Chloé Lise - Journal embryonnaire

Chloé Lise - Journal embryonnaire

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Chloé Lise - Journal embryonnaire episodes

  • Épisode 15 : Je suis chez mes parents. 10 décembre 20.

    Je suis chez mes parents. Avec mon père, le temps des travaux chez moi. Il a commencé à lire mon manuscrit. Ça fait tout drôle.  

    Et puis on a parlé du viol pour la première fois. Le genre de mec qu’il pourrait buter il m’a dit. Oui, moi aussi.

    Au bout de quelques instants, j’ai pleuré. Il m’a prise au dépourvu. Mais c’est bien. Je libère la parole. J’ai écrit sur les réseaux, j’ai appelé la maison des femmes aussi. 

    Lors de ma séance avec ma thérapeute cette semaine, j’ai capté de nouveaux liens. Un de mes proches aïeux avait été violé en prison quand il était jeune. Moi dans mon appartement parisien, barreaux aux fenêtres. Hasard ? Je ne crois pas.

    2 min
  • Épisode 14 : Working on it. 4 décembre 20.

    Parce que nos vies sont faites de beaucoup de choses.

    D’expériences.

    Parce qu’est venu le temps de nettoyer ce qui nous empêche d’être la meilleure version de nous-même.

    Parce que ça a fait trois ans en octobre.

    Parce qu’il est temps de libérer la parole.

    Parce qu’il y a dans ma vie une quantité innombrable de joies, et aussi quelques épreuves.

    Parce que j’ai choisi de prendre la responsabilité de qui je veux être.

    Parce que je suis une guerrière.

    Parce que j’ai ce livre depuis début 2020, et que je le regardais distraitement du coin de l’œil.

    Parce que j’ai commencé à avoir des réactions traumatiques à mon retour de voyage.

    Parce que mes ancêtres et mes guides m’ont dit qu’il était temps de soigner la fêlure.

    Parce que je me suis imaginée ce matin sous la douche, envoyer quelqu’un le buter.

    Boom.

    Parce que j’ai brûlé ma peau avec l’eau de la douche il y a encore quelques heures.

    Parce que l’absurdité du monde doit être mise en lumière et pulvérisée.

    Parce que j’ai décidé de ne plus me cacher ni de me taire, ni de délaisser mon corps.

    Parce que je sais que nous sommes encore nombreux (ses) à avoir vécu l’invivable.

    Parce que si je peux en aider d’autres à trouver le chemin je le ferai.

    Parce que je refuse d’être détruite.

    Parce que ce stigmate sera une force.

    [Pour ceux et celles qui ont besoin, j’ai des références de livres, de thérapeutes, de spécialistes, d’associations.]

    3 min
  • Épisode 13 : Il est temps. 3 décembre 20.

    I do same.

    Dans mon quotidien.

    Dans ma perception de la vie,

    Dans ma façon d’être avec

    •moi-même,

    •ceux qui m’entourent,

    •ceux que je croise,

    Qu’ils m’élèvent ou me challengent

    Qu’ils m’apportent joies ou peines

    Je nourris la joie, je tourne mon esprit

    À grandir tout le merveilleux.

    Le reste n’a pas sa place.

    We do same.

    Avec les wonderful bénéLoves

    Dans mon asso « les éveillés »

    On nourrit le positif,

    On pose nos yeux sur les couleurs,

    On fait des arcs-en-ciel,

    On co-crée, on rit, on aime,

    On sublime, on regarde, on enlace.

    On rassemble nos idéaux et on se met en mouvement

    dans une danse de la vie pour insuffler

    le kif, la joie, le jeu, la vie quoi.

    Alors posons les peurs qui nous figent,

    Et soufflons l’amour.

    2 min
  • Épisode 12 : Finir. 2 décembre 20

    J’ai du pain sur la planche. Je prends cher avec mes reins. Les reins c’est les peurs. Il est vrai, je ne me sens plus en sécurité ici. J’ai quand même scellé mon livre, et je me le suis envoyé par la poste comme le veut la coutume. C’est pour le cachet. Le manuscrit est envoyé à déjà deux éditeurs. J’ai enfin fini un projet. Ce mois de décembre, je vais finir beaucoup de choses. Je vais finir de me laver du viol, je vais finir Paris, je vais finir de m’empêcher. J’ai fini de me taire et de me cacher. J’ai fini de rester petite. J’ai fini de me coincer. Avec des cons, des trucs qui m’emmerdent, des petits apparts.

    1 min
  • Épisode 11 : déconfinement bis. 1er décembre 20.

    Il a suffi de me souvenir que je devais faire un pas-sage à Paris pour que tout déconne. A commencer par mes reins qui lancent des SOS dans ma vessie. C’est au tour de ma voiture, garée en bas de chez lui ; on s’est rencontré il y a quelques jours, on a chanté ensemble et câliné ; il est temps de se dire au revoir après une heure de baisers d’adieux, Titine en a décidé autrement, impossible de redémarrer. Titine non plus, elle veut pas retourner là-haut. Quelques heures avant, j’étais garée passage de Paris. AH AH AH ! Qu’est-ce qu’on se marre ! 

    Heureusement, mon ange noir il a des pinces et rallume la batterie pour remettre le courant. Pourquoi ça m’étonnerait après tout. Il a fait pareil avec mon cœur. Il est là où je ne l’attendais pas. Le trajet est semé d’embûches. Cinq heures de route, presque autant au téléphone. La réserve d’essence qui sonne, la cystite qui recommence, les pompes à essence en panne, la batterie faible du téléphone ; Arrivée dans la cage il fait froid. La boîte aux lettres dégueule, et je suis déjà fatiguée. Pas par la route, mais d’être là. Les bagages, un chauffage et une douche plus tard, la sonnerie de l’alarme incendie se met en route. Un bip de "puuuute". Celui qui sonne toutes les quinze secondes et qui te fait croire que ça va s’arrêter tout seul. C’est la fin de la pile. Il me faut descendre à deux heures du mat’ à la cave pour choper l’escabeau. J’enlève la pile, me pète un ongle. Ça sonne toujours. What ‘s the fuck !

    2 min
  • Épisode 10 : Les préjugés giflés. 29 novembre 20.

    Heureusement j’écris les dates, on pourrait croire qu’il s’est passé deux ans depuis cinq jours. Je suis là depuis un mois et l’univers me balance des skeuds magnifiques. Mes préjugés sont mis à rude épreuve à coups de grandes baffes dans la gueule et c’est tant mieux. Je ne sais pas si je vous ai parlé de cette soirée de seize heures. L’univers a giflé mes certitudes. J’ai jugé trop vite. J’ai jugé tout court.

    La jeunesse n’est plus ce qu’elle était. Elle est plus éveillée.

    Parfois, elle grandit aussi trop vite. Elle vit trop vite. Il n’est pas question d’âge pour vivre des atrocités.

    Et puis à l’un d’eux né en 2000, je me suis entendu dire : « Je pourrais être ta mère ! » Nous avons trinqué pour fêter ça.

    Cette année, je n’ai pas ressenti le besoin de faire plus pour mon anniversaire. Peut-être que la raison c’est que cette année, je me suis autorisée à naître, et donc mon anniversaire n’est plus une épreuve.

    2 min
  • Épisode 9 : Errances. 24 novembre 20.

    Voilà des heures passées à marcher dans ces vieilles rues. A errer. A sentir ces nouveaux espaces. A apprivoiser. Je n’ai pas autant marché depuis longtemps. Jamais autant marché que pendant le confinement.

    Ces dernières semaines, j’ai repéré une bataille en dedans moi. Une Chloé qui veut rencontrer un homme. Son binôme.  Son partenaire. Son amant. Son ami. Et une Chloé yang qui fait des gros Fuck à la Chloé Yin. Une Chloé qui veut se sentir vivante, qui veut voyager, faire tout ce qu’elle veut quand elle le décide.

    Ces derniers jours, je suis fatiguée de cette bataille. Je comprends que je n’ai pas à choisir l’une ou l’autre. Que je peux les réconcilier. Elles pourraient s’asseoir, s’écouter, prendre soin l’une de l’autre, se prendre dans les bras et s’aimer de nouveau.

    Une d’elles veut grandir, prendre sa place, sortir un livre, jouer un spectacle, créer une entreprise, aménager un van, trouver son autre et lui faire des enfants.

    L’autre tremble. Non, n’y vas pas, cache-toi, reste ici, reste enfant, peut-être que si tu restes petite, tes parents vont rester vivants toujours ; et si on se mettait tous sur pause ?

    Je ne peux empêcher mes larmes de se jeter du haut de mes yeux.

    Depuis aujourd’hui, j’ai perdu Vivi. J’ai aimé entendre ta voix à l’autre bout du fil il y a quelques heures. Jusqu’à la terrible question que j’aurais dû taire, tu as rencontré quelqu’un ?

    Et puis je meurs moins d’un instant plus tard. Et puis je pleure encore ce soir. J’aimerais te haïr puisque tu essaies déjà quelqu’un d’autre. Fais quelque chose pour me faire te détester, fais ce que tu dois pour me faire t’oublier. Pourquoi écrire mon nom sur le haut de ce train, pour rallumer mon cœur ? Pour relancer la locomotive ? Mon deuil était pourtant fait, que s’est-il passé ? En éclaire-t-il un autre ? Quel deuil me montre-t-il ?

    Peut-être seulement celui que j’ai besoin de faire depuis longtemps ?

    3 min
  • Épisode 8: Les mots se posent à travers mes doigts. 22 et 23 novembre 20.

    Le 22

    Je crois que je vais devenir une machine à écrire.

    Aujourd’hui, j’ai dit « ancienne boîte » en parlant de mon employeur. Ça a l’air bon signe non ?

    Le 23

    Je viens de comprendre. Ma nouvelle coloc bordelaise m’a présenté nos voisins sur la place. Jean-Eude le libraire, et Agnès qui tient la boutique de copies. Je ferai imprimer mon manuscrit chez elle, et après l’avoir envoyé à l’éditeur, on pourra le trouver chez Jean-Eude. A côté du bistrot des Anges.

    1 min
  • Épisode 7 : J'ai voulu vous l'écrire. Nuit du 20 au 21 novembre 20.

    C’est mon anniversaire, évidemment que je remets ça ! Si je compte vous en parler tous les ans dans mes livres ? C’est bien probable !  Ça dépendra de mon humeur. Je ne sais plus si je peux, en 2020, aborder le sujet de l’anniversaire comme un fléau. Qui en 2020, peut dire qu’il a fêté dignement son anniversaire.

    Pour trente-six balais, c’est à Bordeaux que ça se passe. Je suis passée d’un appart en maison en appart en maison en appart-château. J’ai été en mode causes perdues pendant trois semaines, à insister pour transformer le fake en paroles divines, ce qui n’a évidemment que creusé mon découragement.

    En quelques semaines, tout a été si vite. Je me suis cognée à quelques faux semblants, murailles de Chine, chauds froids désagréables et tentatives de mains mises. Vous savez le petit orteil dans la table basse? Une grosse baffe de douceur sous couvert du manque d’amour. 

    Après Vivi, comment j’ai fait pour tomber sur ces cons ? Est-ce que je suis devenue conne moi aussi? J’en sais rien. Mais je ne me suis jamais sentie aussi honnête envers tous et tout. 

    Je vais filer quelques pseudos. Mec muraille, tu m’as fatigué. Ma mère a demandé si tu étais un bon cru. Tu parles, d’la piquette ouais ! Qui aurait même tourné au vinaigre ! Il est bien jeune et surtout bien con ! Même si j’y suis pas allée de main morte en lui lisant son horrible Human design, en lui dévoilant à voix haute ses mélanges d’abnégation et d’illusions, j’imaginais qu’après avoir écrit FUCK sur la planche en bois avec les champignons qu’il m’avait demandé de découper pour ses invités, il viendrait me chercher sur le Bordeaux’toroute quand mon pneu a éclaté.

    Comment j’ai atterri ici. J’ai failli écrire « attiré ». C’est presque pareil. Je suis un peu brouillon, un peu Pouf ! Comme posée là, par une main invisible dans cette ville à qui je viens à peine de dire bonjour pour la première fois. On s’est bien croisées elle et moi en septembre, mais on n’avait pas encore papoté.

    Ça fait longtemps que je veux vous écrire. Quand j’ai pris la route pour ici le jour des morts. Le jour des sorcières, on brûle qui n’a plus lieu d’être non? J’ai voulu écraser la mine quand j’écrivais FUCK avec les champignons sur la planche en bois de Mec muraille de Chine.

    Je suis pas ta pute. Je me suis cassé.

    J’ai voulu vous le dire que j’avais envoyé mon livre à ma mère le même jour. Ce jour d’affirmation de moi, où j’ai eu l’impression d’être en apnée. 

    J’ai voulu vous l’écrire que tout allait trop vite pour vous l’écrire. Que j’avais à peine le temps de dire ouf que mille autres vies s’étaient déjà présentées en quelques jours. 

    J’ai voulu pleurer l’encre sur la feuille quand je me suis sentie négligée, ignorée, maltraitée. J’ai voulu vous le hurler que ça allait un peu trop vite le manège là. Que j’avais presque la gerbe, à force de tourner dans la machine à laver.

    4 min
  • Épisode 6 : Une teuf de seize heures. 8 novembre 20.

    Confinement à Bordeaux. Cette journée soirée avait pourtant bien commencé.

    Cinq soirs de teuf plus tard, Le groupe que je nommerai “GSM” paradoxalement, étant donné leurs vingtaines de printemps, pourrira une partie de mon samedi nuit avant d’avoir eu le temps de comprendre qu’on s’était fait baiser sur le plan. A quatorze heures on avait pris de l’avance, je me laissais trainer dans le traquenard vers 20h. C’était ça ou déprimer déchirée, toute seule à l’appart. Le plan a bougé ? C’est pas ça qui était prévu. On devait y aller en mode team, le premier saoulé fait signe aux autres qu’on se casse. Dans la rue, la loyauté marchait déjà loin à cent mètres devant, sans vérifier les membres de l’équipage féminin.

    Trois gamines et leurs potes plus tard, leur plan B s’activera pour s’infiltrer chez C. Donc chez mon hôte à qui je loue une chambre.

    Deux heures après avoir réduit son cerveau en bouillie, je switcherai quelques bières plus tard, pour ne pas ruiner aussi ma deuxième partie de soirée.

    A trois heures du mat plus trois grammes, le projet de création d’une nouvelle équipe locale associative bordelaise, naîtra au milieu d’un cimetière de fins de joints et de capsules écrasées.

    2 min

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