font plus de la planification.
Il y en a d’autres qui travaillent à la maîtrise d’ouvrage et donc à la construction, à la réalisation.
D’autres à la gestion de tout ce qui implique la gestion d’une ville, notamment les réseaux, par exemple.
Voilà, c’est un peu toute la palette du métier.
Fred : D’accord.
Alors, il y a une question sur le salon web et je promets à Laurent que je reviendrai sur ses questions tout à l’heure.
« Est-ce que c’est l’envie d’aventure uniquement ou le désir de construire des choses et de changer le monde qui t’animait à cette époque ? ». C’est Julie qui pose la question, je balance.
Cécile : Moi, j’ai toujours été révoltée par l’injustice, mais j’ai été élevée à être révoltée par l’injustice.
D’ailleurs, ça a valu une discussion avec mes parents.
Un jour, je me souviens très bien, on était en vacances ensemble et bon, j’avais fait une frasque ministérielle et du coup, il y avait mon nom en une du Monde et mon père a pris le journal parce qu’il lit Le Monde depuis toujours et il dit à un moment « mais qu’est-ce qu’on a fait pour avoir une fille, en gros, qui fait de la politique ? »
Et je lui dis « mais vous vous rendez compte à quel point l’éducation que j’ai reçue était idéologique ? ». Alors, dans le bon sens du terme.
Ma mère, elle se plantait devant notre placard et elle disait, voilà, si on partageait les robes entre tous les enfants du monde, vous auriez chacune une seule robe. Ce genre de choses, quand on a 4-5 ans, ça marque.
Donc oui, moi, j’ai été très sensibilisée à l’injustice.
Je pense à la fois par mon éducation et puis aussi par une autre branche de mon éducation qui était l’éducation catholique parce que moi, je suis allée à l’action catholique des enfants et ensuite à la JOC.
Fred : La JOC, c’est quoi ?
Cécile : La JOC, c’est la Jeunesse ouvrière catholique, mais en vrai, ou chrétienne, tiens, c’est une bonne question.
Fred : Chrétienne, je crois.
Cécile : Mais chez moi, c’était plutôt, ça remplaçait l’aumônerie, en fait, bizarrement, là où j’étais.
Et du coup, moi, j’ai été trempée dans le catholicisme social, c’est-à-dire les cathos de gauche des années 70-80, très engagés et assez radicaux sur le fond, sur le partage et sur une lecture littérale des évangiles à base d’aimer son prochain, de protéger les plus faibles et de partager les richesses.
Fred : Attends, je crois que j’en profite et que tu parles de ça parce que je crois que là, il y avait une question.
Cécile : Et je suis toujours convaincue.
Fred : Je vais pouvoir poser une des questions qu’a posée Laurent.
« Peut-on être écologiste, de gauche et catholique ? »
Cécile : Moi, je crois qu’on vit toujours de contradictions.
Et c’est d’ailleurs dans ces propres contradictions internes, quand on les fait dialoguer entre elles, qu’on arrive à avancer.
Ou alors peut-être qu’il y a des gens qui sont purs, qui sont parfaitement alignés sur tout. Moi, pas du tout.
Donc oui, ça crée des débats internes. En tout cas, c’est comme ça que je suis.
Alors, catholique, j’ai été baptisée. Je suis officiellement catholique. Je n’ai pas renié cette religion. Et je peux dire que je crois toujours en Dieu.
En revanche, je ne suis pas du tout en phase avec beaucoup de choses de l’Église catholique.
Fred : Surtout quand tu étais jeune, je suppose, à l’époque, avec le sida, etc.
Cécile : Exactement.
C’est pour ça que je me suis beaucoup éloignée.
Je l’ai redit récemment.
En fait, j’ai commencé à dire que j’étais catholique à cause du procès qui était fait à un certain nombre de jeunes femmes politiques d’origine maghrébine, à qui on sommait d’expliquer ce qu’elles pensaient de la religion, « est-cece qu’elles faisaient le ramadan ? » etc.
Et moi, je trouvais ça insupportable.
Donc un jour, j’ai dit « écoutez, moi, on ne me demande pas de dénoncer les commandos anti-IVG parce que je suis catholique ». Et donc, quelqu’un dit, « ah bon ? Pourquoi elle a dit ? Ele est catholique ? ».
Et en fait, je l’ai fait comme ça.
Je me suis rendue compte aussi que ça agaçait certains catholiques. Du coup, pour rien vous cacher, ça m’a quand même fait un peu plaisir.
Ça continue, d’ailleurs. Je vois bien que ça dérange certains.
J’y suis pour rien moi, j’étais petite quand on m’a dit que je faisais partie de cette famille donc dont acte maintenant, qu’ils se démerdent.
Fred : Alors, est-ce que c’est à cette époque-là que datent tes premiers engagements ?
L’époque de la Jeunesse ouvrière chrétienne ?
Ou est-ce que c’est à d’autres moments ?
Cécile : Oui.
Fred : Au-delà des parents, à quel moment tu as commencé à t’engager pour des causes ?
Cécile : Mon premier vrai engagement personnel, c’est le Génépi, une association d’étudiants qui à la fois donnait des cours en prison ou participaient à des activités et puis s’engageaient à l’extérieur pour parler de la question des prisons.
Donc, ça, c’est quand j’étais, je pense, en deuxième année de… Donc, en 93-94 ? Oui, 94. Oui, c’est ça.
Fred : Donc, tu avais 19 ans, quoi.
Cécile : Oui, c’est ça.
Et là, ça a été mon premier vrai engagement.
Oui, 18-19 ans, où je suis allée toutes les semaines à la Maison d’Arrêt de la Santé.
J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas.
Fred : Et tu y faisais quoi, en fait, concrètement ?
Cécile : La première année, on avait un atelier, on était deux, d’information et de sensibilisation sur les médias.
C’était très marrant en groupe.
Et ensuite, je suis devenue écrivain publique, en fait.
Fred : C’est-à-dire que tu les aidais à…
Cécile : Je faisais deux choses.
J’écrivais des lettres en français pour les gens qui n’étaient pas francophones.
Et aussi, j’écrivais des lettres administratives ou des lettres d’amour ou des lettres de rupture.
Et ensuite, je me suis assez rapidement spécialisée en bidouillage de CV pour masquer les périodes d’incarcération.
Du coup, ça a valu plein plein de gens.
Quand je suis devenue ministre, un jour, je suis allée dans un centre d’hébergement pour des anciens détenus.
Et je me suis dit « à tous les coups, il y en a un qui va me dire « Mais je vous connais, c’est vous qui avez fait mon CV ! » »
Voilà, j’ai fait ça pendant trois ans, je crois.
Fred : D’accord.
Et donc là, c’est là qu’a commencé un engagement qui est donc plus sur la justice sociale, quelque part.
Ce n’est pas écologique, là.
Cécile : Oui, oui.
Alors, la dimension écolo, elle s’est vraiment renforcée à l’ESSEC.
J’allais dans les cours de l’ESSEC et notamment les cours de marketing où vraiment, ce qu’on apprenait c’était à créer des besoins chez les gens pour pouvoir vendre des produits qui n’existaient pas et qu’on allait créer.
Fred : Ah oui, ça devait te choquer un peu, quand même.
Cécile : Ce qui était un peu particulier.
Et puis, là, pour le coup, j’ai fait une grande rencontre.
Et la grande rencontre, elle, s’appelle André Gorz.
Et j’ai lu Gorz et tout m’est apparu absolument lumineux.
Fred : Alors, rappelle qui est André Gorz, peut-être en une phrase ou deux.
André Gorz, c’est un philosophe qui était aussi un journaliste, un des fondateurs du Nouvel Obs, qui a théorisé l’écologie politique, on va dire ça comme ça, notamment sur l’aspect impossible d’un développement infini dans un monde aux ressources finies, pour dire les choses de manière très simple.
Fred : D’accord, OK.
On va peut-être faire la pause musicale maintenant.
Comme ça, je pourrais lire aussi les questions de Laurent.
Les questions un peu plus longues.
Cécile : On fait une pause musicale pour Laurent.
Fred : Parce que j’ai vu la question qui était plutôt courte.
Donc là, on va revenir un peu aussi en arrière.
Il y a peut-être 20 ans, je crois, ou je ne sais pas.
Ma philosophie d’Amel Bent, ça date de 2005, non ? Un truc comme ça ? Je ne sais plus.
Cécile : Ça doit être ça, 2005-2006. 2006, je pense.
Fred : OK, donc une vingtaine d’années.
Alors, pourquoi ça te…
Parce qu’en fait, je l’ai choisi, parce que…
Cécile : Parce que j’en parle souvent.
Fred : T’en parles souvent.
C’était même un moment, t’as sonnerie de téléphone, jusqu’à ce que tes enfants te disent que c’était plus possible.
Donc, qu’est-ce qu’il y a dans cette chanson qui te plaît tant ? Qui a été écrite par Diam’s.
Cécile : Elle m’a parlé instantanément . Je crois que je me souviens la première fois que je l’ai entendue.
Moi, j’ai exactement 10 ans de plus qu’Amel Bent.
Et je ne sais pas. Cette chanson, elle n’a pas parlé qu’à moi, parce que c’est devenu un peu…
Fred : C’est un hymne.
Cécile : Un hymne, exactement.
Mais ça l’est devenu pour moi instantanément.
Donc, c’est une chanson sur laquelle on peut danser. C’est une chanson qu’on peut crier. C’est une chanson qui te fait repartir quand t’as un peu le moral à zéro.
Et pour dire les choses, parfois, ça m’est arrivé plusieurs fois en voiture d’avoir la radio. J’écoute Chante France. Je sais que quelqu’un que j’aime me déteste. Parce que quand il allume l’autoradio, c’est sur Chante France. Et puis, j’ai du vague à l’âme, etc. Et tout d’un coup, cette chanson passe. Et instantanément, ça me fait sourire.
Elle me parle et je pense que je suis ça en partie, en fait.
Fred : On va découvrir qui tu es en partie en écoutant Ma Philosophie par Amel Bent.
On se retrouve dans 3 minutes. Belle soirée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d’écouter Ma Philosophie par Amel Bent.
Nous sommes toujours avec Cécile Duflot dans l’émission Chemin de traverse sur radio Cause Commune.
N’hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Et je signale que j’ai lu les questions et que certaines seront sans doute en fin d’émission, dans la troisième partie, effectivement, que je relaierai une partie de ces questions.
Donc, juste avant la pause musicale qui, effectivement, remonte le moral et qu’on se disait hors antenne, c’est que récemment Amel Bent a mis le feu aux Flammes, l’événement annuel du monde du rap.
Donc, je crois qu’il y a une vidéo en ligne où elle intervient, elle a fait un medley d’une dizaine de minutes qui a mis le feu dans cet événement.
Donc, juste avant la pause, on parlait, on en était sur tes premiers engagements de militante.
On disait que tu étais urbaniste, que tu travaillais pour une structure.
Tu as travaillé pendant combien de temps et est-ce que tu as fait autre chose avant l’engagement politique dont on va parler maintenant ?
Cécile : Oui, j’y ai travaillé dix ans et j’ai commencé à faire de la politique à temps partiel.
Donc, en fait, je continuais de travailler et puis j’ai pris d’abord une journée par semaine, puis deux, et puis ensuite un congé sans solde et puis j’ai démissionné, en fait, au moment où je suis devenue ministre. Très clairement.
Fred : D’accord. Je pensais que c’était moins de temps, effectivement.
Cécile : Non, non, non, non.
Je ne fais pas partie du tout de ces gens qui ont commencé la politique en travaillant au sein de la politique.
Fred : Qui n’ont fait que ça, quoi.
Cécile : Non, moi, j’ai travaillé vraiment dix ans dans un secteur totalement différent.
Puis, en plus, il se trouve que je portais mon nom de femme mariée dans la vie professionnelle et mon nom à moi dans la vie politique.
Mais un jour, j’ai eu un rendez-vous avec un maire qui se trouvait être un éminent dirigeant socialiste et quand il m’a vu rentrer dans son bureau avec mon nom de l’époque, il a bugué. J’ai dit « oui, oui, en fait, j’ai deux noms ».
Et donc, c’était drôle. Mais là, ça a commencé à atteindre ses limites.
Fred : D’accord.
Donc, ton engagement, notamment ton engagement chez Les Verts, il date de 2001, c’est ça ?
C’est le premier parti que tu as rejoint ?
Cécile : Oui.
Fred : Comment ça s’est fait ?
Cécile : Au départ, complètement localement.
En fait, je me suis rapprochée des écolos de la ville où j’habitais, qui s’appelle Villeneuve-Saint-Georges.
Et j’ai rencontré Daniel et Liliane Dayot. Et Liliane, c’était une militante.
Fred : C’est vrai ?
Cécile : Oui, c’est vrai.
Fred : Ah, d’accord.
Parce que Loïc Dayot, leur fils, c’est quelqu’un que je connais très bien. C’est marrant.
Cécile : Et Liliane, c’était une militante féministe qui disait que de toute façon, les filles, il fallait les capturer, il fallait les pousser, sinon elles ne faisaient jamais rien.
Donc, elle m’a capturée.
Donc, elle m’a appelée, appelée, tous les trois mois, quatre mois.
J’ai fini par dire oui pour être sur la liste des municipales, pour compléter la liste.
Et je me suis retrouvée deuxième sur la liste des municipales.
C’est comme ça que ma vie politique a commencé, vraiment. Si Liliane ne m’avait pas vraiment tirée, poussée. Parce que je me rappelle physiquement, le premier congrès vers lequel je suis allée, j’étais sur la liste des délégués, elle tenait mon pull. Et moi, j’essayais de me libérer.
Et elle a fait inscrire mon nom sur la liste en tenant mon pull. Et je disais « mais non, mais Liliane, je ne connais personne, je ne peux pas ».
Et elle disait « si, si, si ».
Et donc, la personne qui prenait les noms, elle dit, « mais t’es sûre qu’elle est d’accord ? ».
Et elle dit « benj non, elle n’est pas d’accord. C’est jamais d’accord, les filles. C’est pour ça que je suis là ».
Voilà. C’est comme ça que ma vie politique a commencé, en fait.
Si Liliane n’avait pas été là, elle ne m’avait pas tirée, je ne suis pas du tout sûre que la suite se serait organisée comme ça.
En tout cas, elle a eu le nez creux, parce que finalement, après, quelle carrière, entre guillemets.
Cécile : Exactement.
Mais je dis souvent en souriant qu’il y a des gens qui ont l’oreille musicale. C’est le cas de ma maman, d’ailleurs. C’est pour ça que je m’appelle Cécile.
Elle rêvait d’avoir une fille musicienne, je pense. La sainte patronne des musiciens.
Il y a des concerts des harmonies, des pompiers et des fanfares le jour de la Sainte Cécile.
Et ça n’a pas marché.
Il y en a qui ont la main verte.
Il y en a qui ont, je ne sais pas, plein de talents.
Et moi, je dois avoir un truc avec la politique.
Fred : Alors justement, c’est une de mes questions.
Ça a été un parcours météoritique, très rapide en fait.
Parce que j’ai noté adhésion au Vert en 2001, donc à 26 ans.
Tu intègres la direction en 2003, deux ans plus tard.
Et tu es élue secrétaire nationale en novembre 2006, réélue en décembre 2008, ce qui est assez rare chez les Verts, parce qu’en général, je crois qu’il n’y avait que Jean-Luc Bennahmias qui avant avait fait deux mandats.
Donc tu es montée très vite.
Quelle qualité, quel talent il faut pour aller aussi vite, à part l’envie ?
Cécile : Alors, je crois qu’il y avait un truc, c’est que je n’avais pas du tout peur et pas du tout envie de faire carrière.
Donc du coup, ça me rendait totalement libre, notamment dans le rapport de force, parce que je n’avais pas peur de perdre.
D’ailleurs, je n’ai jamais eu peur de perdre.
D’ailleurs, je n’ai même pas eu peur de partir du gouvernement ou d’arrêter la politique.
Ça n’a jamais été un objectif pour moi.
Donc, en fait, c’était assez facile de ne pas avoir peur.
Et quand tu n’as pas peur et que tu y vas, des fois, tu perds, parce que j’ai aussi perdu, plusieurs fois et des fois très sèchement.
Fred : On y viendra tout à l’heure.
Cécile : Parfois, tu gagnes.
Ensuite, ce que j’ai aimé, moi, c’est la dimension très collective.
Les partis, c’est beaucoup décrié pour plein de choses, mais quand même, moi, j’ai vécu une aventure qui n’est pas du tout une aventure individuelle parce que dès 2001 et encore plus dès 2003, il y a des gens que je rencontre qui sont toujours des amis aujourd’hui.
Fred : Des gens au parti ?
Cécile : Oui, bien sûr.
Donc, ça a été aussi une aventure amicale, une aventure de troupe, de bande, une aventure où je pense que ce que je voulais surtout, c’était que les gens qui m’avaient fait confiance soient fiers de moi.
Et dans ces cas-là, je pense que je peux déplacer des montagnes.
C’est ça dont je me suis rendu compte.
Fred : D’accord.
Alors, est-ce que tu n’as pas peur ?
Parce que c’est un des sujets, quand même, en politique.
Je parlais de Liliane Dayot qui disait qu’il faut pousser les femmes parce qu’elles ne veulent pas y aller, mais en même temps…
Cécile : Il faut tirer, en l’occurrence.
Fred : Il faut tirer, voilà.
Pas pousser, oui.
Mais en l’occurrence, c’est un monde brutal, le monde politique. Et en a encore plus pour les femmes. Est-ce que tu n’as pas eu peur de ça ?
Cécile : Et encore plus avant MeToo.
Fred : Oui.
Cécile : Moi, je pense qu’il y a eu deux choses.
La première, c’est que j’ai parlé de mes parents et mes parents ne m’ont pas donné une éducation à proprement parler féministe.
Ma mère, je pense qu’elle se qualifierait comme ça, mais ce n’était pas un truc très réfléchi quotidiennement.
En revanche, mon père, qui n’a pas de frère ni de soeur, pas de cousin, pas de cousine, pas de famille proche, il n’avait pas vraiment de référence.
Et du coup, il avait fait une sorte de liste dans sa tête de ce qu’il devait apprendre à un enfant.
Et garçon ou fils, c’était pareil.
Du coup, je sais faire les niveaux d’une voiture, changer les pneus, bricoler.
J’ai même progressé. Il m’a fait un méga compliment. Il m’a dit que là, quand même, même lui, il était impressionné de ce que j’arrivais à faire parce que je me suis lancée dans la plomberie.
Et donc, je pense que j’ai eu une éducation assez asexiste.
Et du coup, c’est vrai que je n’avais pas intériorisé des choses plus difficiles pour les femmes.
Je n’avais pas du tout été… Enfin, on ne m’avait pas appris que ça allait être plus difficile.
Du coup, je n’en avais pas peur.
En revanche, quand je me prenais les murs, oui, c’était violent.
Chez les Verts, plein de fois.
Et puis, évidemment, maintenant, en regardant ce que j’ai vécu à cette période avec des paupières decillés par MeToo, bien sûr que j’ai vécu des choses absolument inacceptables qui s’appellent du harcèlement sexuel, de l’agression sexuelle, enfin, des authentiques délits, mais que je ne percevais pas du tout comme ça à l’époque.
Pire, je pensais que…
Fred : Tu les as subis personnellement, mais tu ne les vivais pas comme ça ?
Cécile : Pas du tout.
Je les vivais comme une sorte de… « Comment on pourrait dire ? » De test ou de bisutage, quoi.
Fred : Ah oui, c’était un test pour savoir si tu étais suffisamment solide pour tenir, c’est ça ?
Cécile : Exactement.
Et que donc, il y avait une part de moi qui était fière de savoir résister, ce qui prouve que c’était complètement dysfonctionnel.
Après, ce que ça a provoqué quand même, c’est que j’ai perdu les élections législatives et j’ai arrêté ou fait une pause de la politique, la vie répondra. Mais en tout cas, j’étais un peu usée quand même. J’avais envie de retrouver un univers plus sain.
Fred : Quand tu dis que tu as perdu les élections législatives, c’est en 2017 ?
Cécile : Oui.
Fred : OK, on y reviendra aussi.
D’accord.
Donc, tu ne t’attendais pas à vivre ça. À l’époque, tu ne conscientisais pas cette difficulté.
Cécile : Pas du tout. Je ne l’ai absolument pas conscientisé.
Fred : Et que finalement, même chez les Verts, malheureusement, entre guillemets, les événements plus ou moins récents l’ont montré, en fait, c’est un peu partout pareil dans les partis.
Cécile : Oui, bien sûr.
Alors, c’est partout pareil dans la société.
Fred : Dans la société, oui, bien sûr.
Cécile : Il n’y a pas d’exception.
Peut-être que c’est sorti plus tôt chez les écolos, justement, parce qu’il y avait une sensibilité plus grande, mais personne n’est préservé de ça.
Et je dois dire, parce que maintenant, ça fait six ans, enfin, plus de six ans que je suis à Oxfam, qui a vécu un scandale et qui, du coup, a fait un travail interne très fort.
Fred : En Haïti, c’est ça ?
Cécile : Oui, exactement.
À quel point je trouve ça reposant.
Je ne sais pas trop ce que ça me ferait d’être dans un univers, maintenant, comment je réagirais ?
Parce que je me suis bien, bien habituée à être dans un safe space, comme on dit, vraiment.
Très, très habituée.
Fred : D’accord.
Alors, on viendra tout à l’heure à Oxfam, bien entendu.
Donc, tu montes très rapidement chez Les Verts.
Tu mènes, je ne sais pas si on peut appeler ça une fusion. Je crois que c’est au moment des Européennes de 2019 ?
Cécile : Oui, la transformation avec Europe Écologie Les Verts.
Fred : Voilà, avec Europe Écologie Les Verts.
C’est donc Les Verts, le parti devient Europe Écologie Les Verts, tu en es secrétaire national.
Ça a du être quand même quelque chose d’assez important. Parce que c’est quand même un changement radical quelque part.
Cécile : Et ça, pour le coup, c’était un vrai défi.
Et bon, après, il y avait aussi des personnalités. Il faut imaginer. C’était Dany Cohn-Bendit, José Bové, Eva Joly, Yannick Jadot. Enfin, c’était des gros crabes. Dominique Voynet, Yves Cochet. Des gros, gros crabes.
Fred : Qu’est-ce que tu entends par le terme « crabe » ?
Cécile : C’est pas des gens qui font pas ce qu’ils n’ont pas envie de faire.
Fred : D’accord, ok. Dans ce sens-là.
Voilà. En fait, il se trouve que j’ai été cambriolée, qu’on m’a tout volé, dont tous mes bijoux, y compris des bijoux que j’avais reçus pour la naissance de mes enfants.
Et du coup, j’ai cherché des vieilles photos pour pouvoir les envoyer à l’assurance.
Et du coup, j’ai retrouvé des vieilles photos de moi chez les Écolos, dont la première conférence de presse que je fais comme secrétaire nationale.
Je suis tombée sur cette photo et j’ai eu beaucoup d’empathie pour cette personne, en fait.
J’avais 31 ans, j’étais vraiment très jeune, en fait.
J’avais 31 ans, j’avais trois enfants petits.
Enfin, même moi, maintenant, je me dis « c’était un peu cosmique, cette affaire, quand même ». Voilà.
Donc, je sais pas trop ce qui m’a poussée à faire ça. La confiance des gens.
Et puis aussi, après mon premier mandat à la direction des Verts, une partie des gens avec qui, enfin, ceux qui m’avaient proposé sur cette liste, quand j’ai commencé à vouloir m’exprimer politiquement et à dire des choses avec lesquelles ils n’étaient pas 100% raccords, ils ont voulu se débarrasser de moi, en gros. Et ça, ça m’a pas plu.
Donc, ouais, je pense que de temps en temps, je peux quand même avoir un peu, un peu mauvais caractère, quoi.
Enfin, je sais pas comment dire, mais de me rebeller.
Fred : Alors, tu parles de ton caractère.
Je sais pas où j’ai noté ça, mais j’ai vu une interview dont le titre…
Alors, je vais le faire de tête parce que je sais pas où j’ai noté ça.
Je crois que c’était une interview de Libé qui avait titré « Avec le caractère que j’ai, il y a 100 ans, j’aurais fini à l’asile ».
Je sais pas si tu te souviens de ça.
Cécile : Ouais, alors je crois pas.
Si, c’est moi qui ai dit ça, mais je crois pas.
Je pense que je serais rentrée dans les ordres et que je serais partie missionnaire à l’autre bout du monde.
Voilà, je pense que c’est ça que j’aurais fait.
Oui, bien sûr, je sais à quelle reconnaissance j’ai à l’égard des féministes qui ont mené un combat qui fait que je peux avoir la vie que j’ai sans que ce soit impossible, y compris même juridiquement. Voilà.
Donc oui, je pense que si j’étais née 100 ans plus tôt, ça aurait été compliqué.
Fred : D’accord.
Cécile : Compliqué, ouais.
Fred : Alors, en termes de mandat, donc t’as eu le mandat local dans le conseil municipal de Villeneuve-Saint-Georges.
Ça, on en a parlé.
T’as aussi été aux régionales, élections régionales.
On va parler un petit peu rapidement et qui est important quand même, c’est le mandat dont tu as parlé, national, qui est le mandat de député.
Cécile : Oui.
Fred : Donc de 2012 à 2017.
Cécile : Oui, en sachant que de 2012 à 2014, je suis ministre.
Fred : Voilà, c’est ça.
On en parlait juste après.
T’as une suppléante.
Est-ce que tu étais prête à être députée ? Est-ce que c’était une suite logique par rapport à ton engagement ? Comment tu l’as vécu, finalement ?
Cécile : C’est bizarre parce que j’ai été députée en même temps que j’ai été ministre, en fait.
C’est-à-dire que j’ai fait la campagne des législatives alors que j’étais déjà ministre.
Donc, c’était un peu tout en même temps.
Fred: : T’étais ministre du gouvernement Ayrault, t’as fait la campagne des législatives, t’as été élue. Donc, c’est ta suppléante qui a pris ta place.
Cécile : C’est ça.
Donc, la question, c’est « est-ce que j’étais prête à être ministre ? » Non, pas du tout.
Fred : Alors, tu étais ministre du logement, de l’égalité…
Cécile : De l’égalité des territoires et du logement.
Fred : Voilà.
Du gouvernement Ayrault, donc, en 2012.
Cécile : Oui.
On était deux ministres écologistes à l’époque puisqu’il y avait Pascal Canfin qui était chez Europe Écologie Les Verts à l’époque.
Et moi, j’étais très, très concentrée pour être à la hauteur du truc.
Donc, pour ne pas me tromper je travaillais beaucoup. J’essayais d’être hyper précise, hyper solide sur le fond.
Et j’essayais aussi d’être habile tactiquement parce que j’étais une ministre écologiste sur des sujets qui n’étaient pas les sujets d’environnement dans un gouvernement où nous n’étions pas majoritaires. Donc, voilà, il fallait aussi être tactique.
J’ai été très concentrée pour réussir.
Après, il se trouve que je me suis rendue compte de ce que c’était être ministre pour certains autres de mes collègues.
Cécile : Alors, c’était ma question.
Comment tes collègues, tes autres collègues t’ont accueilli ?
Cécile : Alors, c’était particulier parce que moi, à l’époque, j’étais cheffr de parti.
Tout le monde, quand même, reconnaissait ce que j’avais fait entre les écolos en 2006 et les écolos en 2012.
Tout le monde savait la part que j’avais prise dans l’accord, dans le fait de préparer la victoire.
On avait quand même gagné les régionales alors qu’on s’attendait à une défaite de la gauche aux régionales.
On avait gagné le Sénat en 2011.
Donc, j’avais quand même une certaine estime, même pour ceux qui ne m’aimaient pas, de ce que j’avais fait comme cheffe de parti je pense.
Mais en revanche, je pouvais aussi beaucoup agacer. Et ça, j’ai conscience de ça.
Ce côté météoritique, je me dis, si je regardais quelqu’un qui avait effectivement, en 6 ans, qui était passé d’inconnu à ministre, tu te dis « c’est quoi cet animal ?
Fred : « Comment elle a fait ? »
Fred : « Ça doit être une espèce de morceau de brique d’ambition intégrale ».
Si tu rajoutais les mômes là-dedans, tu ne suivais pas trop.
Donc, j’étais attendue au tournant, on va dire.
Et j’avais parfaitement conscience que j’étais attendue au tournant.
Fred : Question sur le salon, de Julie.
« Être très concentrée comme ministre, est-ce que l’on peut durer longtemps ou on se fatigue et à un moment, on doit arrêter ? »
Je me rappellerai que tu as été ministre de 2012 à 2014. Tu expliqueras pourquoi tu as quitté le gouvernement.
Cécile : Alors moi, j’étais moins fatiguée plus le temps passait.
C’est-à-dire qu’au début, j’avais peur en fait. Je ne savais pas comment il fallait faire. Je n’avais pas les codes.
Je ne savais pas bien comment gérer le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel, la mécanique interne, le rôle du secrétaire général du gouvernement, etc.
Et ensuite, franchement, je vais dire les choses, ces deux années, pour moi, fabuleuses.
Je suis restée six ans secrétaire nationale des Verts.
Et à la fin, je me disais « est-ce que tout ça sert quand même à quelque chose ? »
Parce que oui, je sais gagner des congrès, gérer des trucs internes, mais en fait, tu ne fais pas ça, ça n’a pas de fin en soi.
Et là, quand tu arrives à faire l’encadrement des loyers, ben ça change ta vie. Moi, ça a changé ma vie.
Déjà, il y avait eu le pass unique à la région Île-de-France, puis l’encadrement des loyers.
Et là, je me suis dit, tout ce que j’ai appris, tout mon savoir-faire de popol, de tactique, de tout ça.
Fred : De popol ?
Cécile : C’est le côté tacticien de la politique on va dire.
Fred : Politique politicienne quoi.
Cécile : Tout ça, si ça sert à faire l’encadrement des loyers, si ça sert à faire le PLUi [note de transcription : Plan Local d’Urbanisme intercommunal], si ça sert à faire une loi contre les marchands de sommeil, c’est ultra satisfaisant.
Et c’était un crève-cœur de partir.
Tous ceux qui pensaient que c’était tactique, stratégique, pas du tout. C’était un crève-cœur.
J’ai vraiment beaucoup aimé, eu le sentiment d’être utile, et même eu le sentiment d’être bonne, d’être faite pour faire ça.
De bien comprendre les jeux d’acteurs, comment emmener tout le monde.
Je suis très fière que la loi ALUR [note de transcription : loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové] elle ait été votée, y compris à l’époque, par le groupe communiste, qui ne faisait pas partie du gouvernement.
D’avoir aussi tissé des liens et un dialogue.
On a peine à imaginer ça quand on voit l’État du Parlement aujourd’hui.
Mais les débats sur la loi ALUR, ils étaient assez calmes, y compris sur l’encadrement des loyers, avec des gens qui étaient pour, mais c’était intelligent. Il y avait de vraies discussions.
Dans la loi ALUR, il y a des amendements de l’opposition. Et j’ai aussi beaucoup aimé le travail parlementaire.
Alors, en étant au banc comme ministre. Comment on élabore une loi, comment on réussit à mettre en mouvement la société. Franchement, c’était génial.
Et je n’étais pas du tout fatiguée. Pas du tout, du tout. J’étais en pleine forme.
Fred : Tu quittes en 2014 le gouvernement quand Manuel Valls est nommé Premier ministre.
Cécile : Oui.
Fred : Parce que tu es en désaccord avec un certain nombre de choses que porte Manuel Valls.
Cécile : D’ailleurs, là, c’est le moment où il y a eu des choses vraiment très sexistes.
Il y a une commentatrice qui a dit « l’amoureuse déçue de François Hollande », que je faisais un caprice.
C’était très hard, alors que c’était très politique.
Et puis, quand on voit le parcours qu’a suivi Manuel Valls, franchement, je pense que je ne m’étais pas trompée. Voilà.
Fred : Donc, tu as parlé du côté vraiment action concrète côté gouvernement sur les projets de loi.
Donc là, tu rejoins l’Assemblée nationale parce que tu as été élue en 2012.
Tu quittes le gouvernement.
Donc là, tu passes quelque part de l’autre côté.
Et donc, finalement, entre les deux, est-ce qu’il y a un côté qui est mieux que l’autre ? C’est forcément différent, bien sûr, mais comment tu l’as vécu ?
Sachant que tu as été donc députée de 2014 à 2017.
Cécile : C’était particulier parce que c’était l’époque où on était députée de la majorité, mais avec une situation de tension avec cette majorité.
Puis ensuite, il y a eu les attentats de 2015, l’état d’urgence.
Enfin, ça a été très tendu.
Donc, ce que j’ai vécu pendant les deux premières années, du côté gouvernemental de la construction de la loi, ça a été moins le cas après, c’était beaucoup plus tendu, beaucoup plus difficile.
Et puis, j’ai été coprésidente du groupe écologiste, qui a ensuite éclaté parce qu’un certain nombre de parlementaires, enfin, certains sont rentrés au gouvernement. Ça n’a pas été super fun, on va se le dire.
Fred : D’accord.
Tout à l’heure, tu disais, des fois on gagne, des fois on perd.
Tu étais secrétaire nationale des Verts pendant donc deux mandats.
Cécile : Trois mandats.
Fred : Trois mandats, excuse-moi.
En 2016, il y a la primaire écolo pour la présidentielle de 2017.
Tu es candidate, mais finalement, tu ne passes pas le premier tour.
Cécile : Ah oui, je super-perds.
Fred : En l’occurrence, tu super-perds.
Et c’est un peu une surprise quand même.
Cécile : Alors, c’est une surprise pour les commentateurs, pas pour moi.
Je l’avais même dit à une journaliste politique.
J’avais dit, soit je suis élue au premier tour, soit je ne suis même pas au second tour.
Elle m’a dit « hein », j’ai « je pense que c’est la probabilité la plus forte »
Et donc, j’ai un témoin, c’était une journaliste du Monde.
Fred : Mais pourquoi tu étais sûre de ça ?
Cécile : Parce que je connais les écolos.
Fred : D’accord.
Les têtes qui dépassent, on les enlève ?
Cécile : Ce n’est pas que les têtes qui dépassent.
C’est remettre le truc à zéro régulièrement.
C’est ne pas être là où on t’attend.
C’est à moi faire payer cette période qui n’avait pas été sympathique du départ d’un certain nombre de figures des écolos.
Donc, c’est un peu tout mélangé.
Je pense que certains disaient que j’avais une mauvaise image.
Il y avait plein de raisons.
Mais je le savais.
Et je le savais en étant candidate à la primaire.
Et je pense qu’au fond de moi, j’ai peut-être cherché ça.
Je me sentais tellement en dette à l’égard des écolos qui m’avaient quand même pour le coup permis l’aventure et une vie.
Que là, au moins, on était quittes quoi. Ils m’avaient foutue dehors avec les honneurs, plutôt sans les honneurs.
Donc, balle au centre.
Fred : Donc, quelque part, est-ce que c’était un soulagement de ne pas te lancer dans ce qu’allait être une campagne ?
Cécile : Non, je ne peux pas dire que c’était un soulagement.
C’était les boules.
Mais je m’y attendais.
Franchement, je pense que je connaissais vraiment sur le bout des doigts cette organisation et les gens.
Et à part une blessure personnelle de quelqu’un qui, à l’époque, ne m’a pas soutenue du tout et a même soutenu un autre candidat. Et ça je ne m’y attendais pas. Pour le reste, je m’attendais à ce qui s’est passé.
C’était assez logique en fait, mais c’était un peu libérateur. Parce qu’on ne pouvait pas me reprocher de ne pas avoir essayé. Et comme on m’avait dit « ciao », en même temps, on m’avait libérée.
Fred : Si je me souviens bien, à la présidentielle d’avant, tu n’avais pas voulu y aller, c’est ça ?
Cécile : Exactement.
Fred : Tu ne te sentais pas prête.
Cécile : J’avais dit ça, ce qui était vrai.
J’avais à l’époque une fille qui était petite, mais aussi une partie d’Europe Écologie Les Verts avait organisé la candidature d’Eva Joly pour m’empêcher.
Et moi, je m’étais dit, je ne vais pas me bagarrer avec Eva Joly.
Non, pas d’intérêt, je ne veux pas.
J’avais déposé les armes avant l’embrayon d’un début de combat.
Fred : D’accord, OK.
On va faire une petite pause musicale avant de continuer.
Pareil, je vais te demander l’explication de cette chanson, de 78, je crois bien, de Mannick « Je viens du fond de mon enfance ».
Cécile : Ben, on va l’écouter.
Fred : On va l’écouter ? OK. On va écouter « Je viens du fond de mon enfance » par Mannick, on se retrouve dans deux minutes. Belle soirée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d’écouter « Je viens du fond de mon enfance » par Mannick.
Nous sommes toujours avec Cécile Duflot, dans Chemins de traverse sur tadio Cause Commune.
Vous pouvez nous rejoindre au 09 72 51 55 46. Je répète 09 72 51 55 46. Ou sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Pourquoi ce choix de chanson alors, Cécile ?
Cécile : Parce que c’est Mannick.
Vu qu’il fallait qu’on parle depuis le début, je pense que Mannick et Joe Akepsimas, c’était les hits de toute mon enfance.
Ils chantaient des chansons pour enfants. Géniales. D’ailleurs, j’aurais dû peut-être choisir une chanson pour enfants.
Et puis, ils chantaient aussi des chansons catholiques, justement dans la mouvance dont on a parlé. Plutôt catho de gauche.
Et aussi des chansons féministes. Mannick, elle, chantait beaucoup de chansons féministes. Elle a été redécouverte d’ailleurs assez récemment par plusieurs jeunes femmes.
Et puis, j’aime bien cette chanson qui est de son époque. C’est vraiment les années 70. Les longs cheveux, les longues robes et la guitare.
Mais qui dit qu’on vient du fond de son enfance. Ce que je crois assez vrai. En tout cas, en ce qui me concerne, c’est sûr.
Fred : D’accord.
Juste avant la pause musicale, on était en 2017.
Enfin non, on parlait de la primaire écolo de 2016 avant l’élection présidentielle de 2017.
En 2017, tu n’es pas réélue en tant que députée. Et donc, tu décides d’abandonner la politique. ALors, on va voir si tu as abandonné la politique après.
Et tu prends le poste de directrice générale de l’ONG Oxfam France.
Avant que tu présentes ce que fait Oxfam France, est-ce qu’on est venu te chercher ? Est-ce que c’est toi qui as candidaté ?
Cécile : J’ai perdu les législatives en juin. Là aussi, je le savais. Ça avait été vraiment très organisé pour que je perde. Notamment par une partie des socialistes. Donc, je m’y suis préparée.
Et je m’était dit, soit je suis réélue et je continue. Mais si je ne suis pas réélue, je prends la tangente et je fais autre chose. J’ai 42 ans, c’est le moment.
Et c’est ce qui s’est passé.
En vrai, pendant six mois, j’étais au chômage. Et pour le coup, ça c’est un souvenir de grande récréation. Parce que j’ai pris une carte illimitée au cinéma. Je suis allée au cinéma à 10h du mat.
Des trucs que je n’avais jamais fait de ma vie. J’ai appris à faire de la menuiserie. J’ai adoré ça.
J’ai fait plein de choses, en fait. J’ai fait plein de choses que je n’avais jamais eu le temps de faire.
Parce que là, personne ne m’attendait. Donc, ça, c’était vraiment bien.
Et on n’est pas vraiment venu me chercher pour le poste de DG. Il y a eu une annonce qui a été publiée. Mais quelqu’un m’a demandé de postuler. Il ne m’a pas dit « viens ». Les gens pensent, non, non, pas du tout. « Est-ce que tu accepterais de postuler ? » J’ai dit « moi, franchement, j’adorerais, mais est-ce que le CA va recruter une ancienne femme politique ? « À l’époque, j’étais très identifiée, très connue. Et la personne en question m’a dit « oui, oui. Ça a été discuté. À partir du moment où c’est quelqu’un qui s’engage à ne plus faire de politique, il n’y a pas de problème ».
Du coup, j’ai candidaté.
J’ai dû faire huit entretiens, dont deux en anglais, un test psychotechnique. Enfin, vraiment le processus de recrutement.
Et j’ai été choisie. Et j’ai été très contente de l’être.
Et je suis toujours très contente d’être la directrice générale d’Oxfam.
Fred : Alors, Oxfam France, donc, en 2018.
Donc, c’est quoi, Oxfam, pour les personnes qui ne connaîtraient pas ?
Cécile : Alors, Oxfam, c’est une ONG internationale, mais qui est une confédération, donc qui regroupe des ONG nationales, dont Oxfam France, qui existe depuis 1989, qui est née sous le nom de Agir ici pour un monde solidaire, à l’époque, et qui a rejoint en 2006 la confédération Oxfam.
Qui est une ONG de lutte contre les inégalités, contre la pauvreté et contre le changement climatique, qui participe de l’aggravation de la pauvreté, à la fois en ayant des actions sur le terrain, notamment en apportant une réponse à des situations de crise humanitaire, que ce soit à la suite de conflits ou de catastrophes naturelles, ou de catastrophes naturelles liées au changement climatique
Et puis aussi tout un travail de plaidoyer, donc de publication de rapports et de mobilisation du pouvoir citoyen pour essayer de faire bouger les choses, avec des centaines de bénévoles qui forment des groupes locaux dans maintenant presque 20 villes en France.
Fred : Est-ce que ce plaidoyer va jusqu’à la sensibilisation du pouvoir politique ?
Cécile : Oui.
Fred : Est-ce que tu te retrouves finalement de l’autre côté aujourd’hui ?
Cécile : Ah oui, plein de fois !
Plein de fois, j’en suis retrouvée de l’autre côté, y compris techniquement à un moment marrant, puisqu’on avait été invités à plusieurs reprises, dont une fois sur la situation en Syrie, par le président de la République, dans la salle du Conseil des ministres, et donc assise autour de la table du Conseil des ministres, mais en tant que directrice d’ONG, face au président et à quelques ministres. C’était rigolo.
Fred : C’était le président Hollande ou le président Macron ?
Cécile : Ben non, c’était le président Macron. J’étais députée jusqu’à la fin de 2017.
Fred : Oui, effectivement, excuse-moi.
Et donc il y a aussi des porte-paroles, qui sont responsables de certains dossiers, qui s’expriment aussi dans les médias, et qui vont aussi rencontrer des parlementaires.
Et cette semaine, là, on est tous très très mobilisés. D’ailleurs, tous les gens qui nous écoutent, déjà, peuvent signer la pétition, en allant sur le site d’Oxfam France, pour essayer de peser sur le vote des sénateurs, qui vont voter demain, sur la taxe dite Zucman , qui est une taxe minimale sur les plus riches des plus riches, et notamment les milliardaires.
Fred : Alors Zucman, c’est Zu ?
Cécile : C’est Zucman.
Fred : En termes d’organisation, Oxfam Monde et France, c’est combien de salariés ? C’est combien de bénévoles ? Une ordre de grandeur ?
Cécile : Oxfam France, c’est, on va dire, 500 bénévoles réguliers, et encore beaucoup plus pour l’organisation de nos événements, que sont les marches solidaires des Trailwalkers Oxfam.
C’est un peu plus de 50 salariés, mais dans le monde, c’est 5 000, un milliard de budget, 90 pays.
Fred : Et c’est quoi le financement ?
Cécile : Le financement, c’est les donateurs privés.
Chez nous, c’est à peu près la moitié.
On a 60 000 donateurs à Oxfam France, et si vous voulez en faire partie, n’hésitez pas.
Si on peut publier des rapports, mener nos actions, c’est grâce à ces donateurs privés, dont certains nous donnent 10 euros par mois.
Je fais partie des donateurs d’Oxfam.
Donc, voilà, donner.oxfamfrance.org, n’hésitez pas.
Et puis, des financements institutionnels, donc de fondations, de fondations privées, ou en France du Centre de crise et de soutien, qui est l’organisme du ministère des Affaires étrangères qui supporte l’aide humanitaire, et puis de l’Agence française de développement.
Fred : D’accord.
Sur le salon, Julie signale un podcast récent, dans le cadre de Podcasthon, qui a eu lieu il y a quelques semaines, avec toi, le podcast s’appelle Soif de sens, sur Oxfam, avec Cécile Duflot. On mettra le lien sur la page consacrée à l’émission.
Sinon, vous cherchez le podcast Soif de sens.
Cécile : C’est ça.
Fred : Ça doit être un sacré changement, quand même, de passer de plusieurs années, longues années politiques, que ce soit dans un parti, au gouvernement, à l’Assemblée, et finalement de se retrouver aujourd’hui dans une ONG.
C’est forcément différent, mais est-ce que c’est entre guillemets plus « tranquille » ou est-ce que c’est plus reposant ?
L’image que j’ai d’une femme politique, et j’insiste sur le terme « femme », c’est que ça doit être très dur.
Je me dis que dans une ONG, quelque part, il doit y avoir une forme de repos.
Cécile : Alors, oui et non.
C’est beaucoup moins dur humainement.
Les gens sont vraiment smooth.
En plus, moi, je suis la directrice, donc l’équipe salariée, je suis comptable du fait que l’ambiance, les conditions de travail soient bonnes. Ça fait partie de mon travail.
Donc, si ça ne se passe pas bien, c’est en partie de ma responsabilité. En tout cas, c’est de ma responsabilité de faire en sorte que ça se passe bien.
Ça c’est le premier point.
La deuxième chose, c’est que les relations avec le CA, c’est qu’il n’y a pas du tout les conflits de personnes qu’on peut imaginer.
Alors, il peut y avoir quelques tensions, ça peut arriver, mais ça n’a rien à voir.
Ensuite, en termes d’emploi du temps, honnêtement c’est pas forcément plus léger.
Parce qu’il y a plein de choses tout le temps.
Les sujets ne sont pas non plus plus légers.
Quand on travaille, comme c’est notre cas sur Gaza, tu ne t’endors pas toujours sereine.
C’est une organisation qui est présente sur toutes les catastrophes humanitaires.
Y compris celles qui ne sont pas sous les caméras, ce qui se passe en Éthiopie, ce qui se passe au Soudan, ce qui se passe au Yémen.
Là, tu le sais en fait, c’est parce que tu as des collègues. Tu n’es pas hérémétique au malheur du monde. C’est le moins qu’on puisse dire.
C’est ton rôle d’essayer de trouver des solutions, en tout cas d’apporter des financements à nos collègues sur le terrain qui s’efforcent de trouver des solutions.
Donc non, en termes de temps, ce n’est pas moins, on va dire.
J’ai autant mes week-ends pris qu’avant, pour dire les choses.
Mais le climat, c’est différent.
Et puis, il y a une chose très différente, c’est le rapport au temps.
C’est-à-dire que la vie politique est rythmée par les rendez-vous électoraux, donc les élections externes, mais aussi les enjeux internes, les congrès, les élections internes.
Dans notre organisation, on peut avoir une stratégie sur cinq ans. On peut prévoir les choses.
On n’est pas du tout contraints par les mêmes impératifs de temps.
Fred : C’est-à-dire que vous pouvez agir sur le temps long sans avoir la peur de la perte lors d’une prochaine élection.
Cécile : Exactement.
Et puis par ailleurs, je suis en CDI.
Truc qui ne m’était pas arrivé depuis 20 ans.
Et donc, pour dire, quand je suis arrivée, les gens, c’est marrant parce que les gens, y compris les salariés, ils avaient peur que je vienne pour pas longtemps.
Fred : Oui, que ce soit entre deux mandats.
Cécile : Exactement, alors que moi, c’était le contraire.
J’avais très envie de développer Oxfam France, que je connaissais comme parlementaire, dont je savais la qualité du travail et je trouvais que l’audience médiatique n’était pas à la hauteur de la qualité du travail.
Donc, pour le coup, j’avais un truc qui m’encombrait un peu, c’est ma notoriété.
C’est le seul truc où je me suis plantée, en fait. J’ai juste pas réfléchi. Cest que je me suis dit « bon, quand je vais arrêter la politique, je vais redevenir anonyme ». Et en fait, pas du tout.
Pas du tout, parce que les gens, ils te connaissent toujours, ils t’interpellent toujours, etc.
Alors, avec le temps, moins, parce que je suis beaucoup moins visible médiatiquement, c’est aussi un choix.
J’ai choisi d’aller dans les médias dans les moments où je peux parler des sujets d’Oxfam, où on va pas m’interroger immédiatement sur la politique, la polémique politicienne du jour.
Donc, ça a été un choix, mais je pensais que ça allait s’arrêter, et finalement, en fait j’ai trouvé ça chouette de pouvoir mettre au service d’Oxfam cette notoriété qui pouvait m’encombrer parfois.
Fred : D’accord.
Alors, comme le temps passe vite, on va revenir un peu sur la politique.
Peut-être, je ne sais pas s’il y a un manque ou pas.
Cécile : Tout le monde pense ça. C’est drôle.
Fred : Alors, déjà, est-ce que tu as un manque ?
Est-ce que tu as des regrets ?
Et de quoi es-tu la plus fière ?
Il y a trois questions, mais sur cette période politique avant.
Cécile : Est-ce que j’ai un manque de plus faire de politique ?
Non.
Fred : Politique, politicienne, mandataire ou autre.
Cécile : Non, parce que je pense que ce que je fais là, et ce qu’on a fait notamment avec le Pacte du pouvoir de vivre, avec l’Alliance écologique et sociale, c’est de la politique, et c’est très utile.
C’est-à-dire que moi, je suis obsédée par l’idée que c’est possible de gagner, qu’une majorité sociale, écologique puisse l’emporter, et de ce que ça veut dire, ensuite, de comment on pourrait faire les choses.
Parce que, pour le coup, mes deux années au ministère ont été extrêmement formatrices, et moi, ce qui m’intéresse, c’est que ça marche.
C’est pas d’être dans la conquête qui n’arrive jamais, c’est pas d’être dans la pureté de la plus pure, c’est de se dire comment on fait pour, effectivement, essayer de faire des choses qui fonctionnent, et qui pèsent réellement sur la vie des gens.
Donc, là, je pense que, à la fois, pour moi, si j’étais restée dans l’univers politique, je serais peut-être devenue une sénatrice aigrie, donc je n’aurais pas été utile, y compris au combat qui est le mien, et donc, je suis plus utile en ayant fait ce pas de côté, en faisant des choses d’une autre manière.
Et puis, pour tout dire, la politique actuelle, là, elle ne m’a pas fait très envie.
Moi, ça ne m’aurait pas fait plaisir d’être députée d’opposition et de voir ce que faisaient les macronistes en fait.
Je pense que ça m’aurait vraiment peut-être un peu déprimée.
Donc, non, je ne ressens pas un manque.
Fred : D’accord.
Alors, on va revenir sur les questions regrets ou les choses fières après, mais comme tu parles de ça, je vais relayer l’une des questions sur le salon de tout à l’heure, qui est « Est-ce que tu aurais pu être la candidate du Nouveau Front Populaire au poste de Première ministre en 2024 ? ».
Et je vais étendre « Où est-ce que tu aurais pu être, par exemple, comme Dominique Voynet, qui est redevenue députée en 2024, est-ce que tu aurais pu être candidate au poste par un mandat de députée en 2024 ? ».
Cécile : Oui, la question s’est posée.
On m’en a parlé. Il fallait décider très vite.
Je ne sais pas si j’ai bien fait. Je ne saurais jamais, en vrai.
Mais je ne me suis pas du tout sentie de lâcher Oxfam, ce qu’on avait construit du jour au lendemain.
Ça, c’est une première chose.
Deuxième chose, sur la séquence de cet été, j’ai donné une interview au Monde, à l’époque, parce que mon nom est sorti dans le journal.
Je crois que la manière dont le Nouveau Front Populaire s’y est pris ne pouvait pas aboutir, en fait.
Auand on a été socialisée, comme moi, chez les écologistes, où il faut gagner une majorité à 60 %, on sait hyper bien compter.
Et donc, quand on gagne avec 34 %, on ne peut pas former un gouvernement avec 34 %, ça ne marche pas.
Et donc, comme le sujet c’était ça, puis que ça a pris deux semaines, ça ne pouvait pas marcher. Je pense qu’ils n’ont pas pris le truc par le bon bout.
J’entends bien que c’est compliqué, et j’entends bien que certains ont d’autres stratégies.
Et moi, je n’ai pas d’inimitié pour les gens qui ont des stratégies différentes, mais on peut constater parfois des désaccords.
Fred : D’accord.
Une autre question, j’en profite, qui est posée sur le salon web.
« Que voulais-tu dire lorsque tu as dit, en mars 2025, sur France Culture dans l’émission Sens Politique, que tu mettras toute ton énergie pour déjouer le scénario de 2027 ? ».
Cécile : Il y a quand même un scénario, et je trouve qu’il est en train de progresser en plus, et ça m’exaspère, d’acceptation de la défaite, parce que je dis bien ça, face à l’extrême droite, en gros.
Fred : C’est-à-dire que la victoire annoncée du RN.
Cécile : Oui.
Et puis, ce qui m’a vraiment beaucoup marquée, c’est une personnalité éminente de gauche qui m’a dit « de toutes façons, peut-être qu’il faut en passer par là ».
Et ça…
Fred : Pour les essayer, c’est ça ?
Cécile : Non, non, c’est « les Français ont besoin de ça ».
Et ça, les bras m’en sont tombés.
Parce qu’on a vu ce que ça donne.
Ce que ça a profondément changé dans ma vie, Oxfam, vraiment à 2 000 %, c’est que j’étais vraiment très franco-française.
Chef de parti français, ministre de l’égalité des territoires français et du logement français.
Donc, j’étais ultra-franco-française.
Et je suis devenue tout le contraire depuis plus de six ans maintenant. Enfin, même presque, bientôt sept.
Donc, quand on voit ce que ça a donné au Brésil, ce que ça a donné en Inde, ce que ça a donne aux États-Unis.
Enfin, on ne peut pas dire ça. Et on ne peut pas se résigner. Et on ne peut pas baisser les bras.
Et donc, ce que je voulais dire, c’est que, en fait, quand on est dans une ONG, surtout comme la nôtre, qui n’est pas partisane, on peut être tenté, et d’ailleurs, c’est le cas de beaucoup, je vois beaucoup de mes collègues, surtout quand on voit l’état du débat politique aujourd’hui, de se dire « je reste très à distance de la vie politique ».
Fred : Je reste neutre quoi.
Cécile : Un peu. « Je les laisse faire ».
Et ça, je me dis à moi-même, et là, pour le coup, il faut que je me force un peu, que « ce n’est pas possible de faire ça ».
On tient tous un bout de l’histoire.
Et moi aussi, toutes les personnalités, entre guillemets, de la société civile et d’ailleurs, si jamais ça bascule vers le pire, d’abord ce sera vraiment dramatique, mais ensuite, on ne pourra pas dire que ce n’est pas de notre faute.
Et être, et c’est vraiment une réflexion qui progresse chez moi, c’est de se dire « en fait, on a été habitués à être dans les ONG et dans la société civile par temps calme ». En gros, il y avait alternance entre Bérégovoy et Balladur.
C’était quand même, ce n’était pas non plus violent, violent.
Sauf qu’en fait, on n’est pas préparé à ça.
Mais pour avoir beaucoup lu, j’ai beaucoup lu, notamment les débats parlementaires au moment des grands basculements de l’histoire.
Avant la Première Guerre mondiale, il y a plein de monde qui ne mesure pas ce que ça va être cette boucherie absolument abominable qui nous a marqués pour très longtemps.
Donc, quand on est là, on a une part de responsabilité. Et il faut être bien conscient de cette part de responsabilité.
Ce que je voulais dire, c’est que je suis consciente de ça.
Et que je pense qu’on ne peut pas se cacher derrière son petit doigt en se disant « on va se concentrer sur nos petits sujets internes à nous ». Voilà.
Fred : Là, c’est une réflexion personnelle ou est-ce que c’est aussi une réflexion au sein de l’ONG ?
Cécile : C’est une réflexion au sein d’Oxfam.
Bien sûr, on est très conscients de ça.
On sait ce qui est arrivé à nos collègues. À Nos collègues d’Oxfam en Inde. L’ONG, elle est éteinte.
Nos collègues indirects de Greenpeace aux Etats-Unis, là, ils vont quasiment faire faillite à cause d’un procès où ils ont été condamnés sur la base de lois qui ont été interprétées par les juges en leur grave défaveur et c’est des dizaines de millions de dollars qu’ils doivent payer.
Nos collègues, enfin, ma collègue brésilienne, il y a eu trois fois, je crois, le siège d’Oxfam Brésil qui a été attaqué et incendié.
On sait très bien qu’on est parmi les gens qui sont susceptibles d’être menacés dans l’hypothèse d’une victoire de l’extrême droite et qu’à l’inverse, on peut aussi participer d’une mobilisation pour faire échec à ce scénario annoncé.
Donc c’est du dosage compliqué.
Et puis, j’allais dire, il y a la responsabilité de l’organisation dans les limites de ses statuts, de ce qu’elle fait, de son engagement.
Mais aussi, au sein de cette organisation, il y a tout un tas d’individus, de bénévoles, de salariés qui ont aussi des engagements.
Il y a beaucoup de nos salariés qui ont des engagements, y compris qui peuvent être sur des positionnements qui peuvent être un peu plus… aller un peu plus loin que les positionnements d’Oxfam parce que c’est des citoyens.
Mais moi aussi, je suis une citoyenne en fait.
C’est ça le truc, c’est que je suis aussi une citoyenne, et je suis une citoyenne qui a un passé, une histoire, et une lucidité sur les événements et les conséquences, peut-être plus grandes que d’autres parce que j’ai eu cette chance ou ce hasard d’avoir un certain nombre de responsabilités.
Et donc j’ai conscience de ça.
Et je dois dire que ça s’est apparu avec beaucoup plus d’acuité lors des législatives partielles après la dissolution parce que là, et moi j’ai vécu un moment vraiment très très précieux, c’est cette mobilisation énorme de la société civile pour pousser au désistement d’entre deux tours.
Je sais comment ça se passe entre les partis, et il n’y aurait jamais pu avoir de discussion entre LFI et les Macronistes pour des espèces de désistements réciproques.
Et donc il fallait qu’il y ait un tiers extérieur qui se mêle de ça et ça a été une mobilisation de la société civile incroyable.
Incroyable, remarquable, fabuleuse dont je suis encore aujourd’hui admirative.
Alors on y a participé avec Oxfam, mais on était évidemment loin d’être les seuls et franchement, heureusement, sinon il y aurait peut-être 350 députés RN.
Fred : Dernière question que je relaie du salon.
« Les anciens espoirs de la gauche sont-elles et-ils condamnés à redevenir député en réserve de la République comme François Hollande, retraité actif comme Jean-Luc Mélenchon ou responsable d’ONG comme Benoît Hamon ? »
Cécile : Je ne comprends pas cette question.
Fred : En la disant, je ne suis pas tout à fait sûre de comprendre la question.
Cécile : En fait c’est assez marrant parce qu’il y a des gens qui disent que quand tu as une responsabilité politique ça ne doit pas être une carrière, tu dois pouvoir t’arrêter.
Moi par exemple, je me suis arrêtée.
Mais, quand tu t’arrêtes, on te dit « du coup vous êtes dans une ONG tranquille ».
Tranquille, bon, pas forcément tranquille.
Fred : Une ONG ce n’est pas forcément tranquille.
Cécile : Non, ce n’est pas forcément tranquille.
Mais moi ça me plaît.
Ailleurs, on dira « elle a trahi ». Si j’étais allée travailler pour un promoteur immobilier, on aurait dit « elle a tout trahi ».
Donc en fait, tu n’as jamais de bon truc.
Moi, je n’aurais pas pu faire autrement.
Si tu restes engagée, on attend toujours que tu reviennes.
A chaque élection, il y a eu des petits papiers pour dire « mais Cécile Duflot, ceci, cela » y compris sur des trucs internes, des écolos, ce qui m’a un peu fatiguée.
Donc moi, j’ai décidé de le prendre bien.
C’est que je dois manquer à des gens.
Ça me fait plaisir.
Fred : Je pense que ton nom sera recité en 2027 à divers degrés.
Je reviens quand même sur les questions que je ne t’avais pas laissé finir sur la partie politique.
Je t’avais demandé si tu avais des regrets et de quoi tu étais aussi la plus fière de cette période politique.
Cécile : Un regret, je ne sais pas si c’est un regret. La décision de quitter le gouvernement en 2014, c’était une décision très lourde.
Et en vrai, je ne saurais jamais si c’était la chose à faire ou pas.
J’ai senti très profondément que c’est ce que je devais faire, que je ne pensais pas du tout qu’il y avait une option où Manuel Valls, Premier ministre ça nous emmenait dans une bonne direction.
Mais force est de constater que notre départ ça a été aussi une espèce de brèche.
Fred : L’ouveture des vannes ?
Cécile : Oui, voilà, et rien n’est jamais remonté.
D’ailleurs, François Hollande n’a même pas pu être candidat et la gauche a été littéralement balayée.
Est-ce que c’était la bonne idée ?
Franchement, je ne peux pas dire que c’est un regret.
Ou si c’est un regret, le regret, c’est de ne pas savoir quelle était vraiment la bonne décision.
Fred : Et de quoi tu es la plus fière ?
Plusieurs choses, ça peut être de cette période-là.
Cécile : Politiquement ?
Fred : Politiquement oui. Ou même, tu peux étendre.
De quoi tu es la plus fière de ce que tu as fait depuis maintenant ?
Cécile : Franchement, de mes enfants.
Fred : Je m’attendais un peu à la réponse.
Cécile : C’est marrant parce qu’on n’ose pas dire ça.
Je le disais tout à l’heure. En fait maintenant, j’ai envie de dire que j’adore être mère, j’adore cette aventure-là.
Pourquoi je dis que je suis fière ?
Parce qu’ils sont tous épatants.
C’est-à-dire qu’ils ont tous trouvé la voie de leur propre épanouissement.
Et j’ai bien conscience que ce n’est pas forcément simple d’être les enfants de Cécile Duflot, à la fois à titre personnel, mais en plus avec le côté médiatique, la place que ça prend, etc.
Ma dernière fille, elle est née quand j’étais secrétaire nationale.
Comme moi je n’ai jamais voulu me séparer de mes bébés, mais en revanche, je n’ai pas voulu arrêter de travailler. Elle a assisté aux réunions de direction politique des Verts. Elle avait 15 jours. Elle est passée de bras en bras.
Elle a fait une campagne électorale à 3 semaines.
Elle est allée lancer Europe Ecologie avec Dany Cohn-Bendit à Ljubljana, elle avait 2 mois.
Je me suis demandée ce que ça allait faire.
Maintenant, elle a 17 ans.
Honnêtement, c’est une très jolie personne.
Un peu fatiguante, mais quand je lui fais des remarques et que je lui dis qu’elle essaye de m’embrouiller, elle me regarde et elle dit « 17 ans de popol ».
Voilà. Mes enfants.
Sinon, politiquement, je me suis dit qu’il y a 3 choses.
Je laisse 3 choses en gros.
Le passe Navigo à zone unique, la loi ALUR, mais surtout l’encadrement des loyers, et l’histoire de la robe, parce qu’en vrai…
Fred : C’est vrai qu’on n’a pas parlé de ça.
Cécile : Personal political legacy.
C’est une putain de robe.
Fred : Qui est dans un musée maintenant, c’est ça ?
Cécile : Non, je l’ai prêtée à un musée, mais je l’ai récupérée.
L’histoire est très simple.
Je vais au premier conseil des ministres en jeans, sans vraiment le faire exprès, parce que mon pantalon est chez le retoucheur. Le pantalon du tailleur que je m’étais acheté.
Et ça fait tout un pataquès.
Du coup, je me dis qu’il faut que je m’achète des vêtements sobres. Et du coup, je m’achète une robe qui, pour moi, est une robe de dame. Avec des manches, pas de décolleté, qui va sous le genou.
Et le jour où je porte cette robe, tous les députés de droite, à l’Assemblée nationale, plein de députés de droite, se mettent à me siffler de manière hyper grossière.
Et ça fait une polémique.
Mais moi, je me cache à l’époque. Je réagis pas du tout, du tout. J’en parle pas pendant une semaine, etc.
Et après, cette histoire a pris une ampleur. Ça m’a complètement dépassée. Des gens en ont parlé dans le monde entier. Comme le symbole du sexisme en politique quoi.
Et donc, voilà.
Ça fait trois choses.
Je peux pas dire que je suis fière de cette histoire, parce que, vraiment, j’y suis pour rien.
Mais, je pense que ça a marqué un moment.
En revanche, le reste, l’encadrement des loyers, dont va s’ouvrir le débat sur le renouvellement de ce qui a été mis dans la loi ELAN, qui est donc une expérimentation, c’est quelque chose, pour moi, d’important.
Parce que, au-delà de la mesure elle-même, c’était la première fois que la puissance publique se mettait à réguler un prix depuis les années 80. Qui avait été une période de dérégulation massive.
Et donc, ça prouve que c’est possible. Comme ça prouve que ce serait possible de taxer un minimum les super-fortunes, comme plein de choses seraient possibles.
En fait, je crois vraiment qu’on peut faire beaucoup plus de choses que ce qu’on dit.
Je pense que le pays est prêt.
Je pense aussi qu’on peut avoir des accords beaucoup plus larges.
Je ne pense pas qu’il faille découper la politique en micro-tranches, qu’on s’enrichit dans la discussion avec des gens qui sont pas d’accord.
J’ai été dans un parti qui peut quand même, de temps en temps, avoir tendance au sectarisme.
Et vraiment, je sais pas si je vieillis, la ménopause, tout ça, mais je pense qu’on a besoin, notamment parce que les enjeux face à nous sont tellement énormes, qu’on a besoin de davantage de convergences bien plus larges que de se couper en micro-tranches de gens hyper-d’accord avec eux-mêmes.
Fred : Avant les deux dernières questions, une petite question.
Je sais pas si la réponse sera courte ou longue, mais est-ce que tu sais où tu seras dans 5 ou 10 ans ?
Cécile : Pas du tout, mais j’ai jamais su.
D’ailleurs, je rigole souvent, je dis « j’aimerais bien savoir moi, je sais pas encore quel métier je ferai quand je serai grande ».
Fred : Alors, les questions finales traditionnelles de l’émission.
La première, est-ce que tu as envie de partager quelque chose qui t’a émerveillée ou fait du bien dernièrement ?
Cécile : Oui, une chose qui m’a fait du bien, Simon Duteil, qui est un ancien porte-parole du syndicat Solidaires, qui est prof d’histoire en collège à Saint-Denis, m’a invité dans sa classe pendant une heure pour parler de ce que c’était être ministre et être directrice d’ONG avec des collégiens de 3ème.
Et c’était très vivifiant.
Il y en a qui ont posé des questions très intelligentes et j’aime vraiment les adolescents.
Je le dis aujourd’hui où on est au cœur d’un drame absolu d’un jeune homme qui a poignardé une surveillante.
On prend pas assez soin de notre jeunesse dans ce pays.
Alors que vraiment, c’est pas facile d’être ado en général, mais d’être ado en 2025 c’est pas de la tarte.
Et ils m’ont fait beaucoup de bien, ces jeunes.
Fred : J’en profite pour préciser que on n’a pas parlé des réseaux sociaux, on aurait pu en parler, mais tu es présente sur un réseau décentralisé qui s’appelle Mastodon, et Simon Duteil aussi, vu que je le suis aussi.
Deuxième question, si tu avais la possibilité de parler à toi quand tu avais 10 ou 15 ans, que lui dirais-tu ou quel conseil lui donnerais-tu ?
Cécile : Je crois que je dirais « t’inquiète pas ».
Moi j’étais quand même une petite fille anxieuse.
J’avais peur de ne pas avoir d’amis.
Mon père rappelle souvent que j’avais dit cette phrase un jour, j’avais dit « je compte pas plus qu’un petit point noir ». Et donc il m’appelait le petit point noir pour se moquer de moi.
C’était pas facile d’être petite, un an d’avance, tout ça, vraiment. En vrai, c’était pas plus mon caractère.
Franchement, je pensais pas du tout à l’époque que je pourrais être ce que je suis aujourd’hui.
J’ai appris à être liante avec les gens malgré la timidité, même si je pense que je suis toujours ça au fond de moi.
Mais je lui dirais de pas trop s’inquiéter, que ça va aller, et qu’elle a raison d’adorer le Club des cinq, et qu’elle a raison de l’aventure.
Franchement, on a qu’une vie.
Et faut jamais oublier ça, et que mon hymne personnel à l’époque, c’était pas Amel Bent, c’était La Chanson de Balou.
C’est toujours La Chanson de Balou, Il en faut peu pour être heureux.
Fred : Très bien.
Bah écoute, un grand merci Cécile, pour ta présence à notre micro.
Alors je précise aussi que tout à l’heure, j’ai parlé de Mastodon Réseau Social Décentralisé.
Je vous invite à écouter l’émission libre à vous, sur la même radio, Cause Commune.
Alors je sais plus quelle émission c’est.
Vous cherchez Cécile Duflot et Benjamin Sonntag, en tout cas sur causecommune.fm, émission sur Mastodon, c’était il y a 3-4 ans, je crois.
Tu étais venue parler avec Benjamin Sonntag de la société libriste Octopuce.
Cécile : Qui est mon associé, parce que ça c’est l’autre bout de ma vie.
Je suis l’associée de Benjamin.
Fred : Effectivement.
Ça on en a pas parlé, parce qu’on peut pas…
Cécile : Parler de tout [rires].
Fred : On peut pas parler de tout en 1h30, surtout avec quelqu’un qui a une vie aussi riche.
En tout cas, merci Cécile.
Cécile : Merci Fred.
Fred : Merci également à vous, auditrices et auditeurs, d’avoir pris la place autour de la table du studio pour nous écouter.
N’hésitez pas à réagir, donner votre avis, poser des questions, faire des suggestions. Un formulaire de contact est disponible sur la page de l’émission, sur le site causecommune.fm.
Nous espérons que cette émission vous a touché, inspiré, convaincu.
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Vous pouvez vous abonner au podcast, à la lettre d’actu de l’émission.
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Chemins de traverse, c’est en direct tous les mercredis à 22h sur Cause Commune, 93.1FM est en DAB+ en Île-de-France partout dans le monde sur causecommune.fm.
La radio est gérée uniquement par des bénévoles mais a quand même des frais, entre le studio, les serveurs, les frais de diffusion.
Donc si vous voulez aider la radio, vous pouvez faire un don sur le site causecommune.fm bouton don, un don ponctuel ou un don récurrent.
Vous souhaitez nous rencontrer ? Nous aimerions aussi vous rencontrer.
Donc Cause Commune ouvre ses portes chaque 1er vendredi du mois à partir de 19h30 pour une soirée radio ouverte.
La prochaine soirée aura lieu donc vendredi 4 juillet 2025 à partir de 19h30. Je vous rappelle l’adresse du studio, 22 rue Bernard Dimey dans le 18ème arrondissement de Paris.
Ce mercredi juste après Chemins de traverse à 23h30 une émission inédite de Minuit Décousu. Une heure de son, d’histoire et de bidouilles sonores avant d’éteindre les lumières. Le thème de l’émission de ce soir, le voyage et le tourisme.
Prochain rendez-vous pour Chemins de traverse en direct mercredi 18 juin.
Notre invitée sera Anne Brusson, agent générale d’assurance exclusive AXA Prévoyance et Patrimoine. Elle a eu plusieurs métiers, notamment au Parlement et a repris les études de sociologie et est aujourd’hui indépendante dans les assurances.
C’est Julie qui animera l’échange et moi je serai en régie.
A mercredi prochain, salut et solidarité.
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35e émission Chemins de traverse diffusée en direct 11 juin 2025 à 22 hMercredi 11 juin 2025 notre invitée est Cécile Duflot.
Militante active depuis sa jeunesse, Cécile Duflot a notamment été secrétaire nationale des Verts et d'Europe Ecologie Les Verts, députée, ministre de l'Égalité des territoires et du Logement. Actuellement elle est directrice générale d'Oxfam France, ONG qui a pour objectif de lutter contre la pauvreté et combattre les inégalités qui l’alimentent ✊.
Questionnaire pour mieux vous connaître🙏 Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l'émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
SommaireVoix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de traverse, d'autres voies pour imaginer demain.
Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce 35e épisode de Chemins de traverse, d'autres voies pour imaginer demain.
Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même, Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels, des passions, des engagements.
Notre invitée ce mercredi est Cécile Duflot.
Militante active depuis sa jeunesse, Cécile Duflot a notamment été secrétaire nationale des Verts et d'Europe Ecologie Les Verts, députée, ministre de l'Égalité des Territoires et du Logement.
Et actuellement, elle est directrice générale d'Oxfam France.
Donc merci de nous accueillir dans votre salon, votre cuisine, votre canapé, voire votre chambre, ou peut-être encore pendant votre séance de sport.
Fred : Bonsoir Cécile.
Cécile : Bonsoir.
Fred : Avant que la discussion ne commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 11 juin 2025 sur radio Cause Commune, la voix des possibles, sur 93.1 FM et en DAB+ en Ile-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
N'hésitez pas à participer à intervenir en direct.
Alors Julie réalise l'émission ce soir.
Bonsoir Julie.
Julie : Bonsoir.
Fred : Et elle attend vos appels.
Pour cela, le téléphone est branché.
Vous pouvez nous appeler au 09 72 51 55 46. Je répète 09 72 51 55 46.
Ou alors vous pouvez réagir sur le salon web de la radio. Rendez-vous sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon, Chemins de traverse.
Et je vois qu'il y a déjà des questions sur le salon, ça commence très fort.
Donc je vais regarder juste après.
Et donc rebonjour Cécile.
Cécile : Rebonsoir.
Fred : Rebonsoir plutôt effectivement, c'est une heure tardive peut-être.
Donc je précise tout de suite que ce n'est pas une émission politique, même si on accueille une ex ou peut-être encore une femme politique, on verra tout à l'heure.
C'est une émission sur un parcours, les engagements, les passions et sur comment se construit une personne à base justement de son parcours.
Alors j'ai envie de te poser comme question, comme première question en fait.
Dans quel milieu as-tu grandi ?
Cécile : J'ai grandi dans un milieu, j'allais dire très classique des années 70, mon père travaillait à la SNCF.
Il était chef de district quand j'étais enfant, donc il a arrêté ses études après le bac.
Il a passé un concours, il est rentré à la SNCF.
Il s'occupait des travaux et d'une portion de la supervision des travaux sur une portion de voie.
Et ma mère était prof de physique chimie au collège et au lycée de Montereau-Fault-Yonne, une petite ville du sud de la Seine-et-Marne, dans lequel on avait construit dans les années 70 une ZUP, une zone d'urbanisation prioritaire.
Donc un grand quartier de barres et de tours et donc un lycée qui allait avec.
Et je suis allée à l'école maternelle, au collège, au lycée, dans ce quartier.
Fred : D'accord.
Est-ce que tes parents étaient écolos ?
Cécile : Alors oui et non.
Oui, ma maman était très écolo et non, mon papa n'était pas du tout écolo.
Ça donnaitr lieu d'ailleurs à des discussions parfois assez vives.
Mon père, c'était un homme des travaux qui construisait. Il a participé à la construction de la ligne de TGV Paris-Lyon.
Il croyait au progrès, au fait qu'il fallait aller de l'avant.
Et donc il y avait des débats parfois vifs parce que ma mère, qui est une scientifique, elle lisait beaucoup, et elle parlait déjà du dérèglement climatique, de l'épuisement du pétrole à une époque où c'était, on va dire, très marginal.
Alors il y avait bien sûr d'autres écolos.
Il y avait même déjà quelques écologistes dans le débat politique, mais ils étaient très rares.
Donc moi, je me suis construite dans ce débat-là chez moi.
Et donc il fallait essayer de réfléchir dans cette discussion-là.
Et c'était d'ailleurs finalement assez riche.
Parce que sur plein d'autres sujets, c'était des militants engagés.
Enfin, c'est toujours d'ailleurs des gens engagés, de gauche, très attentifs aux inégalités mondiales, tiers-mondistes on aurait dit à l'époque.
Et donc très conscients et très militants.
Et donc j'ai grandi dans cet environnement-là où on se posait des questions.
Fred : D'accord.
Alors je vais préciser à la personne.
Alors Laurent, parce que j'arrive jamais à dire son pseudo, que j'ai vu l'ensemble des questions qu'il a posées.
Mais il faut que je les lise en détail pour savoir lesquelles je peux relayer
Cécile : Donc il faut que je parle pour que tu aies le temps de lire les questions [rires]
Fred : Non. Ce que je vais simplement dire, c'est que je le ferai à la pause musicale.
Cécile : D'accord
Fred : Voilà. Et surtout, évitez de mettre des liens quand même, parce qu'en fait, ça fait afficher plein de textes.
Et donc c'est un peu compliqué de suivre toutes les questions.
Mais j'ai bien vu qu'il y avait des questions sur le salon web.
Je regarderai pendant la pause musicale pour les relayer.
Donc il y avait des débats entre les deux.
Tu avais des frères et sœurs aussi ?
Cécile : Oui. J'ai une sœur qui a 2 ans de moins que moi et un petit frère qui a 6 ans de moins que moi.
Fred : D'accord.
Et est-ce que vous participiez aux débats ou est-ce que simplement vous écoutiez ? Comment cela se passait ?
Cécile : Alors mes parents étaient militants dans une organisation qui s'appelle LVN [note de transcription : Association La Vie Nouvelle), qui est en fait une organisation qui est historiquement la branche aînée des Scouts de France et qui était une organisation de gens engagés, donc qui réfléchissaient sur leur engagement entre eux, avec une particularité, c'est que les enfants étaient associés.
En vrai, pour moi, en tant qu'enfant, ça faisait que les adultes s'asseyaient autour d'une table pour parler, mais que moi j'avais des amis, parce que les enfants des amis de mes parents venaient.
Donc on avait aussi des gens qui nous gardaient, qui faisaient des activités.
J'en garde un souvenir très joyeux.
Il y avait une grosse dimension communautaire.
Mes parents ne vivaient pas dans une communauté. En revanche, tous les week-ends, les vacances, c'était un fonctionnement effectivement assez communautaire, donc très joyeux où les enfants avaient une place et où ils étaient associés à la discussion, oui.
Fred : D'accord.
Et quelle était leur vision.
Je te pose toutes ces questions, parce que souvent on se forme aussi par rapport au fonctionnement des parents et de la famille.
Quelle était leur vision par rapport à la politique ?
Alors, la politique en tant que vie de la cité, mais aussi la politique mandataire.
Cécile : Alors, la politique des partis, ils étaient très, J'allais pas dire opposés, parce qu'ils votaient, mais ils étaient très, très rétifs.
C'était vraiment forcément un truc de magouilles.
On leur a proposé plein de fois d'être sur des listes aux municipales. Ils ont jamais voulu.
Ils étaient syndicalistes, tous les deux.
Enfin leur engagement, c'était un engagement militant très cortiqué, avec du sens, mais totalement en dehors des partis, à une très grande distance et un peu méfiant, presque.
Et de ce que je sais, ma mère votait écolo, logiquement, dès qu'elle a pu.
Et mon père, il votait pour la gauche qui avait le plus de chances de gagner.
En gros, c'est, je pense, comme ça qu'ils théorisaient.
Fred : D'accord.
Donc c'était dans les années quand, ça ?
C'était dans les années 85 ?
Cécile : Alors, moi, je suis née en 75.
Fred : Donc c'est les années 80, oui.
D'accord. Donc à l'époque de présidence Mitterrand
Cécile : Donc j'ai eu droit à un verre de limonade, ce qui était quand même un événement absolument…
Fred : En 81 ?
Cécile : — En 81. Voilà.
Fred : D'accord. OK.
Cécile : Je m'en souviens pour ça [rires]
Fred : D'accord.
C'est aussi le moment où je me suis intéressé effectivement à la politique en 81, à ce moment-là, quoi.
Donc tu fais des études.
Mais avant ça, à l'école, quels gens𛈂
Je te pose la question parce que, bon, bah, t'as été une responsable politique, t'es aujourd'hui responsable d'une ONG.
Donc t'es quelqu'un qui a affronté beaucoup de choses et qui mène des combats.
Enfin, moi, ce que j'appelle en tout cas des combats.
Donc à l'école, comment tu étais, déjà ?
Est-ce que tu étais une bonne élève, mauvaise élève ?
Et comment tu étais par rapport aux autres, par rapport au groupe ?
Est-ce que tu étais timide ? Est-ce que tu étais une meneuse ?
Deux questions en une.
Cécile : Alors j'étais très petite parce que j'avais un an d'avance depuis la maternelle.
Je suis toujours pas très grande, donc j'étais vraiment très petite.
J'étais une excellente élève et j'étais très, très timide.
J'avais plutôt de la difficulté à me faire des amis, on va dire.
C'était pas une chose très facile.
Mais comme j'avais les amis, les enfants de mes parents, j'étais pas du tout isolée.
Et à part ça, j'étais surtout une grande lectrice.
En fait, moi, je vivais dans les livres.
Voilà.
Je lisais partout, tout le temps.
Fred : Dans quel genre de livre ?
Cécile : Je crois que le début de mon histoire avec les livres, c'est Le Club des cinq.
Fred : Le Club des cinq, rappelle-moi ce que c'était.
Cécile : Le Club des cinq, c'est une bande d'enfants, dont une particulière qui était ma préférée qui est Claude, qui s'appelait Claudine, mais qui voulait pas qu'on l'appelle Claudine, qui voulait qu'on l'appelle Claude qui était ce qu'on appelait un garçon manqué.
Et moi, c'était elle qui me fascinait.
Qui vivait des aventures tout le temps.
Donc ils découvraient des trésors.
Ils découvraient des méchants.
Enfin voilà.
Et en fait, moi, je voulais cette vie-là, quoi.
Je voulais l'aventure comme dans Le Club des cinq.
Fred : Donc tu voulais des aventures et des choses très variées.
Je voulais des aventures, très clairement.
Enfin vraiment, je pense que j'ai vraiment été extrêmement marquée par…
Je suis sûre qu'il y a d'autres gens.
Je suis sûre que je suis pas la seule.
On est tellement à avoir lu Le Club des cinq.
Mais moi, voilà, je voulais l'aventure.
En fait, je voulais pas m'ennuyer.
Cest pas que j'avais peur de m'ennuyer, parce que moi, tant que j'ai un livre, je m'ennuie pas.
Mais ouais, je voulais que la vie, ce soit riche, drôle, amusant, curieux. Voilà.
Fred : Et en groupe ? parce que Le Club des cinq.
Cécile : Ah oui, en troupeau [rires].
Fred : En troupeau, voilà.
Cécile : Et ça, pour le coup, quand j'ai réussi petit à petit à m'éloigner de la timidité, je suis pas du tout quelqu'un de solitaire.
Et d'ailleurs, je suis pas bonne si je suis seule.
J'ai un esprit qui se construit et qui devient intelligent par le rebond et par le dialogue.
Fred : D'accord.
Pendant tes études, en tout cas en primaire ou secondaire, est-ce qu'à un moment, tu sais ce que tu veux faire ?
Cécile : Pas du tout.
Alors quand je vois, d'ailleurs, je suis en tant que maman dans les affres de Parcoursup, je trouve ça…
Cela aurait été un cauchemar pour moi.
Bien sûr que je savais pas.
D'ailleurs, sur la porte de ma chambre, il y avait une affiche de Plantu. Désolée, il a mal vieilli, je sais. Il y avait un bébé dans un berceau qui disait « je veux de l'espoir, je veux de l'amour, je veux du rêve ». Et il y avait les parents au-dessus du berceau qui disaient « passe ton bac d'abord ». C'était un peu mon état d'esprit, quoi, voilà.
Alors qu'en fait, j'ai eu mon bac.
Fred : Quel type de bac t'as eu ?
Cécile : J'ai eu un bac B. Ça signe l'âge qu'on a.
B, c'est ES pour la génération d'après.
Et en gros, économie et maths.
Fred : Donc t'as le bac, et…
Cécile : Ce qui est mon premier acte de grande rupture parce que je n'ai pas voulu aller en première scientifique.
Alors que ma mère était prof de physique-chimie, ma marraine aussi.
Ma grand-mère, qui était une ancienne institutrice, pensait qu'hors des maths, point de salut.
C'est mon premier acte de rébellion absolue, c'est de pas aller en première scientifique.
Fred : D'accord.
Donc après ce bac économique-social, tu t'orientes vers quoi ?
Cécile : Je fais deux choses.
Je m'inscris en classe de prépa parce que quand même, j'avais bien conscience que j'étais allée un peu loin avec mon affaire de pas aller en première scientifique. C'était un peu pour consoler mes parents.
Mais en même temps, simultanément, je m'inscris. Alors c'est pas du tout comme aujourd'hui. C'est fou. Je suis allée avec mon résultat du bac devant une dame dans un bureau. J'ai dit « Bonjour, je voudrais m'inscrire en fac de géographie ».
Parce que j'avais un copain qui s'appelait Christophe. On l'appelait Tato (TODO), qui avait fait des études de géographie.
Je trouvais ça hyper fun, vraiment super intéressant, passionnant, amusant. Enfin voilà, ça répondait à mon idée d'aventure.
Et donc, je me suis inscrite en géographie.
Après ma première année de prépa, pourtant, j'ai eu des concours d'école de commerce. Mais là, je me suis dit « C'est pas possible, ça. Je peux pas faire ça ».
Ce qui est bizarre puisqu'après, j'y reviendrai.
Mais du coup, je suis partie à la fac à Jussieu en géographie.
Fred : D'accord. Et tu es allée jusqu'où ?
Cécile : Je suis allée jusqu'à l'équivalent du Master 2 aujourd'hui, qui était un DEA à l'époque, de recherche.
Fred : Un DEA, un diplôme d'études approfondies.
Cécile : Voilà, de recherche, parce que j'avais envisagé le fait de faire une thèse.
Mais entre-temps, j'ai eu un bébé.
Puis j'ai passé deux concours, un pour entrer à la protection judiciaire de la jeunesse et un autre pour entrer à l'ESSEC.
J'ai eu les deux et j'ai choisi d'aller à l'ESSEC.
Fred : Alors attends, excuse-moi, parce que c'est quand même deux…
Cécile : ouais, c'est marrant hein.
Fred : Déjà, c'est intéressant, on y reviendra peut-être, t'as été maman très jeune.
T'avais quoi, 21 ans, 22 ans ?
Cécile : Oui, 21 ans, quand il est né.
Fred : Et aujourd'hui, t'as 4 enfants, c'est ça ?
Cécile : Oui, j'en ai 4.
Fred : Et donc là, tu passes deux concours.
Donc l'un, la protection de l'enfance, c'est ça ?
Cécile : La protection judiciaire de la jeunesse. C'est le personnel qui s'occupe des adolescents essentiellement, soit en danger, soit sous main de justice, parce qu'ils font l'objet d'une décision de suivi éducatif renforcé.
Fred : D'accord.
Et en parallèle, l'ESSEC, qui est une grande école de commerce, si je me souviens bien. Mais pourquoi les deux ? Parce que c'est très différent.
Cécile : Alors l'ESSEC, en fait, c'est parce que j'avais un très bon ami à la fac de géo dont la femme avait fait l'ESSEC.
Et elle m'avait dit « si tu peux le faire avec l'apprentissage », ça veut dire que t'es payée pendant tes études et t'as pas à payer les 40 000 francs à l'époque que coûtait la scolarité, ce que j'étais totalement incapable de payer.
Et donc je me suis dit « ah, c'est malin ».
Et il se trouve que le père de mon fils, lui, à l'époque, a passé le concours de l'administration pénitentiaire pour devenir éducateur en prison.
Et je me suis dit que le père éducateur en prison et la mère à la PJJ [note de transcription : protection judiciaire de la jeunesse], ça faisait beaucoup.
Du coup, je suis allée à l'ESSEC.
En fait l'histoire de ma vie, c'est ça qui est drôle quand on regarde…
Je comprends toujours les gens qui regardent de l'extérieur et qui trouvent que j'ai un parcours un peu météoritique, qui paraît presque tout tracé, alors que c'est vraiment une histoire de chance, de hasard et de rencontre.
Mais c'est une formule d'une chanson que j'aime beaucoup, qui est la chanson du Ramoneur dans Mary Poppins.
La chanson s'appelle « Chem cheminée ».
Et à un moment, il dit dans la chanson « Pour avoir de la chance, prends la chance comme elle vient ».
Et c'est un peu ce que j'ai fait, je crois.
Fred : Donc tu as un DEA, donc…
Cécile : De géographie.
Fred : De géographie.
Cécile : Un bébé. Et je rentre à l'ESSEC.
Fred : Et tu rentres à l'ESSEC.
Et tu en sors diplômée ou pas ?
Cécile : J'en sors diplômée avec deux filles de plus.
Fred : Avec deux filles de plus.
D'accord.
Cécile : Une par an.
Fred : Une par an.
D'accord.
Donc trois filles, à quoi, à 24 ans ?
Cécile : Un fils et deux filles.
Fred : En tout cas, trois enfants.
Cécile : À 25 ans.
Fred : À 25 ans.
Ça doit être dur quand même, non ?
Cécile : Pas du tout.
Fred : Parce que c'est une des questions qu'on m'a posées en amont, c'est « comment elle fait ? ».
Et on y reviendra tout à l'heure sur la partie politique et autres.
« Comment elle fait en ayant quatre enfants, une activité politique, des engagements militants ? »
Cécile : Franchement, je n'ai pas de recette à donner, si ce n'est que je crois que je voulais tout.
Je voulais l'aventure, je l'ai dit.
Et les enfants, ça faisait partie de l'aventure.
Et franchement, c'est ma meilleure aventure.
Je suis extrêmement contente que le débat sur les enfants soit si ouvert. Que la pression n'existe pas sur les femmes pour avoir des enfants. Que certaines femmes puissent dire qu'elles regrettent. Tout ça, qu'il y ait cette liberté autour de ça.
Mais moi, je crois que je peux dire avec la même force et la même liberté que la maternité ça a été un truc formidable dans ma vie. Et toujours, ça l'est.
J'adore mes enfants. J'ai trouvé ça épatant de voir grandir ces petites personnes qui tiennent un peu de toi, mais qui sont quand même totalement eux-mêmes.
Et j'ai adoré ça.
Donc non, je n'ai jamais senti ça difficile.
Et je me suis demandé si je ne m'étais pas un peu réinventée une vie.
Donc il n'y a pas longtemps, j'ai demandé à une copine de l'époque.
Je lui ai dit…
Parce que je vois ce que ça veut dire. J'avais 25 ans, quand ma deuxième fille est née, j'avais un fils de 4 ans, une petite fille de 18 mois et un nouveau-né. Et j'habitais au quatrième étage, sans ascenseur, à Fleury-Mérogis.
Et je n'ai aucun souvenir de truc chiant. À part le fait qu'il fallait monter les enfants deux, puis un, les étages.
Et je lui ai dit…
Je vois ce que ça signifie maintenant. Si je voyais quelqu'un comme ça, je me dirais que c'est un peu chaud quand même.
Et ma copine m'a dit « non, non, tout avait l'air parfaitement normal ».
Donc je ne sais pas.
Je pense que d'abord, j'ai élevé des enfants cools. Que moi, je trouvais ça chouette.
Et que j'ai toujours aimé faire plusieurs choses en même temps en fait.
Je ne me suis pas posé la question.
Et pour dire les choses, quand les enfants sont là, tu avances. Ça fait partie de l'histoire.
Je vois bien ce pour qui c'est compliqué quand ils ont une vie où ils font plein de choses. De se dire que si j'ai un enfant, je ne vais plus pouvoir faire les mêmes trucs.
Moi, j'ai continué à faire plein de choses en ayant des enfants. C'est tout. Parce que je les ai eus très jeunes.
Pas à un âge où tu te dis que tu ne vas plus aller au café.
Pas du tout.
Fred : Peut-être une question indiscrète.
Ton compagnon t'aidait à l'époque ?
Cécile : Oui, oui, oui, oui.
Lui, quand j'étais à Fleury, il était directeur adjoint. D'éducateur il était devenu directeur. Donc, il avait pas mal de boulot.
De toutes façons, c'était quand même un peu nécessaire.
Après, j'ai travaillé quand ma fille avait six mois.
Donc, de toute façon, il n'y avait pas trop le choix.
Mais il y avait la crèche et vive les impôts.
Parce que quand mon fils est allé à la crèche, quand j'étais étudiante, on était vraiment fauchés, mais vraiment, vraiment fauchés.
Et la crèche, c'était 6 francs 50. C'est moins d'un euro ou l'équivalent d'un euro aujourd'hui par jour. Nourriture, couches comprises.
Et c'est grâce à ça que j'ai pu continuer mes études en vrai.
Et donc, je suis hyper contente aujourd'hui de payer des impôts pour que quelqu'un, l'équivalent de moi puisse vivre la même chose.
C'est un très bon système, le système qui finance des services publics dans ce pays.
Fred : Nous sommes bien d'accord.
On parlait tout à l'heure des amis qui venaient à la maison.
Quand on est étudiante ou étudiant, on a des amis.
Mais c'est rare qu'on ait des amis qui aient des enfants.
Est-ce que ça a créé une distance ou pas ?
Ou pas du tout, en fait ?
Cécile : Ça a créé de la distance avec une de mes amies, qui ne l'est plus devenue.
Je crois que ça l'a beaucoup perturbée, on va dire. Elle n'aimait pas ça.
Les autres, ça faisait un peu partie du truc.
Et en vrai, quand on a annoncé qu'on allait avoir un troisième enfant, la majeure partie des gens, ils ont éclaté de rire.
Ça devenait complètement loufoque.
Mais du coup, c'était marrant et sympa, parce que les enfants avaient aussi plein d'autres gens qui trouvaient ça rigolo de pouvoir s'en occuper.
Je ne sais pas ce qu'aurait été ma vie si je n'avais pas fait ça, mais franchement, je me considère que c'est une très grande chance.
Très, très, très grande chance.
D'avoir eu autant d'enfants, si jeunes, sans se poser de questions.
Et c'est ce que je dis de temps en temps.
Je dis à leur père, qui n'est plus mon compagnon depuis très longtemps, je lui dis que je le remercie.
On a bien fait. Vraiment.
Et en plus, ils sont supers maintenant.
Fred : C'est cool.
Cécile : Avant, ils étaient super aussi. Je veux dire, c'est des enfants adultes, et c'est très marrant la relation avec des enfants adultes.
J'aime bien aussi.
Fred : Oui, ça change.
Cécile : Oui, ça change.
Fred : Parce que maintenant, ils ont 30, 25 ans ?
Cécile : Mon fils a 28 ans.
Fred : 28 ans, c'est ça, le premier.
On revient sur les études.
Tu finis l'ESSEC, tu as eu un DEA en géographie, tu es diplômée de l'ESSEC, école de commerce.
Donc, tu l'as fait en apprentissage.
Cécile : Oui, en apprentissage.
Fred : L'ESSEC.
Tu étais dans quelle structure en apprentissage ?
Cécile : J'étais dans une structure qui est groupe lié au 1% logement. Donc, un groupe privé, mais paritaire. Donc, géré à la fois par les syndicats de salariés et les syndicats d’employeurs.
Mais c'est le secteur privé. Enfin, c'est un contrat de travail privé.
Et moi, je me suis retrouvée assez rapidement à gérer les filiales de ce groupe, à être la secrétaire générale des filiales.
Fred : D'accord.
Et donc, à la fin des études, tu restes dans la société ?
Cécile : Oui. En fait, mon patron de l'époque me propose de me recruter.
Je lui dis « oui, enfin là, je vais être en congé maternité ».
Il a dit « ah ben, j'ai l'habitude ».
En gros, parce que j'avais déjà eu une fille avant, en travaillant.
Et du coup, j'ai commencé à travailler vraiment dans ce groupe-là, en ayant le poste de secrétaire générale.
Et j'ai créé une nouvelle filiale, de gestion d'hébergement temporaire, enfin, pour jeunes salariés essentiellement, qui s'appelle Résidétapes, qui existe toujours.
Donc, c'était l'aventure aussi à mon boulot.
C'est ça que j'aimais bien, c'est que c'était un peu tout le temps différent.
Et en fait, je me suis retrouvée à faire l'intérim, théoriquement l'intérim d'un de mes collègues qui était parti pour gérer une filiale de construction, donc de maîtrise d'ouvrage.
Et moi, j'avais dit à mon patron de l'époque, j'ai dit « mais moi, je ne connais rien du tout à la construction ni à la maîtrise d'ouvrage ».
Il m'a dit « mais vous verrez, vous vous débrouillerez, c'est en attendant de trouver quelqu'un ».
Puis finalement, je suis restée. Et donc, je me suis retrouvée à superviser la construction d'immeubles à 25 ans, en l'occurrence, 26 ans.
C'était marrant, mais ça m'a beaucoup appris et j'ai adoré ça.
En fait, je crois que c'est un métier que j'ai beaucoup aimé.
Et bizarrement, j'aurais bien aimé continuer à travailler dans le secteur de l'immobilier.
Ça m'a beaucoup plu.
Mais quand on a été ministre du logement, c'est compliqué.
Donc, je ne me voyais pas retourner dans ce secteur-là après avoir été ministre du logement.
Fred : D'accord.
Et donc là, c'est le métier d'urbaniste, c'est ça ?
Cécile : C'était un métier d'urbaniste au départ parce qu'il y a une des filiales, une des filiales qui existe toujours, d'ailleurs, qui s'appelle Espacité, qui fait du conseil aux collectivités locales à l'époque sur la question de renouvellement urbain, notamment.
Parce qu'à l'ESSEC, après mon diplôme de géographie, à l'ESSEC j'avais suivi le diplôme classique, mais on pouvait en plus suivre des mentions, donc des spécialisations en complément.
Et moi, j'avais pris la mention économie urbaine.
Fred : D'accord.
Alors, est-ce que tu peux peut-être expliquer en une phrase ou deux ce qu'est le métier d'urbaniste ?
Cécile : Alors, il y a plein de variantes du métier d'urbaniste.
Mais en gros, c'est ceux qui sont en charge de la construction, la planification, la gestion des villes ou des territoires urbanisés, ce qui n'est pas forcément une ville. D'ailleurs, ça peut être un quartier, d'autres choses.
Mais voilà, c'est ça, urbaniste.
Alors, il y en a qui sont architectes urbanistes, donc qui dessinent.
Il y en a d'autres qui font plus de la planification.
Il y en a d'autres qui travaillent à la maîtrise d'ouvrage et donc à la construction, à la réalisation.
D'autres à la gestion de tout ce qui implique la gestion d'une ville, notamment les réseaux, par exemple.
Voilà, c'est un peu toute la palette du métier.
Fred : D'accord.
Alors, il y a une question sur le salon web et je promets à Laurent que je reviendrai sur ses questions tout à l'heure.
« Est-ce que c'est l'envie d'aventure uniquement ou le désir de construire des choses et de changer le monde qui t'animait à cette époque ? ». C'est Julie qui pose la question, je balance.
Cécile : Moi, j'ai toujours été révoltée par l'injustice, mais j'ai été élevée à être révoltée par l'injustice.
D'ailleurs, ça a valu une discussion avec mes parents.
Un jour, je me souviens très bien, on était en vacances ensemble et bon, j'avais fait une frasque ministérielle et du coup, il y avait mon nom en une du Monde et mon père a pris le journal parce qu'il lit Le Monde depuis toujours et il dit à un moment « mais qu'est-ce qu'on a fait pour avoir une fille, en gros, qui fait de la politique ? »
Et je lui dis « mais vous vous rendez compte à quel point l'éducation que j'ai reçue était idéologique ? ». Alors, dans le bon sens du terme.
Ma mère, elle se plantait devant notre placard et elle disait, voilà, si on partageait les robes entre tous les enfants du monde, vous auriez chacune une seule robe. Ce genre de choses, quand on a 4-5 ans, ça marque.
Donc oui, moi, j'ai été très sensibilisée à l'injustice.
Je pense à la fois par mon éducation et puis aussi par une autre branche de mon éducation qui était l'éducation catholique parce que moi, je suis allée à l'action catholique des enfants et ensuite à la JOC.
Fred : La JOC, c'est quoi ?
Cécile : La JOC, c'est la Jeunesse ouvrière catholique, mais en vrai, ou chrétienne, tiens, c'est une bonne question.
Fred : Chrétienne, je crois.
Cécile : Mais chez moi, c'était plutôt, ça remplaçait l'aumônerie, en fait, bizarrement, là où j'étais.
Et du coup, moi, j'ai été trempée dans le catholicisme social, c'est-à-dire les cathos de gauche des années 70-80, très engagés et assez radicaux sur le fond, sur le partage et sur une lecture littérale des évangiles à base d'aimer son prochain, de protéger les plus faibles et de partager les richesses.
Fred : Attends, je crois que j'en profite et que tu parles de ça parce que je crois que là, il y avait une question.
Cécile : Et je suis toujours convaincue.
Fred : Je vais pouvoir poser une des questions qu'a posée Laurent.
« Peut-on être écologiste, de gauche et catholique ? »
Cécile : Moi, je crois qu'on vit toujours de contradictions.
Et c'est d'ailleurs dans ces propres contradictions internes, quand on les fait dialoguer entre elles, qu'on arrive à avancer.
Ou alors peut-être qu'il y a des gens qui sont purs, qui sont parfaitement alignés sur tout. Moi, pas du tout.
Donc oui, ça crée des débats internes. En tout cas, c'est comme ça que je suis.
Alors, catholique, j'ai été baptisée. Je suis officiellement catholique. Je n'ai pas renié cette religion. Et je peux dire que je crois toujours en Dieu.
En revanche, je ne suis pas du tout en phase avec beaucoup de choses de l'Église catholique.
Fred : Surtout quand tu étais jeune, je suppose, à l'époque, avec le sida, etc.
Cécile : Exactement.
C'est pour ça que je me suis beaucoup éloignée.
Je l'ai redit récemment.
En fait, j'ai commencé à dire que j'étais catholique à cause du procès qui était fait à un certain nombre de jeunes femmes politiques d'origine maghrébine, à qui on sommait d'expliquer ce qu'elles pensaient de la religion, « est-cece qu'elles faisaient le ramadan ? » etc.
Et moi, je trouvais ça insupportable.
Donc un jour, j'ai dit « écoutez, moi, on ne me demande pas de dénoncer les commandos anti-IVG parce que je suis catholique ». Et donc, quelqu'un dit, « ah bon ? Pourquoi elle a dit ? Ele est catholique ? ».
Et en fait, je l'ai fait comme ça.
Je me suis rendue compte aussi que ça agaçait certains catholiques. Du coup, pour rien vous cacher, ça m'a quand même fait un peu plaisir.
Ça continue, d'ailleurs. Je vois bien que ça dérange certains.
J'y suis pour rien moi, j'étais petite quand on m'a dit que je faisais partie de cette famille donc dont acte maintenant, qu'ils se démerdent.
Fred : Alors, est-ce que c'est à cette époque-là que datent tes premiers engagements ?
L'époque de la Jeunesse ouvrière chrétienne ?
Ou est-ce que c'est à d'autres moments ?
Cécile : Oui.
Fred : Au-delà des parents, à quel moment tu as commencé à t'engager pour des causes ?
Cécile : Mon premier vrai engagement personnel, c'est le Génépi, une association d'étudiants qui à la fois donnait des cours en prison ou participaient à des activités et puis s'engageaient à l'extérieur pour parler de la question des prisons.
Donc, ça, c'est quand j'étais, je pense, en deuxième année de… Donc, en 93-94 ? Oui, 94. Oui, c'est ça.
Fred : Donc, tu avais 19 ans, quoi.
Cécile : Oui, c'est ça.
Et là, ça a été mon premier vrai engagement.
Oui, 18-19 ans, où je suis allée toutes les semaines à la Maison d'Arrêt de la Santé.
J'ai découvert un monde que je ne connaissais pas.
Fred : Et tu y faisais quoi, en fait, concrètement ?
Cécile : La première année, on avait un atelier, on était deux, d'information et de sensibilisation sur les médias.
C'était très marrant en groupe.
Et ensuite, je suis devenue écrivain publique, en fait.
Fred : C'est-à-dire que tu les aidais à…
Cécile : Je faisais deux choses.
J'écrivais des lettres en français pour les gens qui n'étaient pas francophones.
Et aussi, j'écrivais des lettres administratives ou des lettres d'amour ou des lettres de rupture.
Et ensuite, je me suis assez rapidement spécialisée en bidouillage de CV pour masquer les périodes d'incarcération.
Du coup, ça a valu plein plein de gens.
Quand je suis devenue ministre, un jour, je suis allée dans un centre d'hébergement pour des anciens détenus.
Et je me suis dit « à tous les coups, il y en a un qui va me dire « Mais je vous connais, c'est vous qui avez fait mon CV ! » »
Voilà, j'ai fait ça pendant trois ans, je crois.
Fred : D'accord.
Et donc là, c'est là qu'a commencé un engagement qui est donc plus sur la justice sociale, quelque part.
Ce n'est pas écologique, là.
Cécile : Oui, oui.
Alors, la dimension écolo, elle s'est vraiment renforcée à l'ESSEC.
J'allais dans les cours de l'ESSEC et notamment les cours de marketing où vraiment, ce qu'on apprenait c'était à créer des besoins chez les gens pour pouvoir vendre des produits qui n'existaient pas et qu'on allait créer.
Fred : Ah oui, ça devait te choquer un peu, quand même.
Cécile : Ce qui était un peu particulier.
Et puis, là, pour le coup, j'ai fait une grande rencontre.
Et la grande rencontre, elle, s'appelle André Gorz.
Et j'ai lu Gorz et tout m'est apparu absolument lumineux.
Fred : Alors, rappelle qui est André Gorz, peut-être en une phrase ou deux.
André Gorz, c'est un philosophe qui était aussi un journaliste, un des fondateurs du Nouvel Obs, qui a théorisé l'écologie politique, on va dire ça comme ça, notamment sur l'aspect impossible d'un développement infini dans un monde aux ressources finies, pour dire les choses de manière très simple.
Fred : D'accord, OK.
On va peut-être faire la pause musicale maintenant.
Comme ça, je pourrais lire aussi les questions de Laurent.
Les questions un peu plus longues.
Cécile : On fait une pause musicale pour Laurent.
Fred : Parce que j'ai vu la question qui était plutôt courte.
Donc là, on va revenir un peu aussi en arrière.
Il y a peut-être 20 ans, je crois, ou je ne sais pas.
Ma philosophie d'Amel Bent, ça date de 2005, non ? Un truc comme ça ? Je ne sais plus.
Cécile : Ça doit être ça, 2005-2006. 2006, je pense.
Fred : OK, donc une vingtaine d'années.
Alors, pourquoi ça te…
Parce qu'en fait, je l'ai choisi, parce que…
Cécile : Parce que j'en parle souvent.
Fred : T'en parles souvent.
C'était même un moment, t'as sonnerie de téléphone, jusqu'à ce que tes enfants te disent que c'était plus possible.
Donc, qu'est-ce qu'il y a dans cette chanson qui te plaît tant ? Qui a été écrite par Diam's.
Cécile : Elle m'a parlé instantanément . Je crois que je me souviens la première fois que je l'ai entendue.
Moi, j'ai exactement 10 ans de plus qu'Amel Bent.
Et je ne sais pas. Cette chanson, elle n'a pas parlé qu'à moi, parce que c'est devenu un peu…
Fred : C'est un hymne.
Cécile : Un hymne, exactement.
Mais ça l'est devenu pour moi instantanément.
Donc, c'est une chanson sur laquelle on peut danser. C'est une chanson qu'on peut crier. C'est une chanson qui te fait repartir quand t'as un peu le moral à zéro.
Et pour dire les choses, parfois, ça m'est arrivé plusieurs fois en voiture d'avoir la radio. J'écoute Chante France. Je sais que quelqu'un que j'aime me déteste. Parce que quand il allume l'autoradio, c'est sur Chante France. Et puis, j'ai du vague à l'âme, etc. Et tout d'un coup, cette chanson passe. Et instantanément, ça me fait sourire.
Elle me parle et je pense que je suis ça en partie, en fait.
Fred : On va découvrir qui tu es en partie en écoutant Ma Philosophie par Amel Bent.
On se retrouve dans 3 minutes. Belle soirée à l'écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d'écouter Ma Philosophie par Amel Bent.
Nous sommes toujours avec Cécile Duflot dans l'émission Chemin de traverse sur radio Cause Commune.
N'hésitez pas à participer à notre conversation au 09 72 51 55 46 ou sur le salon web dédié à l'émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Et je signale que j'ai lu les questions et que certaines seront sans doute en fin d'émission, dans la troisième partie, effectivement, que je relaierai une partie de ces questions.
Donc, juste avant la pause musicale qui, effectivement, remonte le moral et qu'on se disait hors antenne, c'est que récemment Amel Bent a mis le feu aux Flammes, l'événement annuel du monde du rap.
Donc, je crois qu'il y a une vidéo en ligne où elle intervient, elle a fait un medley d'une dizaine de minutes qui a mis le feu dans cet événement.
Donc, juste avant la pause, on parlait, on en était sur tes premiers engagements de militante.
On disait que tu étais urbaniste, que tu travaillais pour une structure.
Tu as travaillé pendant combien de temps et est-ce que tu as fait autre chose avant l'engagement politique dont on va parler maintenant ?
Cécile : Oui, j'y ai travaillé dix ans et j'ai commencé à faire de la politique à temps partiel.
Donc, en fait, je continuais de travailler et puis j'ai pris d'abord une journée par semaine, puis deux, et puis ensuite un congé sans solde et puis j'ai démissionné, en fait, au moment où je suis devenue ministre. Très clairement.
Fred : D'accord. Je pensais que c'était moins de temps, effectivement.
Cécile : Non, non, non, non.
Je ne fais pas partie du tout de ces gens qui ont commencé la politique en travaillant au sein de la politique.
Fred : Qui n'ont fait que ça, quoi.
Cécile : Non, moi, j'ai travaillé vraiment dix ans dans un secteur totalement différent.
Puis, en plus, il se trouve que je portais mon nom de femme mariée dans la vie professionnelle et mon nom à moi dans la vie politique.
Mais un jour, j'ai eu un rendez-vous avec un maire qui se trouvait être un éminent dirigeant socialiste et quand il m'a vu rentrer dans son bureau avec mon nom de l'époque, il a bugué. J'ai dit « oui, oui, en fait, j'ai deux noms ».
Et donc, c'était drôle. Mais là, ça a commencé à atteindre ses limites.
Fred : D'accord.
Donc, ton engagement, notamment ton engagement chez Les Verts, il date de 2001, c'est ça ?
C'est le premier parti que tu as rejoint ?
Cécile : Oui.
Fred : Comment ça s'est fait ?
Cécile : Au départ, complètement localement.
En fait, je me suis rapprochée des écolos de la ville où j'habitais, qui s'appelle Villeneuve-Saint-Georges.
Et j'ai rencontré Daniel et Liliane Dayot. Et Liliane, c'était une militante.
Fred : C'est vrai ?
Cécile : Oui, c'est vrai.
Fred : Ah, d'accord.
Parce que Loïc Dayot, leur fils, c'est quelqu'un que je connais très bien. C'est marrant.
Cécile : Et Liliane, c'était une militante féministe qui disait que de toute façon, les filles, il fallait les capturer, il fallait les pousser, sinon elles ne faisaient jamais rien.
Donc, elle m'a capturée.
Donc, elle m'a appelée, appelée, tous les trois mois, quatre mois.
J'ai fini par dire oui pour être sur la liste des municipales, pour compléter la liste.
Et je me suis retrouvée deuxième sur la liste des municipales.
C'est comme ça que ma vie politique a commencé, vraiment. Si Liliane ne m'avait pas vraiment tirée, poussée. Parce que je me rappelle physiquement, le premier congrès vers lequel je suis allée, j'étais sur la liste des délégués, elle tenait mon pull. Et moi, j'essayais de me libérer.
Et elle a fait inscrire mon nom sur la liste en tenant mon pull. Et je disais « mais non, mais Liliane, je ne connais personne, je ne peux pas ».
Et elle disait « si, si, si ».
Et donc, la personne qui prenait les noms, elle dit, « mais t'es sûre qu'elle est d'accord ? ».
Et elle dit « benj non, elle n'est pas d'accord. C'est jamais d'accord, les filles. C'est pour ça que je suis là ».
Voilà. C'est comme ça que ma vie politique a commencé, en fait.
Si Liliane n'avait pas été là, elle ne m'avait pas tirée, je ne suis pas du tout sûre que la suite se serait organisée comme ça.
En tout cas, elle a eu le nez creux, parce que finalement, après, quelle carrière, entre guillemets.
Cécile : Exactement.
Mais je dis souvent en souriant qu'il y a des gens qui ont l'oreille musicale. C'est le cas de ma maman, d'ailleurs. C'est pour ça que je m'appelle Cécile.
Elle rêvait d'avoir une fille musicienne, je pense. La sainte patronne des musiciens.
Il y a des concerts des harmonies, des pompiers et des fanfares le jour de la Sainte Cécile.
Et ça n'a pas marché.
Il y en a qui ont la main verte.
Il y en a qui ont, je ne sais pas, plein de talents.
Et moi, je dois avoir un truc avec la politique.
Fred : Alors justement, c'est une de mes questions.
Ça a été un parcours météoritique, très rapide en fait.
Parce que j'ai noté adhésion au Vert en 2001, donc à 26 ans.
Tu intègres la direction en 2003, deux ans plus tard.
Et tu es élue secrétaire nationale en novembre 2006, réélue en décembre 2008, ce qui est assez rare chez les Verts, parce qu'en général, je crois qu'il n'y avait que Jean-Luc Bennahmias qui avant avait fait deux mandats.
Donc tu es montée très vite.
Quelle qualité, quel talent il faut pour aller aussi vite, à part l'envie ?
Cécile : Alors, je crois qu'il y avait un truc, c'est que je n'avais pas du tout peur et pas du tout envie de faire carrière.
Donc du coup, ça me rendait totalement libre, notamment dans le rapport de force, parce que je n'avais pas peur de perdre.
D'ailleurs, je n'ai jamais eu peur de perdre.
D'ailleurs, je n'ai même pas eu peur de partir du gouvernement ou d'arrêter la politique.
Ça n'a jamais été un objectif pour moi.
Donc, en fait, c'était assez facile de ne pas avoir peur.
Et quand tu n'as pas peur et que tu y vas, des fois, tu perds, parce que j'ai aussi perdu, plusieurs fois et des fois très sèchement.
Fred : On y viendra tout à l'heure.
Cécile : Parfois, tu gagnes.
Ensuite, ce que j'ai aimé, moi, c'est la dimension très collective.
Les partis, c'est beaucoup décrié pour plein de choses, mais quand même, moi, j'ai vécu une aventure qui n'est pas du tout une aventure individuelle parce que dès 2001 et encore plus dès 2003, il y a des gens que je rencontre qui sont toujours des amis aujourd'hui.
Fred : Des gens au parti ?
Cécile : Oui, bien sûr.
Donc, ça a été aussi une aventure amicale, une aventure de troupe, de bande, une aventure où je pense que ce que je voulais surtout, c'était que les gens qui m'avaient fait confiance soient fiers de moi.
Et dans ces cas-là, je pense que je peux déplacer des montagnes.
C'est ça dont je me suis rendu compte.
Fred : D'accord.
Alors, est-ce que tu n'as pas peur ?
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Notre invitée ce mercredi est Domitie de Lamberterie, connue sous son nom d’artiste Mythie.
Aidez-nous à mieux vous connaître et à améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses sont très précieuses pour nous. De votre côté, c’est aussi l’occasion de nous faire des retours.
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34e émission « Chemins de traverse » diffusée en direct le 4 juin 2025 à 22hNotre invitée ce mercredi est Domitie de Lamberterie, connue sous son nom d'artiste Mythie.
De la philosophie à la musique, écoutez le parcours de Mythie, compositrice et productrice aux multiples talents.
Pour imaginer un monde meilleur, Mythie a fondé l'association Mermaids et réalisé le podcast « Sisters of sound » consacré à la production artistique féminine, qui a décrypté, notamment, la notion de réussite.
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Notre invitée ce mercredi est Ewa Kadziolka.
Mercredi soir, Ewa nous a parlé de sa vie en Pologne entre 1981 et 1989, puis du retour à la liberté de son pays. Elle nous a raconté comment elle a appris le français. Et plein d’autres aventures. Ewa a marqué le plateau de la radio de son humanité et de ses sourires.
Et pour finir, avec beaucoup d’émotions, Ewa nous a appris comment elle s’est inspirée de Viktor Frankl et nous a raconté l’histoire incroyable de cet homme.
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Photo du plateau de la radio avec Ewa
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33e émission « Chemins de traverse » diffusée en direct le 28 mai 2025 à 22hNotre invitée ce mercredi est Ewa Kadziolka.
Ewa a grandi en Pologne. Elle aimait beaucoup les maths et les sciences. Puis, elle est arrivée en France. Nous allons voir comment Ewa cherche à retrouver son chemin, avec beaucoup d'enthousiasme et d'émerveillement, comment elle s’inspire pour trouver sa voie.
Ewa a connu des univers très différents, nous allons les explorer ensemble.
Mercredi soir, Ewa nous a parlé de sa vie en Pologne entre 1981 et 1989, puis du retour à la liberté de son pays. Elle nous a raconté comment elle a appris le français. Et plein d'autres aventures. Ewa a marqué le plateau de la radio de son humanité et de ses sourires.
Et pour finir, avec beaucoup d’émotions, Ewa nous a appris comment elle s'est inspirée de Viktor Frankl et nous a raconté l'histoire incroyable de cet homme.
Questionnaire pour mieux vous connaîtreAidez-nous à mieux vous connaître et à améliorer l'émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses sont très précieuses pour nous. De votre côté, c'est aussi l'occasion de nous faire des retours.
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Intervenir en directS’abonner au podcast S’abonner à la newsletter
On parlera de son parcours, de son métier et beaucoup de danses sociales, ces danses où on peut danser en couple mais également des danses dans lesquelles on change de partenaire plusieurs fois pendant la danse.
🙏 Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
Voix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.
Fred : Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce 32e épisode de Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.
Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels des passions des engagements.
Notre invitée ce mercredi est Claire Favillier.
Notre invitée a une double vie, pour reprendre ce qu’elle m’a écrit.
Le jour, elle est responsable communication et la nuit, elle danse.
Alors on parlera évidemment de son parcours, de son métier, mais surtout beaucoup de danses sociales.
C’est des danses où l’on peut danser en couple, mais également des danses dans lesquelles l’on change de partenaire plusieurs fois pendant la danse.
On ne parlera pas beaucoup de techniques de danse, mais surtout de la danse et de la musique comme vecteurs de patrimoine, de multiculturalisme, et surtout de thématiques transversales qui concernent toutes les danses sociales : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l’approche dégenrée, les handicaps et la danse, la transmission des danses.
Merci à vous de nous accueillir dans votre salon, votre cuisine, voire votre chambre, ou peut-être sur votre parquet de danse.
Bonsoir Claire.
Claire : Bonsoir.
Fred : Avant que la discussion commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 21 mai 2025 sur Radio Cause Commune, la voix des possibles, sur 93.1 FM et en DAB+, en Ile-de-France, partout dans le monde sur le site causescommune.fm et vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Si vous êtes en direct, n’hésitez pas à participer à intervenir.
Julie réalise émission de ce soir.
Bonsoir Julie.
Julie : Bonsoir.
Fred : Julie attend vos appels.
Pour cela, le téléphone est branché. Appelez-nous au 09 72 51 55 46. Je répète, 09 72 51 55 46.
Alors vous pouvez réagir sur le salon web de la radio. Rendez-vous sur le site causescommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Alors comme chaque émission de Chemins de traverse, on va commencer par parler un peu de ton parcours, Claire, avant d’aborder le sujet principal de notre échange qui va être les danses sociales.
Alors j’ai vu sur un réseau social que tu as annoncé ta participation à l’émission et tu as écrit notamment « c’est une super occasion pour moi de parler entre autres de ma passion pour la danse qui a dépassé depuis longtemps le stade du loisir pour devenir à la fois une activité secondaire ET un engagement ».
Et j’avoue que activité secondaire et « ET » en majuscule engagement, ça m’a fait plaisir parce qu’on aime bien les engagements.
Et donc je pense que tu auras l’occasion dans la deuxième partie de l’émission de parler de cet aspect engagement.
Mais j’ai envie de te demander la première question, vu qu’on va parler de danse tout à l’heure.
Tout simplement, quand tu étais petite fille, quel était ton rapport à la danse ?
Claire : Alors déjà, merci beaucoup de me recevoir pour parler d’un sujet sur lequel je peux effectivement parler des heures.
Pour répondre à ta question, quand j’étais petite, je dansais pas particulièrement.
C’est pas quelque chose qui était…
Déjà, c’est pas un ancrage familial.
C’est pas quelque chose qui est vraiment natif dans ma famille. On ne danse pas beaucoup.
Par contre, quand j’avais peut-être une quinzaine d’années, mes parents m’ont inscrit à un cours de danse de salon où j’allais pour faire du rock et aussi de tout ce qui est danse de salon, du pasodoble, des choses comme ça.
Voilà, c’était un cours un petit peu multidanses que je faisais avec mes parents.
Et c’est pas un âge où c’est facile d’aller danser avec ses parents.
Donc j’avais réussi à convaincre un camarade de venir avec moi et on était un petit peu les deux seuls jeunes au club de danse du village.
Voilà, ça a duré peut-être deux ans.
Je suis pas sûre que ça m’ait beaucoup appris à danser, pour être tout à fait honnête.
Je faisais vraiment ça pour m’amuser.
Il m’en reste pas grand-chose à part le souvenir d’y être allée.
Et c’est vraiment à l’âge adulte que j’ai découvert la danse.
Fred : D’accord.
Quand tu dis village, c’est un petit village ?
Claire : Oui, c’est un petit village.
Moi, je suis originaire d’un petit village près de Grenoble qui s’appelle Jarry, qui a 4000 habitants.
Donc vraiment petit village quand même.
Fred : Dans ces villages, souvent, il y a des bals du village.
Tu y participais au-delà de ces danses de salon, rock ?
Ou pas du tout ?
Tu te souviens pas ?
Claire : Alors, je me rappelle pas qu’il y ait eu particulièrement des bals de village.
Maintenant, j’ai l’impression qu’il y a quand même beaucoup de bals, c’est plutôt les balles du 14 juillet, le bal des pompiers, ce genre de choses.
Mais c’est plutôt de la musique, un petit peu de boum, de boîte de nuit.
J’ai plutôt des souvenirs de danse comme ça, des souvenirs de danse individuels que vraiment des souvenirs de bals.
Fred : D’accord.
Donc, tu as grandi du côté de Grenoble.
Et quelles études tu as fait ?
Claire : Alors moi, j’ai fait, après mon bac, j’ai fait les métiers du livre. J’avais comme envie d’être libraire ou bibliothécaire.
Donc voilà, j’ai fait ça.
Ensuite, j’ai fait une licence professionnelle en développement web.
C’était vraiment le début des sites web.
Fred : Il y a un changement entre libraire et développement web.
Claire : Oui, mais en fait, c’était dans les années 2000.
Donc là, aujourd’hui, j’ai 42 ans.
Et à l’époque, je faisais des petits sites Internet que je codais à la main.
J’ai toujours eu une appétence pour l’informatique quand même, qui était présente.
Et en fait, c’était vraiment le début d’Internet.
Les gens, et notamment les librairies, les bibliothèques, ils voulaient un petit peu leur site Internet.
Mais il n’y avait pas encore, je pense, il n’y avait pas encore de société qui faisait ça ou alors ça coûtait vraiment cher.
Fred : C’était à l’époque des pages personnelles, notamment.
Il y avait les Club Internet et compagnie qui permettaient de créer des sites web pour quasiment pas cher, en fait.
Et avec relativement peu de connaissances techniques.
Donc c’était ça.
Claire : Voilà.
Mais en fait, les gens, en tout cas dans les entreprises dans lesquelles je faisais, par exemple, mes stages, ils n’avaient pas trop de sites Internet.
Et c’était un truc un peu de jeune, peut-être un petit peu comme aujourd’hui, on verrait les réseaux sociaux. Maintenant qu’en plus, je travaille dans la communication, les réseaux sociaux comme TikTok, je laisse ça plutôt à mes alternants parce qu’ils ont l’appétence et le regard.
Et je pense que c’était ça à l’époque, mais pour les sites Internet.
Et donc, ce que je voulais faire, c’était créer des sites Internet pour des librairies ou pour des bibliothèques.
Voilà, d’allier un petit peu une double compétence.
Fred : Et c’est ce que tu as fait ou pas ?
Claire : Pas du tout.
Fred : Qu’est-ce que tu as fait alors ?
Claire : Ce n’est pas ce que j’ai fait parce qu’en fait, après mes études, j’ai trouvé quand même pas mal de travail dans la communication d’une manière générale, mais pas forcément dans le milieu du livre.
Donc, j’ai jamais concrétisé ça.
Après, je suis allée là où les opportunités professionnelles me menaient, mais ça n’a pas été vers le milieu du livre, malheureusement. Mais j’ai toujours gardé un œil quand même dessus.
C’est toujours un milieu qui m’intéresse, mais pas professionnellement parlant.
Fred : D’accord.
Donc, professionnellement parlant, tu t’es orientée plutôt vers la communication, dans des structures publiques, c’est ça ?
Claire : C’est ça, oui.
En fait, j’ai commencé à travailler.
Mon premier emploi, c’était pour la mairie d’Annecy, où je suis restée deux ans.
C’était les emplois jeunes qui étaient réservés quand même à des jeunes gens.
Et puis ensuite, je suis partie pour Paris, où j’ai travaillé pendant presque 15 ans pour la Fédération française de voile.
Moi, qui ne faisais pas de sport, ce n’était pas…
Fred : Cela allait être ma question. Tu n’étais pas une fan de voile ?
Claire : Non, tout le monde m’a posé la question.
J’avais des souvenirs enfants d’être sur un optimiste coincée sur le lac, mais je ne faisais pas spécialement de voile.
Mais en fait, il n’y avait pas forcément besoin de connaître le sport.
En tout cas, quand on a un intérêt pour le milieu, c’est un intérêt qui se développe et c’est des connaissances qui s’acquièrent.
Donc, voilà, je suis restée très longtemps dans cette entreprise-là que j’aimais beaucoup.
Fred : Et tu avais quel type d’activité ?
C’était quoi ?
C’était le site web, les lettres d’information, des prospectus ?
Enfin, c’était quoi comme activité ?
Claire : De tout ça, en fait.
C’est vrai que les structures parapubliques, les milieux associatifs, souvent, c’est assez petits comme structures.
Donc là, c’était une cinquantaine de personnes, ce qui n’est pas ridicule.
Mais ça, ça veut dire que les services de communication, souvent, ils sont assez réduits. Ça va être deux, trois personnes maximum.
Donc ça veut dire qu’il faut savoir tout faire. Il faut faire en fonction des besoins.
Un petit peu de graphisme. Il y a eu le début des réseaux sociaux aussi. Ça s’est fait à ce moment-là.
Donc ça a été tout ça.
À la base, je venais pour le site Internet.
Et puis ensuite, j’ai rajouté différentes choses de toutes les missions de communication.
Ça peut être des relations presse, du graphisme, du rédactionnel.
Voilà, toutes ces missions-là.
Fred : Donc c’était très large, quoi.
Claire : Voilà, très large.
Fred : Donc tu y es passée 15 ans, tu disais, c’est ça ?
Claire : Oui, c’est ça. J’y ai passé 15 ans.
Fred : Et pourquoi tu as changé alors ?
Parce que tu voulais voir autre chose ?
Claire : Oui, voilà. C’était pour voir autre chose. Oui, tout à fait.
Fred : Et donc tu as rejoint. Donc après ?
Claire : Là, actuellement, je suis à l’Office franco-québécois pour la jeunesse.
Donc c’est un organisme aussi para-public qui s’occupe de faire de la mobilité internationale des jeunes français vers le Québec.
Fred : Alors, mobilité internationale, c’est quoi ?
C’est de permettre à des jeunes de faire des stages au Québec ou de trouver des emplois au Québec ?
Claire : Alors, c’est très large.
On a déjà une grosse mission d’information parce que la mobilité au Québec, ça nécessite des permis de travail aussi. Il y a quand même beaucoup d’administratif.
Donc on fait de l’information là-dessus.
Et après, nous, on a un certain nombre de programmes qui sont pour le développement professionnel des jeunes adultes entre 18 et 35 ans, plutôt post-études parce qu’il y a déjà beaucoup de programmes qui existent au sein des universités, par exemple, pour aller faire ses études au Québec.
Donc nous, on n’est pas trop là-dessus.
Par contre, on est sur des stages de fin d’études, des missions de services civiques, mais internationales aussi. Ça, c’est super.
Et par exemple, des stages pour les demandeurs d’emploi avec France Travail.
Pour quelqu’un qui serait demandeur d’emploi en France, il peut aller faire trois mois, six mois d’expérience en entreprise, de stage en entreprise pour avoir une expérience internationale sur son CV.
Fred : D’accord.
Et donc, dans le cadre de ton travail, tu es au niveau de la communication, responsable communication, c’est ça ?
Claire : Oui, je suis responsable communication de cet organisme.
Fred : D’accord.
Et donc, tu as quand même des contacts avec les jeunes qui vont aller au Québec ou pas ?
Claire : Oui, tout à fait.
Fred : Vous ne le voyez pas à la radio, mais là, il y a un sourire qui vient d’arriver sur le visage de Claire.
Je donc suppose que ça fait partie de l’intérêt dans ce métier, en tout cas dans ce poste.
Claire : Oui, tout à fait.
C’est l’intérêt de la structure et je pense que c’est en plus porté par l’intégralité de l’équipe. On a une petite équipe, on est 18 et c’est vraiment l’idée d’aider les jeunes.
Nous, on dépend du ministère de la Jeunesse.
Donc, c’est des fonds publics qui…
Fred : Donc, c’est financé complètement par le ministère, c’est ça ?
Claire : Oui, c’est ça.
Fred : Et le Québec finance aussi ou pas du tout ?
Claire : Oui, le Québec finance, mais en fait, on a un organisme jumeau qui envoie les Québécois vers la France.
Fred : Ah ok, d’accord.
Claire : Donc, c’est des mobilités croisées.
Donc, on a aussi des collègues québécois qui font la même chose que nous, mais au Québec.
Et en fait, c’est quand même très gratifiant parce que c’est justement donner des opportunités à des jeunes.
Et notamment, pas juste à des jeunes qui auraient déjà cette opportunité-là par aisance financière, par exemple, ou milieu familial qui est très international.
Donc, ça, on renseigne tous les jeunes, quel que soit leur profil.
Mais on fait aussi des vrais efforts pour aider des jeunes pour qui ce n’est pas un parcours particulièrement évident, à trouver des opportunités.
Donc, ça, c’est vraiment super.
Fred : Avec des soutiens financiers éventuellement ?
Claire : Oui, tout à fait, avec des soutiens financiers, oui.
Fred : D’accord.
Et les jeunes qui…
Donc, c’est entre 18 et 35 ans, c’est ça qu’il faut ?
Claire : C’est ça, tout à fait.
Fred : Et est-ce qu’il y a besoin de diplômes ou pas ?
Parce qu’à 18 ans, on n’est pas forcément diplômés.
Claire : Alors, ça va dépendre des programmes.
On a des programmes qui sont très larges.
On a aussi des programmes pour les jeunes professionnels, par exemple, de la culture, les entrepreneurs, les jeunes engagés aussi.
Mais par exemple, il y a certains programmes comme l’émission de services civiques.
Je ne sais pas si tu connais le service civique en France, qui est pour…
Donc là, nous, c’est plutôt les 18-25 ans.
Service civique en France, c’est plutôt 16 ans.
Nous, on ne fait pas partir de mineurs parce que c’est un petit peu compliqué en termes d’assurance, etc.
Mais là, par exemple, il n’y a pas besoin de diplômes.
C’est aller dans des associations au Québec principalement, mais pas que.
Il y a aussi en Amérique latine, par exemple.
Et là, il n’y a pas de condition de diplôme. C’est la motivation.
Fred : Alors, tu dis qu’ils ne vont pas uniquement au Québec, ils vont aussi potentiellement en Amérique latine ?
Claire : Oui, tout à fait.
L’OFQJ, en fait, a un mandat sur la francophonie.
C’est une thématique qui est aussi très importante pour le Québec.
Et donc, on a peut-être 95 % de notre activité au Québec et puis 5 % sur d’autres destinations.
Par exemple, dans des alliances françaises, d’instituts français, sur des missions de promotion de la culture française à l’étranger.
Fred : D’accord.
Et les bureaux de l’office sont situés à Saint-Denis, c’est ça ?
Claire : Oui, tout à fait.
Fred : Je dis ça parce que j’habite à Saint-Denis.
Je ne savais pas du tout qu’il y avait cet office qui était situé.
Il est situé dans quelle partie de Saint-Denis ?
Fred : À côté de la mairie.
Ah oui, carrément.
J’ai dû passer devant sans le savoir.
Et donc, ça fait depuis 2017, c’est ça ?
Claire : C’est ça, oui.
Fred : Donc, tu fais la responsable de communication.
Est-ce que dans cette activité de communication, il y a des choses qui t’intéressent plus que d’autres, en fait ?
Parce que c’est très large la communication.
On a compris qu’il y a du site web.
J’avais vu sur ton profil LinkedIn qu’il y avait de la photothèque.
Je me suis demandé si tu t’intéressais particulièrement à la photo, notamment, parce que j’avais vu que tu avais utilisé ça.
Ou pas du tout ?
Claire : Globalement, tout m’intéresse dans la communication.
C’est ça que j’aime bien avec la communication, c’est que c’est très varié.
Et notamment dans les petites structures, on touche à tout.
Donc, les journées ne sont jamais les mêmes.
Et ça nécessite aussi beaucoup de travailler en transversal avec tout le monde, prendre en compte les demandes et les besoins de tous les salariés de la structure.
Ça, c’est super intéressant.
Moi, j’aime beaucoup, à titre personnel, l’aspect rédactionnel.
Fred : Rédiger ?
Claire : Voilà, rédiger.
C’est pour ça que tu as ouvert un blog dont on parlera tout à l’heure.
Claire : C’est ça, tout à fait.
Fred : Donc, l’aspect rédactionnel.
En français et en anglais ?
Sur l’office franco-québécois, les textes sont en français et en anglais ?
Claire : Tout en français. 100% francophone.
Fred : D’accord, 100% francophone.
Parce que je pose la question, sur ton blog, il y a de l’anglais.
Claire : Oui, tout à fait.
Sur mon blog, je peux écrire en anglais.
Ça me permet de pratiquer mon anglais, mais que je ne pratique pas au travail.
Fred : Et donc, c’est la partie rédactionnelle qui t’intéresse le plus ?
Claire : Oui, j’aime bien.
Après, ce que j’aime bien, c’est aussi tout ce qui est un petit peu planification.
C’est plutôt comment on va amener les gens.
C’est plutôt la réflexion qui va autour de la communication.
Il y a évidemment tous les actes de création qui, moi, me parlent beaucoup.
Mais il y a quand même la réflexion de « qu’est-ce qui motive les gens », comment formuler aussi en fonction du type de public, comment amener les gens à avoir une réflexion, un cheminement qui les aide.
Voilà, c’est ça que je trouve intéressant dans la communication.
Fred : Et est-ce que l’office est présent sur des réseaux sociaux ?
Parce que dans la communication, ce qui a changé radicalement ces dernières années, pour le meilleur et pour le pire, on va dire, c’est un certain nombre de réseaux sociaux.
Est-ce que l’office est présent sur des réseaux sociaux ? Et sur lesquels ? Et comment ça se passe ?
Qu’est-ce que ça change pour toi en tant que communicante ?
Claire : Alors, l’office est présent sur un bon nombre de réseaux sociaux.
Il y a les réseaux un petit peu traditionnels, les réseaux qui sont un peu maintenant les réseaux des vieux, Facebook par exemple.
Les réseaux qui fonctionnent très bien en ce moment, c’est LinkedIn, puisque nous, on est quand même sur un aspect qui est globalement professionnalisant.
Pas que, mais en tout cas, qui est assez sérieux pour LinkedIn.
Instagram aussi, qui est quand même un média pour les jeunes.
Et TikTok en ce moment, c’est le réseau qu’on a développé en dernier, mais c’est celui sur lequel il y a une marge de progression qui est faramineuse.
La capacité de l’algorithme est phénoménale.
Et là, pour le coup aussi, ça nous demande… Comme les équipes, elles, elles ne sont pas forcément jeunes jeunes, ça nous nécessite, pour s’adresser à la cible jeune, 18-35 ans, on est quand même obligé d’aller prospecter un petit peu ces réseaux-là, qui sont les réseaux émergeants.
Fred : Alors justement, je me dis, qu’est-ce que vous faites sur TikTok ?
Alors moi, je connais très peu TikTok, mais ma connaissance en est que c’est des vidéos courtes où les gens se mettent en scène.
Et donc, je me dis, qu’est-ce que fait l’office comme vidéos sur TikTok, en fait ?
Qu’est-ce que vous faites comme type de vidéos pour attirer les jeunes, pour faire connaître l’office ?
Claire : Alors ça, c’est des choses que je vois quand même pas mal avec mon alternante, justement, d’avoir un petit peu le point de vue de la jeunesse.
Parce que pour moi, il y a vraiment, c’est à la jeunesse, il faut que ce soit aussi les jeunes qui s’adressent à la jeunesse.
Fred : Pour avoir leurs codes, en fait.
Claire : Voilà, c’est ça.
Et donc, c’est un petit peu, c’est assez varié.
Il y a du contenu qu’on dit « trend », donc ça va être justement réutiliser des contenus à la mode.
Fred : Ah, tendance, ok.
Claire : Donc, sur certains formats de vidéos, certains sons aussi qu’on va réutiliser.
Donc, sur des vidéos un petit peu humoristiques, sur lesquelles on essaie de mettre un petit peu de Québec.
Et puis, il y a des vidéos aussi plus d’informations.
Donc, par exemple, donner trois grands conseils pour faire sa candidature. Quand on veut candidater comme Français au Québec, ce n’est pas les mêmes codes culturels vis-à-vis du travail.
Donc, voilà, ça peut être des choses comme ça.
Ça peut être trois sites Internet pour trouver une colocation.
Ça peut être des choses comme ça.
Fred : Est-ce que vous jouez sur l’accent québécois et les mots québécois ?
Parce qu’ils sont très forts pour inventer des mots.
Est-ce que vous jouez là-dessus, dans la communication ?
Claire : Pas tant.
Non, on avait une collègue québécoise avec laquelle on a fait des vidéos de comparaison de certains termes.
Après, on ne fait pas beaucoup d’humour sur l’accent québécois.
Fred : Ce n’est pas pour se moquer de l’accent.
Ils ont une créativité sur l’invention des mots, notamment pour transformer des mots anglais en français.
Par exemple, podcast, c’est de la baladodiffusion.
Je me demandais par rapport au format vidéo, est-ce qu’il y avait des choses autour de ça ou pas ?
Je connais très peu TikTok, donc j’ai peut-être une vision un peu biaisée de TikTok.
Claire : En fait, on ne le fait pas trop sur nos vidéos, par exemple, de TikTok.
Mais par contre, on va le faire sur tout ce qui est préparation au départ.
On va leur montrer des vidéos vis-à-vis de la francophonie aussi : « Qu’est-ce que c’est la francophonie ? ».
Parce qu’effectivement, parler le français au Québec ou en France, ce n’est pas la même chose.
Mais ce n’est pas la même chose non plus en Afrique, ou même en Acadie, par exemple, dans d’autres provinces du Canada.
C’est plutôt interroger les jeunes sur leur rapport au français, pour éviter justement le cliché du petit français qui arrive au Québec et qui rigole de l’accent des Québécois.
Fred : Qu’est-ce qui motive ces jeunes à aller au Québec ?
Qu’est-ce qui les attire là-bas ?
Le fait qu’ils vont pouvoir parler français, c’est un avantage ?
Est-ce que c’est ça qui les attire ?
Est-ce que c’est d’être pas très loin de l’Amérique ?
L’éloignement de la famille ?
Qu’est-ce qui les attire au Québec ?
Claire : Je pense que c’est un petit peu tout ça.
C’est le côté l’Amérique en français.
Et en même temps, pour beaucoup de jeunes, ils voudraient pouvoir pratiquer leur anglais là-bas.
À Montréal, ce n’est pas forcément toujours le meilleur endroit, le fin fond du Québec, pour pratiquer son anglais.
Mais il y a un petit peu ce côté « peut-être que je pourrais ». C’est une prise de risque sans prise de risque, un petit peu, par rapport à l’immersion.
Je pense qu’il y a un intérêt pour la culture. Ils ont une image qui est très positive. Mais de toute façon, c’est un pays qui est super. Les gens sont très accueillants, sont très sympas.
Je pense que c’est une image qu’on a en France et qui est une réalité aussi sur place.
Fred : Et toi, tu avais une attirance particulière pour le Québec, pour choisir ce poste-là après la Fédération française de voile ?
Ou c’est un hasard ?
Qu’est-ce qui t’a amené à candidater ou être recrutée dans l’office ?
Claire : C’est un hasard.
Ça s’est présenté et ça s’est fait.
Après, il se trouve que moi, j’ai de la famille québécoise.
J’avais un intérêt personnel aussi à être en lien. Ça me rapproche aussi de ma famille québécoise.
C’est un intérêt personnel, mais ça n’a pas du tout joué sur le fait de pouvoir ou pas travailler là-bas.
Fred : Le fait de travailler dans l’office, ça te permet d’aller de temps en temps au Québec ou pas ?
Claire : De temps en temps.
Fred : C’est plutôt cool.
Claire : Oui, c’est très cool.
Fred : J’en profite juste, pour ne pas avoir un lien direct avec l’émission, mais récemment, c’était la dernière malheureusement, j’ai vu le spectacle Pub Royal, qui est un spectacle hommage aux Cowboys Fringants, qui est un groupe québécois dont le chanteur karl Tremblay est décédé malheureusement il y a un an, un an et demi.
Si ça revient un moment en France, allez le voir.
C’est un super spectacle qui s’appelle Pub Royal.
C’est en hommage à ce groupe québécois qui s’appelle les Cowboys Fringants.
Claire : Écoutez les Cowboys fringants, parce que c’est super.
Fred : C’est super.
Claire : La musique québécoise, c’est super aussi.
Fred : Ce n’est pas les seuls, effectivement.
Moi, j’ai trouvé en tout cas que c’était une réussite, cette adaptation de leur album, le dernier Pub Royal.
Il y avait vraiment des artistes super.
Alors, c’était les dernières récemment à Paris, mais je pense qu’ils reviendront en France, donc il ne faut surtout pas hésiter à y aller.
Donc, ça, c’est l’office qui est toujours, pour l’instant, pas de changement en vue, tu t’y plais toujours ?
Claire : C’est super.
Fred : Et les jeunes qui y vont, est-ce que la plupart reviennent ou est-ce qu’il y en a beaucoup qui trouvent quelque chose là-bas pour rester sur place, en fait ?
Ou est-ce que c’est vraiment ponctuel ? Ils y vont, ils passent quelques mois et ils reviennent.
Vous avez des stats là-dessus ?
Claire : On n’a pas énormément de stats.
Nous, notre objectif de toutes façons, et c’est le mandat qui a été donné à l’office, c’est vraiment la mobilité temporaire.
On n’est pas du tout sûr de l’aide à l’expatriation.
Donc, on sait qu’il y a des jeunes pour qui c’est un objectif.
Après, est-ce que ça devient une réalité ? On ne sait pas. Nous, on ne les interroge pas.
On les interroge cinq ans après pour savoir où est-ce qu’ils sont. Mais par contre, de toute façon, on ne les aide pas à rester. C’est en dehors de nos mains.
Fred : D’accord.
Vous faites donc un suivi pour savoir ce qu’ils sont devenus après le passage au Québec, c’est ça ?
Claire : Oui, mais ce n’est pas tant pour savoir où est-ce qu’ils sont. C’est plutôt pour savoir est-ce que leur mobilité les a aidés.
C’est vraiment dans cette idée-là.
En plus, les retours qu’on en a, c’est que oui, de toute façon, quand vous avez 20 ans et que vous allez passer un an au Québec, ça vous change.
Il n’y a pas de doute là-dessus.
Fred : Oui, j’imagine. Déjà passé un an à l’étranger, alors au Québec.
Je n’y suis allé qu’une fois.
C’est cool tout ça.
Pour l’instant, pas de retour en librairie ou en bibliothèque ?
Claire : Non, ce n’est pas prévu.
Fred : Mais par contre, le côté rédaction, tu l’as quand même dans ton activité.
On va peut-être faire une pause musicale avant de passer sur l’aspect danses.
Est-ce que tes collègues savent ce que tu fais la nuit ?
Claire : Oui, il y en a quelques-uns qui y sont allés.
Fred : C’est vrai ?
Tu vas m’en parler alors ?
C’est intéressant de savoir danser avec ses collègues, c’est quelque chose.
Je cherche ma fiche.
Par laquelle tu veux qu’on commence comme pause musicale ?
Il y avait Colorina de Rosa par Cocahna ou Dorothée par Tref.
Claire : On peut commencer par Cocahna.
Fred : Explique-nous juste la chanson et puis on va l’écouter.
Claire : J’ai pris deux chansons pour ce soir qui sont des groupes de musique traditionnelle.
Plus ou moins de tradition d’ailleurs, mais on va en reparler.
Ce groupe-là, c’est un groupe occitan qui chante en occitan et qui reprend des musiques du terroir traditionnel et l’adapte à la sauce d’aujourd’hui.
C’est incroyable, j’espère que vous allez aimer.
Nous allons écouter Colorina de Rosa par Cocahna, on se retrouve dans 3 minutes, belle soirée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d’entendre Colorina de Rosa par Cocahna.
Vous écoutez toujours l’émission de Chemins de traverse.
Nous sommes toujours avec Claire Favillier.
N’hésitez pas à participer à notre conversation 09 72 51 55 46. Je répète, 09 72 51 55 46 sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Je reçois un commentaire en direct : « Top la musique », c’est Coralie.
C’est mon épouse, mais qui m’a envoyé un message et qui m’a envoyé « Top la musique ».
Et je précise à Julie et Emma qui est en régie aussi que si vous avez des questions, vous pouvez les poser.
Donc, on va relayer la question qu’avait Emma vu qu’elle lui a donné la réponse en off.
Il y avait deux questions.
La question de Julie « qui apparaît sur les vidéos TikTok ? »
Et la deuxième question d’Emma « c’est quoi le compte TikTok de l’office ? »
Première question « qui apparaît sur les vidéos ? »
Claire : Sur les vidéos, c’est mon alternante, parfois des stagiaires et aussi des participants qui viennent raconter un petit peu leur expérience.
Fred : Et le compte TikTok, pour le retrouver, c’est ?
C’est OFQJ_France.
Vous pouvez le retrouver et vous trouverez les vidéos.
On va passer maintenant au sujet principal de l’émission de ce soir.
Sujet assez large, parce qu’on a l’impression que c’est un sujet simple. Mais alors pas du tout.
Les danses sociales, les danses folk, les bals folks.
Et puis les sujets transverses qui sont liés à ça.
Des sujets très importants comme notamment une notion centrale, la notion de consentement.
Déjà, on va commencer par une question toute simple.
Parce qu’en fait, c’est quoi une danse sociale ?
C’est quoi une danse folk ?
Alors déjà, c’est quoi une danse sociale ?
La première fois que j’ai entendu parler de ce terme-là, je ne voyais pas ce que c’était.
Donc c’est ma première question, c’est quoi une danse sociale ?
Claire : Alors, les danses sociales, c’est les danses pratiquées dans un contexte de bal.
Parce que souvent, quand on parle de danse, la danse avec un D majuscule, ça va être par exemple du ballet ou de la danse contemporaine.
En tout cas, pour nos institutions, c’est quand même beaucoup ça.
Mais il y a tout un pan de danses qu’on pratique en collectivité, qui ne sont pas dans des lieux « sacrés ».
C’est par exemple tout ce qui est la salsa, le tango argentin, le swing aussi, le rock’n’roll.
Tout ce qui est des danses dont le but du cours, c’est ensuite d’aller dans une soirée, d’être en autonomie avec nos pairs.
C’est ça, la danse sociale.
Fred : Ah d’accord.
J’avais une compréhension inexacte.
Pour moi, les danses sociales, j’ai cru comprendre que c’était à la fois ces danses-là qui se dansent en couple, mais aussi les danses où, pendant la danse, on change de partenaire.
J’avais l’impression que pour moi, la danse sociales, c’était principalement ces danses dont on parlera tout à l’heure, où on commence avec un ou une partenaire, et puis au fur et à mesure de la danse, on change à chaque fois de partenaire.
Et c’est d’ailleurs ce qui était marrant, c’est qu’on ne danse pas tout le temps avec la même personne, on danse avec d’autres personnes.
Claire : Ça, c’est une des particularités d’une des danses que je pratique, qui sont les danses du bal folk.
En fait, effectivement, parce que je parlais de la salsa, du tango, etc., ça c’est plutôt des danses de couple, mais qui se font dans un contexte social.
Après, de manière plus particulière, moi, je pratique les danses du bal folk, et là, c’est des danses de tradition française.
Et donc, en fait, il y a beaucoup, beaucoup de types de danses en France.
Donc, il y a des danses de couple, mais il y a aussi des danses collectives, dont certaines danses où, effectivement, on peut changer de partenaire, des danses en ronde, des danses en cercle, des danses à deux, où on n’est pas forcément en couple.
Il y a des danses aussi où on ne se touche pas.
Donc, voilà.
En fait, le milieu de la danse traditionnelle en France est beaucoup plus large que juste « on danse à deux ».
Fred : D’accord.
Alors, ton histoire avec la danse.
Tout à l’heure, je t’ai demandé quel était ton lien avec la danse quand tu étais jeune, ton rapport avec la danse.
Tu nous as parlé, effectivement, de ce cours avec ce garçon que tu avais réussi à entraîner pour éviter d’aller avec tes parents, donc le rock, etc.
Et après, tu as dit qu’en fait, pendant un certain temps, tu avais arrêté et que finalement, tu avais repris la danse.
Il y a combien de temps ?
Il y a une quinzaine d’années ? C’est ça que tu as dit tout à l’heure ?
Claire : Il y a une quinzaine d’années, en fait, quand je suis venue à Paris pour le travail.
Et quand on déménage dans une nouvelle ville, il faut se refaire un lien social.
Et donc, en fait, j’ai des amis de Paris qui m’avaient proposé d’aller en soirée avec eux.
Et en fait, je n’ai pas commencé par les danses du bal folk, j’ai commencé par les danses renaissances.
C’était des soirées de danses historiques, donc médiévales, renaissances.
Et en fait, au fur et à mesure…
Fred : Tu savais déjà les danser, ces danses ?
Claire : Non, je ne savais pas.
Voilà, j’ai découvert, c’était rigolo.
Voilà, c’est beaucoup de danses de groupe, les danses renaissances aussi.
Et donc, de fil en aiguille, on m’a dit « si tu aimes bien les danses renaissances, tu devrais essayer le bal folk ».
Il y en a sur les quais de Seine pendant l’été.
Donc voilà, je suis allée voir.
Et en fait, de fil en aiguille, je pratique beaucoup beaucoup de danses différentes, parce qu’à chaque fois que je suis allée dans une communauté de danses, on m’a dit « si tu aimes bien ça, il faudrait que tu essayes ça ».
Et voilà, de fil en aiguille, j’en ai appris plein.
Fred : D’accord.
Et donc, tu viens de dire bal folk, le premier, c’est il y a une quinzaine d’années, c’est ça ?
Claire : Oui.
Fred : Ça me rappelle tout de suite la question que tout à l’heure, que je t’ai posée avant l’émission.
J’ai découvert très récemment les bals folks via une collègue, Elsa.
Et j’avais l’impression de découvrir un monde un peu souterrain, secret.
Et je me demandais, depuis combien de temps ça existait ces bals folks ?
Parce que j’ai l’impression que c’était relativement nouveau, alors que c’est peut-être moi qui ai découvert ça de façon relativement récente.
Donc ça a été depuis combien de temps, notamment à Paris, mais globalement en France, l’organisation de ces bals folks ?
Claire : Alors, moi, je ne suis pas du tout historienne du bal folk.
Fred : Oui, à peu près.
Claire : En tout cas, la compréhension que j’en ai…
En fait, peut-être aussi pour nos autres auditeurs, pour qui le terme bal folk n’est pas forcément très clair de quoi il s’agit.
Souvent, quand j’explique ça, je prends l’exemple du fest-noz, des bals en Bretagne.
Souvent, les gens me disent « Ah oui, mais est-ce que tu ne fais pas la danse avec les petits doigts ? »
Fred : Avec les petits doigts, oui.
Claire : Donc oui, ça en fait partie.
Il y a des danses traditionnelles en Bretagne dans lesquelles il y a des petits doigts.
Mais si vous allez en Bretagne et que vous allez dans un fest-noz, donc un bal en Bretagne, ça va être quasiment que des danses bretonnes.
Ils font la danse de leur région.
Mais en fait, des régions en France qui ont développé des danses, il y a des danses dans toutes les régions.
Et le bal folk, c’est ça, mais en multirégion.
En fait, on prend les danses un petit peu les plus célèbres de chaque région et on mixe ça dans un seul bal.
Donc, en fonction des groupes qui viennent jouer de la musique, parce que ça, c’est une des particularités du bal folk, c’est que c’est quasiment tout le temps sur de la musique live avec des musiciens, qui sont soit des musiciens professionnels, il y a beaucoup de groupes de bals folks, ou sinon, tout simplement, c’est un peu le bœuf des musiciens.
C’est les musiciens qui viennent et puis qui animent la soirée.
Et donc ça, en fonction de la provenance de ces musiciens, ils vont mettre plus ou moins de leur terroir régional à eux.
Donc c’est un truc un petit peu généraliste.
C’est majoritairement des danses de France, mais ça peut être aussi des danses d’autres nationalités.
Moi, j’aime beaucoup les danses portugaises, par exemple. Ça, c’est vraiment très sympa.
Les danses italiennes aussi et les danses suédoises.
Ça, c’est mes préférées.
Fred : Et donc ça, ça date depuis combien de temps à peu près ?
L’organisant vraiment de…
Il y a une question sur le salon, mais je ne la comprends pas, en fait.
Faut que tu précises.
Ah, OK, d’accord.
Qu’est-ce qu’ils ont de spécial les danses portugaises ? On te demande.
Claire : Ah, qu’est-ce qu’elles ont de spécial ?
Fred : Pour que tu les apprécies tant.
Claire : Elles sont très festives.
Fred : Ça bouge beaucoup ?
C’est quoi festif ?
Claire : C’est très collectif.
Alors, je n’ai pas une connaissance très, très approfondie.
Mais en tout cas, celle que je connais, c’est beaucoup de danses de groupe.
Beaucoup de danses, par exemple, où on va justement taper dans les mains.
Beaucoup de mixers, des danses où on va changer de partenaire.
Voilà, c’est très drôle.
En fait, on s’amuse beaucoup.
Fred : Ah, les mixers, c’est donc les danses où on change de partenaire ?
Claire : Oui.
Fred : Ah, OK, d’accord.
Très bien.
Donc, je reviens à ma question.
L’organisation en France et notamment en région parisienne, parce qu’on est écouté en FM en Ile-de-France, mais partout dans le monde, sur Internet, ça date depuis combien de temps ?
20, 30 ans ou plus encore ?
Claire : Alors, plus que ça, en fait, les danses traditionnelles, ça a toujours existé en France.
Il y a toujours eu des danses, différentes formes de danses.
Il y a notamment la période un peu pré-industrialisation en France où on est plutôt chacun dans sa campagne, on danse les danses de son terroir. Ce n’est pas forcément mélangé.
Celui qui habite dans le centre-France, par exemple, en Auvergne, il danse les danses d’Auvergne, il ne danse pas les danses…
Fred : La célèbre bourrée.
Claire : Voilà, tout à fait.
Par contre, entre les années 30 et les années 70, il y a eu un gros courant de collectage, en fait, des musiques et des danses.
En gros, on s’est rendu compte que le patrimoine oral se perdait puisque tout est en transmission orale.
Et par l’exemple aussi.
Les danses, c’est par mimétisme.
Et en fait, tout simplement, si les jeunes partent de la campagne, il y a une transmission qui s’arrête quand les vieux meurent, si je puis dire.
Et donc, il y a un certain nombre de personnes en France qui se sont dit qu’il fallait préserver ce patrimoine et qu’il fallait le noter et le transmettre.
Fred : Et le codifier, donc, quelque part, en fait.
Claire : Quelque part aussi, oui.
ils ont lancé comme ça des campagnes un petit peu de sauvegarde dans les années 50, 60, 70.
Et en fait, le bal folk moderne qu’on pratique aujourd’hui, il est plutôt issu des années 70.
Il y a eu ce qu’ils appellent un revival du bal folk.
Probablement, ça n’a pas été non plus un raz-de-marée, mais c’était quelque chose de plus progressif.
Il n’y a pas eu un arrêt, puis une reprise. Apparemment, ça a quand même été plus progressif que ça.
Mais en tout cas, la manière moderne dont on pratique en collectif, en mélangeant un petit peu les régions, etc., c’est plutôt les années 70.
Fred : D’accord.
Et donc, le bal folk, on va essayer que les gens s’imaginent à quoi ça ressemble de nos jours.
On va prendre l’exemple parisien, parce qu’on est en Ile-de-France.
Donc, c’est des danses de différentes régions françaises. Ce n’est pas une seule région.
Une spécificité, comme tu l’as dit, c’est d’avoir des groupes qui jouent en live.
Ça, c’est toujours le cas ?
Ou des fois, il peut y avoir juste une sono qui joue ?
Ou il faut vraiment toujours qu’il y ait un groupe qui joue en live ?
Claire : En tout cas, Paris, c’est sûr que c’est toujours en live.
Fred : D’accord.
Claire : Je pense plutôt en France aussi, d’une manière générale.
Après, je sais qu’à l’étranger, il y a certains pays où ils ont moins accès à des musiciens.
Et donc, par exemple, si vous allez danser en Pologne, il y a quand même de grandes chances pour que ce soit sur de la musique enregistrée.
Mais en France, on a quand même, je pense, gardé quand même cet attrait pour le musicien qui joue.
C’est vraiment…
Fred : Le spectacle vivant.
Claire : Et de toutes les danses que je pratique, parce que je pratique beaucoup de danses, par exemple, de swing. J’ai aussi fait un petit peu de salsa, de tango, etc.
Pour moi, c’est vraiment le milieu dans lequel on a le mieux sauvegardé, préservé la création musicale.
Le fait de faire venir des groupes, des musiciens pour jouer pour le public, c’est vraiment…
C’est super précieux.
C’est vraiment une exception un petit peu à la française.
Et ça fonctionne très bien en France.
Fred : D’accord.
Alors, quelqu’un qui nous écoute, qui se dit « ça a l’air cool de danser comme ça, je veux m’y mettre »
La personne va se dire « s’il y a des danses de toutes les régions. Déjà que moi, j’en connais pas grand-chose ».
Comment elle va faire ?
Est-ce que le bal, elle débarque et finalement, elle va apprendre, comme tu le dis, en regardant un petit peu comment font les autres ?
Est-ce qu’il y a des initiations ?
Comment ça se passe pour une personne qui débute et qui veut se mettre au bal folk, qui n’a pas forcément de connaissances déjà sur la danse ?
Claire : Oui.
Alors, il y a tout ça d’un coup.
C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de…
Il y a beaucoup d’associations déjà.
C’est un patrimoine qui est vraiment pris en charge par les associations en France.
Il y a beaucoup d’initiations, très souvent avant les bals.
Il y a une transmission de pair à pair. C’est-à-dire qu’on est dans un milieu qui est assez ouvert.
Donc, si vous allez en bal et que vous demandez à la personne « comment ça se danse ?», souvent, il y a quelqu’un qui vous explique.
Et il y a quand même beaucoup de danses qui sont suffisamment simples à aborder pour pouvoir danser, notamment tout ce qui est les danses collectives.
Si vous voyez une danse en chaîne, vous pouvez vous raccrocher et vous essayez.
Ce ne sera pas forcément une immense réussite, mais en tout cas, il y a moyen, même quand on ne sait pas, de danser, je pense, au moins la moitié du bal et de s’amuser.
Ce qu’on n’a pas en technique, on peut le compenser par l’amusement.
Fred : D’accord.
Est-ce qu’il est nécessaire d’entendre la musique ? Je ne parle pas de personnes sourdes ou malentendantes, mais de ressentir.
Par exemple, moi, je ne ressens pas les changements de rythme, etc.
Est-ce que c’est problématique ? Ou pas ?
Finalement, on peut s’en sortir parce que, par exemple, en comptant les pas qu’il faut faire, je ne sais pas…
En gros, est-ce que c’est ouvert à tout le monde, finalement, ce genre de bal ?
Claire : Oui, c’est ouvert à tout le monde.
Après, c’est en fait l’avantage du bal folk, c’est que, comme c’est à chaque fois des danses différentes.
Elles ne sont pas expliquées avant.
Fred : Elles sont annoncées avant, par contre.
Claire : Elles sont annoncées, le groupe dit ça, ça va être une valse, ça, ça va être une bourrée.
Mais les gens, ils savent.
La danse, on n’arrête pas la musique, le temps d’expliquer et on va ensuite faire la danse.
Voilà.
Si vous êtes là à l’initiation, vous en apprenez quelques-unes, mais sinon, le reste du temps, le groupe sait.
Mais moi, je dirais à une personne qui débute comme ça que l’élan collectif est plus important que le pas.
C’est-à-dire que, si vous vous mettez dans une chaîne et que les gens ils bougent en rythme, c’est plus important d’être en rythme avec les gens que de faire le mouvement de pied des autres.
Fred : OK.
Claire : Puisqu’il vaut mieux ne pas perturber la danse des autres.
En tout cas, c’est dans cet objectif-là.
Moi, je donne plutôt des stages de danse de couple.
Ma spécialité, c’est plutôt les danses de couple.
Je vois beaucoup de gens, par exemple, qui arrivent à la valse.
Et la valse trois temps, tout le monde a à peu près l’idée de ce à quoi ça doit ressembler. Tout le monde a vu Sissi. La moitié des gens ont appris avec leur grand-mère.
Mais on ne peut rien faire quand il y a quelqu’un qui ne bouge pas ses pieds assez vite. Moi, je n’ai pas de solution pour ça, c’est de dire « mets-toi de la musique dans les oreilles et pratique chez toi, entraîne-toi ». Et ça vient.
Par contre, je ne connais personne qui ne progresse pas.
Ça, c’est pas possible.
Tout le monde progresse.
Fred : Mais ça veut dire, comme tu dis, d’écouter de la musique régulièrement pour pratiquer à la maison.
Claire : Oui.
Après, d’une manière générale, toutes les danses, même celles qui sont très accessibles, on aurait tort de penser que tout est facile.
Il y a des danses de différentes difficultés.
Et c’est un des avantages aussi de ce milieu-là, c’est qu’il va y avoir des danses lentes, des danses fantastiques, des danses festives, des danses techniques, des danses difficiles, des danses faciles.
Il y a un petit peu toutes les formes.
Et c’est la variété dont je trouve que c’est une grande qualité, ces danses-là.
C’est vraiment toute la variété, tout le panel de danses.
Fred : Qui peut faire peur aussi au début.
Claire : Oui, ça peut faire peur, mais c’est un beau challenge.
Fred : C’est un beau challenge.
Quand je blaguais sur la bourrée Auvergnate, en fait, il y a la bourrée Auvergnate, il n’y en a pas qu’une.
Claire : Oui.
Fred : Il y en a plein.
En fait, il y a même des ateliers de deux heures sur la bourrée.
Claire : Il en faudrait plus que ça.
Fred : J’imagine bien, mais ça veut dire que ce n’est pas forcément ultra simple.
Par contre, si on prend l’exemple, à Paris, notamment, d’une des structures, la seule que je connais, vu que c’est la seule à laquelle j’ai été, Paris Bal Folk. Ce qui est bien, c’est qu’il y a, lors des bals, de 12h à 13h, il y a une heure d’initiation avant le bal qui commence à 14h et qui se finit vers 20h ou 21h, je ne sais plus. On n’est pas obligé de rester jusqu’au bout.
Mais effectivement, il y a cette partie d’initiation où on apprend 3 ou 4 danses en une heure et surtout, les danses qui vont forcément être collectives, qui vont forcément être dansées, dont le célèbre cercle circassien qui est à peu près dansé à chaque fois et qui est une des danses collectives.
Je ne sais pas si c’est une des plus simples, je n’en sais rien, mais en tout cas, c’est une marrante et qui est dansée tout le temps.
Claire : Oui, elle est très populaire.
C’est vrai que quasiment tous les groupes la font.
Mais pas obligatoirement. Si un groupe vient du Sud-Ouest c’est possible qu’il n’y ait pas de cercle circassien.
Fred : Mais par contre, quand tu disais tout à l’heure les gens qui arrivent sans l’initiation, il y a quand même quelques règles à connaître.
C’est-à-dire que quand on rejoint par exemple un cercle circassien, on ne le rejoint pas seul parce que c’est une danse qui se danse à deux avec changement de partenaire.
Donc, on ne rejoint pas un cercle circassien tout seul.
Donc, il y a un minimum de règles à connaître.
Claire : C’est à ça que ça sert surtout l’initiation.
C’est à communiquer un certain nombre de règles sociales puisque ce n’est pas forcément inné pour les gens.
Moi je construis mes initiations comme ça. Je sais que je ne suis pas la seule.
Je discute beaucoup avec les autres transmetteurs là-dessus.
Mais souvent, on va faire une danse de groupe où on change de partenaire parce que ça permet aussi de sensibiliser les gens au fait que, comme les formes, elles changent tout le temps, si tu vois que les gens rejoignent la danse avec un partenaire, c’est que toi aussi il t’en faut un. C’est logique. Mais bon, des fois, pour les gens, ça ne l’est pas forcément. Ils ont besoin qu’on leur verbalise ça.
Comment on fait pour s’inviter ?
Moi, je fais aussi tout le temps une danse de couple du bal folk.
Là aussi, c’est souvent les mêmes qui reviennent.
Moi, je prends les plus simples, mais ça permet de parler de la posture.
Fred : Alors c’est quoi la plus simple.
Claire : Moi, c’est plutôt une danse qui s’appelle la scottish.
Fred : J’aime bien.
Claire : Par exemple, je ne transmets pas la valse en initiation parce que les gens me disent « Ah, mais moi, je sais déjà danser puisque je la danse avec ma grand-mère ». Donc, généralement je ne leur montre pas la valse, je leur montre une qu’ils ne connaîtraient pas.
Après, il y en a qui sont plus difficiles que d’autres à transmettre en 10 minutes notamment.
Fred : C’est la difficulté en initiation.
Paris Bal Folk, c’est une heure et la personne transmet entre 3 ou 4 danses. Donc, c’est les bases qui sont transmises.
Parce qu’en plus, à Paris Bal Folk, on parle aussi du contexte culturel.
Il y a quand même cette idée que ce n’est pas juste « Vous arrivez, hop en place pour une danse ». On va quand même vous expliquer comment viennent ces danses, pourquoi on les danse comme ça, etc.
Et puis, ça va être aussi souvent une danse, par exemple, une danse collective sur laquelle il faut faire attention aux lignes de danse, faire attention sur les pas de recul.
On en profite aussi pour expliquer qu’est-ce que c’est.
Il y a un sens du bal aussi sur les danses de couple.
On voudrait que les gens circulent, que le bal circule.
Donc, ça va être expliqué un petit peu aux gens, comment on fait, et comment je fais si on est dans une danse de groupe et puis que tout d’un coup, je perds mon partenaire, comment je fais pour le raccrocher ?
Ou s’il faut qu’on soit quatre dans une danse mais moi, je suis tout seul, comment je fais pour trouver trois autres partenaires ?
On donne des trucs et astuces sur l’aspect social en plus des pas.
Fred : Oui, il y a des codes.
Une des premières, par exemple, je voyais des gens qui levaient le bras avec un pouce en l’air ou ça.
En fait, on a compris qu’à un moment, ils disaient combien de gens ils avaient pour compléter effectivement leur groupe.
Donc, le conseil qu’on peut donner c’est qu’il faut aller aux initiations, quand il y en a, parce qu’au-delà de l’explication sur quelques pas de base, en fait, il y a l’explication aussi sur le fonctionnement du bal folk.
Il y a un point notamment essentiel dans le bal folk, c’est, tu allais en parler un petit peu, c’est l’invitation, c’est le consentement, c’est-à-dire qu’on n’est pas obligé d’aller en bal folk en couple, on peut y aller seul, il y a des gens qui y vont seul et on peut se faire inviter à danser et on peut inviter à danser.
Mais alors, comment ça se passe cette notion de consentement sur l’invitation à danser, sur l’acceptation et aussi sur le refus qui est des fois…
Pour moi, c’est compliqué des fois le refus.
Alors, comment ça se passe ?
Claire : Alors déjà, là aussi, ça va dépendre de l’univers de danse.
Le tango fonctionne pas de la même manière qu’au bal folk, mais au bal folk, on est plutôt sur l’invitation directe.
Donc, sur un… « Est-ce que tu veux danser ? Oui, non ».
Donc, c’est-à-dire aussi pas tirer par la main quelqu’un qui est en train de discuter.
C’est des trucs un petit peu basiques, mais c’est pas toujours évident, surtout quand on a très envie de danser.
Mais voilà, donc, c’est de verbaliser les invitations, de donner aussi la possibilité aux personnes qui ne veulent pas de refuser.
Donc, ça, peut-être effectivement, on pourra en reparler du refus.
Les aspects sociaux, c’est souvent ceux-là qui sont les plus délicats à gérer pour les gens, en fait.
Parce que déjà, on n’a pas forcément l’habitude. Dans la vie on ne s’invite pas beaucoup à danser.
Et donc aussi, comment ne pas vexer la personne ? On a quand même un peu peur des interactions.
Fred : Question concrète, comment on fait ?
Si on n’a pas envie, pour quelle que soit la raison, est-ce qu’il vaut mieux donner une raison, la vraie raison, une fausse raison, ou simplement dire non ?
Pour ne pas non plus vexer la personne qui vous invite, comment on fait ?
Est-ce qu’il y a une règle ou est-ce qu’il y a des conseils ?
Claire : Moi, j’ai beaucoup réfléchi, donc effectivement, j’ai des préconisations que je donne quand je suis en bal. C’est potentiellement ne pas s’obliger à donner de raisons.
Fred : D’accord.
Claire : Et notamment, ne pas donner de fausses raisons.
Fred : D’accord.
Claire : Parce que souvent, les gens, ils disent « ah non, je suis fatigué ». En fait, ils sont pas fatigués.
Et si quelqu’un d’autre vient les inviter derrière, ils se disent « ah, moi, j’ai dit à la personne que j’étais fatiguée, je peux plus danser ».
Donc, ne pas donner de fausses raisons.
Par contre, là où j’essaie de sensibiliser les gens, c’est plutôt à la manière dont on le dit.
C’est pas tant ce qu’on dit, c’est surtout les gens qui ne vous regardent pas quand ils disent « non ». C’est là que l’égo de la personne prend un coup.
Donc, c’est plutôt de dire non, d’être le plus sincère possible, en fait, et d’essayer de signifier à la personne que c’est pas elle, mais qu’à ce moment-là, on n’a pas envie de danser ou pas envie de danser avec cette personne. C’est possible aussi.
Des fois, tout simplement, on avait très envie de danser avec un ami et la personne n’est pas là, ou on espère encore la trouver. Peut-être des fois, c’est juste ça.
Donc, pour moi, c’est vraiment la sincérité et aussi, moi, je suis pas trop pour qu’on sélectionne les gens sur leur physique. Quelqu’un se dit : « j’ai pas été accepté parce que j’étais pas assez beau, pas assez bon danseur ». « Peut-être on m’accepte pas parce que je suis trop débutant. »
Donc, moi, j’ai tendance à dire aussi qu’il faut aussi dire oui.
Alors, il faut pas se forcer à dire oui, mais par contre, il faut aussi faire jouer le côté du collectif.
Tout le monde a envie de danser.
Donc, voilà, on se pose la question. « Est-ce que au moment où on m’invite, est-ce que je ferais pas le geste aussi pour la personne ? »
Voilà.
Fred : D’accord.
Claire : Et si c’est non, bah c’est non.
Mais voilà, pour que ce soit pris de manière gracieuse, il faut le dire de manière bienveillante.
Voilà, c’est ce que je veux dire.
Fred : D’accord.
Alors, il y a une question sur le salon, mais je crois qu’on y a répondu. Donc c’était « faut-il absolument venir avec une ou une partenaire pour danser ? » Non, il y a des gens qui viennent seuls, à la fois à l’initiation et puis au bal.
Alors, quand on parle d’invitation et danse, on pense aussi tout de suite à la question de genre.
Parce que, historiquement, je sais pas, mais en tout cas, c’est souvent les hommes qui invitent et c’est souvent les hommes qui mènent la danse.
Et, j’ai remarqué que dans le bal folk, en tout cas, ce que j’ai pu assister, qu’il y a une tentative assez forte pour justement mettre un terme à ça, pour dégenrer le bal, les danses.
Donc, à la fois sur l’invitation et aussi sur le fait de mener.
C’est pas forcément les hommes qui vont mener.
Alors, ça se passe comment, en fait ?
Comment ça se passe en explication et finalement, qu’est-ce que ça change par rapport au bal ?
Claire : C’est pour ça que je disais que ma pratique de danse, elle est très engagée parce que moi, je milite beaucoup sur ces questions-là.
Déjà, je milite beaucoup pour qu’il y ait un consentement dans l’invitation, mais en fait, le consentement, il s’arrête pas au moment de l’invitation.
C’est pas juste « la personne elle m’a dit oui donc du coup elle a consenti », enfin voilà, c’est comme dans tous les rapports de la vie, on peut aussi changer d’avis après coup.
Pour moi, le consentement, ça va avec « est-ce que tu veux danser ? ». Ça va avec « quel rôle est-ce que tu veux faire dans la danse ? »
« Est-ce que tu veux guider ? »
« Est-ce que tu veux suivre ? »
On essaie de trouver un accord.
Ensuite, sur les danses de couple, notamment, « est-ce que tu es confortable ? »
Fred : La distance aussi, peut-être ? Entre les deux partenaires.
Claire : La distance, ça peut être inconfortable, ça peut être confortable distance. La posture aussi parce que quelqu’un qui lève trop les bras, après 5 minutes de danse vous avez mal à l’épaule.
Donc voilà, ça peut être aussi des gens qui ont déjà mal quelque part.
Des fois, il y a des gens aussi qui ont… On en reparlera, mais il y a des gens qui ont des handicaps.
C’est de faire attention et puis, voilà, aussi, derrière, c’est dans la danse, peut-être que derrière, il y aura trop de monde sur le parquet, que la personne aura trop chaud, ne sera pas à l’aise.
Donc là aussi, le consentement, il va vraiment jusqu’au bout de la danse sur tous les aspects. Et effectivement, en tout cas, moi, dans ma pratique de danse j’apprends tout en double rôle.
Toutes les danses que j’ai fait, que ce soit du bal folk, du tango, du swing, j’ai appris les deux rôles à chaque fois.
Déjà, parce qu’il y a beaucoup de danses où il y a une plus grande majorité de femmes quand même, qui viennent.
Les femmes, elles n’ont pas trop de problèmes à danser entre elles. Souvent, il y a un moment, en fait « j’ai envie de danser, il n’y a pas d’homme ». Moi, personnellement, je n’aime pas devoir attendre un homme et encore moins un homme qui m’invite.
Fred : En fait, tu ne vas pas dépendre d’un homme.
Claire : Voilà.
Et surtout, quand il y a autant de femmes qui dansent très bien et qui sont là et on est toutes là à attendre, ça n’a pas d’intérêt.
Donc, je pense qu’il y a un moment, effectivement, je sais que moi j’arrive à guider et à suivre.
Là, c’est vraiment indépendant l’un de l’autre. J’ai du plaisir dans les deux. Autant de plaisir dans les deux.
J’aime beaucoup guider et guider des femmes aussi et guider des hommes, ça ne me pose pas de problème.
Donc, voilà, c’est bien de donner aussi le choix aux gens.
Et je pense que les femmes ont plus l’habitude que les hommes de changer de rôle.
Mais les hommes aussi, des fois, moi, de plus en plus, il y a des hommes qui viennent me voir pour me dire « Ah, mais j’aimerais bien. Si je pouvais, je ne ferais que suivre. » Et ce n’est pas possible aujourd’hui dans un bal pour un homme qui ne voudrait pas guider.
Fred : Comment ça ?
Claire : Socialement, c’est très compliqué.
De trouver assez de partenaires déjà qui acceptent de changer de rôle.
Ou d’hommes qui acceptent de guider d’autres hommes aussi.
Voilà, ce n’est pas une situation facile pour les hommes qui veulent suivre. Mais il y en a de plus en plus.
Le bal folk, c’est un assez bon milieu pour ça.
Je pense que c’est quand même de plus en plus admis. Ce n’est pas parfait, mais voilà, c’est de plus en plus.
Fred : Est-ce que c’est un milieu bienveillant ?
Plus bienveillant que d’autres types de danse ?
Parce qu’après, on va parler de VSS, de violences sexistes et sexuelles.
Est-ce que c’est un milieu qui est… On a l’impression, très honnêtement, que ce ne sont que des gens sympas.
Mais on sait très bien quand même qu’il faut se méfier des gens qui ont l’air sympas.
Est-ce que c’est un milieu qui est bienveillant ?
Ou comme tous les autres milieux finalement ?
Claire : Dans tous les milieux, il y a des gens très sympas et il y a des gens moins sympas.
En fait, ce que j’aime bien avec le folk surtout, c’est que c’est intergénérationnel. C’est-à-dire que la variété des danses fait qu’il y a des personnes très âgées qui peuvent le pratiquer.
Il y a vraiment toutes les tranches d’âge.
Il y a des gens qui vont au bal avec leurs enfants aussi.
Donc, il peut y avoir aussi des jeunes.
Il peut y avoir des ados.
Et ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, si vous allez au tango argentin, ce n’est pas tout à fait la même tranche d’âge.
Et si vous allez au swing, au lindy hop par exemple c’est plutôt l’inverse. Il y a plutôt beaucoup de jeunes. Ce sont des danses qui sont très physiques. Et donc, le ratio de jeunes est plus élevé dans ces danses-là.
Et c’est plus difficile au tango argentin. Moi, je ne croise pas de famille, par exemple.
Donc, voilà.
Fred : Oui, c’est vrai que ça avait l’air très intergénérationnel, effectivement.
Est-ce que tu veux qu’on fasse une pause musicale ou on continue ?
Parce qu’il est 23h.
Comme tu veux.
Claire : On peut s’écouter la mazurka.
Fred : La Mazurka. Je sais que tu l’aimes beaucoup.
Présente-nous la mazurka qu’on va écouter s’il te plaît.
Claire : C’est ma mazurka préférée.
La mazurka, c’est une des quatre grandes danses de couple du bal folk.
Il y a la valse, la scottish, la polka et la mazurka.
Et en fait, c’est une danse qui s’est quand même beaucoup transformée depuis sa création qui était aux alentours de 1840, quelque chose comme ça.
Et là, c’est devenu un peu le slow des bal sfolk.
Et donc, ce groupe-là, Tref, en plus, l’a fait très lente et romantique.
Et ça, je pense que c’est plutôt une composition puisque dans la musique à danser, on a des musiques traditionnelles qui sont réarrangées.
Et puis, il y a aussi pas mal de compositions et je pense que celle-là c’en est une.
Fred : D’accord.
On va écouter Dorothée par Tref. On se retrouve dans trois minutes. Belle soirée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d’écouter une mazurka, la Mazurka préférée de Claire Favillier. C’était donc le groupe Tref qui nous a fait Dorothée.
Alors, nous sommes toujours avec Claire Favillier.
Nous parlons toujours de danses sociales.
Nous attaquons la dernière demi-heure de l’émission qui va filer très vite comme dans certaines danses où ça file très vite.
Là, c’est assez tranquille.
Donc, juste avant la pause musicale, on parlait de la notion de consentement.
Il y a un sujet important de toute façon dans la société en général et les bals folks, les danses, n’y échappent pas évidemment, c’est la question des violences sexistes et sexuelles sur lesquelles tu es très impliquée.
Tout à l’heure, je te demandais si les bals folks étaient plus bienveillants ou autres que d’autres environnements, d’autres structures.
Je suppose qu’il y a des problèmes de violences sexistes et sexuelles aussi dans les bals folks.
Claire : C’est le reflet de la société.
Donc, oui, il y en a comme partout.
Il n’y en a pas plus qu’ailleurs, mais il y en a, voilà, pas moins non plus. Il y en a un petit peu.
Je pense que le milieu du bal folk, c’est quand même un milieu dans lequel les organisateurs de bals commencent à prendre de plus en plus la mesure de ça, de faire notamment de la prévention.
Ça, c’est le plus important quand même, la prévention plutôt que de…
Après, il y a de l’écoute des victimes, mais malheureusement, dans ces cas-là, c’est toujours un petit peu tard.
Mais en tout cas, ça commence par rappeler aux gens les règles d’interaction.
Ce n’est pas neutre d’aller aux bals, d’aller danser.
Il y a les proximités en fait des corps.
Et en plus, ce n’est pas des choses dont on va avoir beaucoup l’habitude parce qu’on a l’habitude par exemple de faire un câlin à ses parents, mais par exemple de prendre une personne dans les bras pendant cinq minutes d’affilée pour danser, ce n’est pas quelque chose qu’on rencontre facilement dans le quotidien.
Donc, c’est toujours bien d’avoir un rappel quand même. Une bonne posture par exemple, pour éviter tout problème. Il faut avoir une bonne posture de danse. On parlait de consentement au moment de l’invitation, on se met d’accord sur un certain nombre de choses.
Fred : Quand tu parles de posture, c’est aussi la distance entre les deux partenaires, plus ou moins proches.
Quand tu parles de corps, effectivement, on peut danser serré ou pas serré.
Fred : Il faut se mettre d’accord.
Claire : Il faut se mettre d’accord et puis, il faut voir la posture, pour c’est aussi où est-ce qu’on place ses mains.
C’est potentiellement problématique.
Par exemple, les auditeurs à la radio c’est difficile de montrer, mais par exemple, quand on est en position de danse moderne, le guideur va mettre sa main sur l’épaule du partenaire.
Mais il faut aller jusqu’à l’épaule parce qu’il y a des gens, des fois, ils vont sur l’aisselle. Là, ça peut être gênant.
Je sais par exemple aussi que si vous faites des pas un petit peu de salsa, il peut y avoir des mains qui circulent assez près du ventre, par exemple.
Le ventre, ça peut être problématique pour certaines personnes, pas pour tout le monde, mais voilà.
Après, ça peut être aussi quand on met, je ne sais pas…
Je pense que les gens, ils ont quand même l’idée que quand on danse à deux, à moins de danser avec son conjoint, on ne met pas les mains sur les fesses des partenaires. Mais des fois, c’est bien de le rappeler.
Fred : Oui, et puis c’est vrai qu’en plus, dans les bals folks, si on vient avec une partenaire ou un partenaire et qu’on danse avec, c’est son partenaire, c’est son partenaire, on a l’habitude.
Mais dans les bals folks, on va danser aussi avec des personnes qu’on ne connaît pas en fait.
Et donc, effectivement, c’est quelque chose qui peut, même d’ailleurs de façon involontaire, peut être gênant. On ne sait peut-être pas forcément comment se comporter avec des gens qu’on ne connaît pas.
Et surtout, si elles sont du genre opposé.
Claire : Oui, des fois, surtout, les mains sur le corps des femmes, des fois, ce n’est pas forcément une volonté de la personne d’agresser.
Des fois, les personnes sont un peu maladroites.
Mais ce n’est pas juste de la prévention pour dire il faut faire ci, il faut faire ça.
Mais c’est aussi pour que les personnes, quand elles sont en situation de malaise, elles puissent le formuler et mettre un stop.
Donc, que les personnes, elles se sentent aussi légitimes à dire « mais non, mais là, cette attitude-là n’est pas ok avec moi ».
Et donc, que les organisateurs prennent la responsabilité de leur position, en fait, c’est déjà dire aux gens « eh bien voilà, chez nous ça ce sera ok et puis ça, ce ne sera pas ok ».
Et c’est valable, évidemment, c’est valable dans l’espace du bal folk, mais c’est valable dans n’importe quel espace festif, dans n’importe quelle boîte de nuit. Là aussi, il y a des règles de choses que les gens n’ont plus envie de tolérer en tout cas.
Fred : On peut préciser, par exemple, dans Paris Bal Folk, avant le début du bal, il y a un rappel de règles de fonctionnement qui est fait par une personne de l’équipe, qui rappelle également qu’il y a des personnes référentes, c’est celles qui portent des t-shirts Paris Bal Folk, tout simplement.
Et lors du dernier bal auquel j’ai été avec mon épouse, dans l’initiation, François, qui faisait l’initiation à un moment, nous a expliqué pour les personnes qui se sentent pendant une danse pas à l’aise mais qui n’osent pas l’exprimer, qu’il y a la possibilité de croiser les doigts derrière le dos et que les gens de l’organisation, si ellesrepèrent ça, elles savent qu’elles doivent intervenir, voilà.
Et donc, c’est des choses, enfin je suppose, que ça doit être très rassurant quand même quand on va dans ce genre d’organisation, de se dire « il y a quelque chose qui est mis en place. S’il y a un souci, on sera accompagné ».
Claire : Oui, on essaye en tout cas.
Mais moi, je fais partie de beaucoup de groupes aussi, pas juste sur Paris mais de groupes qui réfléchissent à ça.
Donc, c’est des personnes bénévoles.
Il y a des associations aussi qui existent pour trouver les différents moyens.
Alors, est-ce que ça va être justement de faire un affichage, de mettre un poster dans les toilettes ou est-ce que c’est d’envoyer une charte à tout le monde au moment où la personne elle prend son billet ?
Est-ce que ça va être une prise de parole ?
Il y a des festivals ou il y a des petits stands aussi avec de la documentation.
Enfin, voilà, il y a plein de choses qui existent.
On essaie différents formats et on voit ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Fred : La semaine dernière, on a fait une émission avec deux invitées, deux femmes dans la technologie.
Et l’une d’elles, je ne sais plus si c’est Emmanuelle ou Florence, a dit « il y a un chiffre dans la technologie, 35% des femmes quittent la tech (donc les métiers de l’informatique) après 35 ans » car elles ne se sentent pas bien accueillies, qu’elles ne peuvent pas progresser comme les hommes etc
En relisant ça je me suis posé la questions sur les bals folks.
Quand on est une femme jeune et qu’on arrive dans un bal folk, est-ce que finalement, on s’intègre rapidemen ? Ou est-ce qu’on peut être confronté quand même à ce genre de souci avec des hommes qui vont peut-être avoir les mains baladeuses ou qui vont peut-être insister quand on invite à danser et peut-être forcer une personne à danser ? Ou est-ce qu’au contraire, finalement, ça se passe bien et les femmes ne quittent pas finalement les bals folks après 35 ans ?
Alors, cette question n’est peut-être pas simple, mais…
Claire : C’est difficile à dire parce qu’évidemment, on n’a pas de chiffres.
Il faut savoir quand même que quand il y a un problème qui se produit dans un bal, très souvent, les personnes, elles s’en vont et elles ne reviennent pas.
Fred : D’accord, oui.
Claire : Et alors, surtout, vous imaginez si c’est votre premier bal, que vous avez 16 ans ou 20 ans et que votre première interaction avec quelqu’un, ça ne se passe pas bien, évidemment vous ne revenez pas le lendemain et ça, on n’a aucun moyen de le savoir.
Mais évidemment, au fur et à mesure, plus vous restez dans le bal, plus vous vous confrontez à différentes situations et puis, voilà, on fait aussi sa propre protection. On a des réflexes aussi.
Peut-être tout simplement, ce n’est pas toujours des situations qui sont traumatisantes, mais voilà, des fois, il y a des gens, c’est un petit peu trop proche pour nous, on n’est pas très à l’aise, cette personne-là on n’acceptera plus de danser avec elle, par exemple.
Fred : D’accord.
La semaine dernière, les deux invitées ont aussi parlé de ce qui se fait beaucoup dans certains milieux, des réunions en non-mixité.
Claire : Oui.
Fred : Est-ce qu’il y a des bals en non-mixité ?
Claire : Pas à ma connaissance.
Non, pas à ma connaissance.
Ce que j’ai déjà vu en non-mixité, par exemple, c’est plutôt des ateliers, des groupes de parole, par exemple, autour des notions de violences sexistes et sexuelles.
Fred : D’accord.
Claire : Il existe vraiment plein plein de formats de différentes actions.
Par contre, j’ai déjà été à des bals folks militants sur lesquels il y avait, par exemple, plus de règles, plus d’ateliers, plus de choses expérimentées, plus de prises de parole.
Donc, voilà.
Fred : D’accord.
OK.
Le temps passe vite, il file très, très vite.
Tout à l’heure, tu disais qu’une activité que tu aimais beaucoup dans ton métier de communication c’était la rédaction.
Ça se voit parce que depuis 2017, tu as ouvert un blog sur les danses sociales, bals folks qui s’appelle Creactiviste.
Claire : Oui.
Fred : Ça vient d’où, d’ailleurs, le nom Creactiviste ?
Claire : Je cherchais un nom qui ne soit pas un mauvais jeu de mots sur la danse et je n’en ai pas trouvé.
Ça ça m’est venu. Il n’y avait pas vraiment de raison. Ce n’est pas forcément le meilleur choix, non plus, ça véhicule pas du tout l’image de la danse.
Mais il fallait se décider pour quelque chose.
Chaque année, je me demande est-ce que je ne vais pas changer pour quelque chose qui ne serait plus parlant. Pour l’instant, ça reste.
Fred : C’est quoi l’objectif de ce blog ?
Claire : En fait, déjà, j’ai commencé ce blog parce que je n’arrivais pas à trouver de la lecture.
Très souvent, mais ça, c’est les gens qui écrivent, ils écrivent les choses qu’ils auraient envie de lire et qu’ils ne voient pas.
Et notamment, je ne voyais pas de format blog et je ne voyais rien en langue française.
J’en connaissais un ou deux en anglais sur la danse, mais rien en français.
Et ce que je ne comprenais pas, moi, à titre personnel, c’était pourquoi on ne se parlait pas entre différentes danses sur des thématiques qui sont communes.
Il y a par exemple les violences sexistes et sexuelles, mais il y a aussi des trucs un peu bêtes. Par exemple, les gens, ils disent « qu’est-ce que tu as comme chaussures de danse ? »
En fait, les chaussures de danse, ce ne sont pas les mêmes si vous allez danser le forró brésilien, le swing, la salsa, et le ball folk.
Chacun a ses propres trucs et astuces.
Donc je m’étais dit que je commencerais par écrire un article sur les chaussures de danse où je mettrais toutes les chaussures de danse que je croise dans les bals.
Ce ne sont pas toujours des sujets très sérieux.
Fred : C’est un sujet intéressant.
Claire : C’est très récurrent comme sujet.
Fred : Je l’ai lu il n’y a pas longtemps parce que justement, on a échangé là-dessus parce que je cherchais les chaussures de bal et donc c’est un sujet qui est intéressant.
Claire : Voilà.
Il y a aussi par exemple un article sur le fait de changer de rôle pendant la danse aussi.
Les gens qui maîtrisent le double rôle « est-ce que c’est plus difficile d’apprendre les deux rôles ? ».
« Est-ce qu’il faudrait commencer par apprendre à guider et ensuite à suivre ? »
« Est-ce qu’on se mélange ? »
Ce genre de choses.
Des fois, je fais des enquêtes de terrain aussi.
J’avais fait une enquête auprès des hommes qui suivent pour savoir justement les hommes qui font le choix de suivre. « Pourquoi ? »
Fred : Ils font le choix d’être uniquement suiveurs, c’est ça ?
Claire : Oui ou pas forcément que suiveur, mais en tout cas, ceux qui pratiquent les deux rôles.
« Est-ce qu’ils préfèrent suivre ? » « Qu’est-ce qu’ils trouvent dans le suivi ? »
Moi, je sais ce que j’y ai trouvé parce qu’évidemment, j’ai aussi commencé par ça avant de me mettre à guider.
« Qu’est-ce que les hommes y trouvent ? » « Est-ce qu’il y a des difficultés aussi quand on a envie de changer de rôle ? »
Fred : Qu’est-ce qu’ils y trouvent majoritairement ?
Tu te souviens ? Du fait d’être guidé ?
Est-ce qu’il y avait quelque chose qui ressortait particulièrement ?
Claire : C’est surtout des choses qui ne ressortaient pas.
C’est ça qui m’a étonnée, parce qu’ils disent qu’il y a des trucs comme « le sentiment d’abandon », des choses comme ça.
En fait, ce qui m’étonnait dans ce questionnaire, c’était un questionnaire toute danse, donc il pouvait y avoir aussi des danseurs d’autres danses, pas juste le bal folk, mais il y avait cette idée que les hommes, quand ils changent de rôle, ils demandent à des femmes de les guider.
Et donc, ils ont beaucoup de refus parce que les femmes, quand tu demandes sur un parquet à quelqu’un, la femme, peut-être qu’elle guide pas elle.
Et aussi parce que, et ça, ça n’a jamais été soulevé, le fait qu’il y ait une différence souvent de taille et de poids.
Donc, si vous demandez à une femme d’un mètre 60 et de 50 kilos de guider un homme d’un mètre 80 et de 90 kilos et qu’il ne sait pas suivre, il y a une difficulté.
Donc, voilà.
Mon plus grand étonnement, il a plutôt été là.
Fred : Oui, parce que pour être dans le rôle de suiveur, il faut, à un certain, laisser aller, en fait.
Pas s’abandonner, mais il faut se laisser porter, finalement, par la personne, par l’autre.
Claire : Voilà.
Fred : Ce qui peut être compliqué.
Claire : Souvent, c’est un peu trop d’abandon.
Un peu trop d’abandon de la personne.
Il y a beaucoup de gens qui pensent que suivre, c’est juste se laisser faire et se laisser tracter.
C’est pas ça, suivre.
Fred : Et à l’inverse, mener c’est très technique. Je vais prendre juste un exemple.
Récemment, on a fait un atelier de danse de couple avec mon épouse.
Tu étais là avec Florian, je crois, c’est ça ?
Claire : Oui.
Fred : Après une polka, où je ne me sentains pas très bien, Florian vient me voir, il me montre des trucs.
Puis à un moment, il me dit « on va danser ensemble » donc on danse.
Puis à un moment, il a mené, mais j’ai cru… pas valsé, mais ça a été super vite.
En fait, je ne sais pas ce qu’il a fait pour, tout d’un coup, que je me mette dans ce mouvement-là. J’ai l’impression qu’il a rien fait alors qu’il a fait quelque chose. Il y a une technique donc.
Claire : Il y a des techniques des deux côtés.
Fred : Oui, sans doute.
Claire : Oui, oui.
Fred : Mais j’étais en tout cas très impressionné par cette capacité à mener tout d’un coup.
Voilà.
D’accord.
OK.
Enquête, avant d’oublier, parce que justement, là, tu en as une en cours.
Claire : Oui.
Fred : Sur un autre point important, dans le bal, et d’ailleurs, dans la société en général, c’est le handicap.
Claire : Oui.
Ça fait très longtemps que je voulais aborder le sujet de la danse et du handicap, mais je n’osais pas le faire parce que moi, je ne suis pas en situation de handicap, donc ce n’est pas un vécu que j’ai.
C’est une grande interrogation que j’ai, mais j’avais aussi très peur d’utiliser, par exemple, les mauvais termes, etc.
Mais j’ai fini par demander aussi à des amies danseuses.
J’ai une amie qui est ergothérapeute et une autre qui est donc une danseuse sourde.
Et je leur ai demandé de m’accompagner là-dessus sur les questions qui nous sembleraient pertinentes.
Et en fait, l’approche, c’est qu’on croise des personnes qui sont en situation de handicap. Dans le bal, il y a des gens qui vont danser, des danseurs et danseuses, et qui s’adaptent ou qui adaptent leur handicap, je ne sais pas trop comment le dire, mais en fait, malgré le manque d’accessibilité des lieux.
Et donc l’idée, c’était de leur dire « qu’est-ce que vous faites, à quelle difficulté vous êtes confrontés, quelles sont les stratégies que vous mettez en place pour contourner ça, et comment on pourrait mieux adapter les lieux de danse, que ce soient les cours de danse, mais aussi surtout les bals ».
Et donc plutôt dans l’idée de comment on pourrait mieux adapter le bal grand public d’aujourd’hui, qui soit plus accessible pour des personnes en situation de handicap.
Et « est-ce que c’est pertinent ou pas d’avoir des bals adaptés qui ne seraient que pour ce type de public ».
Moi, c’est mon avis personnel, mais je suis toujours plutôt militante pour que ce soit l’espace grand public qui s’adapte pour accueillir tout le monde, plutôt que de se dire « on va séparer les valides et les personnes en situation de handicap ». De les mettre dans une zone à part, pour moi, ce n’est pas entendable.
En tout cas, ce n’est pas vers ça que j’ai dirigé l’enquête.
Donc là, en ce moment, je cherche des danseurs et danseuses de tout type de danses sociales et de tout type de handicap qui voudraient témoigner de leur expérience vis-à-vis de la danse.
Fred : D’accord.
Donc là, c’est une enquête qui est ouverte jusqu’au 10 juin, c’est ça ?
Claire : Oui, c’est ça
Fred : 10 juin 2025, sur ton site creativiste.fr.
Et sinon, les liens utiles sont également dans la page consacrée à l’édition du jour, soit sur le site causecommune.fm dans la partie « Chemin de travers », soit dans les notes de l’épisode si vous écoutez en podcast.
Et j’en profite aussi pour signaler que dans les notes de l’épisode, il y a un lien vers une conférence que tu as donnée il y a quelques années avec Marion Blanchard sur le retour aux sources historiques des bals folks et des danses.
Et notamment, à la fin, on te voit danser avec Marion.
Je fais ça parce qu’en fait, on nous a posé tout à l’heure la question de savoir « est-ce qu’il y a des vidéos de toi en train de danser pour voir en fait qu’est-ce que ça donne ? »
Sachant qu’au studio, le parquet ne va pas jusqu’au bout du studio, donc ça aurait été compliqué.
En tout cas, il y a au moins cette vidéo-là.
Je crois que Paris Bal Folk, par exemple, ils mettent régulièrement des vidéos en ligne pour voir à quoi ressemble un bal folk si je me souviens bien.
Claire : Oui, tout à fait.
Il y a beaucoup de vidéos de bals folks en ligne.
Après moi, si j’ai une chose à recommander, ce serait le film Le Grand Bal de Laetitia Carton.
C’est une réalisatrice de documentaire qui a fait un documentaire long-métrage qui s’appelle Le Grand Bal.
En fait, Le Grand Bal, c’est Le Grand Bal de l’Europe, c’est à Gennetines, dans l’Allier.
Et c’est tous les ans, c’est un très très gros festival de bal folk.
Je pense, le plus gros d’Europe, peut-être même le plus gros du Monde, dans ce type de danse-là.
C’est pendant deux semaines et donc, elle est venue avec une équipe et ils ont filmé ça.
Elle a même été nommée aux Césars et je crois qu’elle a aussi reçu plusieurs prix pour la musique du film puisque c’est donc la musique, elle est faite par des musiciens du bal folk.
Et ce que j’aime bien dans ce film, c’est qu’il présente beaucoup les dynamiques aussi sociales dont on vient de parler.
Et voilà, il y a des très très belles images de danse.
Enfin, c’est vraiment une très bonne vidéaste, une très bonne photographie sur ce film.
Donc, c’est Le Grand Bal de Laetitia Carton.
Je ne sais pas s’il est encore disponible quelque part en ligne.
Claire : Je pense qu’il doit être encore sur des plateformes.
Fred : Sur des plateformes ?
Claire : Oui.
Fred : D’accord.
Donc, on vous conseille effectivement.
Tu as dit que c’est deux semaines, mais c’est vers quelle période en fait ?
C’est en été ?
Claire : Oui, c’est en été.
C’est fin juillet, début août.
C’est la dernière semaine de juillet, la première semaine d’août cette année.
Fred : D’accord.
Donc, c’est bientôt. On est 21 mai.
Ok.
Je surveille.
Oui, parce que là, on va bientôt arriver à la fin de l’émission.
Est-ce qu’il y avait un sujet qu’on n’a pas encore abordé et que tu aurais voulu aborder dans les minutes qui restent avant que je passe aux questions finales ?
Il est possible qu’on n’ait pas abordé tous les sujets.
En parlant de vidéo, est-ce qu’il y a des sortes de tutos sur des danses.
Par exemple, tout à l’heure, tu nous as passé une mazurka.
On a écouté une mazurka, donc Dorothée par le groupe Tref.
Les gens qui disent « c’est quoi une mazurka ?»
Est-ce qu’on va trouver sur des plateformes vid éos ou autres des sortes de tutos mais vraiment détaillés sur « c’est quoi une mazurka », « comment ça se danse ? ». Ou « c’est quoi une scottish ? Comment ça se danse ? ». Est-ce que ça existe ?
Peut-être sur ton site d’ailleurs, je ne sais pas.
Claire : Alors ça existe.
Il y a beaucoup, beaucoup de vidéos sur Internet.
Par contre, apprendre la danse avec une base de vidéos, ça va quand même être compliqué.
Moi, ce que j’ai fait sur mon site, par contre, c’est quand même des articles un petit peu pédagogiques justement sur des choses que j’aurais aimées qu’on me dise quand je débutais en bal.
Donc, il y a des éléments de fonctionnement social de la communauté de danse.
Mais il y a aussi des choses plus techniques.
J’ai un article sur l’évolution de la mazurka, l’histoire de la mazurka.
On peut voir à quoi ça ressemblait une mazurka en 1840 et l’évolution d’aujourd’hui, pourquoi il y a cette évolution.
Et j’ai fait la même chose sur la valse aussi.
Donc voilà, pour expliquer un petit peu la théorie, comment on fait pour tourner à la valse, etc.
Donc, il y a une approche à la fois un petit peu historique, même si évidemment, moi, je fais des articles de blog et je ne suis pas historienne de la danse.
Donc voilà, c’est vraiment à but pédagogique.
Fred : D’accord.
On n’a pas fait le tour, mais est-ce qu’il y avait un sujet qu’on n’a pas abordé que tu souhaiterais qu’on aborde, si j’ai oublié, sur la danse ou sur autre chose d’ailleurs ?
Est-ce que peut-être que tu as d’autres passions cachées que tu ne nous as pas transmises pour le moment ?
Claire : Moi, j’ai plein de passions.
Fred : Est-ce qu’il y en a une en deux ou trois minutes dont on pourrait parler ou d’autre chose ?
Claire : Non, non, pas forcément.
Juste peut-être, si je peux faire une petite conclusion sur la danse.
Moi, ce que j’aime beaucoup avec la danse, c’est qu’effectivement, le bal folk c’est un milieu qui est très facilement accessible, mais par contre, tu disais « c’est un monde souterrain » mais c’est vraiment, c’est un univers entier souterrain.
Moi, ce que je trouve vraiment incroyable, c’est tout ce patrimoine sur lequel on est un petit peu assis en France et qu’on ne va pas exploiter.
Et en fait, on a vraiment des groupes de musique qui ont une très très grande qualité.
Donc, très sous-estimée la qualité des groupes de musique trad, qui vont chercher du patrimoine, qui le réarrangent, qui proposent des versions très modernes, qui sont très festives.
Et en fait, si en plus du bal et d’aller s’amuser, etc., mais par contre, il y a aussi plein, plein de profs de très grande qualité sur des stages et c’est infini. En fait, moi, c’est ça que j’aime dans ce bal, c’est que ça s’arrêtera jamais.
Moi, j’arrêterai jamais d’apprendre.
Je suis vraiment, plus j’en apprends, plus je me rends compte de la montagne, de tout ce qui reste à parcourir.
Et ça m’occupera jusqu’à la fin de mes jours.
Fred : Donc, tu veux dire aussi que dans l’apprentissage, ce n’est pas que la partie technique, c’est aussi l’apprentissage culturel, historique.
En France, il y en a partout.
En fait, on se rend compte qu’il y a des danses partout.
C’est ça aussi qui te passionne. Ce n’est pas que, entre guillemets, la technique de danse, c’est le côté culturel autour.
Claire : Oui, oui.
Et puis, d’apprendre les gestes aussi.
Moi, le jour où j’arriverai à faire les élans de danse, la maîtrise du corps qu’il y a dans le sud-ouest ou en Suède, voilà, c’est sans frein, en fait.
Fred : Tu sais, il y a un truc que tu avais dit lors de l’atelier qui m’avait surpris.
Moi, je pensais que des gens comme toi, en fait, sur les danses, vous entendiez les changements de rythme, etc.
Et puis, tu as dit à un moment « en fait, moi, je suis très analytique, je compte les pas ».
Claire : Oui.
Fred : Et je me suis dit, c’est bien, parce que moi aussi.
Et ça m’a un peu surpris.
Je me suis dit « tiens, elle ne se laisse pas porter par le truc, elle compte »
Claire : Moi je compte, mais il y a plein de gens qui ne comptent pas. Je sais qu’il y a des transmetteurs ils ne donnent pas, ils ne disent pas « gauche », « droite », etc. Ils chantent. Ils font juste la rythmique et les gens comprennent.
Ça, ça me fascine.
Je ne saurais pas le faire.
Mais par contre, il y a plein, plein de modes de transmission. C’est incroyable.
Fred : Ça me rassure, parce qu’effectivement, quand tu as dit ça, ça m’a rassuré.
Je me suis dit, on peut être analytique et finalement, faire de la danse.
Claire : Oui.
Et est-ce que tu as dans tes… rnfin, pas dans tes rêves, mais dans tes ambitions, enfin dans les choses que tu as envie de découvrir, est-ce qu’il y a des danses dans d’autres pays que tu as envie de découvrir ?
Tu as parlé du Portugal tout à l’heure, mais il y a peut être d’autres choses que tu as envie de découvrir.
Voire d’aller sur place.
Je ne sais pas, est-ce que tu as été au Portugal, par exemple, faire de la danse portugaise ?
Claire : Oui, j’ai été au Portugal.
Fred : Il y a le sourire là.
Claire : Oui, c’est génial.
C’est vraiment, c’est incroyable le Portugal.
Oui, il y en a plein, il y en a plein.
Je connais très, très mal.
J’aime beaucoup les danses italiennes, mais je les connais très, très, très mal, par exemple.
Le répertoire de danse à apprendre il est infini.
Fred : Donc, en fait, comme tu l’as dit tout à l’heure, tu ne t’arrêteras jamais de danser.
Claire : Non, jamais.
Fred : C’est bien.
Et puis, on peut danser très, très, très tard, visiblement.
Voilà.
Écoute, on va passer aux questions de fin.
Alors, je rappelle aux personnes qui nous écoutent que les questions de fin, je les envoie à l’avance quand même aux personnes pour pas qu’elles aient totalement à improviser, parce que ce n’est pas forcément évident.
On va commencer par « est-ce que tu as envie de partager, quelque chose qui t’a émerveillé, fait du bien dernièrement ? »
Claire : Oui.
Plutôt revenir sur le début de l’émission, quand je parlais de mon travail. Moi , j’aime beaucoup mon travail. Il y a une chose que j’aime beaucoup, c’est aller aux préparations au départ des volontaires en service civique qui vont partir pendant un an à l’autre bout du monde. Ils sont partagés entre la peur que « ça y est ils vont partir » et « comment ça va se passer de vivre à sept mille km de son papa et sa maman »
Et en même temps, ils sont, eux, émerveillés du fait que ça y est, ça devient concret, ils ont vraiment la lumière au fond des yeux, de se dire « vraiment ce qui va se passer ça va être incroyable ». moi, je sais que ça va être incroyable puisque je vois aussi ceux qui reviennent.
Et en fait, non, moi je m’émerveille de les voir émerveillés, c’est plutôt ça. Et à chaque fois, je me dis qu’il faut pas perdre ça, cette espèce d’émerveillement de quand tu à vingt-deux ans, et que tu as un projet de vie qui va te changer.
Je me dis « il faut tendre vers ça, quelle que soit notre, notre âge ». Donc voilà, ça me permet de me maintenir dans l’axe d’aller toujours à la recherche de nouvelles choses
Fred : D’accord.
Deuxième question: « si tu avaits la possibilité de parler à ton toi quand tu avais dix, quinze ans, que lui dirais-tu ? quels conseils donnerais-tu ? »
Claire : Alors là, à quinze ans, moi j’avais quand même pas mal de passions bizarres. J’aimais les mangas, j’aimais bien le dessin, j’aimais bien plein de plein de choses différentes qui n’étaient pas toujours mainstream et je me disais « ah, mais toi t’es un peu un peu bizarre, toi et tes amis, vous êtes un peu le groupe des gens bizarres ».
Et je ne savais pas comment faire pour être autrement. Mais en fait, il n’y a pas besoin d’être autrement.
J’en parlais avec une amie, et puis je crois que c’est l’humoriste Paul Mirabel, je sais pas si tu vois qui c’est
Fred : Oui
Claire : qui disait que tout ce qu’on lui a critiqué dans son attitude et dans sa corporalité, c’est les choses qui font sa force aujourd’hui
Fred : et qui fait son succès aujourd’hui
Claire : Oui. Et je pense que c’est vraiment ça, que c’est vraiment ça, donc, à mon moi de quinze ans, je dirais « ne t’embarasse pas avec les histoires de popularité, il faut cultiver les goûts qu’on a, ça fait notre saveur et notre sel. »
Fred : D’accord.
Troisième et dernière question : « as-tu le sentiment d’être à ta place aujourd’hui ? »
Alors soit là ce soir, soit plus globalement dans ta vie.
Claire : Oui, en tout cas, je n’ai pas de regret sur là où j’en suis dans ma vie.
Je ne sais pas si je suis à ma place, parce qu’il y a toujours une nouvelle place quelque part qui nous attend. Donc, je ne suis pas contre les changements. Par contre, pas du tout regret sur là où je suis. Je suis très heureuse. Donc, plutôt oui.
Fred : D’accord, c’est cool.
Merci Claire merci d’avoir passé ce temps avec nous.
Claire : Merci.
Fred : On entend le générique de fin. L’émission se termine.
Merci à vous auditrices et auditeurs de nous avoir écouté. N’hésitez pas à réagir, donner votre avis, poser des questions, faire des suggestions. Un formulaire de contact est disponible sur la page de l’émission sur le site causecommune.fm.
Nous espérons que cette émission vous a touché, inspiré, convaincu, si c’est le cas vous pouvez la faire vivre en en parlant et en la partageant avec au moins une personne.
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Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire. Dans la page de l’émission sur le site causecommune.fm ou dans les notes de l’émission si vous nous écoutez en podcast il y a un lien vers un questionnaire. En 3 minutes max, vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
Chemins de traverse c’est en direct tous les mercredis à 22 h sur Cause Commune, 93.1 FM et en DAB+ en Ile-de-France, et partout dans le monde sur causecommune.fm.
Julie, Mehdi, Elise et moi-même nous avons le grand plaisir de participer à cette belle aventure que représente Cause Commune, radio associative, la voix des possibles.
Même si toutes les personnes qui interviennent sur les émissions sont bénévoles, la radio a besoin de soutien financier pour notamment payer les frais matériels : le loyer du studio, la diffusion sur la bande FM, les serveurs. Nous vous encourageons à aider la radio si vous le pouvez en faisant un don sur le site causecommune.fm ou tout simplement faites connaître la radio.
Chaque premier vendredi du mois, la radio organise une soirée radio ouverte. Donc l’occasion pour vous de venir au studio pour rencontrer les équipes,pour découvrir le studio. Donc, le prochain en soirée aura lieu vendredi 6 juin 2025, à partir de 19 h 30. L’adresse du studio: 22 rue Bernard Dimey, dans le dix-huitième arrondissement de paris.
Dans les actus, parce que je l’ai j’ai pas eu le temps de le faire la semaine dernière. Dans les actus de nos invités passés, dans l’émission 19, notre invité est le violoncelliste, chef d’orchestre et compositeur Raphaël Merlin, qui nous a notamment parlé de l’orchestre symphonique qu’il a créé Les forces majeures et le projet Accordez vos vélos, festival itinérant où les membres de l’orchestre se déplacent à vélo.
Après quatre années de préparation, l’orchestre d’une trentaine de musiciennes et musiciens a entamé une tournée symphonique itinérante à vélo de Paris à Roubaix. Le départ a eu lieu le 9 mai à paris, l’arrivée est prévue à roubaix le 8 juin, avec une vingtaine d’étapes, et sur la page consacrée à l’émission du jour, vous retrouverez le lien vers ce festival, donc Paris-Roubaix de Accordez vos vélos.
Juste après l’émission on a une mission inédite de Minuit décousu, donc une heure d’émission, pour en découdre avec la bétonisation, aux côtés des jardinières et jardiniers en lutte.
Prochain rdv pour Chemins de traverse la semaine prochaine, notre invitée sera Ewa Kadziolka qui a grandi en Pologne où elle aimait les maths. Arrivée en France, il y a 24 ans, elle a été éducatrice pour les enfants autistes. Aujourd’hui, elle a dû changer de voie, elle a repris les études en informatique et elle est en pleine reconversion.
A mercredi prochain.
Salut, et solidarité.
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32e émission Chemins de traverse diffusée en direct 21 mai 2025 à 22 hNotre invitée est Claire Favillier. Claire travaille pour l'Office Franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ). Elle est créatrice et rédactrice du blog Creactiviste – la danse sociale décryptée.
On parlera de son parcours, de son métier et beaucoup de danses sociales, ces danses où on peut danser en couple mais également des danses dans lesquelles on change de partenaire plusieurs fois pendant la danse.
On ne parlera pas que techniques de danse mais de la danse et la musique comme vecteur de patrimoine, de multiculturalisme. Elle nous parlera également de thématiques transversales qui concernent toutes les danses sociales : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l’approche dégenrée, les handicaps et la danse, la transmission des danses ✊.
Questionnaire pour mieux vous connaître🙏 Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l'émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
SommaireVoix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de traverse, d'autres voies pour imaginer demain.
Fred : Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce 32e épisode de Chemins de traverse, d'autres voies pour imaginer demain.
Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels des passions des engagements.
Notre invitée ce mercredi est Claire Favillier.
Notre invitée a une double vie, pour reprendre ce qu'elle m'a écrit.
Le jour, elle est responsable communication et la nuit, elle danse.
Alors on parlera évidemment de son parcours, de son métier, mais surtout beaucoup de danses sociales.
C'est des danses où l'on peut danser en couple, mais également des danses dans lesquelles l'on change de partenaire plusieurs fois pendant la danse.
On ne parlera pas beaucoup de techniques de danse, mais surtout de la danse et de la musique comme vecteurs de patrimoine, de multiculturalisme, et surtout de thématiques transversales qui concernent toutes les danses sociales : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l'approche dégenrée, les handicaps et la danse, la transmission des danses.
Merci à vous de nous accueillir dans votre salon, votre cuisine, voire votre chambre, ou peut-être sur votre parquet de danse.
Bonsoir Claire.
Claire : Bonsoir.
Fred : Avant que la discussion commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 21 mai 2025 sur Radio Cause Commune, la voix des possibles, sur 93.1 FM et en DAB+, en Ile-de-France, partout dans le monde sur le site causescommune.fm et vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Si vous êtes en direct, n'hésitez pas à participer à intervenir.
Julie réalise émission de ce soir.
Bonsoir Julie.
Julie : Bonsoir.
Fred : Julie attend vos appels.
Pour cela, le téléphone est branché. Appelez-nous au 09 72 51 55 46. Je répète, 09 72 51 55 46.
Alors vous pouvez réagir sur le salon web de la radio. Rendez-vous sur le site causescommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Alors comme chaque émission de Chemins de traverse, on va commencer par parler un peu de ton parcours, Claire, avant d'aborder le sujet principal de notre échange qui va être les danses sociales.
Alors j'ai vu sur un réseau social que tu as annoncé ta participation à l'émission et tu as écrit notamment « c'est une super occasion pour moi de parler entre autres de ma passion pour la danse qui a dépassé depuis longtemps le stade du loisir pour devenir à la fois une activité secondaire ET un engagement ».
Et j'avoue que activité secondaire et « ET » en majuscule engagement, ça m'a fait plaisir parce qu'on aime bien les engagements.
Et donc je pense que tu auras l'occasion dans la deuxième partie de l'émission de parler de cet aspect engagement.
Mais j'ai envie de te demander la première question, vu qu'on va parler de danse tout à l'heure.
Tout simplement, quand tu étais petite fille, quel était ton rapport à la danse ?
Claire : Alors déjà, merci beaucoup de me recevoir pour parler d'un sujet sur lequel je peux effectivement parler des heures.
Pour répondre à ta question, quand j'étais petite, je dansais pas particulièrement.
C'est pas quelque chose qui était…
Déjà, c'est pas un ancrage familial.
C'est pas quelque chose qui est vraiment natif dans ma famille. On ne danse pas beaucoup.
Par contre, quand j'avais peut-être une quinzaine d'années, mes parents m'ont inscrit à un cours de danse de salon où j'allais pour faire du rock et aussi de tout ce qui est danse de salon, du pasodoble, des choses comme ça.
Voilà, c'était un cours un petit peu multidanses que je faisais avec mes parents.
Et c'est pas un âge où c'est facile d'aller danser avec ses parents.
Donc j'avais réussi à convaincre un camarade de venir avec moi et on était un petit peu les deux seuls jeunes au club de danse du village.
Voilà, ça a duré peut-être deux ans.
Je suis pas sûre que ça m'ait beaucoup appris à danser, pour être tout à fait honnête.
Je faisais vraiment ça pour m'amuser.
Il m'en reste pas grand-chose à part le souvenir d'y être allée.
Et c'est vraiment à l'âge adulte que j'ai découvert la danse.
Fred : D'accord.
Quand tu dis village, c'est un petit village ?
Claire : Oui, c'est un petit village.
Moi, je suis originaire d'un petit village près de Grenoble qui s'appelle Jarry, qui a 4000 habitants.
Donc vraiment petit village quand même.
Fred : Dans ces villages, souvent, il y a des bals du village.
Tu y participais au-delà de ces danses de salon, rock ?
Ou pas du tout ?
Tu te souviens pas ?
Claire : Alors, je me rappelle pas qu'il y ait eu particulièrement des bals de village.
Maintenant, j'ai l'impression qu'il y a quand même beaucoup de bals, c'est plutôt les balles du 14 juillet, le bal des pompiers, ce genre de choses.
Mais c'est plutôt de la musique, un petit peu de boum, de boîte de nuit.
J'ai plutôt des souvenirs de danse comme ça, des souvenirs de danse individuels que vraiment des souvenirs de bals.
Fred : D'accord.
Donc, tu as grandi du côté de Grenoble.
Et quelles études tu as fait ?
Claire : Alors moi, j'ai fait, après mon bac, j'ai fait les métiers du livre. J'avais comme envie d'être libraire ou bibliothécaire.
Donc voilà, j'ai fait ça.
Ensuite, j'ai fait une licence professionnelle en développement web.
C'était vraiment le début des sites web.
Fred : Il y a un changement entre libraire et développement web.
Claire : Oui, mais en fait, c'était dans les années 2000.
Donc là, aujourd'hui, j'ai 42 ans.
Et à l'époque, je faisais des petits sites Internet que je codais à la main.
J'ai toujours eu une appétence pour l'informatique quand même, qui était présente.
Et en fait, c'était vraiment le début d'Internet.
Les gens, et notamment les librairies, les bibliothèques, ils voulaient un petit peu leur site Internet.
Mais il n'y avait pas encore, je pense, il n'y avait pas encore de société qui faisait ça ou alors ça coûtait vraiment cher.
Fred : C'était à l'époque des pages personnelles, notamment.
Il y avait les Club Internet et compagnie qui permettaient de créer des sites web pour quasiment pas cher, en fait.
Et avec relativement peu de connaissances techniques.
Donc c'était ça.
Claire : Voilà.
Mais en fait, les gens, en tout cas dans les entreprises dans lesquelles je faisais, par exemple, mes stages, ils n'avaient pas trop de sites Internet.
Et c'était un truc un peu de jeune, peut-être un petit peu comme aujourd'hui, on verrait les réseaux sociaux. Maintenant qu'en plus, je travaille dans la communication, les réseaux sociaux comme TikTok, je laisse ça plutôt à mes alternants parce qu'ils ont l'appétence et le regard.
Et je pense que c'était ça à l'époque, mais pour les sites Internet.
Et donc, ce que je voulais faire, c'était créer des sites Internet pour des librairies ou pour des bibliothèques.
Voilà, d'allier un petit peu une double compétence.
Fred : Et c'est ce que tu as fait ou pas ?
Claire : Pas du tout.
Fred : Qu'est-ce que tu as fait alors ?
Claire : Ce n'est pas ce que j'ai fait parce qu'en fait, après mes études, j'ai trouvé quand même pas mal de travail dans la communication d'une manière générale, mais pas forcément dans le milieu du livre.
Donc, j'ai jamais concrétisé ça.
Après, je suis allée là où les opportunités professionnelles me menaient, mais ça n'a pas été vers le milieu du livre, malheureusement. Mais j'ai toujours gardé un œil quand même dessus.
C'est toujours un milieu qui m'intéresse, mais pas professionnellement parlant.
Fred : D'accord.
Donc, professionnellement parlant, tu t'es orientée plutôt vers la communication, dans des structures publiques, c'est ça ?
Claire : C'est ça, oui.
En fait, j'ai commencé à travailler.
Mon premier emploi, c'était pour la mairie d'Annecy, où je suis restée deux ans.
C'était les emplois jeunes qui étaient réservés quand même à des jeunes gens.
Et puis ensuite, je suis partie pour Paris, où j'ai travaillé pendant presque 15 ans pour la Fédération française de voile.
Moi, qui ne faisais pas de sport, ce n'était pas…
Fred : Cela allait être ma question. Tu n'étais pas une fan de voile ?
Claire : Non, tout le monde m'a posé la question.
J'avais des souvenirs enfants d'être sur un optimiste coincée sur le lac, mais je ne faisais pas spécialement de voile.
Mais en fait, il n'y avait pas forcément besoin de connaître le sport.
En tout cas, quand on a un intérêt pour le milieu, c'est un intérêt qui se développe et c'est des connaissances qui s'acquièrent.
Donc, voilà, je suis restée très longtemps dans cette entreprise-là que j'aimais beaucoup.
Fred : Et tu avais quel type d'activité ?
C'était quoi ?
C'était le site web, les lettres d'information, des prospectus ?
Enfin, c'était quoi comme activité ?
Claire : De tout ça, en fait.
C'est vrai que les structures parapubliques, les milieux associatifs, souvent, c'est assez petits comme structures.
Donc là, c'était une cinquantaine de personnes, ce qui n'est pas ridicule.
Mais ça, ça veut dire que les services de communication, souvent, ils sont assez réduits. Ça va être deux, trois personnes maximum.
Donc ça veut dire qu'il faut savoir tout faire. Il faut faire en fonction des besoins.
Un petit peu de graphisme. Il y a eu le début des réseaux sociaux aussi. Ça s'est fait à ce moment-là.
Donc ça a été tout ça.
À la base, je venais pour le site Internet.
Et puis ensuite, j'ai rajouté différentes choses de toutes les missions de communication.
Ça peut être des relations presse, du graphisme, du rédactionnel.
Voilà, toutes ces missions-là.
Fred : Donc c'était très large, quoi.
Claire : Voilà, très large.
Fred : Donc tu y es passée 15 ans, tu disais, c'est ça ?
Claire : Oui, c'est ça. J'y ai passé 15 ans.
Fred : Et pourquoi tu as changé alors ?
Parce que tu voulais voir autre chose ?
Claire : Oui, voilà. C'était pour voir autre chose. Oui, tout à fait.
Fred : Et donc tu as rejoint. Donc après ?
Claire : Là, actuellement, je suis à l'Office franco-québécois pour la jeunesse.
Donc c'est un organisme aussi para-public qui s'occupe de faire de la mobilité internationale des jeunes français vers le Québec.
Fred : Alors, mobilité internationale, c'est quoi ?
C'est de permettre à des jeunes de faire des stages au Québec ou de trouver des emplois au Québec ?
Claire : Alors, c'est très large.
On a déjà une grosse mission d'information parce que la mobilité au Québec, ça nécessite des permis de travail aussi. Il y a quand même beaucoup d'administratif.
Donc on fait de l'information là-dessus.
Et après, nous, on a un certain nombre de programmes qui sont pour le développement professionnel des jeunes adultes entre 18 et 35 ans, plutôt post-études parce qu'il y a déjà beaucoup de programmes qui existent au sein des universités, par exemple, pour aller faire ses études au Québec.
Donc nous, on n'est pas trop là-dessus.
Par contre, on est sur des stages de fin d'études, des missions de services civiques, mais internationales aussi. Ça, c'est super.
Et par exemple, des stages pour les demandeurs d’emploi avec France Travail.
Pour quelqu'un qui serait demandeur d’emploi en France, il peut aller faire trois mois, six mois d'expérience en entreprise, de stage en entreprise pour avoir une expérience internationale sur son CV.
Fred : D'accord.
Et donc, dans le cadre de ton travail, tu es au niveau de la communication, responsable communication, c'est ça ?
Claire : Oui, je suis responsable communication de cet organisme.
Fred : D'accord.
Et donc, tu as quand même des contacts avec les jeunes qui vont aller au Québec ou pas ?
Claire : Oui, tout à fait.
Fred : Vous ne le voyez pas à la radio, mais là, il y a un sourire qui vient d'arriver sur le visage de Claire.
Je donc suppose que ça fait partie de l'intérêt dans ce métier, en tout cas dans ce poste.
Claire : Oui, tout à fait.
C'est l'intérêt de la structure et je pense que c'est en plus porté par l'intégralité de l'équipe. On a une petite équipe, on est 18 et c'est vraiment l'idée d'aider les jeunes.
Nous, on dépend du ministère de la Jeunesse.
Donc, c'est des fonds publics qui…
Fred : Donc, c'est financé complètement par le ministère, c'est ça ?
Claire : Oui, c'est ça.
Fred : Et le Québec finance aussi ou pas du tout ?
Claire : Oui, le Québec finance, mais en fait, on a un organisme jumeau qui envoie les Québécois vers la France.
Fred : Ah ok, d'accord.
Claire : Donc, c'est des mobilités croisées.
Donc, on a aussi des collègues québécois qui font la même chose que nous, mais au Québec.
Et en fait, c'est quand même très gratifiant parce que c'est justement donner des opportunités à des jeunes.
Et notamment, pas juste à des jeunes qui auraient déjà cette opportunité-là par aisance financière, par exemple, ou milieu familial qui est très international.
Donc, ça, on renseigne tous les jeunes, quel que soit leur profil.
Mais on fait aussi des vrais efforts pour aider des jeunes pour qui ce n'est pas un parcours particulièrement évident, à trouver des opportunités.
Donc, ça, c'est vraiment super.
Fred : Avec des soutiens financiers éventuellement ?
Claire : Oui, tout à fait, avec des soutiens financiers, oui.
Fred : D'accord.
Et les jeunes qui…
Donc, c'est entre 18 et 35 ans, c'est ça qu'il faut ?
Claire : C'est ça, tout à fait.
Fred : Et est-ce qu'il y a besoin de diplômes ou pas ?
Parce qu'à 18 ans, on n'est pas forcément diplômés.
Claire : Alors, ça va dépendre des programmes.
On a des programmes qui sont très larges.
On a aussi des programmes pour les jeunes professionnels, par exemple, de la culture, les entrepreneurs, les jeunes engagés aussi.
Mais par exemple, il y a certains programmes comme l'émission de services civiques.
Je ne sais pas si tu connais le service civique en France, qui est pour…
Donc là, nous, c'est plutôt les 18-25 ans.
Service civique en France, c'est plutôt 16 ans.
Nous, on ne fait pas partir de mineurs parce que c'est un petit peu compliqué en termes d'assurance, etc.
Mais là, par exemple, il n'y a pas besoin de diplômes.
C'est aller dans des associations au Québec principalement, mais pas que.
Il y a aussi en Amérique latine, par exemple.
Et là, il n'y a pas de condition de diplôme. C'est la motivation.
Fred : Alors, tu dis qu'ils ne vont pas uniquement au Québec, ils vont aussi potentiellement en Amérique latine ?
Claire : Oui, tout à fait.
L'OFQJ, en fait, a un mandat sur la francophonie.
C'est une thématique qui est aussi très importante pour le Québec.
Et donc, on a peut-être 95 % de notre activité au Québec et puis 5 % sur d'autres destinations.
Par exemple, dans des alliances françaises, d'instituts français, sur des missions de promotion de la culture française à l'étranger.
Fred : D'accord.
Et les bureaux de l'office sont situés à Saint-Denis, c'est ça ?
Claire : Oui, tout à fait.
Fred : Je dis ça parce que j'habite à Saint-Denis.
Je ne savais pas du tout qu'il y avait cet office qui était situé.
Il est situé dans quelle partie de Saint-Denis ?
Fred : À côté de la mairie.
Ah oui, carrément.
J'ai dû passer devant sans le savoir.
Et donc, ça fait depuis 2017, c'est ça ?
Claire : C'est ça, oui.
Fred : Donc, tu fais la responsable de communication.
Est-ce que dans cette activité de communication, il y a des choses qui t'intéressent plus que d'autres, en fait ?
Parce que c'est très large la communication.
On a compris qu'il y a du site web.
J'avais vu sur ton profil LinkedIn qu'il y avait de la photothèque.
Je me suis demandé si tu t'intéressais particulièrement à la photo, notamment, parce que j'avais vu que tu avais utilisé ça.
Ou pas du tout ?
Claire : Globalement, tout m'intéresse dans la communication.
C'est ça que j'aime bien avec la communication, c'est que c'est très varié.
Et notamment dans les petites structures, on touche à tout.
Donc, les journées ne sont jamais les mêmes.
Et ça nécessite aussi beaucoup de travailler en transversal avec tout le monde, prendre en compte les demandes et les besoins de tous les salariés de la structure.
Ça, c'est super intéressant.
Moi, j'aime beaucoup, à titre personnel, l'aspect rédactionnel.
Fred : Rédiger ?
Claire : Voilà, rédiger.
C'est pour ça que tu as ouvert un blog dont on parlera tout à l'heure.
Claire : C'est ça, tout à fait.
Fred : Donc, l'aspect rédactionnel.
En français et en anglais ?
Sur l'office franco-québécois, les textes sont en français et en anglais ?
Claire : Tout en français. 100% francophone.
Fred : D'accord, 100% francophone.
Parce que je pose la question, sur ton blog, il y a de l'anglais.
Claire : Oui, tout à fait.
Sur mon blog, je peux écrire en anglais.
Ça me permet de pratiquer mon anglais, mais que je ne pratique pas au travail.
Fred : Et donc, c'est la partie rédactionnelle qui t'intéresse le plus ?
Claire : Oui, j'aime bien.
Après, ce que j'aime bien, c'est aussi tout ce qui est un petit peu planification.
C'est plutôt comment on va amener les gens.
C'est plutôt la réflexion qui va autour de la communication.
Il y a évidemment tous les actes de création qui, moi, me parlent beaucoup.
Mais il y a quand même la réflexion de « qu'est-ce qui motive les gens », comment formuler aussi en fonction du type de public, comment amener les gens à avoir une réflexion, un cheminement qui les aide.
Voilà, c'est ça que je trouve intéressant dans la communication.
Fred : Et est-ce que l'office est présent sur des réseaux sociaux ?
Parce que dans la communication, ce qui a changé radicalement ces dernières années, pour le meilleur et pour le pire, on va dire, c'est un certain nombre de réseaux sociaux.
Est-ce que l'office est présent sur des réseaux sociaux ? Et sur lesquels ? Et comment ça se passe ?
Qu'est-ce que ça change pour toi en tant que communicante ?
Claire : Alors, l'office est présent sur un bon nombre de réseaux sociaux.
Il y a les réseaux un petit peu traditionnels, les réseaux qui sont un peu maintenant les réseaux des vieux, Facebook par exemple.
Les réseaux qui fonctionnent très bien en ce moment, c'est LinkedIn, puisque nous, on est quand même sur un aspect qui est globalement professionnalisant.
Pas que, mais en tout cas, qui est assez sérieux pour LinkedIn.
Instagram aussi, qui est quand même un média pour les jeunes.
Et TikTok en ce moment, c'est le réseau qu'on a développé en dernier, mais c'est celui sur lequel il y a une marge de progression qui est faramineuse.
La capacité de l'algorithme est phénoménale.
Et là, pour le coup aussi, ça nous demande… Comme les équipes, elles, elles ne sont pas forcément jeunes jeunes, ça nous nécessite, pour s'adresser à la cible jeune, 18-35 ans, on est quand même obligé d'aller prospecter un petit peu ces réseaux-là, qui sont les réseaux émergeants.
Fred : Alors justement, je me dis, qu'est-ce que vous faites sur TikTok ?
Alors moi, je connais très peu TikTok, mais ma connaissance en est que c'est des vidéos courtes où les gens se mettent en scène.
Et donc, je me dis, qu'est-ce que fait l'office comme vidéos sur TikTok, en fait ?
Qu'est-ce que vous faites comme type de vidéos pour attirer les jeunes, pour faire connaître l'office ?
Claire : Alors ça, c'est des choses que je vois quand même pas mal avec mon alternante, justement, d'avoir un petit peu le point de vue de la jeunesse.
Parce que pour moi, il y a vraiment, c'est à la jeunesse, il faut que ce soit aussi les jeunes qui s'adressent à la jeunesse.
Fred : Pour avoir leurs codes, en fait.
Claire : Voilà, c'est ça.
Et donc, c'est un petit peu, c'est assez varié.
Il y a du contenu qu'on dit « trend », donc ça va être justement réutiliser des contenus à la mode.
Fred : Ah, tendance, ok.
Claire : Donc, sur certains formats de vidéos, certains sons aussi qu'on va réutiliser.
Donc, sur des vidéos un petit peu humoristiques, sur lesquelles on essaie de mettre un petit peu de Québec.
Et puis, il y a des vidéos aussi plus d'informations.
Donc, par exemple, donner trois grands conseils pour faire sa candidature. Quand on veut candidater comme Français au Québec, ce n'est pas les mêmes codes culturels vis-à-vis du travail.
Donc, voilà, ça peut être des choses comme ça.
Ça peut être trois sites Internet pour trouver une colocation.
Ça peut être des choses comme ça.
Fred : Est-ce que vous jouez sur l'accent québécois et les mots québécois ?
Parce qu'ils sont très forts pour inventer des mots.
Est-ce que vous jouez là-dessus, dans la communication ?
Claire : Pas tant.
Non, on avait une collègue québécoise avec laquelle on a fait des vidéos de comparaison de certains termes.
Après, on ne fait pas beaucoup d'humour sur l'accent québécois.
Fred : Ce n'est pas pour se moquer de l'accent.
Ils ont une créativité sur l'invention des mots, notamment pour transformer des mots anglais en français.
Par exemple, podcast, c'est de la baladodiffusion.
Je me demandais par rapport au format vidéo, est-ce qu'il y avait des choses autour de ça ou pas ?
Je connais très peu TikTok, donc j'ai peut-être une vision un peu biaisée de TikTok.
Claire : En fait, on ne le fait pas trop sur nos vidéos, par exemple, de TikTok.
Mais par contre, on va le faire sur tout ce qui est préparation au départ.
On va leur montrer des vidéos vis-à-vis de la francophonie aussi : « Qu'est-ce que c'est la francophonie ? ».
Parce qu'effectivement, parler le français au Québec ou en France, ce n'est pas la même chose.
Mais ce n'est pas la même chose non plus en Afrique, ou même en Acadie, par exemple, dans d'autres provinces du Canada.
C'est plutôt interroger les jeunes sur leur rapport au français, pour éviter justement le cliché du petit français qui arrive au Québec et qui rigole de l'accent des Québécois.
Fred : Qu'est-ce qui motive ces jeunes à aller au Québec ?
Qu'est-ce qui les attire là-bas ?
Le fait qu'ils vont pouvoir parler français, c'est un avantage ?
Est-ce que c'est ça qui les attire ?
Est-ce que c'est d'être pas très loin de l'Amérique ?
L'éloignement de la famille ?
Qu'est-ce qui les attire au Québec ?
Claire : Je pense que c'est un petit peu tout ça.
C'est le côté l'Amérique en français.
Et en même temps, pour beaucoup de jeunes, ils voudraient pouvoir pratiquer leur anglais là-bas.
À Montréal, ce n'est pas forcément toujours le meilleur endroit, le fin fond du Québec, pour pratiquer son anglais.
Mais il y a un petit peu ce côté « peut-être que je pourrais ». C'est une prise de risque sans prise de risque, un petit peu, par rapport à l'immersion.
Je pense qu'il y a un intérêt pour la culture. Ils ont une image qui est très positive. Mais de toute façon, c'est un pays qui est super. Les gens sont très accueillants, sont très sympas.
Je pense que c'est une image qu'on a en France et qui est une réalité aussi sur place.
Fred : Et toi, tu avais une attirance particulière pour le Québec, pour choisir ce poste-là après la Fédération française de voile ?
Ou c'est un hasard ?
Qu'est-ce qui t'a amené à candidater ou être recrutée dans l'office ?
Claire : C'est un hasard.
Ça s'est présenté et ça s'est fait.
Après, il se trouve que moi, j'ai de la famille québécoise.
J'avais un intérêt personnel aussi à être en lien. Ça me rapproche aussi de ma famille québécoise.
C'est un intérêt personnel, mais ça n'a pas du tout joué sur le fait de pouvoir ou pas travailler là-bas.
Fred : Le fait de travailler dans l'office, ça te permet d'aller de temps en temps au Québec ou pas ?
Claire : De temps en temps.
Fred : C'est plutôt cool.
Claire : Oui, c'est très cool.
Fred : J'en profite juste, pour ne pas avoir un lien direct avec l'émission, mais récemment, c'était la dernière malheureusement, j'ai vu le spectacle Pub Royal, qui est un spectacle hommage aux Cowboys Fringants, qui est un groupe québécois dont le chanteur karl Tremblay est décédé malheureusement il y a un an, un an et demi.
Si ça revient un moment en France, allez le voir.
C'est un super spectacle qui s'appelle Pub Royal.
C'est en hommage à ce groupe québécois qui s'appelle les Cowboys Fringants.
Claire : Écoutez les Cowboys fringants, parce que c'est super.
Fred : C'est super.
Claire : La musique québécoise, c'est super aussi.
Fred : Ce n'est pas les seuls, effectivement.
Moi, j'ai trouvé en tout cas que c'était une réussite, cette adaptation de leur album, le dernier Pub Royal.
Il y avait vraiment des artistes super.
Alors, c'était les dernières récemment à Paris, mais je pense qu'ils reviendront en France, donc il ne faut surtout pas hésiter à y aller.
Donc, ça, c'est l'office qui est toujours, pour l'instant, pas de changement en vue, tu t'y plais toujours ?
Claire : C'est super.
Fred : Et les jeunes qui y vont, est-ce que la plupart reviennent ou est-ce qu'il y en a beaucoup qui trouvent quelque chose là-bas pour rester sur place, en fait ?
Ou est-ce que c'est vraiment ponctuel ? Ils y vont, ils passent quelques mois et ils reviennent.
Vous avez des stats là-dessus ?
Claire : On n'a pas énormément de stats.
Nous, notre objectif de toutes façons, et c'est le mandat qui a été donné à l'office, c'est vraiment la mobilité temporaire.
On n'est pas du tout sûr de l'aide à l'expatriation.
Donc, on sait qu'il y a des jeunes pour qui c'est un objectif.
Après, est-ce que ça devient une réalité ? On ne sait pas. Nous, on ne les interroge pas.
On les interroge cinq ans après pour savoir où est-ce qu'ils sont. Mais par contre, de toute façon, on ne les aide pas à rester. C'est en dehors de nos mains.
Fred : D'accord.
Vous faites donc un suivi pour savoir ce qu'ils sont devenus après le passage au Québec, c'est ça ?
Claire : Oui, mais ce n'est pas tant pour savoir où est-ce qu'ils sont. C'est plutôt pour savoir est-ce que leur mobilité les a aidés.
C'est vraiment dans cette idée-là.
En plus, les retours qu'on en a, c'est que oui, de toute façon, quand vous avez 20 ans et que vous allez passer un an au Québec, ça vous change.
Il n'y a pas de doute là-dessus.
Fred : Oui, j'imagine. Déjà passé un an à l'étranger, alors au Québec.
Je n'y suis allé qu'une fois.
C'est cool tout ça.
Pour l'instant, pas de retour en librairie ou en bibliothèque ?
Claire : Non, ce n'est pas prévu.
Fred : Mais par contre, le côté rédaction, tu l'as quand même dans ton activité.
On va peut-être faire une pause musicale avant de passer sur l'aspect danses.
Est-ce que tes collègues savent ce que tu fais la nuit ?
Claire : Oui, il y en a quelques-uns qui y sont allés.
Fred : C'est vrai ?
Tu vas m'en parler alors ?
C'est intéressant de savoir danser avec ses collègues, c'est quelque chose.
Je cherche ma fiche.
Par laquelle tu veux qu'on commence comme pause musicale ?
Il y avait Colorina de Rosa par Cocahna ou Dorothée par Tref.
Claire : On peut commencer par Cocahna.
Fred : Explique-nous juste la chanson et puis on va l'écouter.
Claire : J'ai pris deux chansons pour ce soir qui sont des groupes de musique traditionnelle.
Plus ou moins de tradition d'ailleurs, mais on va en reparler.
Ce groupe-là, c'est un groupe occitan qui chante en occitan et qui reprend des musiques du terroir traditionnel et l'adapte à la sauce d'aujourd'hui.
C'est incroyable, j'espère que vous allez aimer.
Nous allons écouter Colorina de Rosa par Cocahna, on se retrouve dans 3 minutes, belle soirée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d'entendre Colorina de Rosa par Cocahna.
Vous écoutez toujours l'émission de Chemins de traverse.
Nous sommes toujours avec Claire Favillier.
N'hésitez pas à participer à notre conversation 09 72 51 55 46. Je répète, 09 72 51 55 46 sur le salon web dédié à l'émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Je reçois un commentaire en direct : « Top la musique », c'est Coralie.
C'est mon épouse, mais qui m'a envoyé un message et qui m'a envoyé « Top la musique ».
Et je précise à Julie et Emma qui est en régie aussi que si vous avez des questions, vous pouvez les poser.
Donc, on va relayer la question qu'avait Emma vu qu'elle lui a donné la réponse en off.
Il y avait deux questions.
La question de Julie « qui apparaît sur les vidéos TikTok ? »
Et la deuxième question d'Emma « c'est quoi le compte TikTok de l'office ? »
Première question « qui apparaît sur les vidéos ? »
Claire : Sur les vidéos, c'est mon alternante, parfois des stagiaires et aussi des participants qui viennent raconter un petit peu leur expérience.
Fred : Et le compte TikTok, pour le retrouver, c'est ?
C'est OFQJ_France.
Vous pouvez le retrouver et vous trouverez les vidéos.
On va passer maintenant au sujet principal de l'émission de ce soir.
Sujet assez large, parce qu'on a l'impression que c'est un sujet simple. Mais alors pas du tout.
Les danses sociales, les danses folk, les bals folks.
Et puis les sujets transverses qui sont liés à ça.
Des sujets très importants comme notamment une notion centrale, la notion de consentement.
Déjà, on va commencer par une question toute simple.
Parce qu'en fait, c'est quoi une danse sociale ?
C'est quoi une danse folk ?
Alors déjà, c'est quoi une danse sociale ?
La première fois que j'ai entendu parler de ce terme-là, je ne voyais pas ce que c'était.
Donc c'est ma première question, c'est quoi une danse sociale ?
Claire : Alors, les danses sociales, c'est les danses pratiquées dans un contexte de bal.
Parce que souvent, quand on parle de danse, la danse avec un D majuscule, ça va être par exemple du ballet ou de la danse contemporaine.
En tout cas, pour nos institutions, c'est quand même beaucoup ça.
Mais il y a tout un pan de danses qu'on pratique en collectivité, qui ne sont pas dans des lieux « sacrés ».
C'est par exemple tout ce qui est la salsa, le tango argentin, le swing aussi, le rock'n'roll.
Tout ce qui est des danses dont le but du cours, c'est ensuite d'aller dans une soirée, d'être en autonomie avec nos pairs.
C'est ça, la danse sociale.
Fred : Ah d'accord.
J'avais une compréhension inexacte.
Pour moi, les danses sociales, j'ai cru comprendre que c'était à la fois ces danses-là qui se dansent en couple, mais aussi les danses où, pendant la danse, on change de partenaire.
J'avais l'impression que pour moi, la danse sociales, c'était principalement ces danses dont on parlera tout à l'heure, où on commence avec un ou une partenaire, et puis au fur et à mesure de la danse, on change à chaque fois de partenaire.
Et c'est d'ailleurs ce qui était marrant, c'est qu'on ne danse pas tout le temps avec la même personne, on danse avec d'autres personnes.
Claire : Ça, c'est une des particularités d'une des danses que je pratique, qui sont les danses du bal folk.
En fait, effectivement, parce que je parlais de la salsa, du tango, etc., ça c'est plutôt des danses de couple, mais qui se font dans un contexte social.
Après, de manière plus particulière, moi, je pratique les danses du bal folk, et là, c'est des danses de tradition française.
Et donc, en fait, il y a beaucoup, beaucoup de types de danses en France.
Donc, il y a des danses de couple, mais il y a aussi des danses collectives, dont certaines danses où, effectivement, on peut changer de partenaire, des danses en ronde, des danses en cercle, des danses à deux, où on n'est pas forcément en couple.
Il y a des danses aussi où on ne se touche pas.
Donc, voilà.
En fait, le milieu de la danse traditionnelle en France est beaucoup plus large que juste « on danse à deux ».
Fred : D'accord.
Alors, ton histoire avec la danse.
Tout à l'heure, je t'ai demandé quel était ton lien avec la danse quand tu étais jeune, ton rapport avec la danse.
Tu nous as parlé, effectivement, de ce cours avec ce garçon que tu avais réussi à entraîner pour éviter d'aller avec tes parents, donc le rock, etc.
Et après, tu as dit qu'en fait, pendant un certain temps, tu avais arrêté et que finalement, tu avais repris la danse.
Il y a combien de temps ?
Il y a une quinzaine d'années ? C'est ça que tu as dit tout à l'heure ?
Claire : Il y a une quinzaine d'années, en fait, quand je suis venue à Paris pour le travail.
Et quand on déménage dans une nouvelle ville, il faut se refaire un lien social.
Et donc, en fait, j'ai des amis de Paris qui m'avaient proposé d'aller en soirée avec eux.
Et en fait, je n'ai pas commencé par les danses du bal folk, j'ai commencé par les danses renaissances.
C'était des soirées de danses historiques, donc médiévales, renaissances.
Et en fait, au fur et à mesure…
Fred : Tu savais déjà les danser, ces danses ?
Claire : Non, je ne savais pas.
Voilà, j'ai découvert, c'était rigolo.
Voilà, c'est beaucoup de danses de groupe, les danses renaissances aussi.
Et donc, de fil en aiguille, on m'a dit « si tu aimes bien les danses renaissances, tu devrais essayer le bal folk ».
Il y en a sur les quais de Seine pendant l'été.
Donc voilà, je suis allée voir.
Et en fait, de fil en aiguille, je pratique beaucoup beaucoup de danses différentes, parce qu'à chaque fois que je suis allée dans une communauté de danses, on m'a dit « si tu aimes bien ça, il faudrait que tu essayes ça ».
Et voilà, de fil en aiguille, j'en ai appris plein.
Fred : D'accord.
Et donc, tu viens de dire bal folk, le premier, c'est il y a une quinzaine d'années, c'est ça ?
Claire : Oui.
Fred : Ça me rappelle tout de suite la question que tout à l'heure, que je t'ai posée avant l'émission.
J'ai découvert très récemment les bals folks via une collègue, Elsa.
Et j'avais l'impression de découvrir un monde un peu souterrain, secret.
Et je me demandais, depuis combien de temps ça existait ces bals folks ?
Parce que j'ai l'impression que c'était relativement nouveau, alors que c'est peut-être moi qui ai découvert ça de façon relativement récente.
Donc ça a été depuis combien de temps, notamment à Paris, mais globalement en France, l'organisation de ces bals folks ?
Claire : Alors, moi, je ne suis pas du tout historienne du bal folk.
Fred : Oui, à peu près.
Claire : En tout cas, la compréhension que j'en ai…
En fait, peut-être aussi pour nos autres auditeurs, pour qui le terme bal folk n'est pas forcément très clair de quoi il s'agit.
Souvent, quand j'explique ça, je prends l'exemple du fest-noz, des bals en Bretagne.
Souvent, les gens me disent « Ah oui, mais est-ce que tu ne fais pas la danse avec les petits doigts ? »
Fred : Avec les petits doigts, oui.
Claire : Donc oui, ça en fait partie.
Il y a des danses traditionnelles en Bretagne dans lesquelles il y a des petits doigts.
Mais si vous allez en Bretagne et que vous allez dans un fest-noz, donc un bal en Bretagne, ça va être quasiment que des danses bretonnes.
Ils font la danse de leur région.
Mais en fait, des régions en France qui ont développé des danses, il y a des danses dans toutes les régions.
Et le bal folk, c'est ça, mais en multirégion.
En fait, on prend les danses un petit peu les plus célèbres de chaque région et on mixe ça dans un seul bal.
Donc, en fonction des groupes qui viennent jouer de la musique, parce que ça, c'est une des particularités du bal folk, c'est que c'est quasiment tout le temps sur de la musique live avec des musiciens, qui sont soit des musiciens professionnels, il y a beaucoup de groupes de bals folks, ou sinon, tout simplement, c'est un peu le bœuf des musiciens.
C'est les musiciens qui viennent et puis qui animent la soirée.
Et donc ça, en fonction de la provenance de ces musiciens, ils vont mettre plus ou moins de leur terroir régional à eux.
Donc c'est un truc un petit peu généraliste.
C'est majoritairement des danses de France, mais ça peut être aussi des danses d'autres nationalités.
Moi, j'aime beaucoup les danses portugaises, par exemple. Ça, c'est vraiment très sympa.
Les danses italiennes aussi et les danses suédoises.
Ça, c'est mes préférées.
Fred : Et donc ça, ça date depuis combien de temps à peu près ?
L'organisant vraiment de…
Il y a une question sur le salon, mais je ne la comprends pas, en fait.
Faut que tu précises.
Ah, OK, d'accord.
Qu'est-ce qu'ils ont de spécial les danses portugaises ? On te demande.
Claire : Ah, qu'est-ce qu'elles ont de spécial ?
Fred : Pour que tu les apprécies tant.
Claire : Elles sont très festives.
Fred : Ça bouge beaucoup ?
C'est quoi festif ?
Claire : C'est très collectif.
Alors, je n'ai pas une connaissance très, très approfondie.
Mais en tout cas, celle que je connais, c'est beaucoup de danses de groupe.
Beaucoup de danses, par exemple, où on va justement taper dans les mains.
Beaucoup de mixers, des danses où on va changer de partenaire.
Voilà, c'est très drôle.
En fait, on s'amuse beaucoup.
Fred : Ah, les mixers, c'est donc les danses où on change de partenaire ?
Claire : Oui.
Fred : Ah, OK, d'accord.
Très bien.
Donc, je reviens à ma question.
L'organisation en France et notamment en région parisienne, parce qu'on est écouté en FM en Ile-de-France, mais partout dans le monde, sur Internet, ça date depuis combien de temps ?
20, 30 ans ou plus encore ?
Claire : Alors, plus que ça, en fait, les danses traditionnelles, ça a toujours existé en France.
Il y a toujours eu des danses, différentes formes de danses.
Il y a notamment la période un peu pré-industrialisation en France où on est plutôt chacun dans sa campagne, on danse les danses de son terroir. Ce n'est pas forcément mélangé.
Celui qui habite dans le centre-France, par exemple, en Auvergne, il danse les danses d'Auvergne, il ne danse pas les danses…
Fred : La célèbre bourrée.
Claire : Voilà, tout à fait.
Par contre, entre les années 30 et les années 70, il y a eu un gros courant de collectage, en fait, des musiques et des danses.
En gros, on s'est rendu compte que le patrimoine oral se perdait puisque tout est en transmission orale.
Et par l'exemple aussi.
Les danses, c'est par mimétisme.
Et en fait, tout simplement, si les jeunes partent de la campagne, il y a une transmission qui s'arrête quand les vieux meurent, si je puis dire.
Et donc, il y a un certain nombre de personnes en France qui se sont dit qu'il fallait préserver ce patrimoine et qu'il fallait le noter et le transmettre.
Fred : Et le codifier, donc, quelque part, en fait.
Claire : Quelque part aussi, oui.
ils ont lancé comme ça des campagnes un petit peu de sauvegarde dans les années 50, 60, 70.
Et en fait, le bal folk moderne qu'on pratique aujourd'hui, il est plutôt issu des années 70.
Il y a eu ce qu'ils appellent un revival du bal folk.
Probablement, ça n'a pas été non plus un raz-de-marée, mais c'était quelque chose de plus progressif.
Il n'y a pas eu un arrêt, puis une reprise. Apparemment, ça a quand même été plus progressif que ça.
Mais en tout cas, la manière moderne dont on pratique en collectif, en mélangeant un petit peu les régions, etc., c'est plutôt les années 70.
Fred : D'accord.
Et donc, le bal folk, on va essayer que les gens s'imaginent à quoi ça ressemble de nos jours.
On va prendre l'exemple parisien, parce qu'on est en Ile-de-France.
Donc, c'est des danses de différentes régions françaises. Ce n'est pas une seule région.
Une spécificité, comme tu l'as dit, c'est d'avoir des groupes qui jouent en live.
Ça, c'est toujours le cas ?
Ou des fois, il peut y avoir juste une sono qui joue ?
Ou il faut vraiment toujours qu'il y ait un groupe qui joue en live ?
Claire : En tout cas, Paris, c'est sûr que c'est toujours en live.
Fred : D'accord.
Claire : Je pense plutôt en France aussi, d'une manière générale.
Après, je sais qu'à l'étranger, il y a certains pays où ils ont moins accès à des musiciens.
Et donc, par exemple, si vous allez danser en Pologne, il y a quand même de grandes chances pour que ce soit sur de la musique enregistrée.
Mais en France, on a quand même, je pense, gardé quand même cet attrait pour le musicien qui joue.
C'est vraiment…
Fred : Le spectacle vivant.
Claire : Et de toutes les danses que je pratique, parce que je pratique beaucoup de danses, par exemple, de swing. J'ai aussi fait un petit peu de salsa, de tango, etc.
Pour moi, c'est vraiment le milieu dans lequel on a le mieux sauvegardé, préservé la création musicale.
Le fait de faire venir des groupes, des musiciens pour jouer pour le public, c'est vraiment…
C'est super précieux.
C'est vraiment une exception un petit peu à la française.
Et ça fonctionne très bien en France.
Fred : D'accord.
Alors, quelqu'un qui nous écoute, qui se dit « ça a l'air cool de danser comme ça, je veux m'y mettre »
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Exceptionnellement, nous avon reçu deux invitées qui sont déjà intervenues dans l’émission : Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois.Des profils proches (femmes, dans la tech), confrontées à la discrimination (validisme, racisme, sexisme), actives dans des organisations communes, inquiètes par ce qui se passe en politique (USA, France notamment), elles se connaissent. Nous leur avons proposé de faire un échange, retour croisé sur leurs parcours, leur vécu.
L’émission a été transcrite en temps-réel sur cette page par Céline Ripolles. Précisons que ce n’est pas une transcription mot à mot, c’est une transcription faite pour que les personnes puissent voir apparaître l’essentiel du discours prononcé. Une transcription complète est disponible plus bas dans cette page.
Nos invitées :
Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l’émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
Voix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.
Fred : Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce 31e épisode de Chemins de traverse, d’autres voies pour imaginer demain.
Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels, des passions, et des engagements.
Exceptionnellement, ce soir nous aurons deux invitées qui sont déjà intervenus dans l’émission, Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois.
Alors je les laisserai se représenter tout à l’heure.
Je vais préciser que vous allez entendre la voix d’Emmanuelle et Emmanuelle Aboaf est développeuse web, sourde de naissance, conférencière.
Et donc ce soir, pour permettre à toutes les personnes de profiter, l’émission va être transcrite en temps réel par Céline Ripolles, traductrice et sous-titreuse spécialisée dans l’accessibilité.
Donc si vous connaissez des personnes que cela pourrait intéresser, contactez-les dès maintenant.
Les infos utiles et notamment le lien vers la transcription en direct sont sur le site causecommune.fm dans le bloc « À la une cette semaine ».
Merci de nous accueillir une fois de plus dans votre salon, votre cuisine, voire votre chambre, vautré votre canapé ou encore peut-être pendant votre séance de sport.
Bonsoir Emmanuelle.
Emmanuelle : Bonsoir.
Bonsoir Florence.
Florence : Bonsoir Fred, bonsoir Emmanuelle.
Fred : Le micro est allumé de Florence ?
Ah d’accord ok. Alors c’est moi qui…
Donc avant que la discussion ne commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 14 mai 2025 sur radio Cause Commune, la voix des possibles.
Donc sur 93.1 FM et en DAB+ en Ile-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
N’hésitez pas à participer à intervenir en direct.
Julie réalise l’émission de ce soir.
Bonsoir Julie.
Julie : Bonsoir.
Fred : Donc elle attend vos appels.
Pour cela le téléphone est branché.
Vous pouvez nous appeler au 09 72 51 55 46. Je répète 09 72 51 55 46.
Ou alors vous pouvez réagir sur le salon web de la radio. Rendez-vous sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Alors comme je le disais, vous êtes déjà intervenues dans l’émission. C’était les émissions je crois 22 et 23. Vous avez enchaîné sur les semaines.
Et après l’émission, Florence m’a envoyé un petit SMS en me disant « t’avais raison, j’ai pas pu parler de tout ce que je voulais parler ». Je pense qu’Emmanuelle avait à peu près, comme toutes les personnes invitées dans l’émission, le même sentiment.
Il se trouve que vous avez des profils proches, je vais vous demander d’ailleurs de vous présenter, que vous connaissez.
Donc on s’est dit « et si on faisait une deuxième émission », alors pas pour refaire tout votre parcours évidemment, mais pour parler d’un peu de sujets que vous avez en commun.
Beaucoup de questions de militantisme ce soir, il faut quand même le dire.
Alors pour les personnes qui n’ont pas encore écouté ou qui ne se souviendraient pas des émissions 22 et 23 de Chemins de traverse, je vais vous demander simplement, exercice un petit peu difficile, en quelques minutes, deux, trois minutes, de résumer un petit peu votre parcours.
Alors comme Florence vient d’arriver en fait, je vais laisser quand même Emmanuelle commencer.
Donc Emmanuelle Aboaf.
Emmanuelle : Merci Frédéric, je suis contente d’être là de nouveau pour continuer notre conversation par rapport à la dernière fois.
Donc pour résumer mon parcours, je suis développeuse depuis maintenant 13 ans et je suis sourde de naissance.
Je remercie Céline d’être là pour transcrire nos échanges, qui me permet de suivre ce que vous dites.
Et ça fait quelques années maintenant que je milite pour une meilleure inclusion dans la tech.
Et aussi je milite pour l’accessibilité, notamment numérique, parce que c’est un sujet qui me tient à cœur.
Fred : D’accord, et tu fais quoi comme métier, comme activité ?
Emmanuelle : comme activité personnelle ou professionnelle ?
Fred : professionnelle :
Emmanuelle : Je suis développeuse et je développe des sites internet pour des clients. Je vais là où mon entreprise m’envoie.
Et à côté de ça, je suis aussi conférencière sur des sujets de l’inclusion, le handicap et l’accessibilité numérique.
Fred : Florence, à ton tour, une petite présentation de ton parcours rapide.
Pourquoi tu rigoles ?
Florence : Je reprends mon souffle.
Fred : Oui, reprends ton souffle, il faut dire que Florence est arrivée vraiment au dernier moment, mais voilà, donc reprends ton souffle et vas-y.
Florence : Encore désolée pour ça.
Du coup, moi c’est Florence.
J’ai fait 10 ans de développement logiciel, 10 ans de management d’équipe informatique. Donc là actuellement, mon titre, c’est responsable ingénierie.
Et quoi dire d’autre ?
À côté de ça, oui, j’ai aussi cofondé l’association La Place des Grenouilles, qui a été créée il y a 4 ans maintenant.
Fred : Et qui fait quoi cette association ? Même si on va en reparler tout à l’heure.
Florence : Une association anti-sexiste. Du coup, l’idée, c’est de fournir des ressources pour les personnes qui veulent s’éduquer sur ce sujet, sur le sexisme, pour justement évoluer ensemble et pouvoir être qui on a envie d’être réellement, en tant qu’homme ou femme, même si on a une plus grande spécialité côté femmes.
Voilà, je pense que c’est pas mal.
Fred : De toute façon on aura l’occasion de revenir un peu sur vos parcours aussi à certains moments.
Donc j’ai dit tout à l’heure qu’on allait parler beaucoup de militantisme.
On parle beaucoup de militantisme dans Chemins de traverse. On reçoit beaucoup de gens qui ont des engagements et qui sont des personnes militantes.
En préparant l’émission, je vous ai demandé de quels sujet vous souhaiteriez parler. Et donc vous avez fourni un certain nombre de sujets qui sont quand même très militants, je le dis.
Et donc ma première, deuxième question serait, est-ce que vous considérez toutes les deux comme militantes et quel type de militante ?
Qui veut commencer ?
Alors Florence, voilà [rires]
Je précise qu’Emmanuelle a fait le geste « Florence commence »
Florence : Moi c’est amusant parce que justement en t’écoutant, Emmanuelle, quand je t’entends dire « je milite depuis tant d’années et tout ça », moi je me dis « ah non mais moi mais pas du tout ».
Donc on en avait déjà parlé lors de l’émission précédente.
Mais en même temps, c’est vrai que je me reconnais quand même des fois sur cette étiquette.
Mais c’est vrai que je ne le vois pas comme à plein temps ou quelque chose de… Bon, on ne va pas refaire la même conversation. Mais du coup, j’ai du mal quand même à assumer cette étiquette-là.
Mais c’est vrai qu’on m’a déjà fait le retour que dans les conversations je vais dévier ou alors je vais prendre position.
Mais c’est parce que pour moi, c’est important et qu’on ne peut pas ne pas le faire.
Voilà, c’est plus ça.
Merci Frédéric de me dire de me tourner pour qu’on voie mes lèvres et qu’on puisse…
Emmanuelle : C’est vrai, je lis sur les lèvres en même temps que je lis les sous-titres.
Fred : Voilà, donc je précisais effectivement à Florence de plutôt regarder Emmanuelle que de me regarder moi, pour que tu puisses entendre, enfin lire sur les lèvres de façon beaucoup plus facile.
Donc de ton côté Emmanuelle, est-ce que tu te définis comme une militante et si oui, de quel type de militante ?
Emmanuelle : C’est une question pas simple à répondre parce comme dit Florence c’est un mot très varié, très large, le militantisme.
Et c’est vrai que moi, j’ai toujours été dans des associations pour militer sur des sujets d’adhésion, d’accessibilité. Depuis ado, je voulais toujours oeuvrer pour avoir ce que j’avais besoin, en termes d’accessibilité.
Et je ne l’avais jamais vu sous l’angle du militantisme parce que pour moi, c’était naturel de devoir réclamer les besoins d’accessibilité.
Jusqu’à ce qu’on me dise « mais tu es militante », tu oeuvres pour, tu dis des choses intéressantes qui nous amènent à faire réfléchir.
Parce qu’pour moi j’avais cette vision de militantisme : on est en train tout le temps de manifester et on crie pour se faire entendre.
Et en fait, c’est là où je me suis rendu compte qu’il y a plusieurs types de militantisme.
Et moi, je suis plutôt dans la bienveillance, dans la pédagogie. J’aime bien expliquer aux gens de façon pédagogique et avec bienveillance, expliquer le pourquoi du comment.
Fred : D’accord.
Et est-ce que votre image extérieure…
Alors je vais préciser pourquoi je pose la question.
Parce que lors de la première émission avec Florence, avant que je connaisse Florence, je la connaissais par ses billets de blog, certains nombre d’intervention, j’avais une image de guerrière, je te l’avais dit.
Et en fait, tu m’avais expliqué « pas du tout ».
Et je garde pour beaucoup de militantes, notamment féminines, une image de personne qui doit être en mode guerrière pour pouvoir s’imposer, etc.
Et en fait, j’ai l’impression que toutes les deux, vous ne vous mettez pas dans cette catégorie.
Vous vous mettez plutôt dans une catégorie plus tranquille, je ne sais pas, mais en tout cas, pas en mode guerrière.
Florence : Déjà, pour justement rebondir par rapport à ce que tu disais, Emmanuelle, par rapport au militantisme, pour moi, le fait d’interpeller des gens et de dire « ah, est-ce que vous avez fait ça ? Pensez à ? ». Ça, c’est quelque chose où je vais toujours réfléchir avant de le faire. Et toi, je trouve que tu le fais très facilement.
Et à chaque fois que tu le fais, je trouve ça canon, en réalité.
Et du coup, par rapport à ce que tu dis d’aider les personnes à évoluer ou à être plus outillées, qu’on soit convaincu, qu’on ait envie ou pas d’aller sur ce chemin-là, je trouve que ça remplit complètement son rôle.
Alors moi, je vais hésiter un peu plus.
Je vais râler, mais je ne vais pas trop viser les gens.
Ou alors c’est toujours la même personne que je vise parce vraiment elle m’énerve.
Et du coup, par rapport à ta question de guerrière assumée, moi, je trouve ça super dur parce qu’en tant que femme, on est quand même éduquée pour être validé par les autres.
Et tout le monde a envie d’être apprécié.
Personne n’a envie de sortir et de recevoir des pierres, regarder par-derrière son épaule.
Moi, chaque fois que je me fais hacker ou pirater, je me dis « est-ce que c’est exprès ? Est-ce que c’est parce que j’ai dit quelque chose qui a des plus sur LinkedIn ? ».
Et pourtant, je trouve que ça va. Moi, je me trouve plutôt modérée.
Mais c’est vrai que même quand on est modéré, il y a toujours des gens qui le prennent très, très mal, et personnellement. À ces personnes, j’ai envie de dire « posez-vous des questions ».
Mais du coup, on ne contrôle pas, en fait, la façon dont c’est perçu.
Et du coup, moi, je trouvais effectivement intéressant que tu dises que tu nous percevais comme des guerrières, dans le sens où on prend plaisir.
C’est vrai que moi, je le comprends comme ça, en fait.
Fred : Non, ce n’est pas dans le sens où vous prenez plaisir.
C’est dans le sens où « c’est tellement difficile que vous devez être des guerrières »
Florence : Alors dans ce cas, oui.
Fred : C’est dans ce sens-là.
Ce n’est pas dans le sens où ça vous fait plaisir.
C’est vraiment, je me dis, ça doit être tellement difficile pour ces personnes dans ce monde où elles doivent lutter, combattre plein de gens. Et donc, il faut être quelque part. J’ai l’impression qu’elles doivent être en mode guerrière.
Et finalement, en discutant avec toi lors de la précédente émission et en voyant un peu ce que fait aussi Emmanuelle, j’ai l’impression que ce n’est pas forcément le cas pour vous deux.
Emmanuelle : Il faut dire que depuis toujours, j’ai été confrontée à des situations de discrimination due à ma surdité et à mon handicap.
Et c’est là où j’ai toujours cette démarche de lutter pour avoir ce que j’ai.
Mais dans le sens de guerrière, j’ai du mal à me rendre compte que je suis une guerrière, mais tu as raison. Le fait de devoir lutter pour obtenir ce qu’on a besoin, en fait, c’est une espèce de guerre.
Parce que la loi du 11 février 2005, c’est la loi du handicap qui a 20 ans. Et on milite aujourd’hui, 20 ans après, pour obtenir ce qu’on a.
Et malgré les promesses, on nous dit « oui, ça va arriver » on promet ceci ou promets cela. 20 ans plus tard, c’est toujours pareil.
Jusqu’à même devoir créer un collectif qui s’est annoncé aujourd’hui, Ensemble & Co, qui disait voilà « on a créé un collectif de personnes handicapées pour pouvoir lutter. On en a besoin, parce qu’on a beau parlementer, parlementer, et les actions, elles sont où ? »
Fred : C’est un collectif en France ?
Emmanuelle : Un collectif, oui, qui a tout juste deux semaines, qui vient d’être créé. Et aujourd’hui, c’était l’Inclusiv’Day. Une grosse journée sur l’inclusion des personnes handicapées, qui s’est passée à La Défense Arena.
Et à un moment, sur la main stage, il y avait un collectif qui s’est annoncé : « Voilà, on a fait une vidéo pour annoncer nos actions concrètes, pour se faire entendre. Parce que oui, on en a marre des promesses qui ne sont pas tenues depuis 20 ans ». Donc on en est là à devoir combattre, à devoir militer pour avoir ce dont on a besoin en termes d’accessibilité.
Fred : Ce qu’explique Emmanuelle aussi par rapport à sa surdité de naissance, c’est que depuis la naissance, tu dois te battre pour simplement vivre et accéder, par exemple, à l’éducation. Dans la précédente émission, tu as aussi expliqué que tu as dû, dans tes entreprises, demander des aides pour permettre de suivre des réunions.
Est-ce que toi, tu as eu le même cas, notamment par rapport à tes origines ?
Parce qu’on en a parlé un petit peu dans la première réunion.
Tu disais « je ne suis pas bien blanche » si je me souviens bien de l’expression que tu avais employée.
Florence : « Je ne suis pas bien blanche ? »
Fred : Ouais, non, je ne sais plus quelle expression tu avais employée.
Florence : Alors là, ça ne me revient pas, mais je ne peux pas comparer. Et je n’ai pas envie de comparer du tout et de mettre des hiérarchies, parce que vraiment ce n’est pas ce que je peux faire.
Je pense qu’aujourd’hui, le racisme il est un peu différent.
Alors que là, sur les droits de base, quand on a un handicap physique, mental aussi d’ailleurs, je pense que c’est encore plus dur d’y accéder.
Nous, ça va être plus insidieux, je pense.
Et quand je dis nous, je parle de la diaspora asiatique, parce que si c’était une autre race sociale, ce serait encore différent.
En tout cas, par rapport au sujet de guerrière, c’est vrai qu’on est obligée d’être énervée quand même.
Fred : C’est souvent un reproche, enfin c’est souvent le terme qu’on entend pour les gens qui s’opposent, qui ne comprennent pas, c’est « pourquoi ils sont aussi énervés ». Et des fois, le terme est encore plus violent qu’énervé.
Emmanuelle : C’est vrai. Au début, j’étais comme ça. J’étais tout le temps en train de râler et m’énerver.
Et je me suis rendu compte que ça ne marchait pas de s’énerver, de râler, parce que les gens ne sont pas forcément réceptifs à notre colère.
Du coup, c’est pour ça que j’ai privilégié dans la construction, dans la pédagogie, pour expliquer avec bienveillance pourquoi on est en colère, plutôt que de râler et crier sur les gens.
Florence : Tu tentes de ne pas le montrer. Effectivement, de toutes façons, personne n’a envie de bouger quand on se fait crier dessus.
Mais c’est vrai que moi, je suis vraiment dans la pédagogie par défaut.
Et il y a eu quelques fois quand même où pour moi ça me paraissait important de vraiment taper du poing parce que selon les profils, sinon, on va nous calmer, tu vois, entre guillemets. Et en fait, on ne nous écoute pas.
Et sur les sujets du racisme, il y a vraiment cette histoire de quand on soulève des discriminations, des retours comme quoi « non, mais nous aussi, on souffre ».
Moi, une fois, il y a quelqu’un qui m’a dit « oui, mais moi, je suis breton et je souffre aussi de discrimination ».
On se moque de moi sur les crêpes, par exemple.
« Et je ne sais pas quoi te dire, en fait, quand tu dis ça ».
Je suis en mode « je ne sais pas, ça va être trop long de partir de zéro ».
Donc « oui, on se moque de toi, mais ça n’a rien à voir ».
« Et puis, je n’ai pas envie de faire un concours là non plus ».
« Si tu ne comprends pas que nous, on a plus de mal à se représenter, qu’on a des moqueries que tu n’as jamais et qu’on les a plusieurs fois régulièrement, à des moments où on ne s’y attend pas au travail, en famille ou des choses comme ça. Que te dire, quoi ? »
Fred : Alors, je vais préciser parce que « vive les transcriptions ». J’ai retrouvé la phrase.
Florence : Ah, merci.
À un moment dans ton émission, tu disais, tu t’es rendu compte « Mais en fait, je ne suis pas blanche ».
Florence : Ah oui, complètement.
Fred : C’est ce que tu disais, j’avais un peu transformé la phrase. Mais en fait, voilà. Parce que effectivement, tu es d’origine asiatique. Donc, moi, je ne fais pas de hiérarchie entre les sujets. Mais toutes les deux, sur des sujets différents, vous avez dû quand même vous battre dès le départ.
Florence : En fait, ce qu’il y a
Fred : Même si pour toi, c’est plus insidieux, comme tu dis.
Fred : Oui, en fait, moi, j’ai mis tellement de temps. Tu vois, Emmanuelle, elle ne peut pas ne pas avoir vu qu’elle était écartée depuis le début. Enfin, depuis sa naissance.
Alors que moi, j’avais tellement envie de m’intégrer, et qu’il y a un discours d’égalité entre les races sociales qu’effectivement j’ai cru que j’étais blanche et que j’étais pareille et traitée de la même façon.
Et je te l’avais dit à l’époque, mais ça ne fait que, allez 4 ans, que je me rends compte que « là, probablement, si on m’a mal parlée ou si on m’a ignorée, c’est probablement parce que je suis asiatique et pas les autres ».
Et pourtant, dans des milieux très féministes ou très de gauche ou peu importe, c’est vraiment trop ancré pour qu’on s’en rende compte.
Je vais te donner un exemple, il y a par exemple le foot.
Du coup, j’ai du mal à comparer parce qu’en fait, on a chacun notre propre vécu.
On ne sait pas les vécus des autres.
Et du coup, moi, ce que je vis, je crois que c’est normal.
En fait, les autres vivent quelque chose de très différent.
Du coup, à la fin, on se check avec la main quand on a fini un match.
Et en fait, personne ne me regarde en général.
Donc, on me fait un check et on s’en va.
Fred : Tu parles de qui ?
De tes adversaires ?
Florence : Tout le monde.
On se check, on se salue, on se dit c’est cool.
Et vraiment, personne ne me regarde.
Du coup, je n’ai jamais trop compris pourquoi on faisait ça, parce que « pourquoi on se check si on s’en fout ? ».
Et une fois, j’avais une joueuse, une coéquipière qui était très, très en colère parce qu’elle disait que telle personne ne l’avait pas checkée en la regardant.
Et quand elle a dit ça, je me suis dit « attends, toi, on te regarde ? ».
Donc, elle est blonde aux yeux bleus.
Et elle a dit « ben oui, mais c’est quoi ça de ne pas regarder les gens ? »
Alors qu’elle ne me regarde pas non plus, en fait.
Et c’est là où j’ai découvert d’autres réalités.
Donc, ça, c’est du racisme qui est un peu insidieux, mais qui fait que nous, on met la barre très, très bas, en fait, en termes d’attente, d’attention, de capacité à se faire entendre ou à être vue, en réalité.
Emmanuelle : Je pense que dès qu’il y a une différence, on subit malgré nous la discrimination, le racisme, le validisme, l’antisémitisme, quand ce n’est pas conforme à la société.
Les gens vont te traiter quoi qu’il arrive différemment, selon les préjugés, les idées préconçues qu’ils ont par rapport à une différence.
Et ça, c’est ce qu’on constate souvent chez les gens, quand ils ne sont pas éduqués, sensibilisés aux questions du racisme, du sexisme, du validisme.
Et c’est vrai, c’est quelque chose… On manque en France de sensibiliser les personnes sur ces questions-là pour qu’ils soient plus… On manque, je pense, d’empathie envers les gens.
Florence : Aussi, il faut les entendre, en fait.
Et quand on n’arrive pas à les entendre ni à les voir, on ne se rend même pas compte, en fait, que c’est des expériences différentes et des écarts.
Parce que, du coup, je pense qu’on met la barre… on fait on se contente de moins, en fait.
On s’habitue à ça.
Et quand on découvre l’écart, que ce soit sur les salaires aussi, le nombre de fois où j’étais surprise de l’écart de salaire, je n’ai aucune idée de si c’est parce que je suis une femme ou asiatique ou les deux. Mais il y a plein de statistiques qui montrent que c’est le cas.
Et sur le handicap, c’est pareil.
Emmanuelle : Oui, c’est pareil.
Moi, je ne sais jamais si je suis payée moins parce que je suis une femme ou si je suis handicapée, voire même les deux.
J’ai de la chance aujourd’hui. Ma situation s’est largement améliorée depuis.
Mais c’est vrai que quand débute dans ce métier on se pose un tas de questions et on n’a pas été formés pour. On ne nous a pas appris comment négocier nos salaires.
On ne nous a pas appris à savoir comment ça fonctionne dans le monde de l’entreprise.
Florence : Et on croit qu’il y a une justice alors qu’il n’y en a pas, pour le coup.
Et moi, c’était l’inverse parce qu’au début, j’étais très bien.
Et ensuite, j’ai baissé ma garde.
Comme quoi, il faut toujours faire attention.
J’avais vu dans une étude où c’était dans les postes les plus élevés, où il y a le plus d’écart de salaire, pour le coup.
Fred : Dans la liste des sujets que vous avez évoqués, on va commencer par le premier.
Je ne suis pas sûr d’avoir compris ce que tu as suggéré.
Pour le coup, c’est Florence.
« Est-ce plus facile pour vous d’être féministe ou anti-validiste, anti-sexiste ? »
C’est quoi le plus facile que j’ai mal à comprendre dans ce sujet
Florence : Qu’est-ce que tu comprends de ma question, Emmanuelle ? Ou ça ne te parle pas du tout.
Emmanuelle : Moi, je comprends ce que tu voulais dire.
Parce qu’on a plusieurs identités.
Est-ce qu’il est plus facile d’être une militante à fond sur les sujets du sexisme ou sur les sujets du handicap, ou voire les deux ?
Et c’est vrai, pendant longtemps, j’ai milité par rapport à mon handicap avant de militer pour le féminisme.
Parce qu’on m’a toujours considérée comme une personne handicapée avant d’être une femme.
Et c’est vrai que, pendant longtemps, j’avais un peu mis de côté mon identité de femme.
Parce qu’à tel point où je me battais pour avoir droit à ce que j’avais besoin en termes d’accessibilité, parce que ma surdité, c’est mon identité, ça fait partie de moi.
Et quand j’ai commencé mon métier en tant que développeuse dans la tech, c’est là où je me suis rendu compte.
Pour moi, je suis la seule femme de l’équipe, en plus d’être la seule sourde de l’équipe.
Et ça, j’ai vu ça toujours dans mes années de carrière.
Et depuis deux ans, je suis chez Shodo, là on est plus de femmes. Et ça fait plaisir.
Et avant ça, j’étais tout le temps la seule femme et la seule personne sourde de l’équipe.
Et tu m’as fait questionner « mais pourquoi il y a si peu de femmes dans la tech ? »
Et jusqu’au jour où j’avais rencontré Florence lors des réunions Duchess France, en adhérant à Duchess France, et là on a commencé à aborder ces questions-là.
Et tu as fait de moi une féministe.
Et donc maintenant, je milite à la fois pour les femmes dans la tech, mais aussi les personnes handicapées dans la tech.
Fred : D’accord.
Précisons que les Duchesse France, donc c’est Duchess sans « e » c’est le logo d’un langage de programmation, donc c’est un collectif de développeuses qui fête, je crois aujourd’hui, ses 15 ans, non ?
Florence : Oui, c’était l’anniversaire.
Si vous n’êtes pas là, j’espère que vous êtes à l’anniversaire à Paris.
Fred : Donc ça fête ses 15 ans, et c’est une structure qui regroupe des développeuses, qui fait du mentoring, des rencontres, etc.
Florence : C’est plus large maintenant.
À la base, les Duchess, c’était le logo de Duke, du langage Java.
Et maintenant, ça s’est beaucoup plus élargi, c’est la tech en général, pour le coup.
Fred : D’accord.
Florence : C’est une communauté de femmes de la tech.
Fred : Qui s’entraident, qui font du monitoring, qui organisent des événements.
Florence : Oui, complètement.
Il y a une espace d’échange, tu veux en parler peut-être ?
Emmanuelle : En fait, ce qui est bien avec Duchess France, c’est la possibilité de s’exprimer entre nous sur les problématiques que l’on rencontre dans notre milieu de travail.
Fred : C’est en non-mixité donc, c’est ça ?
Emmanuelle : Oui, c’est en non-mixité.
Avant que j’arrive, c’était ouvert en mixité.
Mais il y a eu des problèmes dont tu peux en parler Florence.
Et l’association a décidé d’être en non-mixité.
Et c’est important d’avoir des espaces d’échange totalement safe pour pouvoir discuter entre nous sur les problématiques entre des situations de sexisme, de discrimination, voire même de harcèlement. Et comment réagir face à ces situations.
Fred : Si je me souviens bien, dans ton entreprise chez Shodo, il y a aussi la même chose, non ?
Vous avez un groupe en non-mixité, si je me souviens bien.
Emmanuelle : Oui, on a la Shororité
Fred : D’accord, ok.
Je ne sais pas si dans tes entreprises où tu as participé, Florence, il y avait ça, mais je ne crois pas.
Comment l’ont vécu les collègues masculins ?
Est-ce qu’ils l’ont bien pris ?
Est-ce qu’ils ont compris l’intérêt de ces regroupements, de ces réunions en non-mixité ?
Emmanuelle : Tout à fait, ils ont compris l’importance.
Ils ont compris pourquoi les femmes avaient besoin de se retrouver.
Parce qu’en fait, la tech est majoritairement composée par des hommes.
Et du coup, il y a même ce besoin de se retrouver entre femmes pour discuter des problématiques, échanger, voir comment on peut désamorcer certaines situations.
Et la question au sein de chez Shodo ne se pose même plus parce qu’on trouve ça naturel.
C’est vrai, au début, il y a eu des questionnements.
En tout cas, je n’étais pas là lors de la création de la Shororité.
Et aujourd’hui, c’est tout à fait une chose, tout à fait normale.
Et Shodo est vraiment même réputée pour prendre des mesures inclusives, ce qui fait que ça attire énormément de femmes.
On a même doublé les candidatures spontanées chez les femmes.
À tel point qu’on montre que c’est une entreprise safe, qu’on accueille aime bien les femmes de la tech.
Et ça, c’est quelque chose que je voudrais bien avoir généralisé dans d’autres entreprises.
Parce que le problème qu’on a dans la tech, c’est qu’on a même un milieu très masculin, et on ne fait rien pour retenir les femmes de la tech.
Il y a un chiffre, 35% des femmes quittent la tech après 35 ans.
Fred : Ce qui est impressionnant oui.
Et toi, dans les entreprises que tu as pu fréquenter, est-ce qu’il y avait ce genre de choses aussi ?
En non-mixité ou au moins des réflexions ?
Florence : Une fois. Vous avez un espace physique côté Shodo. Ce n’est pas juste un espace d’échange virtuel.
Emmanuelle : Oui.
Florence : Nous, on avait un espace dans Slack.
Fred : Rappelle ce qu’est Slack.
Florence : C’est un chat.
Fred : C’est un chat amélioré, professionnel.
Florence : Et on l’a fait sur Tech.Rocks aussi.
Fred : C’est quoi Tech.Rocks ?
Florence : Tech.Rocks, c’est une communauté de tech leaders et leadeuses.
Et moi, je l’avais vécu au vélo en fait à la base. Pour le coup c’est le féminisme qui m’a aidé.
Fred : Le vélo : la bicyclette ?
Florence : Oui, pour la réparation de vélo.
En gros, j’avais essayé d’apprendre à réparer des vélos dans des espaces mixtes.
Et ça ne marche pas.
Ça ne marche pas parce qu’ils font tout à ta place en fait.
Et puis, ils sont pressés.
Et puis, tu n’as même pas accès à l’outil.
Il y en a pas mal à Paris d’ailleurs, des ateliers en mixité et en non mixité sur certains créneaux.
Du coup c’est là où j’avais fait la découverte de ça en me disant « waouh, mais c’est le jour et la nuit ».
Une fois qu’on goûte à ça, c’est vrai qu’on se dit « mais c’est juste incroyable ».
Après, c’est bien des fois de se mélanger aussi de temps en temps pour avoir des expériences différentes.
Mais c’est vrai qu’en fonction de ton état et de ta situation, tu as envie d’avoir que ça parfois.
Et sur Duchess, j’avais quand même pas mal insisté pour qu’on puisse y arriver.
Et ce n’était pas évident parce que souvent, c’est vu comme quelque chose de méchant quoi, de se dire « ah, on exclut les gars ».
Et en fait, c’était drôle, enfin ce n’est pas drôle, parce qu’il y a eu plusieurs fois des réunions avant qu’on arrive à prendre la décision. Donc, en fait, c’était des votes. On dit « bon, ben non, on n’y va pas parce qu’il n’y a pas assez de personnes qui sont pour ».
Et la deuxième fois, ça a fini par passer parce que « plus il y a de problèmes, à un moment, on craque ».
Et à un moment, on s’est dit « mais on l’annonce ou pas parce qu’on va se prendre plein de « ouin ouin » ».
Après, il y a des gens qui sont plus transparents que d’autres.
Et donc, on l’a fait quand même.
Donc, on a annoncé sur Twitter à l’époque en disant « bon, ben voilà, on passe en non-mixité ».
Je ne sais plus si Angélique avait écrit l’article à l’époque, le « pourquoi on le fait ». Non, je crois qu’elle n’avait pas encore fait.
Juste « on passe en non-mixité parce que » en quelques lignes.
Et là, genre on ferme les yeux en mode « on ne regarde plus les notifs parce que ça va encore râler ».
Même moi, j’étais étonnée pour le coup parce que c’était plutôt des « merci pour ce que vous avez fait », « salut, très bien », « vous avez raison de vous ressourcer de gars ». Et les femmes ne s’exprimaient pas trop parce qu’elles ont moins accès à ça apparemment.
Mais en fait, ça s’est très bien passé pour le coup.
Et on a juste créé un nouvel espace où on n’a pas ajouté d’hommes.
Et nickel.
Comme quoi, ça ne valait pas le coup de tergiverser aussi longtemps en fait.
Fred : Ok, on va faire une petite pause musicale.
Comme d’hab’, c’est les invitées qui choisissent les pauses musicales.
On commence par laquelle ?
Emmanuelle : Puisqu’on parle de féminisme, Beyoncé.
Fred : Alors Beyoncé. Est-ce que tu peux nous expliquer le choix de cette chanson ?
C’est ton choix, Emmanuelle.
Emmanuelle : Oui, j’ai choisi « Run the World ». C’est une chanson très féministe, qui parle du fait que les femmes peuvent avoir le pouvoir, peuvent être leadeuses, peuvent être décisionnaires.
C’est vraiment une chanson très féministe, militantisme.
Et j’adore cette chanson.
Fred : On va écouter « Run the World » par Beyoncé.
On se retrouve dans moins de 4 minutes.
Belle soirée, l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Fred : Excusez-nous, on était en pleine discussion. J’ai carrément loupé la fin de la chanson.
On a écouté « Run the World » par Beyoncé.
Vous êtes toujours sur l’émission Chemins de traverse, sur radio Cause Commune.
Je suis toujours avec Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois.
N’hésitez pas à participer à notre conversation.
Soit par téléphone au 09 72 51 55 46. Je répète, 09 72 51 55 46.
Ou sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Peut-être que vous avez entendu notre discussion off à l’instant.
Non, on n’a pas entendu Julie ? Ah ben c’est bon alors.
On va continuer la liste des sujets.
Comme on le disait en off, on est en mode discussion, si vous avez envie de parler de sujets qui ne sont pas prévus, vous le faites.
Vous êtes ici chez vous. Simplement, à 23h30, on ferme l’antenne. Quelques minutes avant quand même.
Le sujet suivant, c’était « la position sur la pureté militante entre les différentes causes. Y a-t-il une concurrence entre les causes et comment arbitrez-vous au quotidien ? ».
Peut-être commencer par expliquer ce terme de pureté militante.
Comme Florence, c’est toi qui a proposé ça.
Comment tu définis la pureté militante ?
Florence : Ah mince, je ne m’attendais pas [rires].
Alors du coup, je vais faire ma version.
Déjà c’est pas évident de prendre la parole, en tout cas pour moi quand je le fais.
Et quand je le fais, c’est que c’est trop important ou que je trouve que c’est dangereux de ne pas le faire.
Et qu’il y a des personnes qui sont lésées.
Mais je me fais un peu violence parce que dès qu’on s’exprime, on peut avoir des retours.
Du coup, ça prend du temps, c’est désagréable quand c’est négatif ce genre de choses.
Et du coup, dans la pureté militante, c’est le fait de se dire, si on fait quelque chose de bien, il faut que tout soit bien.
C’est le côté, tout doit être nickel, dans une cause donnée et aussi de façon intersectionnelle, pour le coup.
Et ça, c’est un tiraillement qui est permanent, je pense.
Je ne sais pas si toi tu ressens comme ça, Emmanuelle.
Mais par exemple, c’est facile de faire des impairs.
Typiquement, moi, avant, quand j’avais commencé avec le féminisme, il y avait des choses comme… On va pas mal mettre en avant le clitoris ou le vagin ou les ovaires en disant, « bah, elle me casse les ovaires » ou « il me casse les ovaires », plutôt que « casse les couilles », ou « ras le clito », des choses comme ça.
Donc ça, c’est par opposition au fait qu’on dessine des pénis partout.
Typiquement, dans les collèges de mes enfants, il y en a partout, sur les murs.
Et l’idée, c’est d’occuper l’espace public aussi de notre façon en se disant, bah, il y a d’autres choses que ça.
Bon, après, ça fait un peu œil pour œil, dent pour dent, je sais pas si c’est forcément quelque chose de montrable.
Mais après, on m’a fait le retour comme quoi, « bah, ça, c’était complètement transphobe » dans le sens où c’est très essentialiste par rapport au sexe, ce qui est vrai.
Et ça, c’est un exemple, mais en fait, il y en a dix mille.
C’est qu’à chaque fois qu’on ouvre une porte, on voit qu’on fait un impair sur autre chose.
Donc, même sur l’écriture inclusive, par exemple, quand je mets « bonjour à toutes et à tous », on me fait le retour « ah bah oui, mais et les personnes non-binaires ? »
OK, du coup, la personne me dit « il faut dire bonjour tout le monde ».
Je dis « bah non, parce que du coup, ça invisibilise les femmes ».
Et du coup, ça fait qu’entre nous, au final, entre militantes, on va réussir à, comment dire, à finalement un peu se faire violence nous-mêmes, entre nous, et perdre un peu de vue l’ennemi plus grand qui, lui, ne fait rien du tout, mais est tranquille pendant qu’on est en train de s’écharper un peu.
Ça, c’est vrai aussi entre les causes. Pour le coup, là, j’ai donné un exemple au sein du féminisme.
Fred : Est-ce que c’est un peu lié ou pas au militantisme en ligne ?
Est-ce que c’est plus présent dans le militantisme en ligne que dans le militantisme, on va dire, physique ?
C’est une question, je ne sais pas.
Florence : Je pense parce qu’on va passer moins de temps dessus, je pense, en physique, en vrai.
On ne va pas débattre pendant quatre heures.
Alors que faire un retour rapidement sur un message, ça va plus vite.
Je ne sais pas si toi, tu as un avis, Emmanuelle ?
Emmanuelle : Moi, j’estime que tout le monde peut prendre la parole. Il y a plusieurs formes de militantisme.
Et du coup, c’est important que chaque personne prenne la parole sur le sujet qu’ils veulent bien aborder.
Mais c’est vrai qu’en sein même du militantisme, il y a quand même des frictions, des gens qui ne sont pas d’accord avec la façon de militer les choses.
Et pour moi, il n’y a pas de vrai ou fausse militantisme.
Chacun milite à sa façon pour faire bouger les choses, pour faire évoluer les choses et aussi éduquer les personnes, sensibiliser les personnes sur tel ou tel sujet.
Et c’est ça qui, en fait, est important de réaliser.
En fait, il faut donner la parole à des personnes qui en ont besoin pour évoluer les choses au sein même de la société.
Florence : Et en même temps, c’est vrai que des fois je vois que je me radicalise sur certains sujets.
Donc, je n’ai pas de réponse vraiment sur la pureté militante, c’est une question que je me pose tout le temps.
Mais c’est vrai que des fois, je vais faire des compromis et des fois, non, au final.
Fred : Sur quels sujets tu te radicalises ?
Si ce n’est pas indiscret.
Florence : Si on parle, comme Emmanuelle est là, sur la partie accessibilité, ne serait-ce que de mettre des alternatives sur les images ou de proposer des transcripts.
Ça, je suis radicale, je ne sais pas, mais en tout cas, intransigeante sur les quelques sujets que je connais, on va dire. Parce que je sais que je ne connais pas du tout tout. Mais sur ça, je vais être un peu casse-pieds.
En même temps, je dis ça et des fois, je laisse passer.
Donc, c’est là où le compromis, ça me gêne. Ça va vraiment me gêner, parce que pour moi, ça veut dire exclure quelqu’un qui a déjà moins accès que les autres à ces contenus-là.
Et parfois, moi, je n’ai pas le temps aussi. Quand je suis dans le métro ou peu importe, je suis en train d’envoyer, ça ralentit effectivement mon débit.
Et du coup, je me dis « quel équilibre entre me taire complètement parce que je veux faire quelque chose de trop parfait, mais du coup, je vais faire un contenu qui n’est pas accessible à d’autres ». Et en même temps, ça continue de laisser de la place à tous les mecs qui n’en ont rien à faire, où c’est ni accessible et où c’est un seul point de vue blanc hétéro.
Voilà, je ne suis pas sûre d’avoir vraiment répondu à la question.
Emmanuelle : En fait, je pense qu’il faut être en accord avec ses valeurs, de sorte que ce que tu fais, ça te correspond toi.
Et l’exemple même des images, c’est parfait, parce qu’il y a sur les réseaux sociaux, il y a des personnes qui disent « n’oubliez pas de décrire les images pour les personnes malvoyantes, c’est important ». Là où il y a des personnes qui s’en foutent complètement.
Et d’autres qui vont dire « mais vous nous cassez les pieds avec votre militantisme sur les attributs alt pour décrire les images. Il n’y a pas de personnes aveugles ou malvoyantes ».
Je peux comprendre parfois cette lassitude, mais c’est important quand même de répéter, répéter encore et encore, jusqu’à ce que ça rentre parce qu’on a tendance à oublier, on a tendance à ne pas se rendre compte.
Et tout le monde peut faire des erreurs.
C’est humain, moi-même étant à fond là-dessus, il m’arrive d’oublier de décrire les images.
Mais on est humain et ça nous arrive d’oublier.
Et c’est important quand même de trouver le juste milieu de ce qu’on fait, de faire des compromis.
Et je sais qu’il y a des personnes à qui je vais laisser tomber parce que c’est impossible de faire changer d’avis, qui sont entêtés par leurs idées, complètement arrêtés. Et ces gens-là, ça ne sert à rien de prendre l’énergie pour ces gens-là.
Il faut garder l’énergie pour d’autres gens.
Fred : Sur l’exemple des images, je vais prendre l’exemple des réseaux sociaux.
Je vois par exemple sur Mastodon, qui est un réseau social décentralisé, il y a pas mal de gens qui encouragent et rappellent l’importance de mettre des textes alternatifs descriptifs pour les images et qui vont encore plus bien en disant « Moi, je refuse de partager des messages qui ont des images sur lesquelles il n’y a pas de description » Qu’est-ce que vous en pensez de ça ?
Emmanuelle : C’est tout à fait à leur honneur, c’est un choix qu’ils font.
Et moi, il m’arrive quand je vois que l’image n’est pas décrite je le fais de mon côté en repostant l’information.
C’est une manière pour moi aussi de véhiculé l’information, parce que ne pas reposter c’est priver quand même une partie des personnes qui n’ont pas l’information.
Donc si l’information n’est pas accessible, de ta propre initiative, tu vas la rendre accessible.
Et par la même occasion, pourquoi pas sensibiliser la personne qui a posté l’information en disant « Je l’ai rendue accessible, tu peux faire de ton côté aussi. » C’est une façon pour moi d’éduquer les gens là-dessus.
Florence : Oui, carrément.
Du coup, moi, je n’avais pas pensé à ça, mais je comprends l’idée dans le sens où si quelqu’un te suit, ça veut dire que la personne a fait le tri en disant « toi tu produis des contenants qui sont accessibles à moi, donc si tu repostes quelque chose qui n’est pas accessible, ça ne marche plus et je me retrouve de nouveau avec une micro-agression supplémentaire ».
Du coup, sur le réseau social, je n’ai aucune idée. Je ne suis pas sûre de faire le tri sur mes reposts, mais de toute façon, je le fais peu.
Par contre, ce que je peux faire dans les Slacks ou des choses comme ça, par rapport à ce que tu dis de rendre accessible, c’est de rajouter des liens.
C’est vrai que quand je vois des images, ça va me gratter et je ne vais pas toujours oser le dire.
Du coup, je vais discrétos rajouter un lien pour qu’au moins la personne puisse accéder au contenu.
Emmanuelle : Après, il n’y a pas que les images. Il y en a aussi souvent, on me partage des vidéos et je leur dis « les vidéos ne sont pas sous-titrées. Comment voulez-vous que je regarde ces vidéos sans les sous-titres ? » Il y en a qui font l’effort de m’expliquer.
D’autres me disent « Oui, il y a les sous-titres automatiques. » Je leur dis « tu as déjà regardé une vidéo avec les sous-titres automatiques, sans le son ? » Il y a beaucoup de personnes qui me balancent cette phrase comme ça, sans honte.
Il y a derrière un effort de déchiffrer les sous-titres automatiques parce que ce n’est pas toujours fiable.
Plus une vidéo est compliquée, plus le langage est technique, moins ça marche.
On a fait quand même beaucoup de progrès avec l’intelligence artificielle.
Je sais qu’avec l’intelligence artificielle, on peut demander à l’IA de décrire les images, de sous-titrer les vidéos.
N’empêche qu’il y a quand même besoin d’une intervention humaine pour corriger les fautes de l’intelligence artificielle parce que tout n’est pas parfait.
Et même l’IA peut interpréter une image à sa façon que nous on perçoit différemment.
C’est là où c’est important d’apporter sa patte.
J’aime bien dire que mélanger l’intelligence artificielle avec l’intelligence humaine rend l’expérience meilleure.
C’est là où je me dis que l’intelligence artificielle peut aider les personnes à décrire les images et à sous-titrer les vidéos.
Mais en même temps, il faut penser à faire ces actions-là et ces personnes-là n’y pensent pas toujours.
On partage des vidéos non sous-titrées ou on ne décrit pas les images. C’est vrai que ça explique une partie de la population et ils ne se rendent pas compte forcément.
Je suis dans la pédagogie pour expliquer pourquoi c’est important.
Fred : Pour que je sois sûr de comprendre, notamment sur les vidéos avec un sous-titrage automatique généré par un outil quel qu’il soit, ce que tu demandes en plus, c’est que la personne fasse l’effort de corriger le texte transcrit.
Comme nous, on le fait, par exemple, pour les transcriptions de l’émission.
Je vais aussi expliquer en toute transparence qu’on avait envisagé de faire l’émission en vidéo.
Tu as évidemment, et avec raison, dit « il faut que ce soit sous-titré ».
Et là, ça représentait beaucoup de travail de sous-titrer. Même avec l’aide d’un outil, il faut repasser derrière. Pour faire du sous-titrage, surtout sur 1h30, ça prend beaucoup de temps.
Sur 3 minutes, on peut dire que la personne peut faire l’effort quand même.
Donc pour toi c’est essentiel que ces personnes-là fassent l’effort de repasser derrière pour avoir un sous-titrage qui soit vraiment correct ? Pour la compréhension des personnes qui en ont besoin.
Emmanuelle : Complètement. Souvent les retours que j’ai c’est « je n’ai pas le temps, c’est trop long ».
Je suis consciente que corriger ça prend du temps, mais quand c’est une vidéo de 3 minutes comme tu as dis on peut prendre le temps de corriger les erreurs de l’IA.
Parfois, je suis assez frustrée. Parce que ça ne me permet pas d’accéder à l’information.
Et je vois bien que certaines vidéos ont l’air importantes.
Parce que ce sont des vidéos qui sont dans l’éducation, qui permettent d’informer la population.
Quand on me dit « je n’ai pas le temps, fais-toi-même ». Je dis « comment ? que je suis sourde ».
C’est vrai que c’est un peu frustrant de faire face à ce genre de situation.
Et en même temps, je peux comprendre. Ils n’ont pas forcément le temps de faire.
Du coup, je leur demande de réfléchir avant de poster.
Ou au moins, expliquer ce qu’il y a dans la vidéo.
Fred : Faire un résumé, c’est ça ?
Emmanuelle : Oui, faire un petit résumé.
Et moi, ce qui m’arrive ces derniers temps, c’est de prendre la vidéo et de la faire transcrire moi-même par l’IA.
Et quand ça marche, je suis contente.
Mais quand ça ne marche pas, je laisse tomber.
Et voilà.
Florence : Et comment tu sais que ça marche, en fait ?
Tu as le moyen de vérifier ?
Emmanuelle : Quand je vois que la qualité des sous-titres automatique est bonne.
Florence : Mais si ça dit autre chose que ce que ça voulait dire ?
Si ça se trouve, ce n’est pas du tout…
Emmanuelle : C’est pas faux [rires].
Fred : C’est vrai qu’on voit des trucs qui son transcrits par ces outils-là qui disent l’inverse.
En français, ils veulent dire quelque chose, mais qui ne correspond pas à ce qui a été dit.
Florence : Oui, complètement, nous ça nous arrive tout le temps.
Quand je relis, je me dis « mais qu’est-ce qu’on a dit ? ».
Je suis obligée de réécouter derrière.
Fred : Quand tu dis « ça nous arrive tout le temps », c’est pour le podcast de La Place des grenouilles ?
Florence : C’est pour le podcast de La Place des grenouilles oui.
Effectivement, c’est vrai que c’est un gros travail pour le coup.
Mais bon, c’est vrai qu’il n’y a pas de solution magique.
Emmanuelle : C’est ça, il n’y a pas de solution magique.
Et je pense qu’il faut faire avec ce qu’on a.
Et toujours avec pédagogie, avec bienveillance, avec empathie, en expliquant que c’est important de rendre accessibles les contenus numériques aux personnes handicapées.
Sans pour autant être dans l’extrême.
Parce que tu as dit, Frédéric « oui je refuse de reposter des images qui n’ont pas de description », c’est tout à fait leur honneur, chacun fait ce qu’il veut, chacun fait ce qu’il sent de faire.
Fred : Florence, tu veux réagir avant qu’on passe à un autre sujet ?
Florence : Je ne sais pas.
En fait, ça me fait juste penser à quelqu’un d’autre qui avait fait un podcast.
Et comme le transcript prenait trop de temps, elle a arrêté son podcast.
Et du coup, elle avait 4-5 épisodes qui ont été enregistrés.
Et moi, ça me parle tellement, parce que ça m’arrive aussi.
Mais moi, c’était sur des personnes malvoyantes.
En mode, « on a enregistré, mais en fait, on n’a pas eu le temps d’arriver jusqu’au bout et d’avoir le niveau de qualité qu’on attend. Et comme on n’assume pas d’exclure des gens, on se retrouve à juste pas sortir le truc ».
Mais du coup, ça me fait penser à ça.
Emmanuelle : En tout cas, moi, j’apprécie beaucoup les podcasts de La place des grenouilles, parce que j’apprends énormément.
Et avec la transcription, ça m’aide à comprendre ce qui se passe dans le monde de la tech, dans le monde féministe.
Voilà, ça me permet de m’éduquer.
Et s’il n’y avait pas eu la transcription, je ne serais pas au fait de ce qui se passe.
Et voire même complètement exclue de ce qui se passe.
Florence : en fait Il faudrait des aides, je pense.
Mais sur ça, de toute façon, pour moi, il n’y avait pas de débat. On ne sortait pas le podcast, il n’y avait pas de transcript pour le coup.
Et le fait que tu aies donné des références pour appuyer, parce qu’en fait, il y avait quand même un trade-off entre nous en se disant « comment on s’organise pour… » Voilà, donc on a eu un petit débat quand même sur quelles étaient les alternatives.
Mais le fait que justement tu aies cette position en donnant des conseils et des outils qui sont plus ou moins efficaces, là, on met vraiment trop de temps. Et l’outil que tu avais conseillé, Whisper Transcribe, c’est ça ?
Emmanuelle : Oui, Whisper, oui.
Florence : Oui, il est payant, et comme on est radines, on ne l’a pas utilisé [rires].
Mais on va quand même le faire, parce que ça a l’air vraiment efficace.
Emmanuelle : Sachant que la transcription est pas utile qu’aux personnes souvent les malentendantes, mais aussi des personnes autistes qui m’ont dit « bah oui, les transcriptions, ça m’aide énormément ».
Et même, les personnes entendantes qui ne veulent pas écouter, il suffit de lire s’ils apprécient de lire.
Donc en fait, au final, c’est l’accessibilité qui profite en priorité aux personnes handicapées, peut au final profiter à tout le monde.
Fred : On peut même rechercher dans une transcription d’une émission précédente la phrase exacte dite par une invitée parce que l’émission a été transcrite.
Florence : Tout à fait.
Et puis il y a le référencement aussi.
Fred : Et il y a le référencement aussi, effectivement, qui est important.
Donc on va avancer.
Je suggère qu’on fasse la pause musicale tout de suite, même si c’est un peu en avance.
Comme ça, on va pouvoir enchaîner.
Donc la deuxième pause musicale, c’est Florence qui l’a choisie.
Et donc, comme pour Emmanuelle, je te laisse nous la présenter.
Florence : Alors du coup, c’est une chanson qui s’appelle You Don’t Own Me, qui à la base a été chantée par Lesley Gore en 1963, quand elle avait 17 ans.
Donc ça fait longtemps.
Elle a été reprise de très nombreuses fois.
Et à cette version, c’est Jessica Dobson qui la chante.
Elle est chanteuse américaine et guitariste du groupe Deep Sea Diver.
Et elle aussi bassiste, battriste, batteuse ?
Elle joue du synthé.
Et j’adore cette version. Parce qu’il y a plusieurs personnes qui chantent.
Et le message, c’est le fait de se dire, elle dit à son amant qu’il ne la possède pas.
Et dans toutes les discriminations, il y a un peu ce côté où tout est dû aux personnes dominantes.
Quand on nous demande des explications, on doit justifier de pas mal de choses.
Et ça, c’est quelque chose qui est important, je pense, à se rappeler.
Et je trouvais que c’était assez dans la thématique.
Nous allons écouter You Don’t Own Me par Jessica Dobson.
On se retrouve dans 3 minutes 30.
Belle soirée d’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Nous venons d’écouter You Don’t Own Me par Jessica Dobson.
Vous écoutez toujours l’émission Chemins de traverse.
Nous sommes toujours avec Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois sur la radio Cause Commune.
Je vous rappelle le numéro de téléphone, 09 72 51 55 46. Et sinon, le salon web. Site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Nous allons poursuivre avec… nos deux invitées ont plusieurs points communs, mais il y en a un qui est assez important. C’est que vous êtes toutes les deux femmes dans la tech.
Il y avait un des sujets qu’on souhaitait aborder, c’était les modes d’action qui vous semblent avoir le plus d’impact.
Peut-être une question générale d’échange pour toutes les deux. Quelques situations que vous avez vécues dans la tech et comment vous avez réagi, agi, etc. ?
Qui veut commencer ?
Emmanuelle : Si tu veux, je commence.
Oui, alors en 12 ans arrière, 13 ans, je suis développeuse depuis 2012 et c’est vrai que j’ai connu quand même des situations de sexisme voire même de validisme.
Ett il y a des moments où je ne savais pas si c’était à cause de mon handicap ou si c’est à cause du fait je suis une femme voire même les deux et j’ai eu droit à même des situations assez cocasses et c’est des situations que je n’hésite pas à partager auprès des personnes que je mentore pour leur faire partager de mon expérience de savoir comment j’ai réagi.
Il y a deux épisodes qui m’ont énormément marqué c’est quand j’étais jeune junior et j’ai osé poser une question sur un sujet auquel je ne connaissais pas et un senior qui avait plusieurs années d’expérience devant moi m’a dit « Mais quoi ? Tu ne sais pas ça ? »
Et quand il a dit ça, ça m’a braqué et intérieurement je me dis « mince, il va croire que je suis incompétente, que je n’ai pas ma place ».
Ça a tourné dans tous les sens, ça a bousculé dans tous les sens dans mon cerveau et c’est vrai ça m’a mis en remise en question, ça m’a fait douter de mes compétences.
Alors qu’en fait ma question était légitime, j’ai bien compris plus tard et en fait j’avais le droit de poser des questions, je ne sais pas tout, en fait c’est ça la beauté de la tech, c’est qu’on a toujours quelque chose à apprendre et on ne peut pas tout savoir.
Et cette phrase-là ça m’a ça m’a braquée et pendant un temps je n’ai plus osé poser des questions mais ça me démangeait tellement je ne pouvais pas rester comme ça parce que j’avais cette soif d’apprendre.
J’avais cette soif de découvrir des nouvelles choses et d’apprendre auprès des autres personnes. Et c’est là où je dis souvent aux personnes que je mentore ou aux nouvelles personnes qui arrivent dans la tech, qui se reconvertissent, « il ne faut pas s’arrêter de poser des questions, c’est normal de ne pas tout savoir c’est normal de poser des questions ».
Et si la personne vous répond ça, c’est, je suis désolée mais ce n’est pas normal de faire douter à ce point, de réveiller le syndrome de l’imposteur.
Même les personnes les plus compétentes ne savent pas tout. On ne peut pas tout savoir, surtout que c’est un secteur qui évolue sans cesse.
Jusqu’à il y a deux ans personne ne savait rien sur l’intelligence artificielle. Maintenant on apprend sur le tas, il y aura toujours des nouvelles technologies il y aura toujours des nouvelles façons d’apprendre.
Et c’est ce que je dis toujours, il ne faut pas arrêter de poser des questions, arrêter d’être curieux.
Et je suis même sûre que cette personne n’aurait jamais osé dire ça si je n’étais pas une femme. Donc c’est important de faire sentir la personne à sa place quel que soit son genre.
L’important c’est d’exercer son métier avec ses compétences, on est embauché parce qu’on a des compétences.
Florence : oui carrément. Je pense que ce que tu dis en disant « est-ce que c’est quelque chose qu’on aurait fait à un homme valide, blanc et d’un certain âge », rien que de se poser ça comme question, je pense que souvent ça éclaircit quand même.
Moi je pense que, j’ai eu des exemples de cas où il y a du sexisme, souvent quand on dit sexisme c’est vraiment le mode connard connard quoi, genre vraiment assez violent.
Et c’est beaucoup plus insidieux que ça dans le monde professionnel ça va être plus « on te coupe la parole » ou alors on va reprendre, toi tu vas dire quelque chose on va te dire ouais, non plein d’objections, on va même pas t’écouter et la même idée est prise exactement telle qu’elle, une semaine après, on va dire « ah bah super, on n’a qu’à faire ça ».
Et sur ça le féminisme ça m’a beaucoup aidée parce que avant je me
Et je pense qu’il y a beaucoup ce côté empouvoirant, on se dit « mais tout est ta faute » le fait de donner la responsabilité à chacun et chacune c’est cool pour ne pas déprimer en disant on a une influence, ce qui est vrai mais je pense qu’il faut aussi avoir conscience du système dans lequel on est.
Ça me fait penser, j’avais écrit le manuel de survie dans la tech pour
Et le fait d’avoir des termes sur ça, moi ça m’a beaucoup aidé en tout cas.
Et aussi de prendre du recul et de parler à d’autres femmes et de se rendre compte qu’en fait, enfin d’autres femmes ça dépend qui, parce qu’il y a des femmes qui sont tellement… comment dire, il y a un peu, je ne sais pas comment dire, il y a un peu le biais de la survivante où elles sont tellement contentes, et moi y compris, je pense que j’ai été comme ça, d’être intégrée dans le milieu qu’on va faire encore moins de vagues.
C’est comme dans le métro, quand les gens ils se bousculent, ils arrivent à avoir une place. Après, plus rien n’existe.
Il y a encore 5 personnes derrière ou 15, t’es dedans, t’es dedans, c’est fini.
Par contre quand t’es dehors, tu dis « s’il vous plaît, avancez encore, encore, encore ».
Et c’est humain parce qu’en fait on se retourne juste pas, on ne regarde pas.
Mais du coup c’est toute une habitude, une culture, et le fait d’avoir conscience que c’est un système et qu’en fait c’est des mecs de pouvoir et d’où on part et d’où partent les autres, ça permet quand même de s’en affranchir.
Donc ça, ça m’a beaucoup aidée.
Et au final, c’est beaucoup de cécisme banal entre guillemets.
Emmanuelle : ordinaire
Florence : Sur les réunions, c’était toujours les femmes qui nettoyaient tout, qui préparent les comptes rendus, qui font toutes les tâches qu’on voit pas.
Pendant que les mecs, ils codent, ils font du travail qui est visible et qui est valorisé et pour lequel c’est identifié que ça va générer des promotions.
Et aussi la survalorisation de la compétence technique par rapport à tout ce qui est lien humain, tout ce qui fait équipe, ce qui est vraiment problématique aujourd’hui. Parce que si on travaille tout seul, il y a des personnes qu’on a gardées qui donnaient l’impression en tout cas d’être très pointues techniquement, mais dont le code est absolument pas maintenable. Personne n’a envie de le reprendre, c’est un espèce de génie tout seul, mais en fait pas du tout génie.
Plus quelqu’un qui a assuré son éternité, dans le sens où on se dit qu’on peut pas se passer de lui.
Et du coup pour moi, ça c’est vraiment des profils qui sont problématiques.
Alors que les personnes qui vont essayer de partager, là où c’est des profils plus féminins parce qu’on est élevées à ça, c’est pas du tout essentiel, ça va pas être si important. Ce qui est vraiment un souci pour moi.
Emmanuelle : C’est vrai qu’avant d’atterrir chez les Duchess, avant de rencontrer d’autres femmes de la tête, je me posais pas ce genre de questions.
Je vivais ces situations de manière inconsciente, de dire voilà, à mon sens, peut-être que c’était normal que ce soit comme ça, parce que j’avais pas d’autres exemples qui venaient, du coup je subissais la situation.
Sans me rendre compte que ce que je vivais c’était vraiment du sexisme.
Et c’est en discutant avec d’autres personnes, en disant « bah oui, moi aussi j’ai vécu ça, à un moment j’ai fait pour résoudre ça ».
C’est vrai quand on se trouve la seule personne de l’entreprise, la seule femme de l’équipe, et à qui parler de ce genre de situation ? Parce que tes collègues masculins, ils vont pas voir les choses de la même façon.
Typiquement, comme tu as dit, les idées que tu partageais c’était repris plus tard.
Pareil, je me suis posé la question, est-ce que je m’étais mal exprimée ? Et il y a un cas où j’avais senti le truc venir, dire « on aura des problèmes », et j’ai fait remarquer à mes collègues « attention, si on s’engage sur cette voie-là, ça ne va pas marcher ».
Et sur deux, il dit « mais si, si, ça va très bien marcher, tu vas voir ».
Et une semaine plus tard, ils se rendent compte qu’ils s’étaient complètement vautrés.
Je me suis retenue de dire « je vous l’avais dit ». Le fait que je ne me sentais pas écoutée, ça m’avait quand même posé des questions.
Jusqu’au jour où on m’a expliqué « oui, c’est un biais ancien ». Je sais pas si c’était ancien, mais un biais ancien du fait de moins écouter les femmes, de ce qu’elles ont à dire.
Et maintenant, aujourd’hui, avec du recul, avec de l’expérience, je n’hésite plus à m’imposer, en disant ces choses-là, et me faire entendre, et c’est vrai, que même aujourd’hui malgré nos expériences, on a tout de même tendance à devoir se justifier, à s’imposer, parce qu’il y a en même des biais inconscients qui font que les gens ils réagissent de manière inconsciente.
Et même, il y a des femmes qui sont totalement inconscientes, parce qu’elles veulent être intégrées, jusqu’à même reproduire certains emportements des hommes.
Fred : Et même, j’avais vu une stat, et moi, ça m’avait beaucoup aidée, parce que comme on n’est pas beaucoup de femmes, je ne sais pas, je m’attendais naïvement à un peu de compréhension, où ça va faire écho, mais pas du tout, parce que, comme je disais tout à l’heure, une fois qu’on est dans le métro, voilà, tant mieux pour nous.
J’ai vu une statistique qui disait qu’une femme avait plus de chances de critiquer une autre femme, qu’elle était plus critiquée par des femmes que par des hommes, en fait.
Du coup, on a cette double pénalité, parce que, justement, on sort du rang.
Il y a un peu le « pick me girl » [Ce concept renvoie à une femme recherchant la validation des hommes en insinuant qu’elle n’est pas comme les autres femmes] , qui fait que, ben oui, ben moi, je vais casser sur celle qui s’exprime, ce qui va vraiment assurer le système, enfin, la pérennité du système.
Et tout à l’heure, quand tu te posais la question de dire, « ben, est-ce que, quand quelqu’un nous prend notre idée, est-ce qu’on va l’exprimer ou pas ? »
Et même ça, c’est dur, parce que, du coup, les gens vont dire « oui, ben, ça arrive à tout le monde ».
Sauf que ça n’arrive pas à tout le monde, et ça n’arrive pas autant.
Et ça, c’est assez difficile à faire comprendre, parce qu’on ne peut pas facilement savoir la cause de cette situation. « Est-ce que c’est parce qu’on est une femme ? »
Mais, en fait, il y a plein d’études qui le montrent.
Et ça, les hommes ne vont pas trop le comprendre.
Et souvent, on ne va juste pas le dire.
Et partir.
Emmanuelle : Complètement. Et surtout que, jusqu’à récemment j’ai appris il y a eu des femmes dans la tech, dans les années 50, 60, qui ont permis de créer des innovations qu’on utilise aujourd’hui comme la Wi-Fi, la programmation, ce genre de trucs.
Et ces choses-là, on a complètement invisibilisé les innovations de ces femmes.
Et on en paye aujourd’hui le fait. Au départ, la programmation a été propulsée par les femmes. Et on a vu que ça marchait bien. Les hommes ont pris le terrain, en disant « ben, voilà, la programmation, ça marche, on va s’imposer, nous aussi ».
Et on voit bien aujourd’hui qu’à ce point il y a très peu de femmes dans la tech. Parce qu’on n’explique pas comment les origines, comment la tech est arrivée, comment on a pu faire ces innovations-là.
Et je pense que c’est important de rappeler, à travers la pédagogie, souvent on voit l’histoire des femmes de la tech expliquant que les femmes ont contribué à ce que la tech est aujourd’hui.
Et si on arrive à éduquer de plus en plus d’hommes, là les femmes dans la tech pourront prendre plus d’espace.
Fred : Et même, c’était il y a 40 ans, c’était il n’y a pas si longtemps, et du coup, c’était, ben, j’en parlais justement dans ma chronique la semaine dernière, que c’était à 85% de femmes, donc c’est énorme, et c’est un des rares métiers où la tendance a inversé, dans le sens où il y a des hommes qui sont allés dans un secteur de femmes, c’est l’informatique.
Et si on parle de pérennité, moi, je pensais, comme toi, et je le pense encore, que c’est une condition nécessaire, mais pas suffisante aujourd’hui, d’assurer la représentation, et du coup, de rester le plus longtemps possible.
Ce qu’on voit aussi, c’est que, non seulement on a du mal à entrer aujourd’hui dans la tech, alors que dans d’autres pays, d’autres époques, il y a plus de femmes que d’hommes, donc c’est rien de naturel quoi, enfin, d’évident en tout cas, dans les gènes. Et d’autre part, comme tu disais tout à l’heure, il y a la moitié qui partent après dix ans, et c’est de pire en pire, en fait, il y a de plus en plus de femmes qui partent, et la raison principale, c’est le sexisme.
Et c’est là où je me dis, en fait, on a ce système aussi dans l’éducation, par exemple, avant c’était un métier plutôt masculin, qui est plus représenté par des femmes aujourd’hui, il y a plus de femmes que d’hommes, ou la médecine, maintenant on a une bonne parité, alors qu’avant c’était très largement masculin, et ça c’est des secteurs qui sont en mal-être aujourd’hui, qu’on néglige.
C’est du service public, ce qui est quand même super important, l’éducation, la santé.
L’informatique, ça pourrait en réalité être du service public, vu à quel point ça impacte la vie des personnes.
Et moi, mon constat aujourd’hui, c’est que dès qu’il y a du prestige, les hommes arrivent, chassent les femmes, font en sorte que les femmes ne se sentent plus bien et s’en vont.
Et que c’est pas inhérent à l’intérêt, à la difficulté, à la capacité physique ou aux besoins, mais c’est vraiment le sexisme, la hiérarchie entre les gens, qui fait qu’on va pas y arriver, et tant qu’on n’arrive pas à avoir vraiment une égalité, une valorisation similaire en tout cas des humains, je pense qu’on va tourner en rond, et aujourd’hui, c’est ça mon constat, en tout cas, ma conviction très profonde.
Emmanuelle : Pourtant, on a tous agréé à élaborer tous ensemble, quelle que ce soit notre différence, et ce soit le fait qu’entre les hommes et les femmes, les personnes handicapées, les personnes non-binaires, les personnes LGBTQIA+, on a tous à gagner à collaborer ensemble pour pouvoir avancer les choses, améliorer les choses.
Et pourtant, on fait que creuser les inégalités, et on voit bien aujourd’hui avec l’intelligence artificielle où les algorithmes sont en grande majorité créés par des hommes non-valides.
Et on voit énormément de biais sur les femmes, sur les personnes handicapées, et ça se ressent énormément, et ça s’explique au fait qu’il y a très peu de femmes dans la tech, il y a très peu de personnes handicapées dans la tech.
Et ça commence à l’école, et il y a une étude qui est sortie récemment disant que les filles à l’école vont de moins en moins dans les filières scientifiques, dans les filières STEAM [pour science, technologie, ingénierie, larts et mathématiques] , et on n’arrive pas à les attirer. Parce qu’il y a ce biais de dire que les filières STEAM ce n’est pas pour les femmes.
Fred : Précisons que les filières STEAM, c’est l’anglais STEAM, c’est ça, c’est science, technologie
Emmanuelle : informatique, et mathématiques.
Florence : Ah oui, engineering.
Fred : Ah, l’ingénierie.
Florence : Ça c’est grâce à la réforme de Blanquer [ancien ministre de l’éducation nationale], parce qu’en fait comme il demande à choisir plus tôt, c’est trop dur de choisir. Et du coup il y a des stratégies pour assurer une place après le lycée, et comme on voit qu’en tant que fille on est deux fois plus incitée à ne pas aller dans les filières de la tech, alors qu’il n’y a qu’un tiers qui a envie déjà, alors que des garçons qui sont deux tiers à avoir envie, on les incite deux fois plus, mais du coup ça écarte encore plus les populations.
Emmanuelle : Pour l’anecdote, quand j’étais à l’école au collège, on m’avait demandé ce que je voulais faire, moi je disais « je voulais être ingénieure comme mon père ».
Et un des profs m’a dit « tu peux pas, t’es sourde » avant même de me renvoyer en tant que femme, tu aurais pu dire « mais non, tu peux pas, t’es une femme », là on m’a dit mais « non tu peux pas, t’es sourde ».
Et ce genre de discours est encore présent aujourd’hui à l’école, en disant que tu sois une femme ou une personne handicapée, ça paraît insurmontable de faire des études d’ingénieur, de faire des études scientifiques en même, aujourd’hui.
Moi j’ai fait des études il y a 20 ans, donc ça c’est pas amélioré aujourd’hui. Et même, tu as dit, c’est même un peu détérioré la situation, donc je pense que c’est important qu’il y ait ce rôle de représentation.
C’est pourquoi on fait des conférences, pour montrer qu’on existe, pour montrer qu’il y a de la place pour tout le monde, pour montrer que oui la tech s’est ouverte aux femmes, les femmes peuvent venir.
Et pourtant, il y a quand même, aujourd’hui, on est confronté à un marché difficile, qui fait que les personnes qui se reconvertissent, les femmes en majorité se reconvertissent, parce qu’on voit qu’il y a beaucoup de travail dans la tech, et pourtant on refuse des profils juniors, des profils en reconversion, et on s’entête à recruter que des profils seniors.
Le souci dans les profils seniors, c’est qu’il y a très peu de femmes qui sont seniors.
Florence : Parce qu’elles quittent le secteur.
Et voilà, c’est un peu le serpent qui se mord la queue.
Florence : Clairement. Moi je m’étais posé la question, je m’étais dit je vais essayer de monter le plus, gravir le plus les échelons, dans le sens où quand tu vois quelqu’un exister, tu dis que tu peux devenir pareil.
Et surtout, moi je sais que je fais aussi attention à ça, donc forcément mes équipes, au moins, ce sera ok.
Mais après, comme je t’ai dit, j’ai été un peu désabusée en me disant « mais de toute façon, c’est le sexisme le problème », parce que les filles elles arrivent, mais de toute façon on les chasse, et même quand elles viennent vraiment, elles s’en vont quand même après leur carrière, et c’est plus une question de valorisation des personnes.
Et l’autre raison, c’est que tout ce que je mettais en place, en fait, ça durait tant que je suis là. Ou un peu plus, mais après on changeait de direction, d’actionnaire.
Et tous ces sujets, tant qu’on n’injecte pas de l’énergie en continu, on retourne dans le statu quo, avec les forces habituelles, sur des raisonnements rapides, en disant « là je prends un bac plus 5, ingénieur, bon bah du coup tu n’auras probablement que des mecs blancs en fait, et des CSP+ ».
Et du coup je m’étais dit, peut-être que ce soit plus avec des outils automatisés, des garde-fous en termes de framework, dans le sens où c’est indépendamment de toi, que tu sois là ou pas, de ton énergie.
Par exemple sur un formulaire de recrutement, ou d’évaluation d’entretien, vu qu’il y a un formulaire qui est là, t’es obligé de faire attention à des critères aussi soft skills [compétences douces ou comportementales], qui sont valorisés un peu plus, sur lesquels les femmes sont plus à l’aise, ou pas que, ou de mettre en place des quotas.
En fait les docs on ne les lit pas, et les frameworks non plus.
Après je m’étais dit peut-être dans les logiciels libres, il faudrait quelque chose de plus extérieur, qui va assurer la pérennité de tous ces outils là, pour pouvoir faciliter ces sujets là, pour au moins les personnes qui ont envie.
Mais en fait l’open source c’est tellement large que là aussi ça ne marche pas.
Et maintenant j’en suis à « bon, il n’y a pas vraiment de solution magique », en plus c’est de pire en pire côté politique.
Donc déjà si on survit c’est pas mal, et surtout de se mélanger avec plein d’organismes.
Maintenant je parle de ces sujets partout, à la boxe, des camps de scouts, machin.
Dès qu’il y a quelque chose qui me dérange, je vais le dire.
Alors qu’avant j’étais plutôt paix sociale, contrairement à ce que Frédéric croyait.
Mais je vais dire « c’est bizarre là quand même, c’est pas normal ».
Ou alors je vais dire « là tout le monde peut aider », ou des choses comme ça.
Ce que j’aurais pas fait avant, mais maintenant moi c’est ça mon niveau, c’est que je suis beaucoup moins ambitieuse sur l’impact de mes actions.
Mais je vais me contenter de ma petite existence au sein du monde, et de l’influence qu’on peut avoir un peu ici et là. Je ne sais pas comment tu fais toi.
Emmanuelle : Je pense pareil, si j’arrive à changer au moins une personne d’avis, c’est une victoire.
Parce qu’on peut pas faire changer d’avis tout le monde, c’est impossible.
Et c’est pour ça que je me dis, à travers les conférences, en expliquant, en sensibilisant les personnes, si on arrive à faire changer d’avis une personne, cette personne va mener à son tour des actions concrètes, pour faire changer d’avis d’autres personnes.
C’est la chaîne qui se fait comme ça.
Mais c’est vrai, ça peut être parfois frustrant de dire » mais mince j’arrive pas à faire changer d’avis, comment faire pour améliorer ça, est-ce qu’il faut changer son discours, est-ce qu’il faut trouver d’autres arguments ».
Parce que c’est vrai, on entend souvent les mêmes arguments.
Mais comment faire pour améliorer ça, comment faire pour améliorer la situation ?
Et je pense qu’il n’y a pas, comme tu dis, de réponse, de vraie réponse.
Et tout ce qu’on peut faire, c’est continuer à en parler jusqu’à ce que ça change.
Florence : Oui, clairement.
Rien qu’exister, tu vois.
Moi, je crois que j’arrive à faire changer d’avis personne en fait, en tout cas sans que je sache.
Mais par contre, j’ai quand même des retours qui me disent « ah bah j’ai réfléchi à ce que t’as dit là » ou des gens que je connais pas, ils me disent « ah bah j’ai entendu ça ».
Et en fait, ça me suffit, parce que de toutes façons, il y a vraiment une question de timing.
De toute façon, moi je suis pas très bonne en débat parce que j’aime pas les conflits, et puis j’ai pas le temps.
Donc voilà, c’est juste montrer, poser des choses, et après voir si ça prend ou pas.
C’est plus des graines en fait qu’on sème.
Emmanuelle : Oui, complètement.
Et je vois aussi avec l’accessibilité, parce que c’est sur les sujets de femmes dans la tech c’est bien aussi d’en parler. Mais aussi, quand je parle de sujets de l’accessibilité « n’oubliez pas de rendre accessible les sites internet à tous et toutes », et comment faire.
Je sensibilise les personnes.
Et quand je pars, comme je suis plus là pour surveiller si l’accessibilité est appliquée ils vont plus y penser.
Là j’ai eu un message d’un ancien collègue récemment qui m’a dit « tu sais, depuis que t’es partie, je pense à toi » en me disant « oui, je pense à l’accessibilité ».
Et c’est là où c’est une victoire, parce que t’as quand même laissée ton empreinte, en disant t’es arrivée à toucher les bonnes personnes, qui à leur tour arriveront à faire changer les choses, et améliorer les choses.
Donc, tout n’est pas noir. Il y a quand même des choses positives.
Je reste optimiste, même si la situation en ce moment est quand même assez tendue, notamment dans le monde entier, avec le fascisme qui monte un peu dans certains pays.
Je reste quand même optimiste, parce qu’il faut l’optimisme pour faire avancer les choses.
Florence : Je suis assez admirative, en fait, parce que je trouve, tu l’as dit tout à l’heure, mais tu dis que t’arrives à facilement t’exprimer, enfin, comment dire, sur les sujets de handicap, d’accessibilité, t’y vas tout le temps.
Et moi, si je me dis qu’il y a le racisme et le féminisme qui me concernent plus directement, on va dire. Autant sur le féminisme, c’est pas facile, mais je le fais parce que déjà, je connais de plus en plus le sujet. Et aussi, en termes de légitimité, on est majoritaire, en fait.
À un moment, il faut arrêter, quoi. Enfin, on est 52 %, donc je veux dire, ça peut pas se contester.
Alors que le racisme, pour moi, c’est vraiment dur, parce que du coup, c’est une minorité, enfin, c’est plein de minorités, du coup.
Et je pense que j’ai le plus de problèmes de légitimité, alors que sur le handicap, c’est quoi, c’est 8 % de la population ?
Emmanuelle : 12 % de la population en France.
Florence : Donc, c’est aussi une minorité.
Mais tu te dis pas, à juste titre, on n’est pas minoritaire, enfin on n’est pas majoritaire mais je vais quand même revendiquer ça, parce qu’en fait, ça impacte trop gravement ta vie et la vie des gens pour ne rien dire.
Emmanuelle : Oui, c’est vrai.
Et surtout, le fait qu’on a cette histoire de quota qui fait qu’on doit embaucher 6 % de l’effectif, 6 % de personnes handicapées. Et malgré ça, t’as des entreprises qui veulent pas remplir le quota et préfèrent payer les contributions financières plutôt qu’embaucher des personnes handicapées.
Il y a quand même un chemin à faire, que ce soit dans tous les domaines de la minorité, que ce soit les femmes de la tech, les personnes handicapées, les personnes LGBT, qui aussi ont des problèmes d’intégration, d’inclusion, et même les personnes racisées, comme tu disais, il y a tout un combat.
Donc, on a encore du chemin à faire et il faut pas lâcher.
Florence : Moi, j’ai un avis un peu différent de toi quand tu dis « tout le monde y gagne ».
Je le pense, mais je pense pas que tout le monde pense ça.
Je pense qu’il y a des gens qui préfèrent maintenir quand même un rapport de pouvoir.
Et je me rappelle, il y avait un chercheur en maths, il avait été très honnête quand on lui parlait qu’il n’y a pas assez de femmes et qu’il faut un peu plus de choses dans ce sens-là.
Il a dit « oui, mais en fait, c’est déjà tellement dur d’avoir une place dans la recherche en maths, si on enlève les freins que les femmes ont », ce qui est quand même un peu horrible, « ça va être encore plus concurrentiel et on va avoir encore moins de place ».
Et je pense que c’est quelque chose qu’il ne faut pas négliger.
C’est là où du coup je passe en mode guerrière, en mode « ouais, bah non, parce que tous les discours de la compétence d’abord, si on parle de vraie compétence, peut-être que t’es pas dedans ».
Et moi, j’ai eu beaucoup d’hommes qui étaient très incompétents et qui passaient quand même juste parce qu’il y avait un biais positif dans le sens où on va moins le remettre en question parce que c’est un gars.
Emmanuelle : Complètement.
Et je vois aussi pour les personnes handicapées, le fait qu’il y a des personnes valides qui ont eu la promotion plus vite que les personnes handicapées.
C’est à double tranchant dès qu’on est une minorité. Je sais pas si c’est inconscient, mais si tu n’es pas dans la norme, tu avances moins vite.
Florence : Oui, ça ne rassure pas les personnes qui ont l’habitude de voir un certain type de profil.
Emmanuelle : Oui, complètement.
Et je pense qu’il y a encore du travail à faire et il faut continuer à sensibiliser les personnes avec pédagogie, avec bienveillance, de sorte à faire éveiller les consciences et se rendre compte qu’il y a un problème et qu’est-ce qu’il faut faire pour le résoudre.
Et c’est d’ailleurs ce qu’on appelle peut-être le wokisme.
Florence : Moi, je suis moins gentille que toi, je crois.
Parce que justement, quand je vois le retour des gens qui sont en mode « Oh, mais nous aussi on souffre ».
Je me dis « en fait, on n’a pas le même combat et tu veux juste avoir toute la place et t’écoutes rien ».
Mais après, c’est bien d’avoir plusieurs approches, je pense, parce que l’un dans l’autre, il y en a qui marchent mieux selon les personnes.
Fred : Ok, j’ai quand même une dernière question, même si on approche de la fin de l’émission.
Avez-vous le sentiment d’être à votre place aujourd’hui ?
Je vais commencer par Florence parce que je lui ai dit la question tout à l’heure.
Florence : Alors à ma place, oui plutôt, je pense.
Je pense que je suis plus mes envies et j’arrive à quand même mieux détacher à qu’est-ce que je fais.
Par exemple, il y a Laïla qui dit la stat interdite des moitiés des femmes qui quittent la tech après 10 ans de carrière.
Donc, ça, personne n’a envie d’en être par principe parce que du coup, on se dit « sinon ça va faire fuir d’autres femmes et ça va empêcher d’autres femmes de venir ».
Moi, c’est bon, j’ai donné, je trouve.
Donc, je me mets moins à cette injonction-là et j’arrive à écouter mes ressentis quand même et à vraiment décoder derrière quand il y a quelque chose qui ne me va pas.
Il n’y a rien qui va solutionner, mais le fait de réagir et de répondre et juste de dire « ça, ça ne me va pas, ce n’est pas ok » ou « ça me met mal à l’aise » ça fait que quelle que soit la place où je suis, j’arrive à être relativement alignée avec moi.
Je trouve que c’est plus dur de rien dire, de subir, de se dire « est-ce que j’ai surréagi », de devoir aller vers une communauté qui va un peu nous consoler, nous dire « non, tu n’as pas surréagi ».
Ça marche, mais c’est plus long.
Et aujourd’hui, j’ai quand même plus de connaissances sur ces sujets-là pour être un peu plus résiliente et gagner du temps sur ça.
Fred : Ok.
Emmanuelle.
Emmanuelle : Au départ, ce n’était pas gagné.
Mais aujourd’hui, oui, je me sens complètement à ma place.
J’adore mon travail.
J’adore être développeuse.
J’adore donner des conférences sur les sujets qui me tiennent à cœur.
Pour moi, c’est une victoire.
Et c’est vrai, je suis très triste quand j’apprends que telle ou telle personne se pose la question de « est-ce qu’elle a sa place dans ce milieu ? ».
Et j’essaie de trouver des arguments pour les convaincre.
Mais si on est sans cesse dans le fait de faire tout le temps des efforts pour réussir, et à la fin, ça peut conduire en burn-out.
Et c’est l’épuisement, c’est jamais bon.
Donc, c’est normal de se poser la question de savoir est-ce que tous ces efforts ça vaut le coup.
Et c’est pour ça que c’est important d’avoir une représentation des femmes qui ont réussi pour montrer qu’il faut tenir bon.
Oui, ce n’est pas simple. Ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il a fallu se battre pour arriver là.
Et oui, ce n’est pas normal de devoir se battre. Mais on n’a pas le choix, on fait avec et on se bat.
Et pour ces femmes qui décident de quitter la tech, ça me rend triste. Et on ne sait pas à quel point on les perd.
Et c’est pour ça que je pense qu’il est important de trouver un bon équilibre pour retenir les femmes dans la tech.
Fred : Ok.
Merci Emmanuelle Florence.
On entend le générique de fin qui annonce la fin de l’émission dans quelques instants.
Donc, Chemins de traverse est en direct tous les mercredis à 22 h.
Alors, prochain rendez-vous, donc la semaine prochaine, mercredi 21 mai.
Notre invitée a une double vie pour reprendre ce qu’elle m’a écrit. Elle est responsable communication le jour et la nuit elle danse.
On parlera de son parcours, de son métier, mais aussi beaucoup de danses sociales.
Ces danses où on peut danser en couple, mais également des danses dans lesquelles on change de partenaire plusieurs fois pendant la danse.
On ne parlera pas que de technique de danse, mais de la danse et de la musique comme vecteurs de patrimoine, de multiculturalisme.
Elle nous parlera également de thématiques transversales qui concernent toutes les danses sociales et qui parleront à nos invitées d’aujourd’hui : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l’approche dégenrée, le handicap et la danse, la transmission des danses.
Donc on se retrouve la semaine prochaine.
Salut et solidarité.
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31e émission Chemins de traverse diffusée en direct mercredi 14 mai 2025 à 22 hExceptionnellement, nous avon reçu deux invitées qui sont déjà intervenues dans l’émission : Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois.Des profils proches (femmes, dans la tech), confrontées à la discrimination (validisme, racisme, sexisme), actives dans des organisations communes, inquiètes par ce qui se passe en politique (USA, France notamment), elles se connaissent. Nous leur avons proposé de faire un échange, retour croisé sur leurs parcours, leur vécu.
L'émission a été transcrite en temps-réel sur cette page par Céline Ripolles. Précisons que ce n'est pas une transcription mot à mot, c'est une transcription faite pour que les personnes puissent voir apparaître l’essentiel du discours prononcé. Une transcription complète est disponible plus bas dans cette page.
Nos invitées :
Aidez-nous à mieux vous connaître et améliorer l'émission en répondant à notre questionnaire (en 3 minutes max). Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. De votre côté, ce questionnaire est une occasion de nous faire des retours.
SommaireVoix du générique (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, Chemins de traverse, d'autres voies pour imaginer demain.
Fred : Bonsoir à toutes, bonsoir à tous pour ce 31e épisode de Chemins de traverse, d'autres voies pour imaginer demain.
Dans Chemins de traverse, Julie, Élise, Mehdi et moi-même Fred, nous espérons vous proposer de belles rencontres et mettre en avant des parcours personnels et professionnels, des passions, et des engagements.
Exceptionnellement, ce soir nous aurons deux invitées qui sont déjà intervenus dans l'émission, Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois.
Alors je les laisserai se représenter tout à l'heure.
Je vais préciser que vous allez entendre la voix d'Emmanuelle et Emmanuelle Aboaf est développeuse web, sourde de naissance, conférencière.
Et donc ce soir, pour permettre à toutes les personnes de profiter, l'émission va être transcrite en temps réel par Céline Ripolles, traductrice et sous-titreuse spécialisée dans l'accessibilité.
Donc si vous connaissez des personnes que cela pourrait intéresser, contactez-les dès maintenant.
Les infos utiles et notamment le lien vers la transcription en direct sont sur le site causecommune.fm dans le bloc « À la une cette semaine ».
Merci de nous accueillir une fois de plus dans votre salon, votre cuisine, voire votre chambre, vautré votre canapé ou encore peut-être pendant votre séance de sport.
Bonsoir Emmanuelle.
Emmanuelle : Bonsoir.
Bonsoir Florence.
Florence : Bonsoir Fred, bonsoir Emmanuelle.
Fred : Le micro est allumé de Florence ?
Ah d'accord ok. Alors c'est moi qui…
Donc avant que la discussion ne commence, je vous rappelle que nous sommes en direct ce mercredi 14 mai 2025 sur radio Cause Commune, la voix des possibles.
Donc sur 93.1 FM et en DAB+ en Ile-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
N'hésitez pas à participer à intervenir en direct.
Julie réalise l'émission de ce soir.
Bonsoir Julie.
Julie : Bonsoir.
Fred : Donc elle attend vos appels.
Pour cela le téléphone est branché.
Vous pouvez nous appeler au 09 72 51 55 46. Je répète 09 72 51 55 46.
Ou alors vous pouvez réagir sur le salon web de la radio. Rendez-vous sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Alors comme je le disais, vous êtes déjà intervenues dans l'émission. C'était les émissions je crois 22 et 23. Vous avez enchaîné sur les semaines.
Et après l'émission, Florence m'a envoyé un petit SMS en me disant « t'avais raison, j'ai pas pu parler de tout ce que je voulais parler ». Je pense qu'Emmanuelle avait à peu près, comme toutes les personnes invitées dans l'émission, le même sentiment.
Il se trouve que vous avez des profils proches, je vais vous demander d'ailleurs de vous présenter, que vous connaissez.
Donc on s'est dit « et si on faisait une deuxième émission », alors pas pour refaire tout votre parcours évidemment, mais pour parler d'un peu de sujets que vous avez en commun.
Beaucoup de questions de militantisme ce soir, il faut quand même le dire.
Alors pour les personnes qui n'ont pas encore écouté ou qui ne se souviendraient pas des émissions 22 et 23 de Chemins de traverse, je vais vous demander simplement, exercice un petit peu difficile, en quelques minutes, deux, trois minutes, de résumer un petit peu votre parcours.
Alors comme Florence vient d'arriver en fait, je vais laisser quand même Emmanuelle commencer.
Donc Emmanuelle Aboaf.
Emmanuelle : Merci Frédéric, je suis contente d'être là de nouveau pour continuer notre conversation par rapport à la dernière fois.
Donc pour résumer mon parcours, je suis développeuse depuis maintenant 13 ans et je suis sourde de naissance.
Je remercie Céline d'être là pour transcrire nos échanges, qui me permet de suivre ce que vous dites.
Et ça fait quelques années maintenant que je milite pour une meilleure inclusion dans la tech.
Et aussi je milite pour l'accessibilité, notamment numérique, parce que c'est un sujet qui me tient à cœur.
Fred : D'accord, et tu fais quoi comme métier, comme activité ?
Emmanuelle : comme activité personnelle ou professionnelle ?
Fred : professionnelle :
Emmanuelle : Je suis développeuse et je développe des sites internet pour des clients. Je vais là où mon entreprise m'envoie.
Et à côté de ça, je suis aussi conférencière sur des sujets de l'inclusion, le handicap et l'accessibilité numérique.
Fred : Florence, à ton tour, une petite présentation de ton parcours rapide.
Pourquoi tu rigoles ?
Florence : Je reprends mon souffle.
Fred : Oui, reprends ton souffle, il faut dire que Florence est arrivée vraiment au dernier moment, mais voilà, donc reprends ton souffle et vas-y.
Florence : Encore désolée pour ça.
Du coup, moi c'est Florence.
J'ai fait 10 ans de développement logiciel, 10 ans de management d'équipe informatique. Donc là actuellement, mon titre, c'est responsable ingénierie.
Et quoi dire d'autre ?
À côté de ça, oui, j'ai aussi cofondé l'association La Place des Grenouilles, qui a été créée il y a 4 ans maintenant.
Fred : Et qui fait quoi cette association ? Même si on va en reparler tout à l'heure.
Florence : Une association anti-sexiste. Du coup, l'idée, c'est de fournir des ressources pour les personnes qui veulent s'éduquer sur ce sujet, sur le sexisme, pour justement évoluer ensemble et pouvoir être qui on a envie d'être réellement, en tant qu'homme ou femme, même si on a une plus grande spécialité côté femmes.
Voilà, je pense que c'est pas mal.
Fred : De toute façon on aura l'occasion de revenir un peu sur vos parcours aussi à certains moments.
Donc j'ai dit tout à l'heure qu'on allait parler beaucoup de militantisme.
On parle beaucoup de militantisme dans Chemins de traverse. On reçoit beaucoup de gens qui ont des engagements et qui sont des personnes militantes.
En préparant l'émission, je vous ai demandé de quels sujet vous souhaiteriez parler. Et donc vous avez fourni un certain nombre de sujets qui sont quand même très militants, je le dis.
Et donc ma première, deuxième question serait, est-ce que vous considérez toutes les deux comme militantes et quel type de militante ?
Qui veut commencer ?
Alors Florence, voilà [rires]
Je précise qu'Emmanuelle a fait le geste « Florence commence »
Florence : Moi c'est amusant parce que justement en t'écoutant, Emmanuelle, quand je t'entends dire « je milite depuis tant d'années et tout ça », moi je me dis « ah non mais moi mais pas du tout ».
Donc on en avait déjà parlé lors de l'émission précédente.
Mais en même temps, c'est vrai que je me reconnais quand même des fois sur cette étiquette.
Mais c'est vrai que je ne le vois pas comme à plein temps ou quelque chose de… Bon, on ne va pas refaire la même conversation. Mais du coup, j'ai du mal quand même à assumer cette étiquette-là.
Mais c'est vrai qu'on m'a déjà fait le retour que dans les conversations je vais dévier ou alors je vais prendre position.
Mais c'est parce que pour moi, c'est important et qu'on ne peut pas ne pas le faire.
Voilà, c'est plus ça.
Merci Frédéric de me dire de me tourner pour qu'on voie mes lèvres et qu'on puisse…
Emmanuelle : C'est vrai, je lis sur les lèvres en même temps que je lis les sous-titres.
Fred : Voilà, donc je précisais effectivement à Florence de plutôt regarder Emmanuelle que de me regarder moi, pour que tu puisses entendre, enfin lire sur les lèvres de façon beaucoup plus facile.
Donc de ton côté Emmanuelle, est-ce que tu te définis comme une militante et si oui, de quel type de militante ?
Emmanuelle : C'est une question pas simple à répondre parce comme dit Florence c'est un mot très varié, très large, le militantisme.
Et c'est vrai que moi, j'ai toujours été dans des associations pour militer sur des sujets d'adhésion, d'accessibilité. Depuis ado, je voulais toujours oeuvrer pour avoir ce que j'avais besoin, en termes d'accessibilité.
Et je ne l'avais jamais vu sous l'angle du militantisme parce que pour moi, c'était naturel de devoir réclamer les besoins d'accessibilité.
Jusqu'à ce qu'on me dise « mais tu es militante », tu oeuvres pour, tu dis des choses intéressantes qui nous amènent à faire réfléchir.
Parce qu'pour moi j'avais cette vision de militantisme : on est en train tout le temps de manifester et on crie pour se faire entendre.
Et en fait, c'est là où je me suis rendu compte qu'il y a plusieurs types de militantisme.
Et moi, je suis plutôt dans la bienveillance, dans la pédagogie. J'aime bien expliquer aux gens de façon pédagogique et avec bienveillance, expliquer le pourquoi du comment.
Fred : D'accord.
Et est-ce que votre image extérieure…
Alors je vais préciser pourquoi je pose la question.
Parce que lors de la première émission avec Florence, avant que je connaisse Florence, je la connaissais par ses billets de blog, certains nombre d'intervention, j'avais une image de guerrière, je te l'avais dit.
Et en fait, tu m'avais expliqué « pas du tout ».
Et je garde pour beaucoup de militantes, notamment féminines, une image de personne qui doit être en mode guerrière pour pouvoir s'imposer, etc.
Et en fait, j'ai l'impression que toutes les deux, vous ne vous mettez pas dans cette catégorie.
Vous vous mettez plutôt dans une catégorie plus tranquille, je ne sais pas, mais en tout cas, pas en mode guerrière.
Florence : Déjà, pour justement rebondir par rapport à ce que tu disais, Emmanuelle, par rapport au militantisme, pour moi, le fait d'interpeller des gens et de dire « ah, est-ce que vous avez fait ça ? Pensez à ? ». Ça, c'est quelque chose où je vais toujours réfléchir avant de le faire. Et toi, je trouve que tu le fais très facilement.
Et à chaque fois que tu le fais, je trouve ça canon, en réalité.
Et du coup, par rapport à ce que tu dis d'aider les personnes à évoluer ou à être plus outillées, qu'on soit convaincu, qu'on ait envie ou pas d'aller sur ce chemin-là, je trouve que ça remplit complètement son rôle.
Alors moi, je vais hésiter un peu plus.
Je vais râler, mais je ne vais pas trop viser les gens.
Ou alors c'est toujours la même personne que je vise parce vraiment elle m'énerve.
Et du coup, par rapport à ta question de guerrière assumée, moi, je trouve ça super dur parce qu'en tant que femme, on est quand même éduquée pour être validé par les autres.
Et tout le monde a envie d'être apprécié.
Personne n'a envie de sortir et de recevoir des pierres, regarder par-derrière son épaule.
Moi, chaque fois que je me fais hacker ou pirater, je me dis « est-ce que c'est exprès ? Est-ce que c'est parce que j'ai dit quelque chose qui a des plus sur LinkedIn ? ».
Et pourtant, je trouve que ça va. Moi, je me trouve plutôt modérée.
Mais c'est vrai que même quand on est modéré, il y a toujours des gens qui le prennent très, très mal, et personnellement. À ces personnes, j'ai envie de dire « posez-vous des questions ».
Mais du coup, on ne contrôle pas, en fait, la façon dont c'est perçu.
Et du coup, moi, je trouvais effectivement intéressant que tu dises que tu nous percevais comme des guerrières, dans le sens où on prend plaisir.
C'est vrai que moi, je le comprends comme ça, en fait.
Fred : Non, ce n'est pas dans le sens où vous prenez plaisir.
C'est dans le sens où « c'est tellement difficile que vous devez être des guerrières »
Florence : Alors dans ce cas, oui.
Fred : C'est dans ce sens-là.
Ce n'est pas dans le sens où ça vous fait plaisir.
C'est vraiment, je me dis, ça doit être tellement difficile pour ces personnes dans ce monde où elles doivent lutter, combattre plein de gens. Et donc, il faut être quelque part. J'ai l'impression qu'elles doivent être en mode guerrière.
Et finalement, en discutant avec toi lors de la précédente émission et en voyant un peu ce que fait aussi Emmanuelle, j'ai l'impression que ce n'est pas forcément le cas pour vous deux.
Emmanuelle : Il faut dire que depuis toujours, j'ai été confrontée à des situations de discrimination due à ma surdité et à mon handicap.
Et c'est là où j'ai toujours cette démarche de lutter pour avoir ce que j'ai.
Mais dans le sens de guerrière, j'ai du mal à me rendre compte que je suis une guerrière, mais tu as raison. Le fait de devoir lutter pour obtenir ce qu'on a besoin, en fait, c'est une espèce de guerre.
Parce que la loi du 11 février 2005, c'est la loi du handicap qui a 20 ans. Et on milite aujourd'hui, 20 ans après, pour obtenir ce qu'on a.
Et malgré les promesses, on nous dit « oui, ça va arriver » on promet ceci ou promets cela. 20 ans plus tard, c'est toujours pareil.
Jusqu'à même devoir créer un collectif qui s'est annoncé aujourd'hui, Ensemble & Co, qui disait voilà « on a créé un collectif de personnes handicapées pour pouvoir lutter. On en a besoin, parce qu'on a beau parlementer, parlementer, et les actions, elles sont où ? »
Fred : C'est un collectif en France ?
Emmanuelle : Un collectif, oui, qui a tout juste deux semaines, qui vient d'être créé. Et aujourd'hui, c'était l'Inclusiv'Day. Une grosse journée sur l'inclusion des personnes handicapées, qui s'est passée à La Défense Arena.
Et à un moment, sur la main stage, il y avait un collectif qui s'est annoncé : « Voilà, on a fait une vidéo pour annoncer nos actions concrètes, pour se faire entendre. Parce que oui, on en a marre des promesses qui ne sont pas tenues depuis 20 ans ». Donc on en est là à devoir combattre, à devoir militer pour avoir ce dont on a besoin en termes d'accessibilité.
Fred : Ce qu'explique Emmanuelle aussi par rapport à sa surdité de naissance, c'est que depuis la naissance, tu dois te battre pour simplement vivre et accéder, par exemple, à l'éducation. Dans la précédente émission, tu as aussi expliqué que tu as dû, dans tes entreprises, demander des aides pour permettre de suivre des réunions.
Est-ce que toi, tu as eu le même cas, notamment par rapport à tes origines ?
Parce qu'on en a parlé un petit peu dans la première réunion.
Tu disais « je ne suis pas bien blanche » si je me souviens bien de l'expression que tu avais employée.
Florence : « Je ne suis pas bien blanche ? »
Fred : Ouais, non, je ne sais plus quelle expression tu avais employée.
Florence : Alors là, ça ne me revient pas, mais je ne peux pas comparer. Et je n'ai pas envie de comparer du tout et de mettre des hiérarchies, parce que vraiment ce n'est pas ce que je peux faire.
Je pense qu'aujourd'hui, le racisme il est un peu différent.
Alors que là, sur les droits de base, quand on a un handicap physique, mental aussi d'ailleurs, je pense que c'est encore plus dur d'y accéder.
Nous, ça va être plus insidieux, je pense.
Et quand je dis nous, je parle de la diaspora asiatique, parce que si c'était une autre race sociale, ce serait encore différent.
En tout cas, par rapport au sujet de guerrière, c'est vrai qu'on est obligée d'être énervée quand même.
Fred : C'est souvent un reproche, enfin c'est souvent le terme qu'on entend pour les gens qui s'opposent, qui ne comprennent pas, c'est « pourquoi ils sont aussi énervés ». Et des fois, le terme est encore plus violent qu'énervé.
Emmanuelle : C'est vrai. Au début, j'étais comme ça. J'étais tout le temps en train de râler et m'énerver.
Et je me suis rendu compte que ça ne marchait pas de s'énerver, de râler, parce que les gens ne sont pas forcément réceptifs à notre colère.
Du coup, c'est pour ça que j'ai privilégié dans la construction, dans la pédagogie, pour expliquer avec bienveillance pourquoi on est en colère, plutôt que de râler et crier sur les gens.
Florence : Tu tentes de ne pas le montrer. Effectivement, de toutes façons, personne n'a envie de bouger quand on se fait crier dessus.
Mais c'est vrai que moi, je suis vraiment dans la pédagogie par défaut.
Et il y a eu quelques fois quand même où pour moi ça me paraissait important de vraiment taper du poing parce que selon les profils, sinon, on va nous calmer, tu vois, entre guillemets. Et en fait, on ne nous écoute pas.
Et sur les sujets du racisme, il y a vraiment cette histoire de quand on soulève des discriminations, des retours comme quoi « non, mais nous aussi, on souffre ».
Moi, une fois, il y a quelqu'un qui m'a dit « oui, mais moi, je suis breton et je souffre aussi de discrimination ».
On se moque de moi sur les crêpes, par exemple.
« Et je ne sais pas quoi te dire, en fait, quand tu dis ça ».
Je suis en mode « je ne sais pas, ça va être trop long de partir de zéro ».
Donc « oui, on se moque de toi, mais ça n'a rien à voir ».
« Et puis, je n'ai pas envie de faire un concours là non plus ».
« Si tu ne comprends pas que nous, on a plus de mal à se représenter, qu'on a des moqueries que tu n'as jamais et qu'on les a plusieurs fois régulièrement, à des moments où on ne s'y attend pas au travail, en famille ou des choses comme ça. Que te dire, quoi ? »
Fred : Alors, je vais préciser parce que « vive les transcriptions ». J'ai retrouvé la phrase.
Florence : Ah, merci.
À un moment dans ton émission, tu disais, tu t'es rendu compte « Mais en fait, je ne suis pas blanche ».
Florence : Ah oui, complètement.
Fred : C'est ce que tu disais, j'avais un peu transformé la phrase. Mais en fait, voilà. Parce que effectivement, tu es d'origine asiatique. Donc, moi, je ne fais pas de hiérarchie entre les sujets. Mais toutes les deux, sur des sujets différents, vous avez dû quand même vous battre dès le départ.
Florence : En fait, ce qu'il y a
Fred : Même si pour toi, c'est plus insidieux, comme tu dis.
Fred : Oui, en fait, moi, j'ai mis tellement de temps. Tu vois, Emmanuelle, elle ne peut pas ne pas avoir vu qu'elle était écartée depuis le début. Enfin, depuis sa naissance.
Alors que moi, j'avais tellement envie de m'intégrer, et qu'il y a un discours d'égalité entre les races sociales qu'effectivement j'ai cru que j'étais blanche et que j'étais pareille et traitée de la même façon.
Et je te l'avais dit à l'époque, mais ça ne fait que, allez 4 ans, que je me rends compte que « là, probablement, si on m'a mal parlée ou si on m'a ignorée, c'est probablement parce que je suis asiatique et pas les autres ».
Et pourtant, dans des milieux très féministes ou très de gauche ou peu importe, c'est vraiment trop ancré pour qu'on s'en rende compte.
Je vais te donner un exemple, il y a par exemple le foot.
Du coup, j'ai du mal à comparer parce qu'en fait, on a chacun notre propre vécu.
On ne sait pas les vécus des autres.
Et du coup, moi, ce que je vis, je crois que c'est normal.
En fait, les autres vivent quelque chose de très différent.
Du coup, à la fin, on se check avec la main quand on a fini un match.
Et en fait, personne ne me regarde en général.
Donc, on me fait un check et on s'en va.
Fred : Tu parles de qui ?
De tes adversaires ?
Florence : Tout le monde.
On se check, on se salue, on se dit c'est cool.
Et vraiment, personne ne me regarde.
Du coup, je n'ai jamais trop compris pourquoi on faisait ça, parce que « pourquoi on se check si on s'en fout ? ».
Et une fois, j'avais une joueuse, une coéquipière qui était très, très en colère parce qu'elle disait que telle personne ne l'avait pas checkée en la regardant.
Et quand elle a dit ça, je me suis dit « attends, toi, on te regarde ? ».
Donc, elle est blonde aux yeux bleus.
Et elle a dit « ben oui, mais c'est quoi ça de ne pas regarder les gens ? »
Alors qu'elle ne me regarde pas non plus, en fait.
Et c'est là où j'ai découvert d'autres réalités.
Donc, ça, c'est du racisme qui est un peu insidieux, mais qui fait que nous, on met la barre très, très bas, en fait, en termes d'attente, d'attention, de capacité à se faire entendre ou à être vue, en réalité.
Emmanuelle : Je pense que dès qu'il y a une différence, on subit malgré nous la discrimination, le racisme, le validisme, l'antisémitisme, quand ce n'est pas conforme à la société.
Les gens vont te traiter quoi qu'il arrive différemment, selon les préjugés, les idées préconçues qu'ils ont par rapport à une différence.
Et ça, c'est ce qu'on constate souvent chez les gens, quand ils ne sont pas éduqués, sensibilisés aux questions du racisme, du sexisme, du validisme.
Et c'est vrai, c'est quelque chose… On manque en France de sensibiliser les personnes sur ces questions-là pour qu'ils soient plus… On manque, je pense, d’empathie envers les gens.
Florence : Aussi, il faut les entendre, en fait.
Et quand on n'arrive pas à les entendre ni à les voir, on ne se rend même pas compte, en fait, que c'est des expériences différentes et des écarts.
Parce que, du coup, je pense qu'on met la barre… on fait on se contente de moins, en fait.
On s'habitue à ça.
Et quand on découvre l'écart, que ce soit sur les salaires aussi, le nombre de fois où j'étais surprise de l'écart de salaire, je n'ai aucune idée de si c'est parce que je suis une femme ou asiatique ou les deux. Mais il y a plein de statistiques qui montrent que c'est le cas.
Et sur le handicap, c'est pareil.
Emmanuelle : Oui, c'est pareil.
Moi, je ne sais jamais si je suis payée moins parce que je suis une femme ou si je suis handicapée, voire même les deux.
J'ai de la chance aujourd'hui. Ma situation s'est largement améliorée depuis.
Mais c'est vrai que quand débute dans ce métier on se pose un tas de questions et on n'a pas été formés pour. On ne nous a pas appris comment négocier nos salaires.
On ne nous a pas appris à savoir comment ça fonctionne dans le monde de l'entreprise.
Florence : Et on croit qu'il y a une justice alors qu'il n'y en a pas, pour le coup.
Et moi, c'était l'inverse parce qu'au début, j'étais très bien.
Et ensuite, j'ai baissé ma garde.
Comme quoi, il faut toujours faire attention.
J'avais vu dans une étude où c'était dans les postes les plus élevés, où il y a le plus d'écart de salaire, pour le coup.
Fred : Dans la liste des sujets que vous avez évoqués, on va commencer par le premier.
Je ne suis pas sûr d'avoir compris ce que tu as suggéré.
Pour le coup, c'est Florence.
« Est-ce plus facile pour vous d'être féministe ou anti-validiste, anti-sexiste ? »
C'est quoi le plus facile que j'ai mal à comprendre dans ce sujet
Florence : Qu'est-ce que tu comprends de ma question, Emmanuelle ? Ou ça ne te parle pas du tout.
Emmanuelle : Moi, je comprends ce que tu voulais dire.
Parce qu'on a plusieurs identités.
Est-ce qu'il est plus facile d'être une militante à fond sur les sujets du sexisme ou sur les sujets du handicap, ou voire les deux ?
Et c'est vrai, pendant longtemps, j'ai milité par rapport à mon handicap avant de militer pour le féminisme.
Parce qu'on m'a toujours considérée comme une personne handicapée avant d'être une femme.
Et c'est vrai que, pendant longtemps, j'avais un peu mis de côté mon identité de femme.
Parce qu'à tel point où je me battais pour avoir droit à ce que j'avais besoin en termes d'accessibilité, parce que ma surdité, c'est mon identité, ça fait partie de moi.
Et quand j'ai commencé mon métier en tant que développeuse dans la tech, c'est là où je me suis rendu compte.
Pour moi, je suis la seule femme de l'équipe, en plus d'être la seule sourde de l'équipe.
Et ça, j'ai vu ça toujours dans mes années de carrière.
Et depuis deux ans, je suis chez Shodo, là on est plus de femmes. Et ça fait plaisir.
Et avant ça, j'étais tout le temps la seule femme et la seule personne sourde de l'équipe.
Et tu m'as fait questionner « mais pourquoi il y a si peu de femmes dans la tech ? »
Et jusqu'au jour où j'avais rencontré Florence lors des réunions Duchess France, en adhérant à Duchess France, et là on a commencé à aborder ces questions-là.
Et tu as fait de moi une féministe.
Et donc maintenant, je milite à la fois pour les femmes dans la tech, mais aussi les personnes handicapées dans la tech.
Fred : D'accord.
Précisons que les Duchesse France, donc c'est Duchess sans « e » c'est le logo d'un langage de programmation, donc c'est un collectif de développeuses qui fête, je crois aujourd'hui, ses 15 ans, non ?
Florence : Oui, c'était l'anniversaire.
Si vous n'êtes pas là, j'espère que vous êtes à l'anniversaire à Paris.
Fred : Donc ça fête ses 15 ans, et c'est une structure qui regroupe des développeuses, qui fait du mentoring, des rencontres, etc.
Florence : C'est plus large maintenant.
À la base, les Duchess, c'était le logo de Duke, du langage Java.
Et maintenant, ça s'est beaucoup plus élargi, c'est la tech en général, pour le coup.
Fred : D'accord.
Florence : C'est une communauté de femmes de la tech.
Fred : Qui s'entraident, qui font du monitoring, qui organisent des événements.
Florence : Oui, complètement.
Il y a une espace d'échange, tu veux en parler peut-être ?
Emmanuelle : En fait, ce qui est bien avec Duchess France, c'est la possibilité de s'exprimer entre nous sur les problématiques que l'on rencontre dans notre milieu de travail.
Fred : C'est en non-mixité donc, c'est ça ?
Emmanuelle : Oui, c'est en non-mixité.
Avant que j'arrive, c'était ouvert en mixité.
Mais il y a eu des problèmes dont tu peux en parler Florence.
Et l'association a décidé d'être en non-mixité.
Et c'est important d'avoir des espaces d'échange totalement safe pour pouvoir discuter entre nous sur les problématiques entre des situations de sexisme, de discrimination, voire même de harcèlement. Et comment réagir face à ces situations.
Fred : Si je me souviens bien, dans ton entreprise chez Shodo, il y a aussi la même chose, non ?
Vous avez un groupe en non-mixité, si je me souviens bien.
Emmanuelle : Oui, on a la Shororité
Fred : D'accord, ok.
Je ne sais pas si dans tes entreprises où tu as participé, Florence, il y avait ça, mais je ne crois pas.
Comment l'ont vécu les collègues masculins ?
Est-ce qu'ils l'ont bien pris ?
Est-ce qu'ils ont compris l'intérêt de ces regroupements, de ces réunions en non-mixité ?
Emmanuelle : Tout à fait, ils ont compris l'importance.
Ils ont compris pourquoi les femmes avaient besoin de se retrouver.
Parce qu'en fait, la tech est majoritairement composée par des hommes.
Et du coup, il y a même ce besoin de se retrouver entre femmes pour discuter des problématiques, échanger, voir comment on peut désamorcer certaines situations.
Et la question au sein de chez Shodo ne se pose même plus parce qu'on trouve ça naturel.
C'est vrai, au début, il y a eu des questionnements.
En tout cas, je n'étais pas là lors de la création de la Shororité.
Et aujourd'hui, c'est tout à fait une chose, tout à fait normale.
Et Shodo est vraiment même réputée pour prendre des mesures inclusives, ce qui fait que ça attire énormément de femmes.
On a même doublé les candidatures spontanées chez les femmes.
À tel point qu'on montre que c'est une entreprise safe, qu'on accueille aime bien les femmes de la tech.
Et ça, c'est quelque chose que je voudrais bien avoir généralisé dans d'autres entreprises.
Parce que le problème qu'on a dans la tech, c'est qu'on a même un milieu très masculin, et on ne fait rien pour retenir les femmes de la tech.
Il y a un chiffre, 35% des femmes quittent la tech après 35 ans.
Fred : Ce qui est impressionnant oui.
Et toi, dans les entreprises que tu as pu fréquenter, est-ce qu'il y avait ce genre de choses aussi ?
En non-mixité ou au moins des réflexions ?
Florence : Une fois. Vous avez un espace physique côté Shodo. Ce n'est pas juste un espace d'échange virtuel.
Emmanuelle : Oui.
Florence : Nous, on avait un espace dans Slack.
Fred : Rappelle ce qu'est Slack.
Florence : C'est un chat.
Fred : C'est un chat amélioré, professionnel.
Florence : Et on l'a fait sur Tech.Rocks aussi.
Fred : C'est quoi Tech.Rocks ?
Florence : Tech.Rocks, c'est une communauté de tech leaders et leadeuses.
Et moi, je l'avais vécu au vélo en fait à la base. Pour le coup c'est le féminisme qui m'a aidé.
Fred : Le vélo : la bicyclette ?
Florence : Oui, pour la réparation de vélo.
En gros, j'avais essayé d'apprendre à réparer des vélos dans des espaces mixtes.
Et ça ne marche pas.
Ça ne marche pas parce qu'ils font tout à ta place en fait.
Et puis, ils sont pressés.
Et puis, tu n'as même pas accès à l'outil.
Il y en a pas mal à Paris d'ailleurs, des ateliers en mixité et en non mixité sur certains créneaux.
Du coup c'est là où j'avais fait la découverte de ça en me disant « waouh, mais c'est le jour et la nuit ».
Une fois qu'on goûte à ça, c'est vrai qu'on se dit « mais c'est juste incroyable ».
Après, c'est bien des fois de se mélanger aussi de temps en temps pour avoir des expériences différentes.
Mais c'est vrai qu'en fonction de ton état et de ta situation, tu as envie d'avoir que ça parfois.
Et sur Duchess, j'avais quand même pas mal insisté pour qu'on puisse y arriver.
Et ce n'était pas évident parce que souvent, c'est vu comme quelque chose de méchant quoi, de se dire « ah, on exclut les gars ».
Et en fait, c'était drôle, enfin ce n'est pas drôle, parce qu'il y a eu plusieurs fois des réunions avant qu'on arrive à prendre la décision. Donc, en fait, c'était des votes. On dit « bon, ben non, on n'y va pas parce qu'il n'y a pas assez de personnes qui sont pour ».
Et la deuxième fois, ça a fini par passer parce que « plus il y a de problèmes, à un moment, on craque ».
Et à un moment, on s'est dit « mais on l'annonce ou pas parce qu'on va se prendre plein de « ouin ouin » ».
Après, il y a des gens qui sont plus transparents que d'autres.
Et donc, on l'a fait quand même.
Donc, on a annoncé sur Twitter à l'époque en disant « bon, ben voilà, on passe en non-mixité ».
Je ne sais plus si Angélique avait écrit l'article à l'époque, le « pourquoi on le fait ». Non, je crois qu'elle n'avait pas encore fait.
Juste « on passe en non-mixité parce que » en quelques lignes.
Et là, genre on ferme les yeux en mode « on ne regarde plus les notifs parce que ça va encore râler ».
Même moi, j'étais étonnée pour le coup parce que c'était plutôt des « merci pour ce que vous avez fait », « salut, très bien », « vous avez raison de vous ressourcer de gars ». Et les femmes ne s'exprimaient pas trop parce qu'elles ont moins accès à ça apparemment.
Mais en fait, ça s'est très bien passé pour le coup.
Et on a juste créé un nouvel espace où on n'a pas ajouté d'hommes.
Et nickel.
Comme quoi, ça ne valait pas le coup de tergiverser aussi longtemps en fait.
Fred : Ok, on va faire une petite pause musicale.
Comme d'hab', c'est les invitées qui choisissent les pauses musicales.
On commence par laquelle ?
Emmanuelle : Puisqu'on parle de féminisme, Beyoncé.
Fred : Alors Beyoncé. Est-ce que tu peux nous expliquer le choix de cette chanson ?
C'est ton choix, Emmanuelle.
Emmanuelle : Oui, j'ai choisi « Run the World ». C'est une chanson très féministe, qui parle du fait que les femmes peuvent avoir le pouvoir, peuvent être leadeuses, peuvent être décisionnaires.
C'est vraiment une chanson très féministe, militantisme.
Et j'adore cette chanson.
Fred : On va écouter « Run the World » par Beyoncé.
On se retrouve dans moins de 4 minutes.
Belle soirée, l'écoute de Cause Commune, la voix des possibles.
[ Diffusion de la pause musicale ]
Voix du jingle (Laure-Élise Déniel) : Cause Commune, 93.1.
Fred : Excusez-nous, on était en pleine discussion. J'ai carrément loupé la fin de la chanson.
On a écouté « Run the World » par Beyoncé.
Vous êtes toujours sur l'émission Chemins de traverse, sur radio Cause Commune.
Je suis toujours avec Emmanuelle Aboaf et Florence Chabanois.
N'hésitez pas à participer à notre conversation.
Soit par téléphone au 09 72 51 55 46. Je répète, 09 72 51 55 46.
Ou sur le salon web dédié à l'émission sur le site causecommune.fm, bouton chat, salon Chemins de traverse.
Peut-être que vous avez entendu notre discussion off à l'instant.
Non, on n'a pas entendu Julie ? Ah ben c'est bon alors.
On va continuer la liste des sujets.
Comme on le disait en off, on est en mode discussion, si vous avez envie de parler de sujets qui ne sont pas prévus, vous le faites.
Vous êtes ici chez vous. Simplement, à 23h30, on ferme l'antenne. Quelques minutes avant quand même.
Le sujet suivant, c'était « la position sur la pureté militante entre les différentes causes. Y a-t-il une concurrence entre les causes et comment arbitrez-vous au quotidien ? ».
Peut-être commencer par expliquer ce terme de pureté militante.
Comme Florence, c'est toi qui a proposé ça.
Comment tu définis la pureté militante ?
Florence : Ah mince, je ne m'attendais pas [rires].
Alors du coup, je vais faire ma version.
Déjà c'est pas évident de prendre la parole, en tout cas pour moi quand je le fais.
Et quand je le fais, c'est que c'est trop important ou que je trouve que c'est dangereux de ne pas le faire.
Et qu'il y a des personnes qui sont lésées.
Mais je me fais un peu violence parce que dès qu'on s'exprime, on peut avoir des retours.
Du coup, ça prend du temps, c'est désagréable quand c'est négatif ce genre de choses.
Et du coup, dans la pureté militante, c'est le fait de se dire, si on fait quelque chose de bien, il faut que tout soit bien.
C'est le côté, tout doit être nickel, dans une cause donnée et aussi de façon intersectionnelle, pour le coup.
Et ça, c'est un tiraillement qui est permanent, je pense.
Je ne sais pas si toi tu ressens comme ça, Emmanuelle.
Mais par exemple, c'est facile de faire des impairs.
Typiquement, moi, avant, quand j'avais commencé avec le féminisme, il y avait des choses comme… On va pas mal mettre en avant le clitoris ou le vagin ou les ovaires en disant, « bah, elle me casse les ovaires » ou « il me casse les ovaires », plutôt que « casse les couilles », ou « ras le clito », des choses comme ça.
Donc ça, c'est par opposition au fait qu'on dessine des pénis partout.
Typiquement, dans les collèges de mes enfants, il y en a partout, sur les murs.
Et l'idée, c'est d'occuper l'espace public aussi de notre façon en se disant, bah, il y a d'autres choses que ça.
Bon, après, ça fait un peu œil pour œil, dent pour dent, je sais pas si c'est forcément quelque chose de montrable.
Mais après, on m'a fait le retour comme quoi, « bah, ça, c'était complètement transphobe » dans le sens où c'est très essentialiste par rapport au sexe, ce qui est vrai.
Et ça, c'est un exemple, mais en fait, il y en a dix mille.
C'est qu'à chaque fois qu'on ouvre une porte, on voit qu'on fait un impair sur autre chose.
Donc, même sur l'écriture inclusive, par exemple, quand je mets « bonjour à toutes et à tous », on me fait le retour « ah bah oui, mais et les personnes non-binaires ? »
OK, du coup, la personne me dit « il faut dire bonjour tout le monde ».
Je dis « bah non, parce que du coup, ça invisibilise les femmes ».
Et du coup, ça fait qu'entre nous, au final, entre militantes, on va réussir à, comment dire, à finalement un peu se faire violence nous-mêmes, entre nous, et perdre un peu de vue l'ennemi plus grand qui, lui, ne fait rien du tout, mais est tranquille pendant qu'on est en train de s'écharper un peu.
Ça, c'est vrai aussi entre les causes. Pour le coup, là, j'ai donné un exemple au sein du féminisme.
Fred : Est-ce que c'est un peu lié ou pas au militantisme en ligne ?
Est-ce que c'est plus présent dans le militantisme en ligne que dans le militantisme, on va dire, physique ?
C'est une question, je ne sais pas.
Florence : Je pense parce qu'on va passer moins de temps dessus, je pense, en physique, en vrai.
On ne va pas débattre pendant quatre heures.
Alors que faire un retour rapidement sur un message, ça va plus vite.
Je ne sais pas si toi, tu as un avis, Emmanuelle ?
Emmanuelle : Moi, j'estime que tout le monde peut prendre la parole. Il y a plusieurs formes de militantisme.
Et du coup, c'est important que chaque personne prenne la parole sur le sujet qu'ils veulent bien aborder.
Mais c'est vrai qu'en sein même du militantisme, il y a quand même des frictions, des gens qui ne sont pas d'accord avec la façon de militer les choses.
Et pour moi, il n'y a pas de vrai ou fausse militantisme.
Chacun milite à sa façon pour faire bouger les choses, pour faire évoluer les choses et aussi éduquer les personnes, sensibiliser les personnes sur tel ou tel sujet.
Et c'est ça qui, en fait, est important de réaliser.
En fait, il faut donner la parole à des personnes qui en ont besoin pour évoluer les choses au sein même de la société.
Florence : Et en même temps, c'est vrai que des fois je vois que je me radicalise sur certains sujets.
Donc, je n'ai pas de réponse vraiment sur la pureté militante, c'est une question que je me pose tout le temps.
Mais c'est vrai que des fois, je vais faire des compromis et des fois, non, au final.
Fred : Sur quels sujets tu te radicalises ?
Si ce n'est pas indiscret.
Florence : Si on parle, comme Emmanuelle est là, sur la partie accessibilité, ne serait-ce que de mettre des alternatives sur les images ou de proposer des transcripts.
Ça, je suis radicale, je ne sais pas, mais en tout cas, intransigeante sur les quelques sujets que je connais, on va dire. Parce que je sais que je ne connais pas du tout tout. Mais sur ça, je vais être un peu casse-pieds.
En même temps, je dis ça et des fois, je laisse passer.
Donc, c'est là où le compromis, ça me gêne. Ça va vraiment me gêner, parce que pour moi, ça veut dire exclure quelqu'un qui a déjà moins accès que les autres à ces contenus-là.
Et parfois, moi, je n'ai pas le temps aussi. Quand je suis dans le métro ou peu importe, je suis en train d'envoyer, ça ralentit effectivement mon débit.
Et du coup, je me dis « quel équilibre entre me taire complètement parce que je veux faire quelque chose de trop parfait, mais du coup, je vais faire un contenu qui n'est pas accessible à d'autres ». Et en même temps, ça continue de laisser de la place à tous les mecs qui n'en ont rien à faire, où c'est ni accessible et où c'est un seul point de vue blanc hétéro.
Voilà, je ne suis pas sûre d'avoir vraiment répondu à la question.
Emmanuelle : En fait, je pense qu'il faut être en accord avec ses valeurs, de sorte que ce que tu fais, ça te correspond toi.
Et l'exemple même des images, c'est parfait, parce qu'il y a sur les réseaux sociaux, il y a des personnes qui disent « n'oubliez pas de décrire les images pour les personnes malvoyantes, c'est important ». Là où il y a des personnes qui s'en foutent complètement.
Et d'autres qui vont dire « mais vous nous cassez les pieds avec votre militantisme sur les attributs alt pour décrire les images. Il n'y a pas de personnes aveugles ou malvoyantes ».
Je peux comprendre parfois cette lassitude, mais c'est important quand même de répéter, répéter encore et encore, jusqu'à ce que ça rentre parce qu'on a tendance à oublier, on a tendance à ne pas se rendre compte.
Et tout le monde peut faire des erreurs.
C'est humain, moi-même étant à fond là-dessus, il m'arrive d'oublier de décrire les images.
Mais on est humain et ça nous arrive d'oublier.
Et c'est important quand même de trouver le juste milieu de ce qu'on fait, de faire des compromis.
Et je sais qu'il y a des personnes à qui je vais laisser tomber parce que c'est impossible de faire changer d'avis, qui sont entêtés par leurs idées, complètement arrêtés. Et ces gens-là, ça ne sert à rien de prendre l'énergie pour ces gens-là.
Il faut garder l'énergie pour d'autres gens.
Fred : Sur l'exemple des images, je vais prendre l'exemple des réseaux sociaux.
Je vois par exemple sur Mastodon, qui est un réseau social décentralisé, il y a pas mal de gens qui encouragent et rappellent l'importance de mettre des textes alternatifs descriptifs pour les images et qui vont encore plus bien en disant « Moi, je refuse de partager des messages qui ont des images sur lesquelles il n'y a pas de description » Qu'est-ce que vous en pensez de ça ?
Emmanuelle : C'est tout à fait à leur honneur, c'est un choix qu'ils font.
Et moi, il m'arrive quand je vois que l'image n'est pas décrite je le fais de mon côté en repostant l'information.
C'est une manière pour moi aussi de véhiculé l'information, parce que ne pas reposter c'est priver quand même une partie des personnes qui n'ont pas l'information.
Donc si l'information n'est pas accessible, de ta propre initiative, tu vas la rendre accessible.
Et par la même occasion, pourquoi pas sensibiliser la personne qui a posté l'information en disant « Je l'ai rendue accessible, tu peux faire de ton côté aussi. » C'est une façon pour moi d'éduquer les gens là-dessus.
Florence : Oui, carrément.
Du coup, moi, je n'avais pas pensé à ça, mais je comprends l'idée dans le sens où si quelqu'un te suit, ça veut dire que la personne a fait le tri en disant « toi tu produis des contenants qui sont accessibles à moi, donc si tu repostes quelque chose qui n'est pas accessible, ça ne marche plus et je me retrouve de nouveau avec une micro-agression supplémentaire ».
Du coup, sur le réseau social, je n'ai aucune idée. Je ne suis pas sûre de faire le tri sur mes reposts, mais de toute façon, je le fais peu.
Par contre, ce que je peux faire dans les Slacks ou des choses comme ça, par rapport à ce que tu dis de rendre accessible, c'est de rajouter des liens.
C'est vrai que quand je vois des images, ça va me gratter et je ne vais pas toujours oser le dire.
Du coup, je vais discrétos rajouter un lien pour qu'au moins la personne puisse accéder au contenu.
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