Chroniques Musicales

Chroniques Musicales

By Le Village PopMusicMusic Commentary
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Chroniques Musicales episodes

  • 74 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Elvis Presley "Blue Moon"

    Texte :

    La terre est bleue comme une orange affirmait le poète, tu ne sais pas de quel agrume procède la lune ici évoquée, dans cette version noyée de réverbération. L’absence du couplet libérateur et les intermèdes hululés la laisse comme suspendue. L’ambiance te conforte dans l’entre deux que tu ne veux pas quitter. Ni nuit, ni vraiment jour, ni endormi, ni complètement éveillé, ni rêve, ni réalité, tu erres dans les limbes. Tu aimes cet état de transition. Les images qui s’imposent à toi, indistinctes en première perception, se précisent en de nébuleux mais lumineux écrans révélant peu à peu des paysages, des ambiances, des personnages. Une colline surplombant la ville, une vague déferlante, une trainée d’étoiles, une rue sombre à peine éclairée de la lumière jaune d’un réverbère, un hôtel borgne dont le propriétaire habillé en groom semble prêt à te lancer un sort, un funambule intrépide….  Le halo lunaire se fond peu à peu dans la lumière matinale de moins en moins timide. Tu émerges au monde conscient.

    The earth is blue like an orange, the poet said, you don't know what citrus fruit the moon is made of, in this drowned version of reverberation. The absence of the liberating verse and the hoarse interludes leave it as if suspended. The atmosphere comforts you in the in-between that you don't want to leave. Neither night, nor really day, neither asleep, nor completely awake, neither dream, nor reality, you wander in limbo. You love this state of transition. The images that impose themselves on you, indistinct at first perception, become clearer in nebulous but luminous screens gradually revealing landscapes, atmospheres and characters. A hill overlooking the city, a breaking wave, a trail of stars, a dark street barely lit by the yellow light of a street lamp, a one-eyed hotel whose owner dressed as a bellman seems ready to cast a spell on you, an intrepid tightrope walker....  The lunar halo gradually blends into the morning light, less and less shy. You emerge into the conscious world. 

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    5 min
  • 73 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de The Smiths "There Is a Light That Never Goes Out"

    Texte :

    Ce matin tu es décidé à ne pas laisser la lumière en toi s’éteindre et pourtant tu ne dévieras pas vraiment de ta route même si l’appel à la virée automobile, sans autre but précis que l’envie de fuite, est pressant. Alors tu te laisses embarquer par la douceur vocale de Morrissey, l’emphase de la musique qui la porte, le désespoir qui l’habite. Tu t’allèges peu à peu du poids qui t’encombre et tu fais le voyage espéré. Qu’il ne soit que d’esprit importe peu en fin de compte. Tu laisses la chanson te prendre par la main, s’occuper de tout, tu es prêt à la suivre sur de nombreux chemins vers autant d’endroits encore inconnus de toi. Ce n’est pas tant le plaisir de la découverte que la soif de dépaysement, de perte de repères qui t’attire en ces lieux. Tu ne te soucies pas vraiment qu’ils soient accueillants, juste qu’ils soient différents.  Les paysages contrastés que tu traverses s’estompent peu à peu pour n’être plus que tâches colorées. Tu reviens peu à peu à la substance même de la musique et laisse les violons accompagner ton retour. Tu feras, sans aucun doute à nouveau ce voyage, ta lumière brille encore.  

    This morning you are determined not to let the light in you go out and yet you will not really deviate from your path even if the call for a road trip, with no other precise goal than to escape, is pressing. So you let yourself be carried away by Morrissey's sweet voice, the emphasis of the music that carries it, the despair that inhabits it. Little by little, you lighten the weight that encumbers you and you make the hoped-for journey. In the end, it doesn't matter if it's only in spirit. You let the song take you by the hand, take care of everything, you are ready to follow it on many paths to so many places still unknown to you. It is not so much the pleasure of discovery as the thirst for a change of scenery, for a loss of bearings that attracts you to these places. You don't really care that they are welcoming, just that they are different.  The contrasting landscapes you pass through are gradually fading away to become colored spots. You gradually return to the substance of the music and let the violins accompany your return. You will undoubtedly make this journey again, your light still shines.  

     

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    6 min
  • 72 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Seu Jorge "Life On Mars"

    Texte :

    Ton choix de ce matin aurait pu te mener à embarquer sur le navire de Steve Zissou et revêtir un bonnet rouge. C’est en effet dans le film de Wes Anderson que tu vis, esseulés dans un coin du bateau, un homme et sa guitare reprendre en brésilien quelques chansons de Bowie. Loin de l’interprétation un peu grandiloquente de l’original qui fait pourtant partie, avec sa progression harmonique, des raisons de ton amour pour cette chanson, il s’agit ici d’une version aussi mélancolique mais plus apaisée. Trois notes de l’accord et la voix emplit l’espace, chaude, recouverte d’un voile évoquant la brume que perce un soleil matinal. L’attaque tout en douceur du refrain est un ravissement sans cesse renouvelé.  Tu en es maintenant persuadé, il existe un indéniable lien direct entre l’oreille et les centres du plaisir, les frissons provoqués trouvant leur acmé dans les notes tenues de la fin de l’interprétation. Celle-ci aurait pu se terminer dans une forme de renoncement mais ouvre au contraire vers le possible. Tu ne sais toujours pas s’il y a de la vie sur Mars, tu sais désormais que tu peux décoller en écoutant un de ceux qui se posent la question.

    Your choice this morning could have led you to board Steve Zissou's ship and put on a red cap. It is indeed in Wes Anderson's film that you live, alone in a corner of the boat, a man and his guitar covering some of Bowie's songs in Brazilian. Far from the rather grandiloquent interpretation of the original, which, with its harmonic progression, is one of the reasons for your love for this song, this is a version as melancholy but more soothing. Three notes of the chord and the voice fills the space, warm, covered with a veil evoking the mist that pierces a morning sun. The gentle attack of the refrain is a delight that is constantly renewed.  You are now convinced that there is an undeniable direct link between the ear and the centers of pleasure, the shivers provoked finding their acme in the notes held at the end of the interpretation. The interpretation could have ended in a form of renunciation, but instead opens up to the possible. You still don't know if there is life on Mars, you now know that you can take off by listening to one of those who ask the question.

     

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    5 min
  • 71 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Richard Hell "Blank Generation"

    Texte :

    Ce matin, au moment de prendre la route, tu te sens solidaire des jeunes gens qui appartiennent, selon certains férus de typologies essentialisantes, à la génération Z. Tu les imagines émerger de leurs tanières, incarnation des cauchemars filmés de Romero; Z comme zombies. Les yeux rougis par l’exposition aux écrans, le teint blafard, la mine machée des nuits de mauvais sommeil et de repas insuffisants. Tu ressens une profonde tristesse pour eux qui passent à côté de la joie simple du pot d’après les cours, de la chaleur qui se dégage de l’attroupement devant un amphi, à l’époque qui s’éloigne où la proxémie se vivait naturellement, sans penser qu’elle se transformerait en distanciation sociale. Tu revois le TD où cette jolie brune t’a pour la première fois souri, tu peines à l’imaginer masquée. Tu as quinze ans de moins que celui qui se réclame ici de la génération du néant, cependant tu sens bien de quoi il parle. En revanche, de quelle époque aujourd’hui est le début, tu préfères ne pas le savoir et te dire que ton âge ne t’autorise plus à comprendre quels sont les ressorts qui permettront à cette génération et aux suivantes d’imaginer un monde où contact et présence charnelle auront définitivement fait la peau à l’affreux adjectif « présentiel ».

    This morning, as you set out on the road, you feel a sense of solidarity with the young people who, according to some enthusiasts of essentialist typologies, belong to generation Z. You imagine them emerging from their dens, embodying the filmed nightmares of Romero; Z as zombies. Their eyes reddened by exposure to the screens, their pale complexion, the chewy look of nights of bad sleep and insufficient meals. You feel a deep sadness for them, who miss the simple joy of the after-school pot, the warmth of the crowd in front of an amphitheatre, the time that is slipping away when pimping was a natural part of life, without thinking that it would turn into social distancing. You remember the TD where this pretty brunette smiled at you for the first time, you can hardly imagine her wearing a mask. You are fifteen years younger than the one who claims to be from the generation of nothingness, yet you know what he is talking about. On the other hand, you prefer not to know what era today is the beginning, you prefer not to know and you tell yourself that your age no longer allows you to understand what are the springs that will allow this generation and the following ones to imagine a world where contact and carnal presence will have definitely made the skin to the dreadful adjective "presential".

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    5 min
  • 70 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Captain Beefheart "Mirror Man"

    Texte :

    Tu sais, pour l’avoir expérimenté que rien ne vaut le Diddley Beat ou un de ses avatars pour t’insuffler l’énergie qui ce matin te manque, tu as trouvé là un salutaire vaccin contre la morosité ambiante qui te fait partager avec tes contemporains des banalités sans recul, de déprime à déprime. C’est le bon Captain qui se saisit du rythme, l’imprègne de sa folie, le transcende. Les variations dans le chant, l’affirmation de sa singularité permettent de laisser émerger l’idée que ce jour pourrait ne pas être comme les autres, pourrait casser la délétère répétition. Les lignes d’une basse rondelette et les saillies et grincements de l’harmonica participent de ton entrée en transe.  De façon inattendue, la musique vient te désavouer, elle ne pense pas comme toi à l’impossibilité du présent quand le futur se refuse. Ça fait un bien fou ! Les instruments parviennent comme ils peuvent à la fin du morceau, ils ont tout donné. Ton regard à quitté le trottoir devant toi pour s’affirmer vers le lointain, tu es regonflé, tu feras face à ta journée, elle sortira du rang.

    You know, for having experienced that nothing beats the Diddley Beat or one of its avatars to give you the energy you're missing this morning, you've found a salutary vaccine against the ambient gloom that makes you share with your contemporaries banalities without recoil, from depressed to depressed. It is the good Captain who seizes the rhythm, imbues it with his madness, transcends it. The variations in the song, the affirmation of its singularity allow the idea to emerge that this day might not be like the others, might break the deleterious repetition. The lines of a round bass and the protrusions and squeaks of the harmonica are part of your entry into a trance.  Unexpectedly, the music comes to disavow you, it doesn't think as you do about the impossibility of the present when the future is denied. It's a great feeling! The instruments arrive as best they can at the end of the piece, they've given everything they've got. Your gaze has left the pavement in front of you to assert itself towards the distance, you are recharged, you will face your day, it will come out of the line. 

     

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    18 min
  • 48 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Alex Chilton "I'm Free Again"

    Texte :

    Ce matin tu avances avec détermination, adoptant le rythme binaire, le pas calé sur la caisse claire. Ta chevelure au pli approximatif est balayée par le vent ; probablement que tu le vaux bien. Défiant toute vraisemblance, tu sens même les embruns fouetter ton visage malgré ton habitat urbain fort éloigné de toute étendue d’eau salée. Ta démarche s’assouplit, tu entrevois ce que d’aucuns nomment le cool. Cette musique te semble la plus parfaite allégorie du sentiment de liberté que les paroles prétendent. Emporté par ton élan tu te lances dans un vibrant solo d’air guitar accompagné d’un head bang un peu gênant. Tu as le sentiment d’avoir égaré quarante ans sur le chemin. Es-tu si sûr d’avoir été plus léger à cette époque ?

    This morning you move forward with determination, adopting the binary rhythm, the step set to the snare drum. Your hair in the approximate crease is blown away by the wind; you are probably worth it. Defying all likelihood, you even feel the spray whipping your face despite your urban habitat, far from any salt water. Your gait becomes more flexible, you catch a glimpse of what some people call cool. This music seems to you to be the most perfect allegory of the feeling of freedom that the lyrics claim. Carried away by your momentum, you launch yourself into a vibrant air guitar solo accompanied by a slightly embarrassing head bang. You feel like you've lost forty years on the way. Are you so sure you were lighter then? 

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    4 min
  • 49 - Partir au travail en musique

    Bulle - quelques pensées baladeuses autour de Tinariwen "Imidiwan Afrik Tendam"

    Texte :

    Aujourd’hui un souffle chaud venu de régions de sable et de pierres t’enveloppe, les voix pénètrent ton corps, la répétition envoutante des motifs de guitare t’emporte au loin et, dans un mouvement contraire, ancre tes pas sur le chemin. La chaleur que dégage cette musique porte en elle l’aveuglante lumière du désert, sa grâce évoque tout à la fois la douleur de l’exil et la joie du retour. Le blues, qu’il soit nomade touareg ou africain-américain du Mississipi, entre toujours en résonnance avec ce que tu rechignes, en agnostique, à appeler ton âme et pourtant…

    Today a warm breath from regions of sand and stones envelops you, voices penetrate your body, the bewitching repetition of guitar patterns carries you away and, in a contrary movement, anchors your steps on the path. The warmth of this music carries within it the blinding light of the desert, its grace evokes both the pain of exile and the joy of return. The blues, be it Tuareg nomad or African-American from Mississippi, always resonates with what you, as an agnostic, are reluctant to call your soul and yet...

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    5 min

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